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Le blog de plume

52 - Bizarre, avec un S majuscule

par Couraud

" - Qu’est-ce qu’il t’arrive, Couraud? Tu devrais te réjouir de tout, de ta santé récupérée au top, de ce soutien médiatique inespéré, de ce nombre incroyable de visites soulignées de commentaires tous élogieux, et tu fais la gueule! C’est quoi, ton problème? Ah, je vois, monsieur est amoureux... Et donc, insatisfait, c’est ça? Parce que l’amour, pour toi, ne peut être que ça, une délicieuse instabilité, vu que ce déséquilibre est précisément ce qui te plaît: un monstre dévoreur de raison, un tremplin vertigineux au dessus d’une piscine sans eau, un abîme sans fond dans lequel tu te jettes sans hésitation parce que ton désir l’emporte et que plus rien ne compte que de plaquer tes mains sur ces fesses agitées, pour mieux t’y engouffrer, t’y perdre ou t’y retrouver, répondre au plus pressé, t’acquitter de l’urgence! Ah, là,là... Ainsi donc, c’est reparti avec cette perle que tu sais rare? Bien... Et t’attends quoi d’elle à présent, mon grand? Qu’elle t’appelle tard le soir? Qu’elle t’envoie un nouvel SMS ou une nouvelle partie d’elle-même, animale mais virtuelle? Remarque, pourquoi pas, en attendant mieux... Elle et toi, avez forcément un avenir puisque vous êtes semblables, et finalement de la chance de vivres de tels instants, même si elle, s’endort dans d’autres odeurs que les tiennes et que tes propres nuits te font dormir sur la béquille, comme ta moto... C’est vrai, c’est toujours ça de pris à ce putain de néant qui, en principe, gère tout: Allez, tu signes? " Oui, je persiste et signe : "Bien cordialement, Alain"
:: note publiée par Couraud :: le samedi 6 septembre 2008 à 15:41 ::
:: 52 - Bizarre, avec un S majuscule ::
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Entretiens 2

par Yves Guilhamon

J’avais vingt-six ans quand j’arrivais à Paris. J’avais roulé toute la nuit seul, dans la petite camionnette rouge prêtée par un ami. J’y avais fourré toute mon existence en urgence dans un bric-à-brac inextricable tenu par des ficelles en tous sens. J’organisai mon exode, ma fuite en avant vers « le nulle part vaut mieux qu’ailleurs », vers « le demain sera le jour où je verrai le soleil se relever pour moi ». Je fuyais l’échec de toute une vie, comme des millions d‘autres le firent avant moi, moi qui avais cru être le centre de la Terre, indestructible et, naïvement, irrésistible.

Elle me l’avait annoncé sans aménagement, un soir de mai, ou bien de juin, je ne sais plus, je ne veux pas me rappeler. Jetées, mes affaires à la rue depuis l’étage ; balancé, MOI, du premier ! Sans me proposer les escaliers pour amortir ma chute.

Inévitablement, j’avais fait le chien : j’avais aboyé, aboyé, aboyé… mais délaissé, seul sur le parking de la résidence des hommes tout ouïe qui me lançait un « on appelle la police, nous ! », inexorablement, j’avais ramassé un livre de par terre : l’Iliade. L’odyssée m’avait supplié aussitôt de la suivre, avec quelques autres qui me tenaient à cœur.

Ma grosse berline de cinquième main, piquetée de rouille et plus tellement étanche, avait accepté de conserver les quelques vêtements, bouquins et babioles maigres que j’avais pu reprendre. Pendant que l’orage avait éclaté sur Bordeaux, j’étais en route pour épancher ma peine dans l’océan, vers ma presqu’île coconneuse, mon berceau. Puis, ayant passé l’été sans personne à aimer, j’avais décidé l’aventure suprême, la ville aux mille lumières : Paris !

Quand j’étais parti, seuls les pins eurent pour moi un pincement au cœur, injectant de leurs sèves dans les airs pour confier des pleurs de parfum à ma mémoire. Le sable, toujours grinçant, ne me donna que son acide impression poussiéreuse pour me signifier l’heure de mon exil. Les champs inondables que je devais traverser n’ont rien dit, ils m’avaient laissé m’enfoncer dans leurs brumes. Puis, j’avais roulé sous les étoiles, abandonnant ma peine derrière moi, sans savoir qu’elle me suivait, cachée dans mes affaires, personnelles celles-ci.

J’emmerdais tout le monde avec mes malheurs. Même celui qui m’avait proposé son aide était absent pour mon aménagement. Mais, comme un escargot avec sa maison sur le dos, j’avais fait comme si de rien n’était, j’avais porté seul le lit plié, le vélo mono pédale, l’abat-jour jaune, et tordu. J’avais remonté les lattes cassées de mon couchage rafistolées à la colle à bois et assemblé mon étagère, mon unique carte aux trésors, pour mes livres.

Derrière la porte tordue de l’appartement 6, troisième étage après le palier sans ascenseurs d’un immeuble de la rue Montcalm, Paris dix-huitième, subsistaient vingt-six ans et neuf mois de mon histoire : des restes de misère.

Presque dès mon arrivée, je travaillais tout de suite, par intermittence, faisant des travaux de toutes sortes, surtout les durs, ceux que les employés en place ne voulaient pas faire. J’acceptais tout, et on me proposa le pire, presque dès le début : manutentionnaire le jour, on me faisait porter les machines à laver sur six niveaux pour un salaire de misère, et comme tous les miséreux du nord de cette ville, notre repas du midi était seul composé d’un chiche kebab-coca-salamalikoum-mailkoum-salad dévoré à l’intérieur du camion.

Quand je fus mûr à point, et un peu court pour mon logement, on me proposa le travail de nuit. Je prenais le métro « Mairie du XVIIIe » en direction de la « Chapelle ». Une rame du soir, celle où l’on voit les clodos se pisser dessus et se bousculer dans les couloirs avec leurs dents manquantes et leurs haleines de boucs.

Grâce à ces tâches de noctambule, j’avais pu faire face à mon loyer et acheter quelques vêtements. Je mangeais à ma faim aussi : le dimanche, j’allais me chercher un éclair au Chocolat ! Joie suprême, avant de partir me promener à Montmartre par le bon côté, celui de l’ascenction d’un bonheur fugace : l’accession à la vue des paradis artificiels depuis le Sacré Chœur. Je prenais toujours le même chemin : la rue XXX. Je tournais au métro XXX puis montais les marches de l’assomption sociale : plus haut j’étais, moins maculées elles étaient ; près du sommet, elles paraissaient presque toutes propres. Puis, parce qu’il faut bien que le plaisir finisse, j’arrivais dans la foule, celle qui venait de l’autre côté, celle qui m’employait en intérim, pour éviter de marcher dans la merde. Je me baladais, en hésitant, devant les peintres de la place, je les badais. Moi, toujours dans les airs, je n’étais ni fait pour les corvées de la terre, ni malheureusement pour les balades de l’esprit, ne connaissant rien au véritable français, au dessin et à la musique, ces arts que j’aimais bien au dessus de tout. J’avais le goût des choses inertes sur lesquelles je projetais mon âme, sans cesse, pour éviter qu’elle ne me brûle.

La laverie du coin restituait les linges gris. C’était plus simple, ça rendait les ouvriers occasionnels interchangeables. Certes, nous, les bouche-trous de l’économie de marché n’avions pas tous la même couleur de peau dans le quartier, mais on avait la même fonction de complétage. Nous n’étions pas solidaires pour autant. Il fallait donc que je sois fort : je décidais de m’allier à moi-même, ça en faisait déjà un qui était de mon côté.

Les cours du soir, et les heures supplémentaires pour les voyages en train vers ma plage, complétaient mon emploi du temps. Bref, c’était le bonheur mal assuré, branlant et chaotique.

Un jour, mon voisin avait engagé des travaux. Le matin. À l’heure de ma propre obscurité, celle de l’homme épuisé par les camions noctambules, chargés remplis d’objets d’un poids humainement insupportable, pourtant soulevés par les oiseaux de nuit que nous étions. Un jour, donc, il n’y eut plus de nuit, plus de jour, seulement du bruit. Alors, mes yeux se sont creusés, mes nerfs étiolés, ma santé évaporée. Je m’endormais au boulot, je recevais des barres de métal sur le crâne, je me blessais. Je n’assistais plus au cours et puis… je ne vins plus au travail.


