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Le blog de plume

PRESENTATION

 

 

:: note publiée par anouchka :: dans MA PRESENTATION :: le mercredi 1 octobre 2008 à 08:09 ::
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TARTE,VOUS AVEZ DIT TARTE ?

Bien sûr à quoi pense-t-on quand on évoque une tarte ?

Les gourmands vous diront :
-à un dessert, cela va de soi !
Les belliqueux répondront avec un zeste d'agressivité :
-à une gifle bien envoyée (et méritée pense-t-il)...
Les blasés affirmeront :
-à quelque chose de tarte, d'ailleurs vous aussi vous êtes tarte (has been, démodé, ringard,ridicule)
Et quand, vexée, vous lui rétorquez :
-tarte à la crème vous-même ! Vous lui signifiez ainsi que ce qu'il dit est sans intérêt, ordinaire, redondant...

Lui tournant le dos, et rangeant votre matériel de micro-trottoir, vous ajoutez tout haut :
- C'est pas de la tarte !

Avec cette expression, vous vous réconfortez un peu en pensant que le sujet est trop difficile. Alors, ne résistant plus devant cette évocation de tartes tous azimut, vous vous précipitez dans une pâtisserie et dégustez en file indienne, une tarte au citron, aux pommes, aux poires, au chocolat, aux abricots. Il vous manque quelque chose malgré tout ! Mais oui c'est votre préférée, la tarte à la rhubarbe.

Du coup, légèrement écoeurée, vous vous trouvez "tarte", trop grosse, mal fringuée, l'air bête comme vos pieds !

Alors, vous concluez :
-Décidément c'est une journée tarte à la crème !

Et vous n'y pensez plus ! Juste une chose, maintenant il faut bruler les calories que vous avez accumulées !

L'HORREUR !!!!!

Bon week-end pas trop tarte !!
Anouchka

 

 

 

:: note publiée par anouchka :: dans HUMEUR DU JOUR :: le mercredi 23 juillet 2008 à 14:22 ::
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POUSSIERES D'ETOILES, LE REVE

Aujourd’hui, on est le vendredi 18 Juillet de l’année 2008 sur la planète terre ! J’ai vérifié sur le calendrier de la Poste !!!!(Cette année, en guise de calendrier illustré toujours avec un goût très sûr, j’ai pris une pin-up (ce n’est pas un gros mot) sur l’endroit et sur l’envers, un routier qui lève le pouce au volant de son camion décoré de nanas savamment dévêtues !!!).

Ca me rappelle un  resto routier où nous fîmes étape pour le déjeuner. Il était 13 heures, l’heure des infos… Une ribambelle de camions tous plus beaux les uns que les autres étaient garés en épis (de blé et non pas l’épi rebelle de ma chevelure au petit matin) ! Tout en rangeant notre véhicule, on se disait que le menu avait bonne réputation ! Quelle ne fut pas notre surprise d’être accueillis par une soubrette en dessous avantageux dont les hanches ondulaient sous un pagne rose fluo !!!! 

Il n’y avait que des hommes au cou épais et rouge (red necks) qui avaient le regard lubrique et la face congestionnée (à mon avis la congestion avait dû gagner une partie de leur anatomie que la décence m’interdit de nommer ici) ! Tatouages et biceps faisaient bon ménage tandis que le pastis remplissait les verres gracieusement servis par une autre barmaid dont le décolleté pigeonnant vous invitait à y descendre sans cordée !!! 

Nous eûmes bien du mal à nous concentrer sur nos paupiettes du chef et le fou rire nous secouait convulsivement !!!! Un vrai délire !

A propos de délire, lequel vient quotidiennement me chatouiller les orteils, le délire naturel, spontané, sans chichi, le délire qui vous laisse zen  et réconciliée avec le quotidien !!!!En évoquant mon quotidien, j’ai oublié d’acheter des  tomates cerises, au fait on sort ce soir, mon brushing est à plat, je n’ai rien à me mettre, dimanche j’ai du monde et le frigo est désespérément vide !! Sans compter le nettoyage complet de l’appart à faire et le linge à laver… 

Devant ce salmigondis répugnant de tâches ingrates, invisibles à l’œil masculin, lequel mec vous dit en rentrant le soir qu’il a travaillé, lui, et qu’il n’a pas la force de vous aider, je plonge à nouveau dans mon délire, les yeux fermés et à pieds joints … 

Dans mon rêve de liberté, je chevauche une Harley, mon casque est futuriste, la voix de C. Maë susurre à mon oreille des mots doux, je décolle, montant toujours plus haut,traçant un sillage  nacré dans le bleu azur du ciel. La terre m’apparaît comme une sphère précieuse chamarrée de bleu et de verre, elle illumine le vide astral dans lequel je m’engloutis, émerveillée, parmi une poussière d’étoiles filantes.

 

Je suis désincarnée, je plane, dans mon esprit se forme une pensée : 

 

Ma planète d'amour, tu es menacée,

nous te sauverons  ensemble,

la main dans la main 

:: note publiée par anouchka :: dans HUMEUR DU JOUR :: le vendredi 18 juillet 2008 à 19:15 ::
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ACCORDS SINGULIERS

 

Mésange sur le site de amour de poesie correspond à Anouchka

.dont les rêves sont aussi exotiques et rejoignent ceux de Mesange... 

:: note publiée par anouchka :: dans POESIE :: le dimanche 13 juillet 2008 à 03:21 ::
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LE GLAIVE ET LA BALANCE (TANKA)

 

 

Anouchka

80708

:: note publiée par anouchka :: dans POESIE :: le jeudi 10 juillet 2008 à 19:19 ::
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SERENITE (HAIKU)

 

Pensée apaisée

 

Voyage de l'esprit

 

Regard éclairé

 

 

 

 

 

Anouchka

70708

:: note publiée par anouchka :: dans POESIE :: le jeudi 10 juillet 2008 à 18:36 ::
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UNE DOSE DE RIXA DIABOLICA !

 

Pour les latinistes pas de problème ! Quant aux autres, ils devineront aisément de quoi il s'agit quand j'aurai raconté mes malheurs. Sans être les malheurs de Sophie, mon enfance avec la Comtesse de Ségur a laissé des traces, mes malheurs sont kafkaiens. Car c'est à n'y rien comprendre ! Les gens sont un peu tordus de nos jours et ils voient le mal partout. En tout cas certains s'amusent à mettre le boxon sur des sites jusqu'alors paisibles et courtois.

 

L'histoire commence par un poème ou soi-disant tel adressé en guise de pamphlet, j'ose le croire, à propos d'une modération exercée sur un écrit qui consiste à un déplacement de sujet dans la rubrique adéquate. La malchance a voulu qu'en traitant le sujet, la souris s'égare malencontreusement sur le verrouillage qui est peu visible. Tollé malséant d'un membre non concerné directement prenant la défense de l'auteur dudit poème, tout en chargeant ma mule exagérément !

