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Voici une copie de ma chronique éditée dans le journal Le Monde du 20 novembre 2008 :
j'essaie, à ma manière un peu gauche, de relayer le message de Couraud. A vos commentaires aiguïsés, mes amis. 
En août dernier, deux mamans australiennes firent sensation[1] : elles ont édité, à compte d’auteures, un livre de cuisine best-seller dont aucun éditeur n’avait voulu. 700 000 exemplaires ! À croire que la recette était bonne, car elle fait exception. Exemple encore aujourd’hui : un homme, Gérard, 50 ans passés, s’est présenté sur internet comme étant écrivain et... Edité à compte d’auteur. 
La parution lui coûtera 2 500 €. Il recevra 200 livres non corrigés dans un gros paquet. Notre nouveau styliste s’empressera d’en donner à la famille et aux voisins gênés, ne sachant quoi offrir en retour. Puis las, au bout d’un an, les 185 invendus, touchés par la limite d’âge — et de ses relations — iront alimenter les termites du cabanon de jardin.
Pourtant, pour en arriver là, et ne pas fournir directement du bois aux isoptères (moins cher au kilo que le papier et sans le goût, au final, amer de l’encre), il aura fallu un incroyable parcours du combattant. Gérard est resté bloqué sur le dernier barbelé, celui de la sanction éditoriale. Puis il s’est tourné sans même s’en apercevoir vers des marchands de "rêves", pour beaucoup pathétiques.
Parce qu’en France, pour être exposé en Librairie, on doit passer par l’Édition. Il n’y a aucun filtre intermédiaire. Les stakhanovistes de la tentative livresque mettent un grand « E. » à l’édition tellement ce terme évoque pour eux Dieu... Et l’Everest à la fois. Car enfin, que faire pour franchir cette porte mythique derrière laquelle se cache un Éditeur, créature étrange et mystérieuse, perdu au milieu d’un océan de livres et muni d’un seul mot à la bouche[2] ?
Geneviève P., éditrice, nous répond par une méthode rationnelle. Sans vouloir la fâcher, comme son métier c’est de faire du profit, et que le profit s’éloigne peu ou prou des sentiments chevaleresques, sa formule magique a tout de l’algorithme industriel. 
> Si 3000 tapuscrits reçus à l’année, alors : trier avec une seule personne
> Si sélection, alors : vérifier que ça cadre avec la ligne éditoriale
> Si oui : livrer au comité de lecture. Sinon, écarter
> Si comité de lecture OK, alors : tamisage à la grille de lecture
> Si assez fin pour passer les mailles du filet, alors le livre tombe dans les mains (déjà pleines) de l’éditrice
> Si éditrice OK, alors attente d’une place dans le programme
> Et si les sélections trouvées par le relationnel ne prennent pas toute la place dans le lit, alors... Edité !
Je vois venir Gérard : mais non, il n’y a pas de grand complot. Geneviève ne couche pas, elle travaille. Elle bosse pour gagner de l’argent avec les créateurs qu’elle aime, ou tout du moins qu’elle apprécie.
Mais pour Gérard comme pour d’autres, la question est posée : maintenant que 80% d’une classe d’âge a obtenu son bac de français, cela signifie qu’au moins 110 % d’entre eux, si l’on compte les copistes qui en furent refoulés, sont susceptibles d’être, un jour, des écrivains. Des millions de pondeurs potentiels pour les 676 romans élus de la dernière rentrée littéraire ! Imaginons ensemble la place de Gérard dans la queue ! D’autant que des auteurs de talent, aidés par l’allongement de la durée de vie, écriront aussi l’année prochaine.
Alors, je propose une solution. Oh, rien de très révolutionnaire : calquons notre organisation sur celle, éprouvée du football. En effet, Franck Ribéry a commencé par la troisième division avant de jouer en pleine lumière. Tout petit, les footballeurs sont détectés, encouragés au sein de structures d’amateurs ; tout le miracle de la bonne volonté.
Voilà donc ce qu’il nous reste à faire, Gérard : créer une structure proche des auteurs, une troisième division qui repèrerait les prodiges et t’éviterait de perdre du temps. Elle permettrait enfin aux éditions plus modestes de faire leur marché dans la transparence, et de faire monter avec la patience qui fait les vrais talents, les hommes et femmes qui nourriront nos réflexions de demain. Sinon l’internet qui s’en charge déjà noiera la file d’attente dans la masse.