 

Aujourd’hui. Mardi. Vingt-six décembre Le téléphone va bouger. J’allais sur mes vingt-sept ans quand Noël sonna. Il neigeait. Je rentrais du repas au pauvre proposé par des pas riches. Les flocons étaient beaux, mais froids. J’avais dormi, puis erré pendant le vingt-cinq, regardant dans les vitrines ce que je n’aurais pas, montant sur la pointe des pieds pour voir les sapins décorés dans les maisons au dessus de la pisse des chiens. J’avais curé la bouffe de mon placard, vidé la dernière boite de thon, dépouillé mon compte à la banque en prévision d’un vingt-six sans appel.

Pourtant aujourd’hui, le téléphone sonne. Allo ?

- C’est l’agence d’intérim. Vous êtes libre ?

La question est saugrenue. Bien sûr que je ne le suis pas : j’ai plus rien à manger.

- Oui, réponds-je

- On a un travail au niveau de la Chapelle.

- Ha ? Fis-je faussement intéressé. Qu’est-ce que c’est ?

- Faire des analyses sur du béton, vous verrez. La paye est bonne !

- Je prends ! Dis-je.

 

J’avais quitté mon paradis maritime iodé pour l’enfer de la misère parisienne. À croire que l’obscurité m’attirait alors.

Je suis né à la campagne, là où les femmes se suicidaient et où les hommes buvaient leurs vignes, ces lieux de perdition vers un moyen âge jamais complètement disparu.

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le jeudi 4 septembre 2008 à 09:33 ::
:: Entretiens 2 ::
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ma vie...................

par casanove

 

JE T'AI DANS LA PEAU MA VIE......A M'EN RENDRE DINGUE.....CA M BOULVERSE ET J'AIME CA....TU ME METS AU DéFI DE TOUT.....AU DéFIT DE MOI................................................................................PUTAIN JE TE JURE JE T'AIME..........................................PUTAIIIINNNNNNNNNNNNNN!!!!!!!!!!!!!!!!

 

 

 

pas de critiques sur la technique..y en a pas!

:: note publiée par casanove :: le jeudi 4 septembre 2008 à 05:16 ::
:: ma vie................... ::
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Conversation avec un rat

par Yves Guilhamon

Un jour, sans un sou à Paris, alors étudiant aux cours du soir, je trouve un job de carotteur d’égout. Au cours d’un sondage de béton, Je me retrouve seul à devoir me déplacer dans les boyaux parisiens.

En fuyant un rat, je me blesse à la tête, la lumière de mon casque s’éteint. Quand je reprends connaissance, deux yeux rouges me regardent, dans la nuit souterraine, dans les noires tripes des gens. Je suis blessé, je ne peux plus bouger.

Voilà que le propriétaire du regard hémophile : un rat ! Se met à parler.

— Bonnuit, bonhomme ! N’ai pas peur, je ne te mangerai pas, le marché de Barbès nous jette assez de salades et de carottes à la figure quand il ferme. Je me nomme Lucien Gasparhou. Mais tu peux m’appeler Gaspard.

Interloqué, je demande comment un rat a pu apprendre à parler. Alors, le rat répond :

— Tout simplement : avant, j’étais un homme ! Ne t’es-tu jamais posé la question : les clodos qui lâchent leurs croupes dans leurs pisses, qui dégueulent sans se réveiller, ils vont où quand ils disparaissent ? Car, tu l’auras remarqué, il n’y en a jamais de plus en plus dans ta station : c’est un passage seulement, juste une gare de transit, une étape de la déchéance. Ensuite, quand ils sont à bout, ils prennent le métro de l’après dernière rame, celui qui mène aux égouts. C’est celui que j’ai pris, il y a près de vint ans.

— Toi aussi tu viens de là ?

NON ! Je ne venais pas de là. Et je ne deviendrai pas un rat ! Mais pour ça, il va falloir me battre contre moi-même, car l’abîme est aussi tentant que le ciel…, et, tellement plus facile à atteindre !

 

Note : cette histoire, c’est la mienne. J’ai attrapé la corde avec les dents, celle que ma femme m’a tendue. Elle est de celles qui amènent les ombres à la lumière, celles qui les maintiennent bien qu’elles en soient dévorées chaque jour un peu plus. L’appel du vide est si fort…

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le mardi 2 septembre 2008 à 16:56 ::
:: Conversation avec un rat ::
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51 - Arf! ( comme dirait mon amie Casa )

par Couraud

Pas facile de mettre un litre et demi dans un litre, j'aurais dû commander un frère jumeau à ma môman! Je ne sais pas ce qui m'attend dans les semaines à venir mais pour l'instant ça roule, et ce n'est rien de le dire: 9000 kms dans le mois! Encore une preuve que cette " Coulée douce " n'en est pas vraiment une, mais je ne vais pas me plaindre... En fait, ce bouquin soulève pas mal de questions auprès des médias. Heureusement pour moi que le violeur en série qui y tient le pire des rôles a été arrêté, sinon je vous écrirais depuis ma cellule! Dernièrement, parce que l'action se déroule à Poitiers, je suis allé m'expliquer avec Centre Presse, puis avec La Nouvelle République, puis avec France bleu Poitou, et dès lundi, je remets ça: Radio France, Ouest France Nantes, France Bleu Loire Océan (Nantes puis La Roche sur Yon) tandis qu'à Paris, en ce moment même, Albin Michel Jeunesse s'occupe de " Petit-Tom et la maison mystère", vous savez, cet album illustré par Sandra Reichardt qu'elle et moi, avons imaginé pour les élèves de CP/CE1. Attendez, hein, je ne suis pas en train de me la jouer, je vous informe simplement de ce qui se trame en ce moment, d'autant que 47OO visites en un an ce n'est pas rien et qu'en réponse à votre intérêt, je vous dois bien cette politesse. Bien cordialement, Alain
:: note publiée par Couraud :: le dimanche 31 août 2008 à 01:13 ::
:: 51 - Arf! ( comme dirait mon amie Casa ) ::
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mouarf...

par casanove

Il me prend quoi?...si ,en me lisant vous savez, dîtes moi! Je viens de visiter quelques blogs...et je me sens cruelle...parceque même en les ayant lus avec respect j'ai trouvé des mots,des élans pathétiques...Ce n'est pas en lien directe avec la main qui a éfusé son coeur (je suis pas méchante non plus!) mais une généralité...Une impression de répétition des sentiments qui rend ,au final,à mes yeux,un étalage d'équations..arf!Je déteste les mathématiques alors quand je constate toujours et encore qu'on y fourvoit une sorte de calcul et de résultat,ca me lamine la tête...

c'est simple..une baffe= une larme; une baffe + une larme = un renfermement interieur ou une surexploitation de ses légeretés pour palier au manque de profondeur...une caresse= un sourire;une caresse + un sourire= une ouverture à l'amour ou l'amitié....punaise,arretez moi si je me trompe!j'aimerais me tromper...

parceque si je cerne bien la chose,pour une généralité,j'insiste,(là je dis ca pour me rassurer^^)...On est que des numéros qui cherche à chiffrer l'amour...arf!

 

P O U R Q U O I!

 

Lorsque ma Vie ,un matin,me sourit ,je vois combien j'ai raison d'y croire alors que celui ci renvoie directement à une incertitude.Un rictus qui dit m'aimer à en perdre la raison où les mots ne suiveraient pas, ne colleraient pas pour un calculateur endurcie,alors que c'est le plus grand espoir qu'il puisse m'offrir...Il peux sourire parce que je fais une connerie et déteste ça surtout quand je lui dit avec toute la rage du monde que je trouve pas ça important,que je trouve pas ça connerie sauf quand ,par respect,je me met à sa place...ce qu'il déteste puisqu'il veux que je comprenne toute seule que s'en est une.

Quand il me dit que je suis un boulet ,même si je le vois pas,je le fais sourire...parce que si il me dit ça c'est que rien de son amour n'est défaillant...

Je prend des claques délicieuses avec lui,et,les larmes qui en jaillissent m'ouvrent toujours un peu plus et parfois me ferment éphémérement.C'est si bon de jouer à se rendre chèvre.Tout ce qu'il me donne je le prend sans me dire que ça ou ça c'est bon ou pas bon..C'est juste l'amour et ses conflits,ses folies...

Toutes mes histoires passées m'ont parlée d'amour,même dans l'indifference,même dans le silence,même dans les cris,et,j'assure,bien moins dans les sourires des minauds qu se croient fou de charme...je regrette rien parce que j 'ai aimé et que j'aime tout du sentiment qu'est l'amour...