 

Je contemple alors le désastre, et  chacun y va de son couplet vindicatif ou protecteur. Je me suis demandé quelle mouche l'a piqué et s'il n'est pas coutumier du fait. Toujours est-il que je suis protégée par l'équipe de direction du site et que le désagréable plumitif se fait tout petit.

 

Soignant le mal par le mal, je prends une dose homéopathique de rixa diabolica en espérant que mon agitation intérieure se calme dans la soirée.

 

Vous me direz, une seule dose ? J Mais oui, une fois m'a suffit !

 

Anouchka

:: note publiée par anouchka :: dans HUMEUR DU JOUR :: le mercredi 9 juillet 2008 à 19:37 ::
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AVOIR DES DOIGTS DE FEE

 

 

L'expression "Avoir des doigts de fée" reste un peu mystérieuse, aussi mystérieuse que les fées elles-mêmes.  La légende veut qu'elles manient leur baguette magique avec une grande dextérité. D'où "les doigts de fée" ! Mais comment peut-on avoir ces doigts-là, alors qu'on est une femme ordinaire, avec des doigts fuselés, certes, mais des doigts qui font un tas de choses. 

 Notamment, on dit aussi la "fée du logie", autre expression se rapportant aux fées. Etant donné qu'une fée du logis n'a pas forcément sa baguette à la main, elle a  sûrement des doigts magiques et s'est transformée, en quelque sorte, en fée du logis ; ce qui revient à dire qu'elle sait tout faire et qu'en réalité, elle fait tout à la maison.

Avec le mot "doigt", on rencontre de nombreuses expressions diverses. Par exemple," avoir les doigts verts" ! Pourquoi obligatoirement vert ? Parce que cette expression s'adresse plus particulièrement aux jardiniers. Cela signifie que les plantes ne lui résistent pas et que, soignées par lui, elles s'épanouissent et deviennent magnifiques.

"Se mordre les doigts" , éprouver des regrets très vifs ! Notamment quand vous marchez sur la queue du chat de votre voisine, ou que vous oubliez de payer à la caisse du supermarché ! Si en plus vous vous faites arrêter en plein délit par une armoire à glace qui vous pousse vers  un bureau sordide, sans fenêtre, où vous serez interrogée comme une grande délinquante,alors que vous étiez seulement attirée par une petite robe, vous savez, celle qu'il vous faut pour la soirée chez Sophie. En voilà une affaire !

Bien sûr, on peut alors "se mordre les doigts" d'être passée sans payer,l'oeil lointain fixé sur la ligne bleue des Vosges. Vous pardonnera-t-on ?

Trèves de plaisanteries, et sans que "votre petit doigt vous l'ait dit", tout en étant comme "les deux doigts de la main" avec le Directeur du supermarché,  vous vous êtes fait "taper sur les doigts" ! Une belle amende vous a été infligée, et, tandis que vous rangez vos courses dans l'espace arrière de la voiture, vous vous êtes dit :

Désormais, je ne me mettrai plus « le doigt dans l'oeil « !!! Pas question de se laisser attirer par une petite robe avant de régler, à la caisse, le caddie plein de choses à ranger dans les placards et à mettre au frais dans le frigo !

Vous avez fortement pensé au "doigt d'honneur" en sortant du bureau pourri où vous vous êtes fait admonestée, tout en demeurant "le doigt sur la couture du pantalon", mais finalement vous avez renoncé et vous êtes sortie, les larmes aux yeux, en vous répétant, "sur le bout des doigts", que jamais au grand jamais, on ne vous y reprendra !!!

 

Anouchka

 

:: note publiée par anouchka :: dans EXPRESSIONS :: le dimanche 29 juin 2008 à 07:10 ::
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PREMIER EMOI

 

Premier émoi

Tanka

 

 

Ton regard sur moi

Me trouble, retour sur soi

D'où vient cet émoi

 

Je sens palpiter mon coeur

Je n'éprouve aucune peur

 

 

Anouchka

250608

:: note publiée par anouchka :: le mercredi 25 juin 2008 à 18:58 ::
:: PREMIER EMOI ::
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LE FIL D'AMOUR

 

Je tisse un fil de soie

tendu doucement vers toi

Fil de coton, galon d'or

Fil d'amitié extrafort

 

Tu me parles tout joyeux

De la qualité des fils.

Secs, doux, fins, rêches, soyeux,

Je me trouble, casse un fil.

 

Souriant, tu déroules

Une pelote de laine.

Tricotons une cagoule,

Les cœurs ont tant de haine.

 

Je file droit, sans détour,

Notre regard est ancré.

De toi je ressens l’amour,

Fil de corde, fil amarré.

 

Unis pour toute la vie,

Nous accrochons un filin

A la paroi de l’envie,

Glissade dans le chagrin.

 

Notre amour tu as fui.

Je tresse un fil à plomb,

Tu as l’air bien réjoui,

Tu hausses très fort le ton

 

La musique est triste,

Symphonie de l’oubli.

Je couds un fil bistre

Sur ma peine infinie.

 

Ce fil qui nous relie tous,

Fil de laine, fil de lin,

Fil d'Ariane, sauve-nous,

Du grand amour qui s'éteint..

 

 

Anouchka

240608

 

:: note publiée par anouchka :: dans POESIE :: le mercredi 25 juin 2008 à 18:36 ::
:: LE FIL D'AMOUR ::
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SE PASSER LA CORDE AU COU

 

Un coup de fil au mauvais moment ! Mariée ou pas, il faut attendre !

 

 

 

Avant de prendre mes jambes à mon cou, je déclarai, séance tenante :

-      Je ne tendrai pas le cou ! N’y comptez pas, je suis trop bien comme ça, je garde ma liberté.

Ce jour-là, mes parents se le tinrent pour dit et ne remirent plus le sujet sur le tapis ! Ils avaient rêvé de me voir épouser un collègue paternel, plus jeune que mon père, certes, mais peu sympathique, doté d’une verrue sur le nez, la seule chose qui me fascinait chez lui ! D’ailleurs, nos tête-à-tête s’étaient jusqu’à présent limités à de simples entrevues dénuées d’intérêt si bien que je n’eus rapidement aucune envie de me jeter à son cou !

Quant à me laisser passer la corde au cou, inutile de préciser que ce fut impossible car j’avais pris mes précautions, et quoiqu’on dise ou quoiqu’on fasse, je ne me laisserai jamais circonvenir et laisser quelqu’un d’autre choisir à ma place et décider de ma vie.

Ce fut définitif et sans retour arrière. J’épousai quelques années après un homme que mes parents  baptisèrent « le saltimbanque », s’agissant d’un clown, qui me faisait mourir de rire quand il répétait ses numéros. Il exécutait aussi toute une panoplie de grimaces irrésistibles. Evidemment, quelques temps après, plongée dans les soucis matériels jusqu’au cou, mes parents hochèrent la tête en pensant que je me casserai le cou tôt ou tard, avec un mari dans un métier si aléatoire et difficile.

