Complexe, parfois déroutante, l’œuvre de Michel Rovelas nous touche au plus profond, fait naître la réflexion, nous interpelle, ébranlant nos certitudes. Profondément ancrée dans la culture antillaise, elle reste néanmoins ouverte sur le monde et touche à l’universel.
Sa dernière exposition, Kat-Chimen,l’illustre à nouveau.
Dans les contes antillais, le kat-chimen est le lieu où rôdent les ombres, le point de rencontre entre le monde rationnel et celui des rêves et des fantasmes.
Dans les tableaux de cette série, reviennent avec insistance les thèmes de la crucifixion et de la croisée des chemin (Kat-Chimen) ; des personnages à l’expression ambiguë (Souffrance ou extase ?) sont cloués dans la position traditionnelle du Christ) ; des hommes nus, sexe apparent (réminiscence de l’autoportrait de Durer ?), apparitions inquiétantes et presque spectrales, à la fois dans l’action et hors de l’action (ils se tiennent généralement dans le cadre d’une porte) tels des voyeurs , et dans un rectangle surplombant la scène, des formes abstraites pouvant évoquer les esprits hantant les Kat-Chimen. Mais on peut aussi y voir une allusion à la Machine à rêver du poète et plasticien Brion Gysin. Le décor est bancal, car, comme l’explique l’artiste, «Aux Antilles, nous vivons dans un espace conçu et pensé par d’autres. Nous ne parvenons pas à adapter cet espace à notre réalité. »
Il est possible de rapprocher le travail de Michel Rovelas de celui de David Lynch, rapprochement qui peut paraître audacieux mais qui ne l’est guère quand on y réfléchit, et ce pour deux raisons ; d’abord Lynch est plasticien autant que cinéaste , et son travail pictural (présenté il y a deux ans à la Fondation Cartier lors de l’exposition The Air Is On Fire ) a largement influencé son cinéma : ensuite, les deux artistes partagent cette obsession de montrer ce qui se cache derrière les apparences, d’éclairer notre monde réel (mais qu’est-ce que la réalité ? ) à la lumière noire de nos rêves et de nos cauchemars. |