Se refermer ou trop s'ouvrir, je suis désolée, mais j'appelle pas ça aimer.Le pire c'est que ces extrémistes croient vraiment aimer alors qu'ils veulent le gouverner,le calculer,le décortiquer...

Y'a rien de tout ça dans l'amour...le vrai.Qu'on soit seul ou pas...triste ou pas...ce sont des élans magnifiques qu'ils ne faut en aucun cas catégorifier au risque de ne savoir jamais aimer...

 

bises à mon ami alain où je trouve ses petites pattes un peu partout...c'est bon de te lire alain dans tes commentaires même quand il ne me sont pas adressée../me sourit...héhé...je la joue un chouilla amie possessive...non,au contraire je veux y faire passer tout l'opposé...parce que tu es un amoureux de tout et que dans tes mots a sent bon le frais/vrai....

 

 

 

:: note publiée par casanove :: le mardi 26 août 2008 à 18:16 ::
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Carnet de Voyage : Mexique 4, l'usine

par Yves Guilhamon

Tant pis. Je le dis quand même : dans mon usine, on crache les flammes de l’enfer. Mais pour moi, c’est presque le paradis.

 

Aujourd’hui, concerto pour un turbocompresseur.

 

On commence piano : le téléphone sonne, comme un triangle, il y a un client qui commande !

Un billet doux part à l’atelier, car l’industrie est aussi littérature : « Presto ! » il y a écrit. D’un gros « bip-bip » aigu, le cariste va chercher un fardeau d’alu qui rend un « Ding ! » sourd en se balançant au-dessus du four. Bientôt, le « glouglou » du liquide en fusion qui alimente les carrousels entre dans la partie couvrant les chalumeaux endiablés ! Non loin de là, les groupes électrogènes donnent de leurs souffles puissants un coup de semonce. Alors, la machine à concasser le sable se met à vibrer d’une musique violente ! Mais cadencée…

 

Quand la pièce est enfin coulée, la scie prend le dessus : son aigu de soprane comble de bonheur l’investisseur, heureux de voir son usine tourner aussi rondement.

 

Entracte, je vais pisser.

 

Et ça reprend : les outils coupants percent, tranchent, enlèvent par petits cris stridents. Les mécanismes pneumatiques se délestent de pressions souveraines. Les soufflettes à copeaux envoient un air de flute dans tout le quartier.

 

Au final, le bruit s’estompe. Reste le ronronnement du contrôleur qui se repasse tous les morceaux de la banda de dimanche dans sa tête. Le chariot élévateur vient chercher le colis, il le charge dans le gros truck allumé dehors. Et là, c’est le « PON-PON ! » du camion s’en allant, celui du contentement des hommes qui triment pour survivre.

 

Maintenant, tout les ouvriers se penchent, saluent les lecteurs, ces spectateurs qui applaudissent des deux mains, debout, la performance de ces hommes en bleu qui suent, qui bossent, qui nous font vivre.

 

Ces mecs alors, ils pleurent. Ils chialent de joie à voir des mines reconnaissantes, une fois, une seule, dans leurs vies de fantômes…

 

J’vous fais pas un dessin, allez ! Allez-y ! Vous changerez : comme moi, vous penserez que le premier des arts… c’est eux.

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le mardi 26 août 2008 à 04:32 ::
:: Carnet de Voyage : Mexique 4, l'usine ::
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Carnet de Voyage : Le Mexique 1

par Yves Guilhamon

22 Août 4 h. Le réveil sonne le rappel. Le Mexique t’attend, Yves.

 

5 h. Aéroport. Bordeaux.

 

9 h. Amsterdam.

 

13 h. Un avion géant avale le melting-pot que nous sommes. Dans la queue se mélangent toutes les tailles, toutes les couleurs ; et les langages aussi. Une drôle de tour de Babel, penchée à l’horizontale, tout près du brassage génétique. Mon pantalon, sans ceinture, tient grâce à mes fesses regonflées aux vacances. Pour passer les sécurités, nous sommes quasiment nus. Tout objet métallique sonnant, notre pudeur n’est sauvegardée qu’à l’aide de courtes étoffes, fragiles. Je questionne le vigile ?

 

- Nous voit-on sur votre écran ?

- No.

- Surtout, si vous voyez une tumeur, ne le dites pas, ça serait mauvais pour la sécurité de l’avion !

-No.

-No ?

-No !

-Si

 

C’est un Jumbo. Un Jumbo Jet. Mon voisin, un rigolard de français en préretraite, me demande :

-Mais où sont les oreilles ?

-Près de la trompe, dis-je. « À l’avant. Mais il n’y a pas de défense aérienne ! »

 

Hou là là ! La grosse rigolade que voilà ! Tout son groupe de « prévieux » réagit. Je deviens le « Mister drôle » de l’allée. On se calme. Je gratouche mon papier tandis que ma voisine parcourt mon roman, toujours en cours de correction.

 

On est dans les entrailles de l’éléphant volant. Assis dans sa panse, nous sommes empilés sur trois niveaux, les boyaux surplombant nos têtes bigarrées. On y met nos bagages, et un bout de notre vie.

 

Je relance le groupe d’anciens jeunes :

- Avec l’autre partie des oreilles, ils ont fait les ailes !

- Hi hi hi ! Répond l’écho.

J’étais intéressé.

- Vous pourriez me passer de l’eau ? Ça donne soif, les vannes !

- Hi hi oui !

 

On roule. En marche arrière, je précise. Les pattes du pachyderme se faufilent dans un jeu de quilles. J’ai peur en avion. J’ai peur pour ma mission, pour mon travail, pour ma famille.

Le temps passe, égrenant les mots lentement, avec quelques trous d’air qui me vident de mon bronzage. On dépasse l’Irlande verte, sa peau rugueuse de rocailles caressée par l’océan à grandes lames d’eau salée.

 

Tiens, une mexicaine monte sur son fauteuil ouvrir son boyau personnel. Ce qui est bien avec les pantalons taille basse et les tricots légers, c’est qu’ils laissent entrevoir les atours des femmes. Fort heureusement pour elle, « tout » se laissait voir. Manquaient, cachés derrière une maigre toile bleue, les fondements du devant et du derrière, ceux qui donnent du rêve aux hommes.

 

Tiens, un fakir qui passe, un turban enrubanné sur le crâne !

Le premier film commence. Un film d’horreur… pour enfants. Montrez-leur des hommes, tout simplement. Ils auront vraiment peur.

 

Je suis acculé. Entre un indien aux cheveux longs, bras croisés, paupières lourdes, et une Française mexicaine. Elle dans l’immobilier, lui dans l’immobilisme, comme une photo de Sitting Bull qui orne mes BD de « Blueberry ». Il la coince, la bulle, et quasiment tout le voyage encore. À la façon de mes Aztèques que je forme la semaine prochaine, je le crains.

Ce n’est pas très chrétien, mais parfois, on les appelle les « Pastèques » : dans le bureau où nous allons, ma circonférence et moi-même, presque tous nos collègues débordent de leurs chaises. De plus, provoquant notre rire bon enfant (si, si, je le jure, monsieur le juge), les pattes trop courtes de nos amis se balancent doucement au dessus du sol, perdues dans l’immensité du mobilier standard des Américains géants, les gringos !

J’ai essayé les fauteuils aussi… quelqu’un a un marchepied ?

 

Je n’ose pas déséquilibrer l’avion. Je préfèrerais uriner sur place. D’autant que Sitting Bull me fait peur. Il n’est pas méchant, j’en suis sûr. Pour surmonter mes angoisses, j’imagine un chinois qui découvre mon visage au gros nez, long, avec des poils à l’intérieur. Je pèse cent soixante livres, un roman plus quelques chroniques…

 

Ouf ! J’ai réussi à m’envoler au dessus des plumes de mon impressionnant Inca. Il vient d’Amérique du Sud, un tee-shirt de football bleu pâle sur l’abdomen. Le gros inspecteur « Yves-Bernard » mène l’enquête. Moi qui peux compter mes derniers cheveux sur le dos d’une main, j’envie sa tignasse à queue de cheval, sauvage et noire d’aile de corbeau (corbos ?).

 

Ca fait plaisir de voir mon tapuscrit du roman dans les bras d’une autre. Elle semble le dévorer. À moins que ce ne soit par politesse. En tous les cas, elle en est à la moitié en quatre heures !