La vie me donna raison. Sans voir le temps passer, nous nous aperçûmes un jour que nous étions ensemble depuis une bonne vingtaine d’années ! De quoi faire taire les mauvaises langues ! Malheureusement, mon clown devint triste, pleurnichard et se transforma Charlot aux prises avec le monde moderne. Ainsi il tenta le travail à la chaîne, le porte à porte, l’animation de supermarchés, les anniversaires et tutti quanti.

Mais à l’amorce d’une séparation à l’aube de la quarantaine, les commères se sont remises à répandre leur fiel. D’aucunes ont voulu me mettre la bride sur le cou. Je piaffai et ruai comme une jument éprise de liberté.

A ce jour, étant plongée dans mon travail jusqu’au cou, je regarde autour de moi et me dis que l’indépendance d’esprit est si précieuse qu’il faut veiller à sa liberté et ne jamais au grand jamais se laisser mettre la bride sur le cou ou bien pire, se laisser passer la corde au cou …

 

Anouchka

230608

 

:: note publiée par anouchka :: dans HUMEUR DU JOUR :: le lundi 23 juin 2008 à 18:01 ::
:: SE PASSER LA CORDE AU COU ::
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OSMOSE

 OSMOSE

 

  

Laurette Peyre avait une soeur jumelle, réplique parfaite à un détail près, la couleur de ses cheveux. Autant la première était blonde comme les blés sous le soleil de Juin, autant la deuxième, appelée Mado, était brune avec des reflets bleutés.

 

Toutes deux avaient adopté très vite le style Bardot, mèches crêpées sur le dessus et ramenées en chignon. Parfois elles lâchaient leur crinière qui cascadait sur leurs épaules et portaient un large bandeau noir, selon la mode en vigueur. Dans la rue, on les suivait du regard car, de loin, c'était à s'y méprendre, on les prenait pour la star en personne, à condition toutefois, qu'elles ne soient pas ensemble et bras dessus, bras dessous. Tout le monde savait que la célèbre Brigitte n'avait pas de soeur jumelle ! Les quelques magazines féminins reprenaient à leur compte les audaces de l'icône et lançaient une mode vestimentaire de plus en plus dénudée.

Leurs yeux soulignés d'un large trait d'eye liner rappelaient par leur couleur noisette ceux de l'actrice. Elles étaient pourvues également d'une bouche charnue qu'elles fardaient avantageusement. Leur silhouette était semblable : de longues jambes élégantes, une poitrine généreuse et une taille de guêpe. Et puis elles s'efforçaient d'afficher une moue boudeuse qui gonflait encore davantage leurs lèvres pulpeuses.

 

Elles passèrent leur brevet de coiffeuse et ouvrirent leur salon, sous l'enseigne "Chez Brigitte", non loin de la Place des Couverts, ombragée par des platanes où des parties de boules se jouaient à guichet fermé. L'ambiance bon enfant du bourg permettait d'être à tu et à toi avec les clients, sans pour autant être familiers ou indiscrets. Tout le monde se connaissait. Le salon était partagé en deux : un côté masculin et l'autre côté, plus vaste et plus coquet, réservé pour les femmes. En guise de décoration, figuraient les meilleures photos de Brigitte, celles de ses amoureux et notamment son dernier mari en date, Jacques Charrier, dont la fossette au menton faisait murmurer dans le creux de l'oreille: "Qu'est-ce qu'il est mignon ! On en ferait bien son ordinaire !". Les rires chatouillés fusaient, alors que les pécheresses devant Dieu arboraient une mine de sainte nitouche. 

 

Laurette s'occupait le plus souvent des crânes dégarnis masculins et Mado assurait les permanentes et les coupes des  clientes. Parfois, elles permutaient leurs services car, affirmaient-elles, il faut que les ciseaux soient affûtés et toujours prêts à effiler, dégrader, régulariser les cheveux rebelles des hommes et des femmes qui leur confiaient leurs têtes !

 

Elles voulaient être à la mode, coiffées comme Brigitte. Elles s'ingéniaient à copier la moindre de ses excentricités vestimentaires. Elles faisaient partie du club ou non. Les commentaires sur les formes et les couleurs allaient bon train. Puis la conversation dérivait sur la star elle-même, ses films, ses chansons, ses interviews à la une, ses amours. On était en 1960, au mois de Juin, avec un été prometteur qui chauffait déjà à  blanc la petite place des Couverts. Un panneau signalait qu'à Mazères, il faisait bon vivre et visiter son château, riche en histoire bâti au pied des Pyrénées.

 

Laurette adorait se promener sur les routes  départementales,  faisant virevolter sa jupe  bouffante, les pieds chaussés de ravissantes ballerines qui découvraient la naissance des orteils, donnant au coup de pied un caractère indécent. Le regard des hommes était inévitablement attiré par le buste pigeonnant de la demoiselle où se perdait, dans le sillon de ses seins, une chaîne agrémentée d'un pendentif.

 

Parfois Mado la rejoignait à bicyclette et ramenait sa soeur assise en amazone sur le porte-bagages. Les jeunes filles étaient célèbres dans la région. Personne n'avait la chance d'avoir près de chez soi la réplique de B.B. en double et de surcroît en chair et en os.

 

Toujours est-il que les commentaires allaient bon train dans le salon du côté des femmes. L'une d'elles brandissait Paris-Match dont la photo en page de couverture offrait aux regards le profil parfait de la "Divine". Une dame hérissée de bigoudis s'exclama : "Rendez-vous compte, elle a les épaules nues !" Un brouhaha se déclencha et les clientes se précipitèrent pour voir ce cliché mémorable. Elles y allèrent de leurs critiques et de leurs appréciations. Brigitte posait dans une attitude décontractée avec cet air mutin propre à elle. Les clients d'à côté tentaient tant bien que mal d'apercevoir la photo à sensation mais ils en furent pour leurs frais. Ne leur parvenaient que des chuchotements excités et des exclamations extasiées. Le magazine passait de main en main, chaque cliente faisait un éloge ou une remarque acide, quant aux bonnes moeurs qui devaient perdurer, malgré ce laisser-aller, ne serait-ce que pour les enfants...Laurette et Mado eurent bien du mal, ce jour-là, à calmer ces dames. Elles prirent un thé brûlant, ce qui eut l'air de faire son petit effet.

 

Le soir venu, les starlettes de "chez Brigitte" prenaient place sur des chaises installées devant la boutique pour prendre le frais. Parfois, lorsque le soleil couchant enflammait de ses lueurs rougeoyantes, les vieilles pierres du bourg Laurette avait un regard lointain perdu sur les contreforts des Pyrénées ariégeoises et restait silencieuse...