[1] Le Monde, 10 août 2008
[2] Non
Dans le hall, au guichet, Frigg passant souple liane en danseuse classique sur la pointe des pieds, j’emportais de mon désir la clé de notre couche. Nous montâmes vivement, près de se frôler, mais sans l’oser vraiment, jusqu’à la porte du plaisir : « deuxième étage, chambre 3, dernière porte à gauche ».
À l’intérieur, elle gorgée d’une eau d’envie, moi mouillonant de sang, mais ne sachant que faire, nous approchâmes de la fenêtre de l’accordéon. Elle me toucha la main, je la saisis !
Se cachant derrière moi, elle glissa l’autre sur ma hanche. Je la plaquais !
Elle se lova contre mon dos, la tête un peu à l’écart pour voir les passants respirer. Je la retournais !
Frigg enleva mes mille peaux, mes protections contre
Dans la descente, Frigg avala ma vive. Enfin, alité, j’entrai chez elle, avec douceur, amour et force. Deux tissus de soie se frôlaient l’un dans l’autre, sans se toucher vraiment. Ils chauffaient, brûlaient, mais je n’avais pas mal. Seul Frigg frémissait : j’étais sur le chemin. De cette souplesse que seules ont les ballerines, je sentais ses mains ses pieds ses seins caresser mon corps au partout !
Elle passa une paume sous moi. J’entendis mon cœur résonner mon armée : je gémis ! et au « je t’aime » susurré au creux de mon oreille, mon sang ! inonda son amour...
Elle me garda deux jours et deux nuits enfermé dans son corps. Frigg me protégeait des coups, des loups et puis des cris.
© Elle me l’annonça sans ménagement, un soir de mai, ou bien de juin, je ne sais plus, je ne veux pas me rappeler. M., ma fiancée, jeta mes affaires à la rue depuis l’étage de notre appartement - notre galère bordelaise -, me balançant du premier sans proposer les escaliers pour amortir ma chute. Inévitablement, j’avais fait le chien : j’avais aboyé, grogné, hurlé ! Les voisins me lançaient « on appelle la police, nous ! ». Alors délaissé sur le parking de la résidence, inexorablement, je battis en retraite. Ma grosse berline de cinquième main, piquetée de rouille et plus tellement étanche, accepta de conserver les quelques vêtements, bouquins et babioles maigres que je récupérai. Pendant que l’orage éclatait sur Bordeaux, j’étais en route pour épancher ma peine dans l’océan, vers Soulac, ma presqu’île cocooneuse[1], mon berceau. Puis, ayant passé l’été sans personne à aimer, je décidai l’aventure suprême, la ville aux mille lumières : Paris ! Quand je suis parti, seuls les pins eurent pour moi un pincement au cœur, diffusant de leur sève dans les airs pour confier des pleurs de parfums à ma mémoire. Le sable, toujours grinçant, ne me donna que son acide impression pour me signifier l’heure de mon exil. Les champs inondables que je traversai n’ont rien dit ; ils me laissèrent m’enfoncer dans leurs brumes. Je filais sous les étoiles, abandonnant ma peine derrière moi ; sans savoir qu’elle me suivait, cachée dans mes affaires. Je roulais toute la nuit, seul, dans la camionnette prêtée par un ami. J’y avais fourré toute mon existence en urgence, dans un bric-à-brac inextricable, tenu par des ficelles en tous sens. J’organisais mon exode, ma fuite en avant vers un nulle part vaut mieux qu’ailleurs. Je fuyais l’échec de toute une vie, comme des millions d‘autres hommes le firent avant moi, moi qui avais cru être le centre de la Terre, indestructible et, naïvement, irrésistible. J’avais vingt-six ans quand j’arrivai à Paris. C’était un soir d’automne ; le vent soufflait sud. Il étalait ses nuages d’altitude contre le ciel , il s’abattait sur Paris, précédant son escadrille de pluie prête à percer le pardessus des âmes citadines. J’ennuyais tout le monde avec mes malheurs. Même celui qui m’avait proposé son aide s’absenta pour mon emménagement. Il me l’avait signifié par un mot collé sur la porte de mon futur studio : « désolé » était écrit à l’encre de l’insincérité amicale. Comme un escargot avec sa maison sur le dos, je fis comme si de rien n’était. Je portais