 

Un autre lecteur, un collègue, à moi compagnon de voyage, a apprécié mes bafouilles. Même ma femme a lu : ça la rapproche de moi bien sûr, car il y a toujours, au fond des mots, des sens, les fondements des hommes.

 

Garder sa part de mystère.

S’en sortir par l’humour.

Se plonger dans le travail.

 

Quand Mathilde est morte, le soir du 6 février 2003, nous avons vu son corps. Nous l’avions accouchée, moi qui tenais la main de celle qui faisait naître, somme toute, un ange de plus sur la terre.

 

S’exprimer par humour ? L’arme absolue pour rester en vie.

 

Pour moi, elle avait 9 mois. Pour moi, elle s’appelait Mathilde. J’ai démonté son lit, de larmes le lit, de souffrances véritables. J’ai amené son cercueil, blanc, au cimetière des vieux parsemé de-ci de-là de plaques comme la nôtre.

 

Mais les anges ne restent jamais longtemps : ils partent en mission dès leurs recensements.

Le dimanche de Pâques, elle s’en est allée. Avec les autres, ceux de l’année : ils ne se tenaient pas la main, les anges ; ils riaient. Ils s’envolèrent en sarabande au dessus de mon banc d’église, en direction du ciel, 3 allée du Bonheur…

Je ne les ai pas vraiment aperçus, c’est vrai, mais j’ai remarqué, enfin, senti… bref, voulu voir mon ange monter au ciel ! Ce n’est pas un crime ça ! Non ?

 

Allez vous me croire maintenant, quand je vous expliquerai que dans mon usine, à Quérétaro, état du Mexique, on marche parmi les flammes de l’enfer ?

 

Elle est belle ma voisine de devant. Enfin, plutôt. Jeune. Elle apprend l’espagnol avec ses cheveux roux et ses mains longilignes. Elle touille les pages pour savoir dire : papa, maman, mamie ; et le chien bien sûr ! Moi, je pars seul. Alors, c’est plus simple.

 

Et pendant que j’écris, l’avion sans défense avale goulument son fourrage.

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le samedi 23 août 2008 à 18:17 ::
:: Carnet de Voyage : Le Mexique 1 ::
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50 - Avis aux " amateurs"

par Couraud

Je vous invite à aller faire un tour sur le site “ Rue des livres” que j’ai placé en marge de ce blog. Cliquez ensuite sur “Sites Internet” puis sur “Publier” et enfin, sur l’article de Lire, publié en 2005. Pourquoi? Pour peut-être davantage relativiser et ainsi, vous préserver de souffrances inutiles. De quoi je me mêle, me direz-vous... C’est vrai, je n’ai pas à faire une affaire personnelle des complaintes d’auteurs en mal d’édition mais, que voulez-vous, on ne se refait pas... On essaye simplement de comprendre pour tenter d’évoluer puis on partage, c’est la moindre des choses, même pour un rebelle. Qu'entends-je? Mais non, je ne suis pas éteint, juste à l'écoute... Bien cordialement, Alain
:: note publiée par Couraud :: le mardi 19 août 2008 à 09:28 ::
:: 50 - Avis aux " amateurs" ::
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La boule

par Yves Guilhamon

 

 

 

 

 

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le lundi 18 août 2008 à 21:55 ::
:: La boule ::
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Dernière Note: c'est la fin des vacances

par Yves Guilhamon

La mer écope à coups de vagues rejetées sur le bord. Elle déborde et vient lécher les serviettes restantes après la pluie passagère. On a froid. Ma fille court le bord de la mer. Elle suit sa ligne imaginaire, pensant qu’il y a moins d’algues plus loin.

 

- Mais Garance, les algues c’est de l’herbe !

 

- Mais j’aime pas les algues ! Viens, là-bas, y en a pas !

 

Main dans la main on traverse les champs d’écume, mais jamais on ne trouve de terrain vierge.

 

- On revient sous le parasol maintenant, dis-je.

 

- Mais pourquoi ?

 

- Parce que l’herbe n’est jamais aussi verte que dans les bras d’une mère, Garance.

 

- Ah ?!

 

Là, sous le froid et les nuées qui se chargent une fois encore de lourdes gouttes glacées, je la prends par les mains, et, je la fais voler, planer, rire à gorge déployée. Nous tombons, ivres de vertige, riant, riant, riant…

 

Puis on fait un château. Nous qui montons les tours, elle qui les défait, nous qui montons les tours, elle qui gagne du temps…

 

Enfin, le parasol-coupe vent est plié. Nous remontons les planches. Depuis cette monté, on domine la Pointe de Graves forgée comme un crochet. De pirate, d’homme libre. Depuis cette montée, on domine la ville, ses toits rouges et ses pins verts foncé, son café de la plage, son phare ; et la baignoire, débordée.

 

Je n’ai jamais compris pourquoi les phares n’était pas fabriqués flexibles : pliants sous le vent, mais jamais rompus, comme les roseaux. Ils sont faits de pierres. Ils restent immuables face aux tempêtes d’hiver, fiers, durs, clignotants.

 

Des hommes comme ça, dans le bizness, ça ne tient pas six mois.

 

23h44. J’ai squatté la nappe orange. Le salon est vide. Le siphon de 23h (le sommeil), l’a nettoyée de la télé, des revues et des discussions estivales. Non pas que les thèmes qui passent dans la pièce soient sans intérêt, mais je ne parviens pas à accrocher totalement aux problèmes du quotidien. C’est pour moi un univers inaccessible.

 

J’ai fait le plein de carburant ce matin. Le premier en trois semaines. En bordure des mattes, ces champs qui bordent la sortie de la station, ces champs qui vous disent dès que vous les atteignez : « tes congés sont passés, Yves, dégage ; et bon voyage ! ».

 

Je n’ai pas fait le ménage de la familiale et j’ai refusé d’évacuer la planche de surf de l’habitacle. J-2 ! J’ai dit ! Ce n’est pas du J !

 

J’ai remis des chaussures, prenant soin tout de même de laisser des nœuds bien lâches, et de porter mes claquettes kaki pendant une heure à la plage.

 

Je n’ai pas fait mes bagages. Je ne sais pas les faire.

 

J’ai pensé au Tyrannosaure Sko-Braque, mon tortionnaire de l’Europe de l’Est. Je n’ai pas songé à la brontosaure, ma hurlante de l’Europe de l’Ouest. Mais j’ai quand même réfléchi au Mexique, mon prochain voyage, ma mission de la rentrée. J’y pars vendredi.

 

Et j’ai aussi médité sur ce que je ferais en premier, après mes vacances qui, faut-il le rappeler, ne sont pas finies ! Oh non ! Pas du tout finies. La preuve : il me reste une heure et trente minutes pour vous écrire au revoir.

 

Car chaque jour est écrit en trente minutes. Une heure tout au plus. Au hasard des siestes et des activités des filles. Je voudrais les remercier tout particulièrement pour m’avoir prêté ces temps forts, ceux que je partage avec les mots. Merci aussi à la nappe orange ; et à ses franges essentielles !

 

A cette heure avancée de la nuit, l’océan s’est sûrement vidé, siphonné à la suite du soleil couchant. Mais il va revenir demain, plus beau encore, vivant, rageur. Il a six heures pour s’exprimer. Ensuite, il se retire sur la pointe des pieds, doucement, sans faire de bruit. Il revient toujours mon océan, ma baignoire. Et les nuages eux, ils font juste le tour de la terre, et puis, ils s’en retournent tout neufs, gonflés à bloc, prêts à prendre toutes les formes pour te faire rêver, pour t’arroser aussi. Le soleil et la lune, je les verrai depuis chez moi, et, si je casse le lampadaire du quartier, j’y verrai même le berger.

 

Mon frère, le grand, avec ses « un an » de plus que moi, mon alter ego, lui, il va repartir. Vers Paris, la capitale, celle où je survécus sept ans. Il emballe déjà ses affaires dans son conteneur de voyage. Je lui ai fait un dessin, nul le dessin, un truc pour lui. Il va poser les enfants derrière son dos, dans la petite voiture bleue. Il va fermer la cabane du fond du jardin, là où nos souvenirs moisissent. Il va attacher sa ceinture, celle qui l’empêchera de s’échapper, de dire « Non ! On n’arrête plus les vacances, on reste ensemble ! Pour toujours ! » Les filles auront la gorge serrée, Garance va pleurer, Violette va dire « ovoir » ou « bonjour » peut être. Mon père, l’ancien modèle, posera ses avants bras croisés sur le haut du portail, y appuiera sa tête et ses sept dizaines, puis, pleurera de l’intérieur, sans une goutte pour le sol. Nous, on suivra mon frère avec la familiale, jusqu’au bateau. Le « grand » mettra sa voiture dessus, au beau milieu du Lego des vacanciers en déroute. Le bateau partira pour traverser l’estuaire. On agitera les mains, on s’abritera du vent. Je ne me retournerai pas.