 

Un jeune prêtre, répondant au nom de Marc Delsol, avait été nommé pour remplacer le Père Lapasset qui avait atteint un âge canonique. Le pauvre homme était perclus de rhumatismes, il se levait difficilement de son siège, marchait avec deux cannes, n'entendait plus très bien en confession, de sorte qu'il infligeait des pénitences sévères pour des péchés véniels et donnait l'absolution en cas de fautes graves. Les ouailles n'y comprenaient plus rien et ne savaient plus à quoi s'en tenir. Pour finir, tout le monde s'était plus ou moins entendu, la pénitence moyenne serait une neuvaine, voilà tout.

 

Désireux de garder leur vieux curé, les paroissiens avaient fait en sorte que rien ne filtre des manquements à la liturgie, dont certains raccourcissaient singulièrement l'office, ou d'autres prolongeaient indéfiniment les cantiques. On retrouvait alors le Père dormant sereinement derrière l'autel, émettant un ronflement digne des forges de l'enfer, ce qui avait provoqué dans l'assistance des rires incontrôlables.

 

En définitive, il fallut bien se résoudre à faire la demande à l'évêché  d'une mise à la retraite du Père Lapasset qui, s'étant vu solliciter pour baptiser un nourrisson, n'avait rien trouvé de mieux que d'asperger plus que de mesure l'enfant d'une eau sans doute bénite mais saumâtre et nauséabonde, s'étant trompé de récipient. Les cris du nouveau-né  avaient retenti dans l'église tandis que s'affolaient parents et amis devant les dégâts irrémédiables commis sur la robe de baptême qui avait pris une couleur verdâtre. L'onction aux saintes huiles avait bien failli être catastrophique tant le bébé se débattait, mais on frôla la catastrophe lorsque le flacon se renversa sur le tailleur de la marraine qui en perdit sa mantille d'indignation.

 

La Dépêche du Midi avait publié un article humoristique décrivant la scène avec force détails et rebondissements à la mode ariégeoise. Pourtant, dans le pays, on était peu loquace de nature, ayant le tempérament plutôt montagnard, même si on vivait dans la vallée. Cet épisode ultime eut la faveur des conteurs à la veillée qui ajoutaient une mésaventure à chaque récit. Le résultat final en fut une sorte de légende entourant le malheureux Père Lapasset qui trouvait sa fin logique dans cette conclusion :

-      "Oui, dame, le pôvre, maintenant il est bien passé. Il doit en faire là-haut des bêtises mais le Bon Dieu lui pardonne. C'est un saint homme que notre curé de Mazères !"

 

Le jeune père Delsol, fraîchement sorti  du Séminaire, s'imposa de lui-même grâce à sa physionomie agréable, sa voix ferme, sa détermination et son entregent. Il obtint rapidement une grande audience.  Laurette et Mado, curieuses et très pieuses, ne manquèrent pas le premier office célébré par le nouveau Père. Elles se préparèrent soigneusement, n'oublièrent pas le missel doré sur tranche, ni la mantille posée, avant d'entrer dans l'église, sur leur chignon "choucroute", ainsi désigné familièrement depuis que B.B. en avait lancé la mode.

 

Leur arrivée déclenchait invariablement des commentaires insidieux et peu charitables. Chacun y allait de son couplet envieux ! Les regards étaient tournés vers elles, marchant comme des reines, au milieu de leurs sujets. Ce dimanche-là, elles portaient des robes en vichy rose, serrées à la taille par une large ceinture. De retour chez elle, elles discutèrent avec animation du sermon du nouveau prêtre tout en sirotant un américano. Elles avaient pris cette habitude pendant un séjour en Italie à Amalfi et rêvaient d'y retourner. Elles s'attendrissaient souvent en regardant les photos qu'elles avaient rapportées, posant entre deux ragazzi souriants qui ne pensaient qu'à rire sous le soleil et flirter avec de jeunes touristes, un peu étonnées de leur enthousiasme débordant et permanent. Ils répétaient tout le temps une expression curieuse, très altruiste, qui provoquait inévitablement chez les soeurs jumelles un fou-rire contagieux :"Te voglio bene" !

 

Elles se perdaient en conjectures sur le sens réel de ces trois mots. Mais comment, disait l'une, peuvent-ils nous vouloir du bien alors qu'on se connaît à peine ? Elles n'en revenaient pas et passaient leur temps à dire "Grazie, Grazie" en inclinant le buste à la manière japonaise, tant leur confusion d'être l'objet de leurs attentions était grande. Sur les cartes postales, elles vantaient la gentillesse naturelle des Italiens, sans se douter qu'il ne s'agissait que d'une simple déclaration amoureuse typiquement anodine. Elles avaient projeté d'y retourner tous les cinq ans si les affaires marchaient bien.

 

Laurette était pensive devant sa rondelle de citron. Tandis que Mado bavardait sans arrêt, formulant les questions et donnant les réponses. La blonde enfant rêvait à Marc, le jeune prêtre, et se disait que s'il avait été pasteur, elle aurait pu l'aimer librement. Elle s'en était éprise dès qu'ele l'avait vu. A la première minute, elle avait ressenti une attraction irrésistible. Elle le dévisageait fiévreusement, guettant le mouvement de ses mains et buvant ses paroles. A la fin de la messe, elle traînait, prétextant une longue prière. Elle avait parfois la sourire à damner un saint. Il la saluait rapidement, ne remarquant pas l'état fébrile de son admiratrice, et vaquait à ses occupations. Elle regagnait la sortie, assez dépitée, et rejoignait Mado riant avec l'une de ses connaissances. Son chance de le croiser dans la nef au sortir de la sacristie. Elle lui adressait un histoire était sans espoir, elle le savait bien ! Quelle idée de tomber amoureuse d'un prêtre ! Sa mère aurait levé les yeux au ciel, si elle l'avait su, et aurait gémi :"C'est-y pas Dieu possible !", exclamation de circonstance réservée aux catastrophes naturelles ou à des contrariétés plus ou moins calamiteuses. En vérité, dans ce domaine comme dans d'autres, "les voies du Seigneur étaient impénétrables ..."

 

Elle réfléchissait à sa situation, trouvant qu'elle n'était pas raisonnable de s'amouracher du premier ecclésiastique venu. Elle rangea sa mantille en se disant qu'elle le reverrait le dimanche suivant. Allait-elle se contenter de cela? C'était vivre par procuration, ni plus ni moins ! Elle soupira en entendant Mado chanter avec insouciance. S'efforçant à sourire, elle la rejoignit dans la cuisine et reprit le refrain de Françoise Hardy : "Tous les garçons et les filles ...".

 

Le lendemain, Mado partit tôt de chez elle pour faire son marché. Elle avait ses maraîchers attitrés, son boucher, son poissonnier. On était au printemps 7O, elle arborait ses 30 ans avec bonheur, menant tranquillement sa vie régulière aux côtés de Laurette.

 

-      Alors Mado, Toujours pas de mari? Tu attends quoi ?

 

 

-      Hé bé, le dégel, pardi ! répondait-elle à la sempiternelle taquinerie du boucher qui ne se privait pas de lui lancer des oeillades enflammées. Elle en riait de bon coeur, ayant une nature spontanée et gaie. Rien ne la préoccupait vraiment.