seul le lit plié, le vélo à la pédale manquante, l’abat-jour jaune et tordu. Je remontai les lattes cassées de mon couchage rafistolé à la colle de bois, et assemblai mon étagère, mon unique carte aux trésors, pour y poser mes livres. Derrière la porte torturée de l’appartement 6, troisième étage sans ascenseur d’un immeuble de Je m’inscrivis au Conservatoire, celui des Arts et Métiers, tout près du Marais francilien, rêvant de reconnaissance au moyen de cours du soir. Je trouvais du boulot par intermittence, exécutant des travaux de toutes sortes, surtout les plus durs, ceux dont les employés en place ne voulaient pas. J’acceptais tout et on me proposa le pire, presque dès le début : manutentionnaire le jour, on me faisait porter les machines à laver sur six niveaux pour un salaire d’infortune ; avec, pour tout repas, un chiche kebab-coca-salamalikoum-salad dévoré à l’intérieur du camion. Quand je fus mûr à point, et un peu court pour mon logement, on me proposa de travailler Grâce à ces tâches de noctambule, je pus faire face à mon loyer et acheter quelques vêtements. Je mangeais à ma faim aussi : le dimanche, j’allais me chercher un éclair au chocolat - joie suprême -, avant de partir me promener à Montmartre par le bon côté, celui de la sanction d’un bonheur fugace : l’accession à la vue des paradis artificiels depuis le Sacré-Cœur. J’empruntais toujours le même chemin : Puis, parce qu’il faut que le plaisir finisse, j’arrivais dans la foule, celle qui venait de l’autre bord, celle qui m’employait en intérim pour éviter de marcher dans la merde. Je flânais autour des peintres de la place ; je les badais[2]. Moi, toujours dans les airs, je n’étais fait ni pour les corvées de la terre, ni pour les balades de l’esprit. Je ne connaissais rien au véritable français, au dessin et à la musique, ces arts que j’aimais bien au-dessus de tout. Artiste de Nowhere sure was, j’avais seulement le goût des choses inertes sur lesquelles je projetais mon âme, pour éviter qu’elle ne me brûle. La laverie du coin restituait le linge gris. C’était plus simple, ça rendait les ouvriers occasionnels interchangeables. Certes, nous, les bouche-trous de l’économie de marché, n’avions pas tous la même couleur de peau dans le quartier, mais on avait la même fonction de complétage. Nous n’étions pas solidaires pour autant. Il fallait donc que je devienne fort : je décidais de m’allier à moi-même, mettant déjà un homme de mon côté. Les cours du soir et les heures supplémentaires pour les voyages en train vers ma plage aquitaine, complétaient mon emploi du temps. Bref, c’était le bonheur mal assuré, branlant et chaotique. Un jour, mon voisin engagea des travaux dans sa cuisine, notre mur mitoyen. Ça commençait dès le matin, à l’heure de ma propre obscurité, celle de l’homme épuisé par les camions noctambules, chargés, remplis d’objets d’un poids humainement insupportable, pourtant soulevés par les oiseaux de nuit que nous étions. Un jour, donc, il n’y eut plus de nuit, plus de jour, mais seulement du bruit. Alors, mes yeux se sont creusés, mes nerfs étiolés et ma santé... évaporée. Je m’endormais au boulot, je recevais des barres de métal sur le crâne, je me blessais. Je n’assistais plus aux cours et puis… je ne vins plus au travail. J’allais sur mes vingt-sept ans quand Noël sonna. Il neigeait. Je rentrais du repas au pauvre proposé par des pas riches. Les flocons étaient beaux, mais froids. J’ai dormi, puis erré tout au long du 25, regardant dans les vitrines ce que je n’aurais pas, montant sur la pointe des pieds au dessus de la pisse des chiens, pour voir les sapins décorés dans les maisons. J’ai curé la bouffe de mon placard, vidé la dernière boite de thon, et dépouillé mon compte à la banque en prévision d’un 26 sans appel. [1] Soulac / mer, Médoc, Aquitaine, France [2] Admirais

Tant pis. Je le dis quand même : dans mon usine, on crache les flammes de l’enfer. Mais pour moi, c’est presque le paradis.