 

Comme toujours, on ne se sera pas parlé pour se dire au revoir. On n’a pas besoin de parler quand on est malheureux. La voix, ça sert quand on a besoin de beurre pour sa tartine, au petit déjeuner.

 

Comme une lettre manuscrite qui se déchire d’un cahier, je prendrais la route vers Bordeaux. Estropié. Seul, je m’enfoncerai dans la brume que les mattes forment à l’aube du matin, aux limites de mon paradis : mes vacances à Soulac.


 

Carnet de vacances – 17 th août (J-1)

 

10 h 5. On s’est levé tard. Violette attendait, comme d’habitude, qu’on veuille bien aller la chercher. Dans la nuit, le ciel s’est abattu sur nos têtes : on aurait dit que l’océan se déversait sur le toit. Il  tombait avec un bruit de douche bouchée par le calcaire. Comme s’il pleurait pour moi la fin des vacances, la fin de mes quarante-deux ans.

 

Dans la glace, trois poils blancs pointent en plus sur ma tempe gauche. Dans le miroir, oui. Sur moi, non, je le refuse. Je ne vieillis pas, j’attends. J’attends l’année prochaine, le mois d’août, les congés, mon retour auprès du vieux modèle et de mon alter ego.

 

10 h 24. J’assiste à la préparation des bagages. C’est cocasse, la bagasisation. Le père de famille s’est préparé une activité matinale. La mère de famille se bat avec les souvenirs qui ne rentrent pas dans les valises, cherche désespérément la chaussette manquante pour faire la paire, appelle son mari pour savoir si le coffre de toit est posée ; pendant que le conjoint se défile, lâche mâle, en direction de la plage avec ses petits jouets. La tension monte chez l’alter ego.

 

10 h 30. Heure du début de la messe. L’ancien modèle est à l’office. C’est tôt pour lui, cet animal de nuit qui rôde dans le noir entre frigo et bibliothèque. Il va sagement écouter le curé crier, hurler son serment couvert d’un chapeau stalinien, été comme hiver. L’écho lui reviendra : maintenant que l’exode papale est terminée, l’église est vide, à part les touristes bien sûr qui traînent leurs claquettes, les mains dans les poches de bermudas démodés.

 

10 h 37. La mère de famille se sent de plus en plus seule pour les bagages. Quand elle appelle « Quelqu’un a vu la serviette rouge ? », le silence lui répond. Forcément, mamie est à l’office. C’est elle qui l’a prise, par mégarde, pour un des quarante tapis de salle de bain de réserve. La MDF[1] ne le sait pas encore, mais elle devra attendre une heure (de messe) pour récupérer son bien, et une autre en plus, car mes parents feront leurs courses, inopinément.

 

10 h 43. Pendant qu’à l’étage, on furète partout pour trouver le slip kangourou manquant du PDF, le père de famille, justement, lance depuis le rez-de-chaussée : « Alors, on va à la plage ? »

 

10 h 52. Le nouveau modèle[2], épuisé se retrouve seul dans la grande villa parentale. Une petite poupée noire et naturiste me contemple, silencieuse et figée, assise dans la chaise bébé qui nous a tous vus passer. Les photos s’empilent sur le piano ouvert face au tabouret à carreaux fétiche de mamie. Le globe terrestre lumineux penche, toujours du même côté, mais ne tourne pas. Il est éteint. Sur la place circulaire qui borde le jardin, je regarde les voitures évacuer les lieux avec, à l’arrière, les vélos attachés. C’est un ballet en demi-cercle. Ces projectiles mécaniques sont envoyés depuis le camping excentré jusqu’à la route des retours, à la vie incolore du turbin quotidien.

 

11 h. Eucharistie. Mon père penche la tête. Ma mère aussi. Moi, je vois bien la scène : j’étais enfant de chœur aux temps chauds, je sonnais de la petite clochette ! « Fais clochette ! » disait le bon abbé.Je sonnais donc, je tintais, je me secouais du grelot. Et j’observais, éberlué, tous ces grands qui se mettaient à genoux. C’est alors que je décidai de devenir un jour directeur d’usine. Je n’avais pas compris que presque tous faisaient semblant, à l’église. Et dans le bizness, c’est pareil : les gens sont souples comme le roseau, pas droit comme des phares. Ils balisent, les gens, ils ne disent pas la vérité. Un jour directeur d’usine ? Moi ? Ce n’est pas gagné…

 

11 h 13. La quête. Enfin, parlons plutôt des quêtes, car notre curé a un discours bien huilé. Faut le comprendre, le pauvre ecclésiaste, y a moins de monde l’hiver. Alors, il racle les fonds de bermudas l’été.

 

11 h 30. Une éclaircie. Avant de prendre une écope sur la tête, je change de lieu.

Je l’ai vu ! Mon personnage de roman, ma « Boule », la boulangère étouffée dans sa machine ! En passant par le boulevard de la Plage, elle dans un sens, à vélo, moi dans l’autre, en auto. La « Boule », elle pédalait les jambes ouvertes, énormes, la robe de tissu imprimé flottante, au-dessus de sa culotte rouge. Brodé, la culotte, brodée de satin. La graisse de ses cuisses, de ses bras pendait puis rebondissait à chaque coup de pédale. Ses fabuleux seins ronds, presque dégorgés du pigeonnier, se balançaient à contre-sens de l’effort. C’est elle, la femme que j’ai dessinée, peinte à l’aquarelle… mon phantasme absolu ? Peut-être.

En stationnant, j’ai vu mon alter ego jouer sur la plage, et sa famille qui l’attendait, près de la serviette, profitant d’une jolie trouée dans le ciel. Il fit provisoirement chaud. Un bateau de pêche se dépêchait de passer dans le tableau, tout près de la côte.

 

Les toiles de tente étaient déjà installées, en cascades soignées, les rayures bleues immuables depuis des années. Quoique quelque peu défraîchies.

12 h 7. Je ne sais pas si j’ai correctement fait les valises de ma mémoire. Elle fuit ; et puis elle déborde parfois, en tous sens.

 

Tiens, la « mauvaise réputation » qui passe. On repart. Ma fille m’a rejoint. On longe la plage. Le club des petits Mickeys est fermé. Normal, c’est dimanche aujourd’hui. La messe est dite. Les ouailles se sont parlé devant le perron, sur le parvis de l’église. Puis ils se sont dispersés, aux quatre vents, pour répandre la bonne parole : « A table ! »

 

C’est temps de rentrer, la grillade m’attend.


 

Çarnet de vacances – 18 th août (J)

C’est arrivé. La fin des vacances est sonnée. Comme moi que mon réveille carillonne d’un morceau des Pink Floyd haché menu. À 6 h 15 pétantes.

 

Les filles rêvent paisiblement derrière le petit tableau de nounours que je leur ai peint, il y a deux semaines. Mais, pour une fois, tous ne dorment pas dans cette maison : des pas furètent ci et là, de personnes qu’on ne voit pas, qu’on entend seulement. Je m’habille en silence, j’enlève mes clefs de voiture de ma chaussure pour enfiler mon pied à l’intérieur. Je bois un café réchauffé au coin de la grande nappe orange à franges. J’ouvre le garage… il fait nuit ; encore pour quelques minutes. C’est bientôt l’aube : les mattes, à l’est renvoient la lumière du levant sur une partie du ciel. La lune, pleine toujours, malgré les caresses incessantes que les pins, mes amis, lui donnent au cours de la nuit, illumine l’autre partie : l’océan et l’horizon, celui où l’on a vu le soleil s’enfoncer, Garance et moi, hier soir, derrière les nuages dans une grande gerbe de couleurs. La fraîcheur retient fermement les parfums du jardin sur le sol. J’ouvre le portail. Noir. J’actionne le démarreur. Je pars.