 

Elle se mettait parfois à faire de la couture, coupait astucieusement suivant un patron, des modèles de Modes et travaux, datant d'une dizaine d'années : Jupes droites ou larges, à hauteur du genou, corsages ou cols claudine, guimpes. Lors des essayages mutuels devant la glace sur pied, les épingles volaient deci-delà, transformant la petite cuisine en atelier. Laurette préparait le thé et la journée se terminait, le nez dans un magazine, commentant tel ou tel potin ou écoutant d'une oreille un feuilleton radiophonique ou une affaire de justice, relatée avec passion par Frédéric Potcher ou encore des entretiens télévisés animée par Jacques Chancel avec son émission "Radioscopie". Denise Glazer informait les téléspectateurs dans son émission Discorama, des dernières nouveautés et interviewait un artiste de variétés, promenant ses divines mains chargées de bagues dans l'espace et susurrant que peut-être, on allait écouter un extrait d'une chanson de l'invité. Tout semblait très feutré et rien de grave ne pouvait survenir. Plus tard elles s'en rendraient compte, la nostalgie de ces années-là leur ferait dire plus d'une fois :

 

-      Si on avait su, on aurait tout enregistré !

 

Les jours se succédaient, identiques et tranquilles, partagés entre le travail au salon et les heures de repos passées ensemble dans la cuisine à papoter et faire des plans sur la comète. Toutes deux savaient qu'une infime partie de leurs projets se réaliserait mais elle n'en ressentaient aucune aigreur, appréciant le fait d'être deux, serrées l'un contre l'autre d'une manière indéfectible.

 

Les années filaient de plus en plus vite. La télévision s'installa dans tous les foyers. Elles en firent l'acquisition et restèrent des soirées entières, fascinées par le petit écran. Laurette préférait la radio car, disait-elle, cela n'empêchait pas de mener une autre activité en même temps. Néanmoins, elle se laissa hypnotiser sans grande résistance, suivit maintes émissions plus ou moins intéressantes. Elles aimèrent la Disco et dansèrent de temps à autres dans les bals de villages.

Un soir Laurette dit à Mado :

 

-      On part en Italie cet été ?

 

-      Oui, oui, cria Mado, transfigurée.

 

Elles firent une ronde dans la cuisine et tournèrent en riant jusqu'au vertige. Mado prépara un américano pour fêter l'évènement.

 

Le 1er Août 1990,elles prirent le train pour Amalfi. Elles partirent pour le mois entier, la tête dans les nuages, le coeur exalté par l'aventure. Elles fêteraient sous peu leurs cinquante ans ..  

 

 

Le temps passa, elles eurent 60 ans, sans que rien ne change apparemment dans leur existence. La semaine laborieuse au salon de coiffure, la messe le dimanche. Le prêtre briseur de coeur s'en était allé depuis fort longtemps vers d'autres horizons. Laurette en avait pris son parti. Quant à sa soeur, rien ni personne n'avait ému son coeur. Elle passait tout son temps à s'apprêter dans les atours des années 60, soulignant de noir ses yeux, en chantonnant :

 

"Biche oh ma biche, quand tu me souris ..."

 

 

 

FIN

 

 

 

 

Anouchka

Juin 2008

 

 

 

:: note publiée par anouchka :: dans NOUVELLE :: le dimanche 22 juin 2008 à 14:30 ::
:: OSMOSE ::
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SOUVENIRS D'ENFANCE

                                                 

Mes rêves ont le parfum ,
Si doux, des terres berbères.
Le chergui souffle,sans fin,
Sur leurs jardins solitaires.
.A.


Je me vois sur un palmier
Séduisant les blancs nuages
Que fait frémir un verdier
Serinant dans les feuillages. F.

Sous les voûtes de Tiznit,
Admirant ,je déambule
Sous le soleil au zénith ;
Mes bracelets en lunule.A.


Les monts , au reflet bleu ,
Offrent à mes yeux leur joie.
Mon regard ,même s'il pleut,
En fait,nuit et jour,sa proie.F

A Mirleft, je me souviens -
Petite fille sans âge -
Des Mokhaznis, mes gardiens.
Silencieux fut le voyage.A.

Ces deux anges , peu diserts

Mais pétris de gentillesse ,
En fils des vastes déserts,
Avaient l'oeil sur ma jeunesse.F

J’ai ressenti pour Aglous,
Une intimité réelle,
Un sentiment fort et doux,
Pour cette mer éternelle.
A.

 

Lorsqu'y plonge le soleil ,
Le soir,tel un savant peintre ,
Brode en vert un fond vermeil
Où les monts dardent leur cintre .F

Quand disparut dans l’horreur,
Agadir, ville martyre,
- Mémoire dans la douleur-
Talborjt en connut le pire .A.


Le bourg surplombant le port
Fut englouti. Pauvres âmes
Dont la nuit pleura le sort !
Au loin, rugissaient les lames.F


En rêve ,là-bas ,je suis :
Longeant les hautes murailles,
Me promenant sans nuls bruits,
Dans les jardins en semailles.A.


Un souffle,en mon sang gravé ,
Enrobe dans sa musique
Que rien ne peut entraver
Mon coeur chérissant l'Afrique.F


200608

A.. F.

 

Ce poème a été écrit en duo avec un ami marocain.

:: note publiée par anouchka :: dans POESIE :: le dimanche 22 juin 2008 à 05:48 ::
:: SOUVENIRS D'ENFANCE ::
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LE LIVRE : CURE D'AMAIGRISSEMENT

LECTURE ET POIDS PLUME FONT BON MENAGE

Une étude très sérieuse prétend que nous grossissons si nous sommes passifs devant la télévision et nous maigrissons en lisant un livre. Le phénomène est encore complexe et j'ai tâché d'en réunir les principales idées majeures.
Il est vrai que les programmes de la télévision, hormis les productions courageuses autour d'oeuvres littéraires, gavent les téléspectateurs, sans qu'ils ne s'en aperçoivent. De là à avoir le foie aussi gras que les oies gavées à n'en plus pouvoir, il y une petite marge ! Mais j'ai constaté que les publicités donnant l'envie de déguster une glace ou du chocolat, sont toujours diffusées en prime time et donc, par là-même, incitent à se "gaver".
Double "gavage", donc, pardonnez les répétitions, mais cela est nécessaire pour faire valoir que le livre est dissuasif en matière de gourmandises... En effet, comment peut-on tourner les pages d'un livre avec les doigts englués de chocolat ou le cornet de glace découlinant sur une phrase sublime et un peu obscure de Proust ! Il n'y a pas photo et ceux qui prétendent ne lire que des B.D. justement parce qu'il y a des images, sont pris à leur propres pièges : Impossible de tourner les pages grand format d'une B.D. en mangeant une barbe à papa ou un hamburger haut comme la tour Eiffel ! Cela relève de l'acrobatie ou de la prestidigitation, au choix, mais vous conviendrez que, pour maigrir, avoir en main, un livre rare, rien de tel, je vous assure !
C'est pourquoi la lecture est bonne pour la santé et évitera peut-être une perle du bac comme il en pleut chaque année. Exemple :
"Les accords d'Evian avaient pour but de commercialiser la marque d'eau en Algérie."
ou "Comme Bonaparte, Jules César pouvait dicter plusieurs lettres à la fois: c'était un dictateur !"
No Comment.
Anouchka
(article déposé sur le blog de "D'Un noir si bleu" en réponse à la chronique de Pascal Arnaud). Etant donné lintérêt de ce sujet, j'ai jugé bon de vous en faire profiter...)
:: note publiée par anouchka :: dans HUMEUR DU JOUR :: le vendredi 20 juin 2008 à 23:52 ::
:: LE LIVRE : CURE D'AMAIGRISSEMENT ::
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TORPEUR BLANCHE

