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Le blog de plume

UNE MINE PAS COMME LES AUTRES

Commentaires : 1 lundi 11 août 2008 à 23:28 par anouchka

 

 

 

VISITE DE LA MINE

LEWARDE (59)

 

 

 

 

 

 

 

 

En pensant à mes ancêtres mineurs qui, dès leur plus jeune âge , furent fauchés par la grande guerre plus sûrement qu'un coup de grisou, je pénétrai dans les galeries sombres et interminables avec un sentiment d'admiration devant leur travail de forçat pour un salaire de misère.

On m'expliqua que le soutènement des galeries était pratiqué par des mineurs spécialisés. Ils utilisaient principalement le sapin qu'ils fixaient solidement aux quatre coins de l'endroit à creuser.

Parfois les veines de minerai étaient larges et longues ce qui compliquait le boisement. C'était alors la ruée car chaque mineur était payé à la quantité de charbon extraite.
Tout le long des galeries, il y avait des rails où circulaient des wagonnets remplis du minerai. Au début du siècle, les chevaux étaient descendus au fond de la mine pour tracter ces wagons.

A la surface, il y avait la fameuse "salle des pendus" où les mineurs pouvaient se laver et accrocher leurs bleus de travail grâce à un système de poulie. Les vêtements étaient suspendus à la hauteur du plafond ce qui augmentait la capacité de rangement d'où l'appellation sinistre évoquant les pendaisons.

Existait aussi la lampisterie où de frêles jeunes filles travaillaient à l'entretien et à la distribution des lampes.

Plus loin, en surface également, on trouvait la salle de tri des minerais de shiste et de charbon.

La toxicité était grande dans cette salle occupées par des femmes qui mouraient plus ou moins jeunes atteintes par les poussières de charbon (silicose). Egalement les mineurs de fond payaient un lourd tribut à la mine, soit périssaient dans les accidents (effondrement des galeries ou coups de grisou) ou étaient affectés aussi par des maladies pulmonaires chroniques et incurables.

Les enfants étaient recrutés dès l'âge de 12 ans et passaient leur vie entière au fond. On les appelait les galibots.

Ils apprenaient le dur métier de mineur et n'avaient ensuite aucune autre alternative. Ces enfants étaient malingres et atteints très jeunes par les affections pulmonaires.

Ah j'oubliais , je portais un ravissant casque de chantier jaune fluo. Cela m'allait comme un gant et me donnait la mine conquérante !

Lorsque j'émergeais à la surface, un éblouissement me fit cligner des yeux. La visière de mon casque m'abrita un peu de la luminosité du jour.

Ahurie par ce contraste et notre vie facile en regard de cette époque où ces mineurs vivaient la plupart du temps dans l'obscurité et le danger permanent, j'eus un peu honte de moi en secouant mes ballerines pour éliminer quelques petits cailloux blessants.

J'imaginais alors mon arrière-grand-père remontant du fond, le visage et le corps noirs au point que l'appellation "gueule noire" était coutumière. Seuls brillaient dans son visage ses yeux clairs et ses dents abîmées, faute de soins. J'avais souvent entendu parler du "briquet" que mon arrière-grand-mère confectionnait chaque jour pour son mari.

Elle gérait la maisonnée d'une main de fer. Mais la chaleur du coeur était bien présente et je me souviens de ses baisers affectueux. Il n'était pas rare à l'époque d'avoir une dizaine d'enfants et quelques uns non viables ou décédés dans leur plus jeune âge. C'était le cas de maman Catherine, appelée ainsi par tout un chacun. Elle reste une légende dans ma famille.

Je le raconte notamment dans le premier chapitre de mon livre dédié à cette génération qui a tant souffert entre la condition ouvrière de l'époque et la grande guerre qui tua un homme par famille. (cf. Lointaines rencontres)

J'ai une tendresse infinie pour eux tous vivant fièrement au pays de l'or noir, inculquant à leurs enfants la valeur du travail bien fait et l'honneur d'appartenir à cette corporation.

Socialement, à partir des années 30, ils firent partie intégrante de la mine, étaient logés dans les corons gratuitement, soignés (superficiellement).

J'ai été bouleversée par cette découverte. Je connaissais un peu le sujet par mes lectures. Mais approcher de près cet environnement industriel qui a fait la richesse du Nord avec le textile et employé quelques milliers de personnes, est une autre chose et vous prenez tout en pleine face ! Je vous encourage à faire cette visite qui est très intéressante et émouvante.

Mine de rien et de crayon, j’ai passé tout au crible : il ne reste pas le moindre boulet à vous raconter !

Anouchka

 

 

 

 

 

Rubrique : MES EVENEMENTS

Commentaires : 1

  • la mine je connais !
    dimanche 7 septembre 2008 à 16:58 par un visiteur        

    Je suis née dedans mon grand-père était aussi mineur mais pas dans le Nord dans la Loire. J'ai souvent regardé de la fenêtre les petits vagonnets qui transportaient les résidus de charbon sur les crassiers (ces grosses montagnes toutes noires)
    Merci chère Anouchka d'avoir eu une pensée pour eux, car je garde toujours un souvenir ému de mon grand-père que j'ai très peu connu.

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