 

Je laisse la villa dans mon dos. Je ne me retourne pas. Jamais. Je quitte mes filles, ma femme, mon surf et la nappe orange. J’abandonne le pin, le chêne, et les rhizomes. Le barbecue aussi, mais avec plus de facilité. Je longe la route qui me mène à la rue principale, je traverse la cité-dortoir du village, car même les villages ont besoin des autres gens, ceux qui peuvent seulement construire à côté de la maison des moustiques.

 

Les mattes m’attendent au tournant. Avec la sérénité du sage qui sait. Du savant qui, d’une année sur l’autre, voit le même phénomène arriver à la même date : l’exode de Yves Guilhamon, logisticien de son métier, et… père de famille de son état. Elles me font le grand jeu : la brume a envahi les lieux, ne laissant apparaître que des ombres d’herbes hautes et des cadavres de poteaux aux coins des clôtures. Pendant que les derniers pins de la route me fondent une haie d’honneur, les tamaris[3] de la frontière d’avec le monde moderne me peignent la mémoire, doucement, tendrement.

 

- Non, je ne me retournerai pas !

 

Car je suis le chauffeur de bus[4], les deux meules de gruyère sur la gueule en train de m’aplatir, En charge des quarante-deux passagers de mon car, ma banquette arrière. Responsable. De celui-là, deux ans et une portion, qui porte le bidon de lait jusqu’à la pharmacie, le frottant sur les murs, en compagnie de son frère. De l’autre, un peu plus haut, sept ans, qui balance des pignes depuis l’équipe des verts sur le groupe des rouges enfants de l’école publique. De l’autre encore, qui bouffait son sandwich, adolescent à l’arrière de l’auto-bus. De celui-ci enfin, presque trente-sept ans, qui a perdu sa fille, aînée au moment où elle naissait …

 

Chauffeur de moi(s), en fait.

 

Je lutte. Contre. Contre la mémoire du laisser-aller. Je le sais. Je le sais bien que vous, vous les mattes, vous rentrez dans les cœurs, vous touillez les douleurs, vous torturez les pères. De famille. Une en haut et trois en bas. Si, si ! Je l’ai vue s’envoler. Vous me l’avez mise assise à côté de mes moi, sur la banquette, ma fille ; vous êtes trop cruelles les mattes ! Trop cruelles… je vous abandonne.

 

Mais les arbres ne me laissent pas tomber, eux. Je ne serais pas abattu ce matin, dans la brume qui tarde à s’évaporer, prise en tenaille entre le soleil qui s’est levé maintenant et la lune qui se couche. Les chênes forment bientôt une sorte de toboggan qui fait glisser les vapeurs du sol d’un bord de la route vers un champ plus loin. Je passe sous le pont de brouillard, je suis sauf.

 

C’est le jour « J », celui du retour au travail, de l’oubli de soi, de l’effort.

 

Je me gare sur le parking de l’entreprise. En marche arrière. Je me retourne. Les passagers ne sont plus là. Ils sont de retour à Soulac. Leurs vacances éternelles.

 

- Marguerite ! Attends-moi ! Je reviens dans un an !



[1] Mère de famille

[2] Moi. L’ancien modèle, c’est mon père

[3] Prononcez « tamarisse »

[4] Voir chapitres précédents

:: note publiée par Yves Guilhamon :: le lundi 18 août 2008 à 16:44 ::
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MY ACADEMICIENNE OU LA DEMOISELLE DE CRAYENCOUR - Courte biographie sur Marguerite Yourcenar - Texte extrait du recueil "COMME UN NOIR SOLEIL"

par Justine Mérieau

 

Au début des années 1900, quelque part en France dans les Flandres, près de Lille… À Saint Jans Cappel exactement, par un beau jour d’été.

À l’horizon, se profile un romantique château aux fines tourelles…

« Le Mont-Noir », se dresse au milieu d’une nature exubérante.

Une petite fille à l’air grave se promène dans l’immense parc. Enfant d’une huitaine d’années déjà sérieuse et réfléchie, beaucoup de pensées se bousculent dans sa jolie tête brune.

Regard clair intense et profond, cheveux mouvants lui tombant sur les épaules, gracieuse dans sa robe blanche recouvrant la culotte longue resserrée aux chevilles au-dessus des bottines lacées, Marguerite avance à pas menus, foulant l’herbe de la pelouse, s’arrêtant parfois pour cueillir les fleurs sauvages aux tons variés, dont la grâce ou le parfum l’émeuvent déjà.

Elle a des allures de petite fille sage. De petite fille modèle de ces années-là.

Qu’on ne s’y fie pas… Bien des années plus tard, lorsqu’elle sera devenue célèbre, elle avouera avoir détesté les livres de la comtesse de Ségur, qu’elle ne trouvait pas naturels, trop manichéens.

Trop sophistiqués par rapport à sa conception précoce de la vie, les enfants dépeints l’irritaient, ne lui paraissant pas réels.

 

Marguerite se dirige tout droit vers l’enclos où se trouvent ses moutons, et surtout sa chèvre. Une belle chèvre blanche, aux incroyables cornes dorées. Cadeau de Michel de Crayencour son père, qui lui en a fait un jour la surprise, peignant lui-même les cornes de l’animal. Son père est un être fantastique… Dans leur propriété du Sud de la France, il accroche toujours aux arbres des oranges avec un fil, lorsqu’ils en sont dépourvus…

Elle prend plaisir à caresser le pelage un peu rugueux, à essayer de comprendre ce que peut ressentir la bête. Elle voudrait découvrir tout son mystère au travers de son regard… Son profond amour des animaux, sa compréhension de leur place importante sur terre, du respect qu’on leur doit comme à tout être vivant l’habitent déjà.

Marguerite ne sait pas que plus tard, devenue écrivain, ses livres lui donneront l’occasion de dire son sentiment sur leur sort. Notamment, dans sa première autobiographie, Souvenirs pieux, où elle est atterrée d’avoir découvert les massacres d’éléphants, qu’elle dénonce.

Et elle fera un jour la réflexion suivante : « Qui ne ressent pas profondément ne pense pas ».

 

Caressant sa chèvre, elle songe à son père. Plus qu’un père : un protecteur, un confident, un ami. Un professeur aussi, qui lui enseigne tout et surtout la littérature. Malgré son jeune âge, il lui parle déjà philosophie latine, grecque et shakespearienne.  Elle lui voue une admiration sans borne, elle, l’enfant sans mère, élevée par lui et sa grand mère Noémi, dont son père est le fils ; sans oublier Gretchen, sa chère nourrice, qu’elle affectionne…

Marguerite s’étonne toujours, lorsque les gens s’apitoient sur son sort d’enfant sans mère.

Au château, lorsqu’elle regarde les portraits de ses ancêtres, elle s’arrête parfois devant celui de sa mère. Fernande de Cartier de Marchienne, jeune femme belge… Elle a beau scruter le visage, il ne lui évoque rien de particulier, aucune émotion.

Cette femme qu’elle ne connaît pas, qu’elle n’a jamais vue, lui est parfaitement indifférente. Paraît-il qu’elle est morte en lui donnant le jour en Belgique, à Bruxelles, un 8 juin de l’année 1903… Elle a du mal à le réaliser, de même qu’elle ne peut réaliser que cette dame figée dans un encadrement était sa mère.

Pour elle, ce qui compte, ce sont toutes ces femmes qui s’occupent d’elle. D’abord sa nourrice, en qui elle trouve suffisamment de compréhension et d’affection pour ne pas se sentir frustrée ou abandonnée, et ensuite les domestiques ; elle aime se rendre dans l’immense cuisine où il fait bon, au coin du feu, parler avec le personnel ; avec tous ces « gens » lui faisant penser à la tribu romaine et avec qui elle entretiendra de tout temps des liens amicaux. Et il y a également les bonnes amies de son père, toutes si gentilles avec elle. Et puis, Noémi, sa grand mère…

À chaque fois qu’elle y pense, instinctivement Marguerite fronce un peu les sourcils et son regard se fait dur. « Marguerite, fais attention à mon fauteuil… Ne marche pas sur mon tapis… ». Sa grand mère lui paraît déjà trop rigide, trop « Bourgeoise », avec son éternel esprit de possession des biens matériels.

Ce n’était pas qu’elle en souffrait, non… Mais lorsqu’elle l’observait, elle la trouvait bizarre et pas bien sympathique (cette « sympathie » qui lui était si importante et dont elle dira devenue femme : « Dès qu’il y a sympathie, ce mot si beau qui signifie « sentir avec » commencent à la fois l’amour et la bonté »). Ne comprenant pas qu’elle puisse être la mère de son père, si différent.