Dépôt SGDL

Mars 2008

« Les enfants n’ont ni passé ni avenir,

Et, ce qui ne nous arrive guère,

Ils jouissent du présent. »

Les Caractères

LA BRUYERE.

 

▒▒▒

La chaleur est à son point culminant. On ne perçoit que le ronronnement feutré des ventilateurs. Isabelle se retourne brusquement. Allongée sur son lit, elle fixe obstinément la rainure lumineuse des volets clos, jusqu’à l’éblouissement. Elle écoute le doux langage des tourterelles et le frémissement des arbres dans le vent brûlant.

D’un bond, elle saute du lit et s’asperge d’eau fraiche. Le miroir lui renvoie son image dégoulinante. Trois, quatre grimaces. Elle fredonne : Isalaide, Isalaide, tu es laide … Sourire. Une barre d’acier lui resserre les dents. Elle s’amuse à imaginer de jolies boucles blondes au lieu de ses maigres cheveux châtains raides, retenus par une barrette d’écaille. Elle arrondit les bras au-dessus de sa tête et tourne, tourne sur la pointe de ses ballerines.

Tout en dansant, elle pénètre dans la cuisine, déserte à cette heure de l’après-midi. Munie de figues et d’un verre de lait, elle franchit le seuil et s’arrête, aveuglée par le soleil.

Une porte claque, un bruit de pas résonne sur le carrelage.

- Maman ! appelle Isa.

Marie Deschamps apparaît en peignoir de cretonne fleurie. Elle se désaltère avidement et cueille un fruit d’une main gracieuse dans la coupe disposée sur la table. Son visage est encore gonflé de sommeil. Elle sourit distraitement et contemple, aux côtés d’Isa, le jardin endormi. Un souffle d’air chaud balaie la cour et soulève une poussière ocre. Marie referme la porte.

- Isa, il est encore tôt, tu devrais te recoucher ! Au fait, ma chérie, j’y pense, ton père et moi avons beaucoup de travail cet après-midi et ce soir, nous sommes invités à diner. Tu demanderas à Mina de te préparer quelque chose. Au-revoir, Isa chérie !

Elle regarde sa mère. Le déshabillé vole autour d’elle. Après une douche rapide, Marie, revêtue d’une robe légère, franchit la terrasse ombragée et se dirige, d’un pas alerte, vers le portail. Le dispensaire où elle exerce, en compagnie de son mari, Bernard, est à deux pas. Elle se dépêche. Il y a déjà du monde, surtout des femmes, drapées dans leurs voiles sombres, portant des enfants assoupis ou pendus à leur sein. Heureusement, le cabinet médical est relativement frais. Momo, l’infirmier est aux petits soins pour elle et lui tend sa blouse blanche. Bernard, assis dans un coin, se lève et se prépare également. La consultation peut commencer.

▒▒▒

Le soleil décline enfin et la température devient supportable. Marie surveille les derniers préparatifs. Une effervescence moite règne dans la cuisine où Mina, aidée d’une jeune soeur, prépare un somptueux couscous. Un mouton entier embroché rôtit sur le barbecue installé dans le jardin, à proximité de la cuisine. Des effluves parfumés s’insinuent dans les pièces.

Isa se prélasse sur son lit, le nez dans les Hauts du Hurlevent qu’elle affectionne particulièrement. Son attention est distraite peu à peu et elle se laisse gagner par l’agitation croissante de la maisonnée. Elle délaisse tout à fait sa lecture pour rejoindre les cuisinières affairées et jacassantes. Elles s’interpellent bruyamment, une louche à la main, et prennent Isa à témoin. La discussion s’envenime dans leur dialecte mêlé de bribes de français. Isa comprend que la préparation du couscous est en cause et suggère un compromis : l’une s’occupera du couscous et l’autre du dessert. Elle s’enquiert avec gourmandise de l’assortiment de fruits et de friandises. Pâtes d’amande, ananas et bananes, prêts à être flambés, sont entreposés à l’office où elle s’empresse de faire une incursion discrète. Les poches remplies de sucreries multicolores, elle savoure une corne de gazelle enrobée de miel avant d’aller retrouver Bernard, aux prises avec l’automatisme capricieux du tourne-disques. Intéressée, Isa assiste aux essais infructueux consistant à faire descendre un à un les disques sur la platine. De guerre lasse, Bernard opte pour le système manuel et empile ses disques préférés à côté de l’appareil.

Un slow langoureux déroule sa plainte sirupeuse. Isa danse avec gravité, léchant un à un ses doigts englués de miel. Bernard se poste derrière elle et l’emprisonne dans ses bras. Isa se débat en riant.

- Lâche-moi, papa, mais lâche-moi donc !

- Jamais, gronde Bernard.

Ils luttent un moment, Bernard laissant peu à peu sa fille prendre le dessus. Elle le maintient au sol, assise sur sa poitrine et lui fourre dans la bouche les friandises accumulées dans sa poche.

Elle se réveille brusquement en sanglotant. Assise sur son lit, tremblante et angoissée, elle essaie de chasser de son esprit la vision de la gazelle morte, couchée sur le flanc, le ventre gonflé, les yeux grands ouverts. Il fait à peine jour, une lumière blafarde filtre à travers les volets. La maison est silencieuse, grande ouverte sur le jardin qu’on arrose. Isa traîne un peu sur la terrasse, se balançant distraitement dans le vieux rocking-chair. Ses pensées deviennent floues. Elle sombre dans un sommeil profond.

La chaleur est accablante, malgré les volets clos, les portes fermées, l’air est moite et poisseux. Isa se retourne sur son lit en soupirant. Elle écarte de son front une mèche de cheveux collée par la transpiration. Un moustique récalcitrant vrombit en tournoyant autour d’elle. Excédée, Isa se lève, met en marche le ventilateur posé sur la commode et reste un moment devant, cherchant une fraicheur éphémère. Un peu d’eau coulant longuement sur ses poignets l’apaise momentanément.

