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Le Roman de Soulac & autres textes

Auto portrait

Commentaires : 2 samedi 1 mars 2008 à 10:05 par Yves Guilhamon

21 Mars 1966

23h59

Je nage.

Je plonge.

Je somnole.

Je vis le Paradis.

C’est là que j’ai appris à être zen. Je vis dans la mer, cet espace exigu des origines me semble un océan; j’explore tous les possibles et rien ne me résiste. Je mange avec une paille à peu près toujours la même chose mais ça ne fait rien c’est good

22 Mars 1966

04h00 du matin

On m’ouvre.

La lumière m’aveugle.

On me sort de la piscine.

L’air m’étouffe.

Je suis aspergé de sang puis on me lave; mais pourquoi?

Pour moi c’est une première, pour elle, la deuxième césarienne.

Chut! Maman dort!

Quelqu’un me prends dans ses bras: c’est papa!

Je panique: le monde m’est déjà hostile.

Je suis un waterman sorti des eaux!

 

Deux ans de plus

Elle me prend dans ses bras.

Peut être pour la première fois?

J’ai pas le souvenir.

Faut dire qu’a notre première sortie à la piscine, j’avais directement sauté dans le grand bassin.

A cet âge, on se rappelle encore de la mère d’où l’on vient: moi j’y suis retourné aussitôt par attirance naturelle.

Elle a plongé toute habillée sans enlever ses escarpins dans le grand bassin, elle m’a pris, elle m’a ramené dans le monde extérieur que j’avais fui.

Elle m’y a laissé puis ne m’a plus serré pendant 27 ans.

En 93, c’était pour de faux de toute façon.

J’avais pourtant tellement fait de bruit pour qu’elle me remarque à nouveau.

Mais en vain.

Je suis une tête brulée (vive à la naissance), je me jette sur tous les risques et je suis un waterman: l’eau appaise mes brulûres.

 

1969 : ma nounou tente de se suicider avec les médicaments de la pharmacie familiale (mais ça ne vient pas de nous : nous n’étions pas si turbulents et on ne savait pas empoisonner) ; c’est la dernière fois qu’on court après notre « cadeau quotidien »dans le petit ruisseau car les parents font monter des toilettes modernes dans la maison ; premières images en couleurs à la télévision ; maman découvre des souris dans les étagères de la pharmacie (un client doit la prendre dans ses bras pour la sauver) ; les clients sont encore à éduquer : ils arrivent avec leurs doigt sectionnés en demandant du sparadrap, avalent sans brocher leurs suppositoires et sifflent à même le goulot l’alcool à 90°.

 

1970 : je reviens d’aller chercher le lait avec mon frère. J’ai le petit bidon de laiton que je cogne sur les murs, la culotte courte & les cheveux aussi. Avec mon frère toujours, on est  de toutes les aventures : première bagarre de rue avec le fils du menuisier dans son réservoir à bois ; qu’est-ce qu’on a pris ! Je suis beau (snif ! c’était provisoire) mais je suis très laid quand on part en week-end depuis notre Dordogne en limite des Charentes vers le Lot. Je vomis tout le temps dans ces DS Citroën que mon père adore ! Faut dire que ça tourne vraiment dans cette région et c’est tous les week-ends…

Le moulin de Catus : découverte de la barque, de l’étang des chutes, du grenier magique où l’on fait du théâtre avec les cousines (quelles artistes !) ; mon premier rôle : le bébé (c’est toujours comme ça qu’on commence quand on est jeune premier). Nos premiers abandons : rester chez les grands parents pendant leurs vacances. Mon premier geste personnel : il reste un laitage au fruit pour mon frère & moi ; mon père demande qui va le laisser à l’autre, je réponds c’est pour moi en m’emparant du pot. J’aimais mon frère moins qu’un pot de yaourt ! Ca l’a choqué, il m’en a voulu longtemps mais maintenant ça va.

 

71 Je découvre le Paradis Terrestre : on a déménagé à Soulac !

D’abord la lumière : cette maison cubique blanche est baignée de lumière & elle est immense. La plage ensuite, elle ne s’arrête pas : l’océan s’écoule jusqu’au soleil couchant, le sable ne disparaît qu’à l’horizon. La forêt vient juste après : on s’y enfouit, on s’y perd, s’y fait peur. La pharmacie enfin, notre première vocation forcée, le seul point rencontre familial !

Les revers du paradis : à la fin de la saison, départ en vacances ; sans nous. Nous on reste dans une pension de retraités ! Les petits vieux n’eurent jamais vus de pensionnaire plus dynamique que moi : je dansais sur les tables au petit déjeuner… Aujourd’hui encore je n’en reviens pas… Dans ma tête, ce n’est pas possible. Mais c’était vrai !

 

 

Commentaires : 2

  • c'est vrai
    dimanche 18 mai 2008 à 19:53 par LEGUIGUI

    Et oui tout ça c'est vrai . Je me suis remis de l'épisode du pot de yaourt. Le Con dans l'histoire c'était notre père! On ne fait pas ce genre de coup à ses fils. C'est pas classe et effectivement cela laisse des traces !

  • Bravo!
    jeudi 22 mai 2008 à 12:26 par Couraud

    Quel travail, derrière cette apparente facilité! Tout est construit, clair et, de fait, fort agréable à lire. Compliments!

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