Peut-être était-ce aussi pour cela, qu’il avait coutume de dire : « On n’est bien qu’ailleurs » ?…

Ce qu’elle-même pensait, attendant à chaque fois avec une certaine hâte qu’il l’emmenât avec lui en voyage.

 

Partir sans cesse avec son père à la découverte du monde, de ce monde qu’il avait entrepris de lui faire connaître, fut, durant toute son enfance et son adolescence, la première de ses passions, celle qu’elle devait conserver tout au long de son existence. Une existence de vagabonde, de nomade… De marginale, comme celle de son père, qui lui disait à chaque fois là où ils se trouvaient, dès que quelque chose allait mal, que ce soit n’importe quoi : « Ça ne fait rien, on n’est pas d’ici, on s’en va demain »…

Dès que Marguerite fût en âge de comprendre, elle fut immédiatement conquise par la personnalité de son père, faite, dira-t-elle, « d’un mélange d’audace et de générosité, avec un fond d’indifférence malgré son ardeur ». Et jusqu’à la mort de celui-ci, tous deux furent très liés par une grande complicité les faisant s’épauler l’un l’autre, au travers de leurs discussions littéraires et de leurs voyages.

Beaucoup plus tard, lorsqu’elle serait devenue écrivain, elle parlerait de tout cela, couchant ses mémoires sur papier, dans son livre Archives du Nord, son deuxième livre autobiographique…

 

 

*

 

Année 1914, au mois d’août. Port d’Ostende. Un paquebot plein de réfugiés s’éloigne en direction de l’Angleterre…

L’Allemagne a déclaré la guerre à la France et violé la neutralité belge. La machine infernale est en route…

L’un près de l’autre sur le pont, Marguerite et Michel de Crayencour regardent avec émotion, angoisse et tristesse disparaître peu à peu les côtes belges. Mais Marguerite a onze ans. À cet âge, c’est l’aventure qui prime sur le reste. Elle est très excitée de découvrir bientôt la Grande Bretagne.

 

Durant toute une année, avant de regagner Paris en 1915, elle va explorer Londres, tout à la joie d’être pour la première fois aussi libre, dans une ville étrangère immense et riche en découvertes.  Son amour des animaux est comblé : elle vit non loin de Richmond, une agglomération de la banlieue ouest de la capitale. Et là, se trouve un magnifique parc avec sa réserve de biches, où Marguerite se rend souvent pour les contempler. Un peu du Mont-Noir ressurgit… Ce Mont-Noir, qui n’existe plus que dans sa mémoire : après la mort de sa grand-mère, la propriété a été vendue par son père. Comme elle voyage beaucoup, elle n’en a pas vraiment pris conscience.

Mais à Londres, il y a surtout les sorties avec son père, qui l’emmène visiter tous les monuments à voir, tous les musées, et qu’elle attend à chaque fois avec impatience. National Gallery, British Muséum…

Et cette année anglaise s’avèrera une année décisive pour la petite Marguerite. Au British Muséum, elle va faire une rencontre capitale pour sa future vie d’écrivain : elle y voit pour la première fois, un buste de bronze repêché dans la Tamise au XIXe siècle. C’est celui d’Hadrien, empereur romain du IIe siècle, dans sa quarantième année.

Une révélation… Elle est subjuguée.

 

« L’imagination accepte ce à quoi elle s’attache. Il y a des affinités, des choix, qui ne sont pas très faciles à expliquer »… confiera, bien des années après à un journaliste français, l’écrivain qu’elle est alors.

Malgré tout, elle dira avoir eu parfois dès son jeune âge, confusément, comme une sorte de fièvre intérieure. Une espèce de prescience de sa vie la lui faisant voir particulière et intense.  

Quant aux choix, Marguerite les aura faits de bonne heure. Son goût de l’Antiquité, du mystique, du Sacré sera là, définitivement. La trame de toutes ses œuvres sera tissée de fils grecs.

Depuis Alexis ou le Traité du vain combat et Feux, en passant par le Coup de grâce et Mémoires d’Hadrien, pour en terminer avec L’Œuvre au noir

Ne dira-t-elle pas par la suite : « Presque tout ce que les hommes ont fait de mieux a été dit en grec » ?

 

 

 

*

 

À la fin des années 80, quelque part sur la côte Est des États-Unis, dans le Maine, un jour de début d’automne.

Sur une île nommée « Monts-Déserts » par Champlain, en pleine nature, « Petite Plaisance », une grande maison de bois peinte en blanc, faisant penser à quelque habitation créole d’autrefois, ou encore, aux maisons style western du temps des cow-boys et des Indiens…

Immobile sur le pas de la porte, une vieille dame scrutait l’horizon. Son regard bleu intense, malgré la somme des ans s’inscrivant tout autour, restait incisif et perçant, comme si rien ne pouvait l’atteindre. Il errait très loin, bien au delà de tout. Comme détaché du monde…

 

Enhardie par le temps qui se voulait clément ce jour-là, Marguerite Yourcenar décida de se dégourdir les jambes en faisant un tour au jardin. Elle enfila sa veste, posa sur sa tête un foulard de soie qu’elle noua négligemment et descendit les quelques marches de sa terrasse.

Peu après, elle entrait dans le pré aux marguerites. Elle en cueillit un gros bouquet dont elle ornerait comme à chaque fois son bureau. Elle eut un demi-sourire un peu triste. « Une Marguerite parmi les marguerites… ». Petite phrase de sa regrettée compagne Grace Frick. Elle se souvenait… Elle avait répondu : (Ce qu’elle avait dit également à ce journaliste parisien, venu l’interviewer quelques années auparavant) « Oui, et c’est pourquoi mon prénom me plaît assez… C’est un nom de fleur. Et à travers le grec, qui l’a emprunté au vieil iranien, cela veut dire « perle ». C’est un prénom mystique ».

Grace, sa compagne… Tous ses amis, eux, toujours là. Mais à présent quand même bien seule…

Tout écrivain qu’elle est, reconnu et récompensé par les palmes académiques en mars 1980, dont la voix s’est enfin fait entendre outre atlantique, elle n’est plus maintenant qu’une vieille femme finalement vaincue par la vieillesse, la solitude et la souffrance physique. Une dame très âgée, qui reconnaît avoir eu une vie riche et bien remplie, mais qui sent que celle-ci va bientôt s’interrompre.

Alors, elle remue ses souvenirs avant de disparaître, pour, « afin de ne pas rater le passage », partir « les yeux ouverts ». Ouverts sur un monde qui lui a tant apporté. Tant donné, mais tant repris aussi…

Grace… sa chère Grace, qui avait su être, durant quarante ans, sa fidèle amie, sa complice de tous les instants, voyageant avec elle, l’assistant dans son travail. Qui l’appelait tendrement « my »… Brusquement malade, si tôt disparue. Chagrin immense… Plus encore que pour son père, disparu lorsqu’elle commençait tout juste sa vie de femme. Elle n’avait que vingt-six ans… La jeunesse, elle, est férocement égoïste : elle parvient facilement à oublier.

Depuis que Grace était morte, elle avait souvent repris la route. Une autre façon intelligente d’y moins penser, en faisant le « tour de la prison », comme elle aimait à dire. Un long périple à travers le monde, en compagnie de son tout dernier ami, son jeune ami musicien, Jerry Wilson… Un nomade, un marginal comme elle, qui partageait la même passion des voyages. Et dire qu’il venait de mourir lui aussi. Si jeune…

Mais la vie était ainsi.

Ce n’est jamais que « l’atrocité foncière de l’aventure humaine », se répète-t-elle encore ce jour, sachant que personne ne peut y échapper.

Et Marguerite pleure sans honte, au milieu des fleurs où elle s’est assise et qui la cachent et la protègent.

Trop de morts terribles l’entourent… Elle est trop vieille à présent, pour avoir la force de continuer, de lutter seule. Une phrase, écrite dans sa jeunesse, lui revient en mémoire : « Solitude. Je ne crois pas comme ils croient. Je ne vis pas comme ils vivent. Je n’aime pas comme ils aiment. Je mourrai comme ils meurent ». Phrase bien prémonitoire, pense-t-elle, souriant malgré elle à travers ses larmes.