Désoeuvrée, elle tourne machinalement les pages de son livre, essayant d’imaginer la lande irlandaise balayée par un vent froid, la mer déchaînée se fracassant sur les falaises. Un frisson de plaisir la secoue toute entière. Les lignes dansent devant ses

yeux. Le paysage sauvage et magnifique d’Irlande s’étend devant elle. Une jeune fille brune court dans la lande, les cheveux au vent. Elle entend le bruit de sa course, son souffle précipité, son appel angoissé …

Un volet battant furieusement la sort de sa torpeur. Elle se lève et, ouvrant la fenêtre, reçoit au visage le souffle brûlant du vent du sud. La poussière vole et s’infiltre partout. Plissant les yeux, elle parvient enfin à fermer le volet.

Fatiguée, elle se laisse doucement glisser jusqu’au sol et s’allonge sur le carrelage, les yeux clos.

La mer houleuse et grise la submerge. Elle est la mer, liquide, mouvante et grondante qui, inlassablement, se jette sur les rochers dans une écume blanche.

▒▒▒

L’aube pointe à travers les volets. Les yeux grands ouverts, Isa repose, immobile, sur son lit étroit, le corps à peine couvert d’une courte chemise de nuit. Une journée vide et morne s’étend devant elle, avec ce soleil implacable qui monte dans le ciel, Elle se prend à souhaiter la fin de l’été et de son désoeuvrement. Se plonger toute entière dans ses multiples occupations scolaires, étudier Racine et Corneille, courir au ciné-club voir Bette Davis et rêver… Rêver à tout ce qui fait les bonheurs de la vie, les moments parfaits dont on ne se lasse jamais et qui vous tiennent et vous accompagnent. Elle sourit légèrement. Un pied brun, zébré de marques blanches laissées par les sandales, bat la mesure d’une musique intérieure. Toute la vitalité qui est en elle ressurgit soudain. Un étirement félin, un soupir gourmand, la voilà debout, prête à affronter cette journée, optimiste à tous crins, pleine d’allant et d’espoirs insensés.

L’odeur imperceptible puis tenace du café frais moulu s’insinue dans la chambre close. Deux volets battent contre le mur, inondant la pièce d’une lumière rose. Mesdames les tartines, tenez-vous prêtes ! Je vais vous faire un sort !

Une bise sonore plaquée sur la joue ronde de Mina qui rit en la voyant si gaie, Isa s’installe sur la terrasse pour savourer, à son aise, l’instant suprême du petit déjeuner, la fringale assouvie et la béatitude repue.

D’un oeil distrait, elle suit les va-et-vient paresseux du jardinier occupé à arroser les plantations. Les doigts englués de confiture, elle enfourne les unes après les autres les tartines légèrement grillées qu’elle trempe, à petits coups, dans un bol de café au lait crémeux.

Aveuglée par le soleil, elle se réfugie sous les arcades de la place. Depuis quelques jours, le chergui souffle sans relâche, brûlant, soulevant une poussière rouge. Les journées passent lentement. L’épuisement causé par la chaleur accablante se fait ressentir de plus en plus. Isa, la gorge en feu, quémande un peu d’eau fraiche à un boutiquier et s’assied un moment à ses côtés sur la natte crasseuse.

La place s’étend devant elle, sous le soleil implacable. Au loin, une femme drapée de noir, lourdement chargée, chemine lentement. Le contraste des couleurs, l’éclat du jour, cette silhouette vêtue de sombre, l’ocre de la cruche posée en équilibre sur la tête, ravissent Isa. Bientôt cette impression de plénitude s’efface peu à peu pour faire place à un sentiment d’inquiétude. Isa ne quitte pas des yeux la femme qui avance péniblement. Dans son esprit, une petite phrase clignote, la laissant inerte et tendue. Elle fixe sans ciller la silhouette qui s’approche insensiblement.

Tout à coup, la femme s’arrête de marcher, ses bras, chargés de bracelets cliquetants, battent l’air. Elle tombe de tout son long, le nez dans la poussière. La cruche se casse bruyamment. Des chiens efflanqués, sortis de nulle part, viennent lécher avidement l’eau qui s’écoule autour d’elle.

Isa se lève, comme tétanisée, et s’enfuit dans la direction opposée, sans se retourner. Le boutiquier sort de sa léthargie et s’agite devant la femme immobile sur le sol, écartant les chiens assoiffés d’un coup de pied.

L’air est étouffant, moite et visqueux, collant à la peau avec la poussière soulevée par le vent brûlant. Une brume de chaleur masque le soleil, diffusant une lumière opaque et floue. Rares sont les passants dans les rues endormies. Seule, une mélopée lancinante vient troubler le silence.

Dans l’estaminet obscur, les hommes taciturnes et somnolents, attendent la fin de la journée. Une odeur de menthe fraîche flotte dans la salle. Un papier tue-mouches brun maïs tombe en accordéon du plafond encrassé, parsemé d’insectes agglutinés. Quelques pièces de tissu bariolé, accrochées aux murs, jettent ça et là des lueurs écarlates. L’après-midi s’étire interminablement, sans que rien ne paraisse pouvoir en perturber le cours monotone.

Pourtant, le silence se fait soudain oppressant et épais. Un bourdonnement lointain, puis de plus en plus proche, attire l’attention. Un homme scrute le ciel voilé et gris. Une énorme masse sombre semble avancer rapidement. Sur la place, quelques passants s’arrêtent et contemplent le phénomène. Le ciel s’est complètement assombri.

Une femme sort en courant de sa maison, brandissant des ustensiles de cuisine qu’elle entrechoque en hurlant des you-yous hystériques. Bientôt, la rue se remplit de gens affolés qui courent dans tous les sens, en criant et en tapant sur ce qui peut faire du bruit.

Un mouvement général propulse la foule vers la palmeraie et les jardins offerts aux mandibules insatiables des sauterelles. Car elles sont là, par milliers, dévorant tout sur leur passage, ne laissant derrière elles que ruine et désolation.

Les voitures, surprises par le nuage long de plusieurs kilomètres, doivent s’arrêter, fenêtres fermées. Les sauterelles s’écrasent sur le pare-brise, pénètrent dans les volets d’aération, s’infiltrent dans le moteur, causant de graves dégâts si celui-ci tourne.

Le sol est mouvant, recouvert d’insectes affamés et grouillants. On marche sur un tapis répugnant, dans un craquement horrible et sanglant. Dans les jardins, toute trace de verdure disparaît instantanément. Les arbres, eux-mêmes, n’échappent pas au massacre. Les branches ploient sous le poids de centaines de sauterelles frénétiques, ne dédaignant même pas l’écorce. Une fois rassasiées, elles se reposent sur place, repues, puis s’envolent vers d’autres jardins fragiles. Elles finissent parfois en brochettes grillées dont les autochtones se régalent, broyant avec une délectation morose leur chair craquante.

