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L’Ombre de Ditko - Introduction
Le dessinateur Steve Ditko est probablement l’un des artistes les plus atypiques qui ai jamais existé. Devenu célèbre dans les années 60 grâce à son trait nerveux et des personnages torturés (Spider-Man, Question l’homme sans visage ou l’inquiétant Creeper ) il vit reclus de depuis plus de vingt ans , refusant toute photographie et toute interview. « Mon travail parle pour moi » , aurait-il déclaré. Or le monde que nous décrit Ditko est un univers de peur et de souffrance, ou les apparences sont trompeuses et où la schizophrénie n’est jamais loin ; l’exemple le plus est évident est la dualité Jack Ryder/ Creeper, ; mais l’œuvre de Ditko regorge de personnages qui ont tant de masques que nul ne peut connaître leur identité et qu’eux-mêmes finissent par se perdre : ainsi le Caméléon aux milles visages, qui fut, fait significatif, le premier ennemi que Ditko opposa à son Spider-Man ; le métamorphe Protéus, ennemi du Creeper, qui finira par perdre la raison. Qu’est-ce qui se cache derrière les apparences ? C’est l’obsession de Ditko., qui était aussi celle de cet autre paranoïaque de génie qu’était Philip K. Dick Peut-être est-ce la raison pour laquelle il refuse, à partir de la fin des années 60, toute photographie, entrant dans une colère terrible dès que quelqu’un faisait mine de pointer un appareil dans sa direction. Peut-être est-ce pour cela qu’il invente The Question, justicier sans visage, qui ne se soumet pas à la dictature de l’apparence et qui, par son aspect comme par son nom, renvoie le lecteur à ses propres interrogations . Toute la force de l’œuvre de Steve Ditko est là, dans cet équilibre forcément instable entre raison et folie, ombre et lumière, bien et mal.
L’Ombre de Ditko I : Beware The Creeper !
En 1968, deux ans après avoir claqué la porte de chez Marvel Comics pour cause de différents artistiques avec son scénariste, Stan Lee, Ditko se retrouve chez le grand concurrent , DC Comics pour créer un de ses plus fascinants personnages : le Creeper. Résumons rapidement l’histoire. Un journaliste à la langue bien pendue et au franc-parler dévastateur, Jack Ryder, est la star de son journal grâce à sa chronique ou il éreinte férocement politiciens, stars du show-biz et hommes d’affaires peu scrupuleux dont il ne manque jamais de révéler les magouilles. Mais un jour, il consacre un papier incendiaire à une personnalité qui s’avère être un proche de son patron. Renvoyé du journal, Ryder trouve un emploi dans une société de sécurité. Sa première mission consiste à retrouver le professeur Yatz, un éminent savant retenu par des gangsters. Ryder enquête et comprend rapidement que le professeur est détenu chez un particulier. Celui-ci organisant un bal masqué le soir même, Ryder décide de s’y vêtu d’un costume de fantaisie ( collants et masque jaune, perruque verte , écharpe rouge). Une fois sur place, il se mêle aux invités et localise assez vite Yatz Celui-ci lui explique que les malandrins cherchent à mettre la main sur un sérum de son invention.. Mais les gangsters les surprennent. Une lutte s’engage, au terme de laquelle Ryder met K.O ses agresseurs, mais est sérieusement blessé par un coup de couteau donné par l’un d’entre eux. Voyant Ryder à terre et se vidant de son sang, Yatz décide de lui injecter son sérum. Celui-ci guérit miraculeusement ses blessures et augmente sa force et son agilité. Mais le costume « s’incruste » également sur lui : A chaque fois que Jack Ryder voudra faire appel à ses nouvelles capacités, il se transformera en une créature à la peau jaune, aux cheveux verts et au rire horrible : le Creeper est né. Yatz sera abattu peu après par un des hommes du gang, mais Ryder parviendra à s’enfuir, non sans avoir assommé et ficelé le reste de la bande à l’intention de la police.
Après ce premier épisode qu’il écrit et dessine seul (il sera plus tard assisté par Don Segall pour les dalogues et Denny O’Neill pour le scénario) Ditko fera connaître à son héros toutes sortes de tourments ; héros mal-aimé, le Creeper est poursuivi par la police, qui voit en lui un criminel, et conspué par la foule, qui le juge sur son seul aspect, il est vrai peu rassurant. Il doit faire face à de rocambolesques adversaires, qui ont tous juré sa perte . Ajoutez à cela que son côté « Creeper » prend de plus en plus d’importance ( au point qu’il oublie parfois qui il est) et un ennemi du nom de Protéus, capable de prendre n’importe quel aspect , qui a commis un meurtre sous l’apparence du Creeper (ce qui n’arrange pas les rapports de ce dernier avec les ’autorités ) et qui semble de surcroît connaître sa véritable identité, et vous comprendrez que la vie de notre héros n’est pas un long fleuve tranquille. Le Creeper, tout comme le Dr Strange, autre création de Ditko, a un statut ambigu dans le monde de la bande dessinée ; à la fois personnage culte et admirée création jugée trop avant-gardiste et trop personnelle, ce qui rend sa reprise par d’autres que par Ditko difficile voire impossible ; un sérieux handicap à une époque ou les droits d’un personnage appartenaient à son éditeur et non à son créateur et où le creator-owned , si courant de nos jours, n’était encore qu’un phénomène marginal et exceptionnel. Qu’importe ; avec ce personnage, Ditko est entré dans le panthéon des grands auteurs de bande dessinée. |