 

Ses pleurs un peu séchés, l’ombre de Zénon se profile aussitôt en elle… Elle n’est pas vraiment seule. Hadrien aussi est là… Depuis toujours. Depuis qu’elle leur a redonné vie, elle les porte en elle… Ses personnages l’habitent. Elle leur parle, elle les entend lui répondre, elle les voit… Tous ces « vivants du passé » l’ont toujours hantée. Ils l’ont accompagnée tout au long de son existence.

Marguerite se rassure soudain : ils seront avec elle, à son chevet, dans ses derniers instants… Elle en est certaine.

Madame Yourcenar se relève avec peine, les bras plein des marguerites cueillies. Elle ne pleure plus. Avec eux, elle se sent plus forte. Elle est déjà hors du monde, hors du temps…

Elle retourne à sa maison et continue à songer en marchant. Toujours aux mêmes choses, qui font partie de sa philosophie. À ces mêmes propos, qu’elle avait confiés à ce journaliste : « La vie est beaucoup plus au passé qu’au présent. Le présent est un moment toujours court et cela même lorsque sa plénitude le fait paraître éternel. Quand on aime la vie, on aime le passé parce que c’est le présent tel qu’il a survécu dans la mémoire humaine. Ce qui ne veut pas dire que le passé soit un âge d’or : tout comme le présent, il est à la fois atroce, superbe ou brutal, ou seulement quelconque ».

L’académicienne met les marguerites dans un grand vase, qu’elle pose sur sa table de travail. Elle allume sa lampe de bureau, s’assied. Elle reprend ses feuillets épars, les relit, les rature, les annote, y trace quelques vagues dessins,  puis d’un coup écrit d’une traite.

Elle travaille sur son dernier roman, Quoi ? l’Éternité, le dernier de sa trilogie autobiographique, Le labyrinthe du monde. Elle sent que le temps presse. Elle a d’autres livres en tête, mais elle sait déjà qu’elle n’aura pas le temps de les écrire. Aura-t-elle le temps de terminer celui-là ?…

:: note publiée par Justine Mérieau :: le jeudi 14 août 2008 à 00:08 ::
:: MY ACADEMICIENNE OU LA DEMOISELLE DE CRAYENCOUR - Courte biographie sur Marguerite Yourcenar - Texte extrait du recueil "COMME UN NOIR SOLEIL" ::
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49 - Tout va bien!

par Couraud

C'est gentil de passer me voir, ça me change de la semaine dernière, au Centre de Lutte Contre le Cancer René Gauducheau de Nantes où je ne suis resté que quatre jours mais qui, je vous assure, m'ont parus les plus longs de mon existence. Pas une visite! Trop loin, trop court, trop en vacances, etc... Ce qui fait que, la gorge tranchée de frais et le poitrail bleui, j'ai vite compris qu'il fallait que je taille la route: le lendemain de l'opération, je courais déjà comme un lapin, certes, qu'on aurait pu croire atteint de myxomatose, mais instinctivement déterminé à vite s'évader! Deux jours plus tard, j'étais dehors. Blessé, mais seulement, et fichtrement heureux de respirer un autre air! C'est drôle, autrefois, Lapin était le surnom que m'attribuait mon père lorsque je lui paraissais à peu près digne de porter son nom... À présent, c'est couru, je ne regarderai plus jamais un garenne de la même façon, peut-être parce qu'à me souvenir, je partagerai instantanément sa peur? Bien cordialement, Alain
:: note publiée par Couraud :: le jeudi 7 août 2008 à 10:30 ::
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CARNET DE VACANCES

par Yves Guilhamon

Carnet de vacances – 1er Août

 

Déjà une semaine de passé. Comme si les problèmes de la vie courante étaient partis dans les limbes, à une année-lumière de moi en bermuda. Ils glissent et me heurtent sourdement, montant à ma conscience, mais précisant « sans urgence ». Je garde le feu couvert.

Violette déambule en babillant dans son trotteur, voiture-tamponneuse. Les bing(s) et les bong(s) rythment les sons de ma pensée.

J’ai pris plein de photo de villas Soulacaises en prévision de mes prochains voyages à l’étranger. Un stock de croquis à venir. La peinture ? Je sature ; un peu. J’ai progressé sur le sens de la perspective et des couleurs, des ombres… mais je bloque pour la fin ; l’éclat! Je décrypte non sans mal les explications de Jan HART[1], puis teste un à un ses mélanges, ses effets : réserver une zone blanche du papier pour mettre en avant un motif, superposer le jaune, le rose et le bleu pour tendre vers un gris tout en nuances, en jouer pour faire des ombres ou neutraliser une couleur par une autre… Tout un univers de complexité.

Mais en avançant dans mes vacances salvatrices, la complexité tend à me peser : comment faire le grand écart entre les blagues obligatoires (à deux balles sur le poids du pigeonnier de ma voisine de serviette) et la palette de Velázquez[2]? « Excusez, je peux vous peindre la mamelle, madame ? » ferait déplacé. De nos jours on est plus direct : « salut ! Je sais que je suis marié, que j’ai la quarantaine bedonnante et que vous êtes alléchante, mais comme j’ai aucune chance, je préfère soit vous peindre (si j’en étais capable), soit faire une petite blague pas chère sur votre magnifique tétine ensoleillée »…

Tiens, Violette vient de briser un bibelot de bonne maman. Hsss ! Elle arrive tout à l’heure ! Plus visible que le pied de table pété et recollé à la va-vite de la dernière fois. Ma femme revient…

 


Carnet de vacances – 2nd août

 

Aujourd’hui. Les nuages gris lèchent la cime de mes pins à 35 kilomètres à l’heure. Un petit crachat céleste papillonne autour de ma voiture. L’océan ronronne comme un chat. Des gris tout en nuances ont envahi les cieux et les flots alentour : l’estuaire charrie du gris marron au nord de ma plage ; l’océan ondule entre vert d’algue et pelage de souris ; le ciel, lui, ne change pour l’instant pas d’avis, il reste terne ; et défile, uniforme.

L’atlantique est impraticable. Mon surf, vibrant d’envie, reste cantonné au garage.Les filles vont rester à l’intérieur. Lasses des activités, elles manifesteront dans les couloirs leurs désirs d’avenir. La patafix et les aquarelles combleront quelques heures d’ennuis ; la lecture fera le reste. Conseil aux pères : achetez Helmer l’éléphant, il y a de quoi chanter et trouver des idées de dessins.

En allant chercher les chocolatines ce matin, j’ai capté une photo depuis la dune derrière la basilique, celle où j’allais, 35 ans auparavant, faire de la luge artisanale sur les épines de pins. À travers les arbres, on y voit jusqu’au café de la plage, on y devine le sable ; et les vagues en dessous !

J’aime la pluie. Ca me repose.


 

Carnet de vacances – 3rd août

On est envahi. De rhizomes. De diaboliques rhizomes de mimosa[3]. Ils rampent partout. Sous les pierres, sous le sable, sous les murets. Des pousses de mimosas envahissent le jardin et s’immiscent dans nos évacuations.

Dans ce troisième volet, j’allais vous parler d’un ancien amour de vacances, d’une femme douce et mystérieuse, d’une muse estivalière depuis loin oubliée, mais jamais effacée.

En effet, jamais l’homme ne perd ses amours de jeunesse : il les égare seulement, les paume dans une des arcanes de sa pauvre mémoire. Et puis, sur la plage, d’un seul clic, la mémoire revient, l’acné juvénile réapparait : un doigt frais bercé par le vent vous effleure le dos.

- Salut !

- Ah ! Bonjour ! Comment vas-tu ?

Tu échanges trente mots avec elle. Elle a vieilli. toi aussi ; et plus qu’elle. Mais tu gagnes du pognon[4] ; elle moins ou pas comme elle voudrait.

Les « ex », ils aimeraient s’asseoir côte à côte. Faire le bilan de leurs voies[5]. Caresser en esprit la peau douce de leurs vingt ans.

Les conjoints arrivent. Présentations gênées. Aux revoirs rapides.

Retour aux rhizomes. Y en a plein. Je sue à grosses gouttes pour les enlever. J’ai du sable partout. J’ suis responsable, père de famille. J’ai 42 ans.


Carnet de vacances – 4th Août

 

Seul. Seul trente minutes. La moitié d’une heure sur la table orange des vacances. Violette dort. Les filles sont au marché.

Retour sur l’ex : c’était en 82. Elle était belle et si étrange à la fois. Elle venait du nord au mois de juillet. J’avais seize ans, elle dix-sept.

Chut ! Voilà les filles. Restez discrets je vous prie.

Son père était journaliste à la voix du Nord. Ah