Je filai doux comme un agneau lorsque ma mère me dit soudain :
- Va chercher le lait à la ferme et ne traîne pas sinon le loup va te manger !
Je n'avais qu'un bonnet bleu et des gants noirs tricotés en maille douce au point mousse !
Alors tout doucement, je me répétai tout le long du chemin : "Le loup ne me mangera pas, car je ne suis pas habillée de rouge ! Et puis, je suis bien le chemin; Je ne file pas en douce dans des allées nconnues".
A moitié rassurée, du haut de mes six ans, j'eus tôt fait de franchir un gué avec mes deux pots au lait bringuebalant bruyamment. Si le loup me guettait, il viendrait voir de plus près. Cette idée me donna des jambes et j'aperçus le toit de la ferme au bout du chemin. Je poussai un soupir de soulagement tant il est doux d'arriver à bon port !
La fermière me donna un gâteau bien crémeux et remplis mes bidons en fer de lait mousseux et odorant. Je la remerciai et reprit le chemin en sens inverse.
Tout en marchant, je remarquai des lettres creusées dans le tronc d'un arbre. Je m'approchai silencieusement et constatai qu'il s'agissait d'un doux poème que je déchiffrai à voix haute :
"Chaque jour je te fais les yeux doux
Mais ton coeur y est insensible,
Accepteras-tu un rendez-vous ?
Au nom de notre amour;"
Je trouvai ce texte si beau que je l'appris par coeur, tout en cheminant jusqu'à la maison.
les joues roses, je racontai par le menu ma découverte et j'eus la stupéfaction de revoir de voir maman pleurer, tout en me disant d'un ton très doux : "C'est un mot de ton papa, il est au ciel maintenant mais son poème est toujours vivant !".
Ce fut à mon tur d'être émue et je versai quelques larmes en imaginant mon père creuses l'écorce de l'arbre pour immortaliser son amour...

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