Aujourd’hui, concerto pour un turbocompresseur.
On commence piano : le téléphone sonne, comme un triangle, il y a un client qui commande !
Un billet doux part à l’atelier, car l’industrie est aussi littérature : « Presto ! » il y a écrit. D’un gros « bip-bip » aigu, le cariste va chercher un fardeau d’alu qui rend un « Ding ! » sourd en se balançant au-dessus du four. Bientôt, le « glouglou » du liquide en fusion qui alimente les carrousels entre dans la partie couvrant les chalumeaux endiablés ! Non loin de là, les groupes électrogènes donnent de leurs souffles puissants un coup de semonce. Alors, la machine à concasser le sable se met à vibrer d’une musique violente ! Mais cadencée…
Quand la pièce est enfin coulée, la scie prend le dessus : son aigu de soprane comble de bonheur l’investisseur, heureux de voir son usine tourner aussi rondement.
Entracte, je vais pisser.
Et ça reprend : les outils coupants percent, tranchent, enlèvent par petits cris stridents. Les mécanismes pneumatiques se délestent de pressions souveraines. Les soufflettes à copeaux envoient un air de flute dans tout le quartier.
Au final, le bruit s’estompe. Reste le ronronnement du contrôleur qui se repasse tous les morceaux de la banda de dimanche dans sa tête. Le chariot élévateur vient chercher le colis, il le charge dans le gros truck allumé dehors. Et là, c’est le « PON-PON ! » du camion s’en allant, celui du contentement des hommes qui triment pour survivre.
Maintenant, tout les ouvriers se penchent, saluent les lecteurs, ces spectateurs qui applaudissent des deux mains, debout, la performance de ces hommes en bleu qui suent, qui bossent, qui nous font vivre.
Ces mecs alors, ils pleurent. Ils chialent de joie à voir des mines reconnaissantes, une fois, une seule, dans leurs vies de fantômes…
J’vous fais pas un dessin, allez ! Allez-y ! Vous changerez : comme moi, vous penserez que le premier des arts… c’est eux.

Le faux « Jeannot » faisait soigneusement ses comptes. C’est un philosophe, le Jeannot : chaque jour, il ressentait les pulsions alentour, les peurs, les haines…
Il s’en nourrissait et devenait puissant. Il se démarquait de l’analyse classique des psy de Bordeaux : sur la presqu’île, le CA collectif primait sur les sentiments individuels. Microclimat, microcosme, société consanguine : Eros et Thanatos oeuvraient sur le groupe en entier, aucune individualité ne pouvait transparaître. « Nous autres, les soulacais » qu’il disent les pays, conscients d’un « NOUS » indivisible. Longtemps les valeurs du « SURNOUS » régnaient sur le village. Un jour, les estrangers sont revenus, les vieux démons avec et l’harmonie disparut.
Voilà pourquoi les quartiers s’écartaient, devenaient des îlots. Les hommes se déchiraient et souffraient dans leur chaire en agressant les autres. Thanatos gangrenait les soulacais-corpus qui s’automutilaient délibérément. Le territoire, loin des frasques de la République, accostait par petits bouts en îlots désunis ce pays de furieux violents et décérébrés. « Jeannot » l’avait senti venir : depuis longtemps maintenant la télé faisait son travail qui délitait les esprits et normalisait sans relâche la pensée des Pays. « Lisez ça ; mangez ça ; achetez ça ! ». Les Pays s’intégraient peu à peu au reste des français, devenant insipides. Sur le point de basculer dans la normalité, les vieux du coin avaient vu revenir la Gilberte, la violée, la paumée et avec elle leurs peurs et leurs remords.