Le paysage offre, après leur envol, un aspect sinistre. Pas une brindille, pas une fleur n’a échappé à la destruction. La mort dans l’âme, chacun regagne sa demeure, impuissant et désespéré. Tout est à recommencer jusqu’à la prochaine invasion.

▒▒▒

Pâle, les yeux cernés d’ombre, elle s’agite et gémit, dans le désordre blanc des draps froissés. Le sommeil artificiel dans lequel la plongent les piqûres quotidiennes, l’enveloppe toute entière, la maintenant dans un état léthargique non dépourvu d’angoisse. De sombres cauchemars s’insinuent perfidement jusqu’à sa mémoire, rendant la fuite dans les eaux troubles de la demi-inconscience encore plus menaçante.

Courses effrénées dans des paysages austères et maléfiques, énormes lames de fond rugissantes s’abattant sur elle, la roulant comme un fétu de paille et l’emmenant vers un abîme vertigineux et glauque, ou mirages d’un désert sans fin, écrasé de soleil et habité du vol incessant de vautours macabres, peuplent ces jours terribles, telle une ronde infernale l’encerclant à jamais, sans qu’une brèche ne soit entrevue où elle puisse s’échapper.

Autour d’elle, on s’agite et on se concerte avec inquiétude. Derrière la moustiquaire blanche, elle aperçoit un visage familier penché sur elle, une voix tendre prononce des mots qu’elle ne saisit pas. Elle semble flotter dans un monde parallèle dont elle tente parfois de franchir la frontière invisible.

Mais un songe la reprend et l’éloigne irrémédiablement. La lande irlandaise s’étend devant elle, recouverte de neige et hostile. Elle marche à grandes enjambées, ses pas crissent et elle s’enfonce, dans le tapis blanc moelleux, jusqu’aux chevilles. Elle entend le ressac puissant de la mer et se tourne de tous côtés pour la contempler. A perte de vue, autour d’elle, le paysage enneigé l’environne. Le vent apporte, dans son souffle, des flocons givrés qu’elle reçoit au visage, gifle glacée qui la brûle.

Soudain, le sol devient mouvant et ondule sous elle. Elle franchit un monticule qui s’affaisse et se creuse. La marche devient de plus en plus difficile, enfonçant jusqu’aux

genoux. Haletante, elle s’arrête un moment, en proie au même malaise que sur une mer houleuse. Là-bas, derrière les vagues blanches, se profile une silhouette sombre qui semble l’attendre. Elle avance, respirant avec peine, le regard rivé devant elle. La chute de neige se fait plus dense. Un rideau de ouate immaculée masque les contours de l’ombre immobile qui la guette. Dans sa bouche, crissent des flocons glacés. Elle étouffe et se débat. Une muraille blanche et ondoyante se dresse devant elle. Affolée, elle crie et appelle. La masse progresse, gigantesque barrière blanche, et, dans un rugissement de tempête, s’écrase sur elle et l’emprisonne. Une torpeur blanche l’envahit. Elle se laisse glisser vers d’insolites contrées, silencieuses et opaques, en murmurant le nom de celui qui l’accompagne dans le néant.

Deux pieds menus se posent sur le carrelage. Marie s’active autour d’Isa, amaigrie et languide. L’enveloppant d’un déshabillé chatoyant, elle l’aide à se lever et la conduit précautionneusement vers la terrasse.

La matinée ensoleillée baigne le salon d’été d’une lumière vive, tamisée par les arbustes frémissant sous la brise légère. Isa ferme les yeux, éblouie. Elle se laisse dorloter et savoure ces instants paisibles. Subrepticement, les couleurs et senteurs du jardin s’insinuent jusqu’à elle. Elle aspire une goulée d’air parfumée .

Dans quelques semaines, ce sera le départ … Un brin d’excitation la fait frissonner, perspective redoutée et convoitée à la fois. Elle imagine la neige recouvrant les montagnes abruptes, un essaim de jeunes filles volubiles, devisant avec animation dans le parc et l’accueillant avec chaleur. C’est en Suisse, en effet, qu’elle ira poursuivre ses études et une convalescence sereine. Marie a commencé les préparatifs du voyage et compose soigneusement le trousseau hivernal de la jeune fille. Cantines et valises encombrent le hall où s’amoncellent robes, lainages et manteaux, ainsi que les objets familiers qu’elle désire emporter.

Ce long périple l’inquiète un peu, bien que la présence rassurante d’un ami, se chargeant des diverses formalités, ait été convenue. Un paquebot gigantesque traversera l’immense océan pour accoster enfin dans un port lointain. Puis ce sera le train qui la conduira jusqu’aux somptueux alpages, étincelants sous la neige poudreuse.

En attendant, elle s’applique à reprendre des forces, chaque jour apportant une amélioration sensible. Bientôt, elle pourra à nouveau s’adonner à ses occupations favorites et faire quelques parties de tennis échevelées avant son départ … Elle sourit au jardinier nonchalant qui la regarde pensivement. Un chat perdu vient se frotter à ses jambes en ronronnant. Elle s’endort dans la douceur tranquille du jour.

▒▒▒

Par le chemin ombragé, Isa pédale avec indolence, une main retenant le bord d’un chapeau de paille. Les pneus font un bruit chuintant sur l’asphalte fondu par endroit. Un bourricot exténué avance à pas comptés, ployant sous un chargement disparate et lance à Isa un regard implorant. Trois coups de bâtons, assénés impatiemment sur l’arrière-train par son maître, l’obligent à accélérer la cadence, baissant la tête d’un air triste et résigné. Isa se détourne, apitoyée.

Au loin, se profilent les bâtiments blancs du club sportif, nichés à l’ombre des palmiers. Près de la piscine déserte où une eau trouble stagne mollement, un bougainvillée vivace, dont les fleurs écarlates s’épanouissent au soleil, accroche ses sarments le long d’un mur rugueux. Longeant une allée bordée de plantes grasses, Isa s’arrête devant les vestiaires et pose sa bicyclette contre un mur. Un serveur passe devant elle, portant un plateau de boissons fraîches où s’entrechoquent des glaçons. Sur la terrasse avoisinant les courts de tennis, quelques personnes bavardent paresseusement, sous de larges parasols.

Un autre univers l’attend, là-bas, très loin. Bientôt, elle partira, le coeur serré par la tristesse de quitter ceux qu’elle aime et ce coin du grand sud où elle est enracinée si profondément qu’elle ressent un arrachement de tout son être à l’idée de ce voyage. Lentement, elle pédale sur le chemin du retour. Une larme coule le long de sa joue et vient mourir au coin de ses lèvres avec un gout de sel…

FIN

:: note publiée par anouchka :: dans NOUVELLE :: le jeudi 19 juin 2008 à 01:11 ::
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MENTIR COMME UN ARRACHEUR DE DENTS

 

"Mentir comme un arracheur de dents"

 

Quand ma fille rentre, avec le sourire et une excuse foireuse, je lui dis : "Tu mens coimme un arracheur de dents" !