- Voilà Betty, la page est tournée. Je te jure que ce genre de révélation fait froid dans le dos. Ca te passe l’envie de réitérer toute tentative de rapprochement ! - C’est tout ? interroge platement Betty dont la déception n’échappe pas au jeune couple qui vient de se glisser à la table voisine. - Mouais. J’ai résumé, mais l’essentiel y est. - Mais, dit Betty en montant le ton d’un cran, pas besoin de s’appeler Mme Bonaventure pour savoir que Sacha est un goujat égocentrique et pervers ! - Tu voulais qu’elle confirme ton impression. Elle l’a fait. Basta. Fini. Maintenant, on oublie. Regard soupçonneux de Betty. Regards en coin du jeune couple. Pendant une nanoseconde, le temps semble suspendu, comme si tout l’univers subissait l’onde de choc de cette sage décision. - Non, il y a quelques petites choses encore, se sent obligée d’ajouter Laura. Je vais rencontrer un homme qui exerce une profession artistique mais selon Mme Bonaventure, il ne s’agirait pas de l’homme de ma vie. Je trouve d’ailleurs déplorable de le savoir avant même de l’avoir rencontré ! Et puis je vais changer d’orientation professionnelle et me tourner vers un métier plus… social. Beurk ! Jure-moi de me ramener à la raison si un jour je décide de m’exiler au fin fond de l’Afrique ! Sauf, bien-sûr, si c’est pour trouver refuge dans l’un des SPA les plus cotés du continent ! A part ça, Mme Bonaventure me voit gagner une somme d’argent assez « rondelette », mais impossible d’obtenir une estimation, même approximative. Bref, la vie continue. Et sans Sacha, je peux te le promettre ! - C’est génial ma chérie ! Jugeant vraisemblablement la question réglée, Betty hèle le serveur et demande l’addition. - Bon, et maintenant ? Ca te dit une matinée shopping pour fêter ça ? Après tout, tu vas avoir plus que jamais besoin d’être chouchoutée ma chérie ! - Va pour quelques emplettes. J’en profiterai pour me racheter un pantalon. Et à partir d’aujourd’hui, je mise sur un 36 ! Une amitié sincère devrait toujours être scellée par une honnêteté sans faille. Ce fut l’unique fois où Laura fit entorse à la règle. Elle n’avait révélé à Betty qu’une partie des prédictions de Mme Bonaventure, jugeant l’autre partie trop… effrayante.
Au fil de la journée, la sensation étrange qui l’avait suivie comme les effluves d’un parfum tenace s’estompa. Les révélations de la voyante perdirent progressivement de leur impact et Laura finit même par se demander comment elle avait pu accorder le moindre crédit à ces « flashs prémonitoires ». Mme Bonaventure avait un don, certes. Celui de percevoir quatre-vingts euros de l’heure ! Pour s’en convaincre, la dernière action que Laura accomplit avant de se coucher, fut de pianoter sur les touches de son téléphone portable. Elle rédigea un court message à l’intention de Sacha – le 324ème depuis un an dont la moitié était restée sans réponse quand l’autre moitié aurait mieux fait de se perdre dans les réseaux complexes reliant leurs opérateurs, tant le contenu était parfois blessant-. C’était plus fort qu’elle. Il fallait qu’elle le fasse. C’était le seul moyen qu’elle possédait pour avoir l’illusion de faire partie de sa vie, de se rapprocher de lui malgré les barrières qu’il érigeait, de le savoir vivant –ou presque quand on considérait son nouveau mode de vie du genre : ascète introverti à tendance paranoïaque-. Laura presse la touche « envoi ». Elle se glisse sous ses draps en se répétant que personne ne devrait jamais savoir qu’elle avait « craqué ». Surtout pas Betty ! –Oh mon dieu, faites que je sache tenir ma langue ! » Après tout, envoyer un SMS n’a jamais tué personne.
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