23h59 Je nage. Je plonge. Je somnole. Je vis le Paradis. C’est là que j’ai appris à être zen. Je vis dans la mer, cet espace exigu des origines me semble un océan; j’explore tous les possibles et rien ne me résiste. Je mange avec une paille à peu près toujours la même chose mais ça ne fait rien c’est good 04h00 du matin On m’ouvre. La lumière m’aveugle. On me sort de la piscine. L’air m’étouffe. Je suis aspergé de sang puis on me lave; mais pourquoi? Pour moi c’est une première, pour elle, la deuxième césarienne. Chut! Maman dort! Quelqu’un me prends dans ses bras: c’est papa! Je panique: le monde m’est déjà hostile. Je suis un waterman sorti des eaux! Deux ans de plus Elle me prend dans ses bras. Peut être pour la première fois? J’ai pas le souvenir. Faut dire qu’a notre première sortie à la piscine, j’avais directement sauté dans le grand bassin. A cet âge, on se rappelle encore de la mère d’où l’on vient: moi j’y suis retourné aussitôt par attirance naturelle. Elle a plongé toute habillée sans enlever ses escarpins dans le grand bassin, elle m’a pris, elle m’a ramené dans le monde extérieur que j’avais fui. Elle m’y a laissé puis ne m’a plus serré pendant 27 ans. En 93, c’était pour de faux de toute façon. J’avais pourtant tellement fait de bruit pour qu’elle me remarque à nouveau. Mais en vain. Je suis une tête brulée (vive à la naissance), je me jette sur tous les risques et je suis un waterman: l’eau appaise mes brulûres. 1969 : ma nounou tente de se suicider avec les médicaments de la pharmacie familiale (mais ça ne vient pas de nous : nous n’étions pas si turbulents et on ne savait pas empoisonner) ; c’est la dernière fois qu’on court après notre « cadeau quotidien »dans le petit ruisseau car les parents font monter des toilettes modernes dans la maison ; premières images en couleurs à la télévision ; maman découvre des souris dans les étagères de la pharmacie (un client doit la prendre dans ses bras pour la sauver) ; les clients sont encore à éduquer : ils arrivent avec leurs doigt sectionnés en demandant du sparadrap, avalent sans brocher leurs suppositoires et sifflent à même le goulot l’alcool à 90°. 1970 : je reviens d’aller chercher le lait avec mon frère. J’ai le petit bidon de laiton que je cogne sur les murs, la culotte courte & les cheveux aussi. Avec mon frère toujours, on est de toutes les aventures : première bagarre de rue avec le fils du menuisier dans son réservoir à bois ; qu’est-ce qu’on a pris ! Je suis beau (snif ! c’était provisoire) mais je suis très laid quand on part en week-end depuis notre Dordogne en limite des Charentes vers le Lot. Je vomis tout le temps dans ces DS Citroën que mon père adore ! Faut dire que ça tourne vraiment dans cette région et c’est tous les week-ends… Le moulin de Catus : découverte de la barque, de l’étang des chutes, du grenier magique où l’on fait du théâtre avec les cousines (quelles artistes !) ; mon premier rôle : le bébé (c’est toujours comme ça qu’on commence quand on est jeune premier). Nos premiers abandons : rester chez les grands parents pendant leurs vacances. Mon premier geste personnel : il reste un laitage au fruit pour mon frère & moi ; mon père demande qui va le laisser à l’autre, je réponds c’est pour moi en m’emparant du pot. J’aimais mon frère moins qu’un pot de yaourt ! Ca l’a choqué, il m’en a voulu longtemps mais maintenant ça va. 71 Je découvre le Paradis Terrestre : on a déménagé à Soulac ! D’abord la lumière : cette maison cubique blanche est baignée de lumière & elle est immense. La plage ensuite, elle ne s’arrête pas : l’océan s’écoule jusqu’au soleil couchant, le sable ne disparaît qu’à l’horizon. La forêt vient juste après : on s’y enfouit, on s’y perd, s’y fait peur. La pharmacie enfin, notre première vocation forcée, le seul point rencontre familial ! Les revers du paradis : à la fin de la saison, départ en vacances ; sans nous. Nous on reste dans une pension de retraités ! Les petits vieux n’eurent jamais vus de pensionnaire plus dynamique que moi : je dansais sur les tables au petit déjeuner… Aujourd’hui encore je n’en reviens pas… Dans ma tête, ce n’est pas possible. Mais c’était vrai !
21 Mars 1966
22 Mars 1966

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