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Par blajeunesse
samedi 19 avril 2008, 10:15

SAHARA

       

 

       

        Sahara

 

 

 

Vite, tant qu’il est encore temps ! Donnes moi, donnes moi tout ! Viens, qu’attends-tu ?        

Se mouvant frénétiquement, elle ruisselait de ses dernières sueurs, humidifiant sous elle le sable ocre, assoiffé depuis des lustres. La douleur de l’attente la faisait gémir tel une lionne en chaleur. Le soleil, brûlant d’une implacable ardeur avait tanné son corps, marquant son visage de sillons asymétriques où s’était accumulé un sable gris. Pour peu, elle aurait pu passer pour une femme de l’Afrique profonde dont la négritude couleur s’orne de symétriques bandes claires. Ornements essentiels à sa beauté, tracés d’une main sûre avec une boue blanche lors de cérémonies obscures.

Il était à son coté, sec, immobile. Son originelle blancheur ne persistait que dans des sillons ravinés qui dessinaient des frontières tortueuses sur son torse décharné.        

Le vent soulevait le sable en colonne ascendantes, nuées vrillant le ciel. Il faisait chanter les dunes d’où parvenait une mélopée douce et lancinante dont le souffle aigu s’entremêlait parfois de plus rondes sonorités.

Viens donnes moi, donnes moi tout ! Sa demande inlassablement répétée se transformait en vagissements de nouveau-né agonisant. Elle n’avait plus la force de se mouvoir. Seuls tressaillaient ses bras, levés vers le ciel, comme si elle cherchait à s’en emparer.

Depuis trois jours ils marchaient, brûlés au jour, glacés à la nuit. Par miracle, ils avaient échappé au massacre. Les pillards, lors d’un campement, enivrés de rapines, armés de leur foi, avaient fondu sur leur maigre caravane. Tout c’était passé en un éclair. Derrière une dune, plaqués au sol, ils avaient tout vu, tout entendu. Hurlant le nom de Dieu, ils avaient égorgés tous leurs compagnons puis s’étaient enfuis avec toutes les bêtes et leur barda.

Ils ne leur restait pour tout viatique qu’une gourde emplie d’eau saumâtre. Grâce à elle, ils avaient survécus jusqu’à ce jour, le dernier où ils pouvaient encore espérer. Ils étaient perdus. Elle venait de le comprendre. Viens, viens, donnes moi tout ! Sa voix n’était plus qu’un souffle expirant. 

Il prit la gourde qui lui brûla une dernière fois la main, la renversa, la secoua au dessus d’elle. Il en glissa une cuillerée de boue qui lentement vint s’écraser sur ses lèvres. Il lui sembla qu’elle souriait.  

Le vent s’apaisa. Il s’étendit au coté de son corps immobile et ferma les yeux.           Algol. Le 15 avril 2003.

 

 

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