BALADE AUX GIBETS
Le chemin serpentait sans fin,
Parmi les arbustes et les genêts,
Il me semblait que j’étais loin.
Lorsque je reconnus une allée.
Ce n’était point l’allée du roi,
Ni celle de la jeune reine,
Il s’agissait d’un piètre choix,
Pour autant, j’étais sans haine.
Nulle ramée d’arbre hideuse,
Le silence semblait léger,
Ma souvenance pieuse,
Me rendait cet endroit hanté.
Lors de mes jeunes années,
Je fus témoin d’horribles faits,
Que ma mémoire a gardés,
Tristes et horribles pensées.
Je perçus une lamentation,
Bien sinistre en était l’air,
Cruelle malédiction,
Je m’éloignai ventre à terre.
De mes anciennes frayeurs,
Resurgirent tous les gibets
Et leurs indicibles malheurs,
Dont je chassais les idées.
Dès lors, je ne pus à mon cou
Nouer quelque lavallière,
Sans voir se dresser tout à coup,
Ces spectres des jours d’hier.
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AUSSI PROFOND QUE MES LARMES
Milena est née prématurément le 8 Août 2000. Elle semble très satisfaite d’être venue au monde de façon inopinée, deux semaines à l’avance. Déjà, elle jette autour d’elle des regards intéressés. Sans doute perçoit-elle l’ombre et la lumière, phénomènes nouveaux pour elle.
- Milena, ma fille !
Je répète ces mots sans y croire encore. Moi, Ludmilla Pavlova, j’ai un enfant, une jolie petite fille qui a l’air bien vivante. On dirait qu’elle me ressemble, à moins que ce ne soit plutôt l’esquisse du menton de Vladimir. Et dire qu’il ne sait rien. Sous-marinier, il est actuellement en mission. Je ne le reverrai que dans quelques semaines. Il est très fier d’être mécanicien sur le Koursk, un des fleurons de la marine russe. Je n’ai pas pu avoir de contact téléphonique. Aussi ai-je envoyé un télégramme, par l’intermédiaire de l’amirauté, pour annoncer la naissance de Milena. Mais j’ignore quand il lui sera remis. Pour l’instant, je n’ai aucune nouvelle de lui.
Cependant, le fait de me trouver seule avec ma fille me procure une joie immense. Ainsi, je fais connaissance avec Milena petit à petit. Le prénom me plait. Je l’ai choisi avec Vladimir. Nous admirons tous les deux Milena Jesenska, illustre journaliste tchèque, inspiratrice de Franz Kafka. Toute à la contemplation du petit corps installé sur mes jambes repliées, j’en examine chaque parcelle visible et ne lui trouve pas le moindre défaut. Mes pensées se tournent vers mes parents dont je garde le souvenir religieusement. Je ressens un peu de tristesse à l’idée qu’ils ne connaîtront jamais leur petite-fille. Je suis d’un doigt léger le contour de son visage en souriant. Elle sera aussi jolie que moi, me dis-je sans la moindre modestie. Les larmes me montent aux yeux tandis que Milena remue ses petits bras dans un simulacre d’approbation.
Dans la chambre, nulle fleur ni cadeau. Les murs lisses et froids à reflets verdâtres donnent à la pièce un air lugubre. Mais la joie que j’éprouve est si intense que le décor m’est indifférent. Vladimir est à 300 mètres sous l’eau. Comment peut-il supporter la claustration et la promiscuité ? Chaque jour, je pense à lui à heure fixe. Il en fait autant, du moins c’est ce qu’il me dit. Je sors demain de l’hôpital et suis très fière de retrouver mon petit logement avec Milena dans mes bras.
Je saute joyeusement du marchepied de l’antique tramway qui me ramène Poushkina Ulitsa. Moscou est écrasé par la chaleur. Le moindre coin ombragé est pris d’assaut. Les moscovites partent peu en vacances, excepté la classe dirigeante,dont les membres bénéficient de datchas sur la mer noire. Je ne suis pas envieuse, tant mieux pour eux.
Milena, ma douce petite fille, semble avoir adopté le coin chambre que nous avons aménagé, Vladimir et moi. Elle dort paisiblement, les bras en l’air, saluant une victoire, la sienne. A un gramme près, elle aurait dû rester en couveuse. J’entrevois avec horreur ce qui aurait pu arriver, une séparation cruelle. Elle subira simplement davantage de visites médicales, contrôles du poids, des réflexes, du maintien.
Je m’apprête devant la glace avec un certain plaisir retrouvé, relevant mes cheveux dorés en un chignon surnommé « Potemkine » tant cette coiffure est désordonnée et peu stable. C’est la mode parait-il en France. J’ai une amie qui s’y est réfugiée. Elle faisait partie du Bolchoï et a demandé l’asile politique. Vladimir ne veut pas quitter le pays. Pour lui, c’est un honneur de servir sous le drapeau. Ce serait trahir et renier son serment d’appartenance. Un sentiment de frustration m’envahit à la pensée de devoir renoncer à partir. Quitter Vladimir est au-dessus de mes forces. Je l’aime et notre petite fille adorable nous unira encore plus fort.
Milena se met à pleurer. C’est l’heure de son biberon. Tandis que je m’assois sur le lit pour lui donner sa tétée, j’allume la radio et prête une oreille distraite aux informations. Il m’a semblé entendre le nom du Koursk. Intriguée, je hausse le son. Ce n’est pas le chant glorieux que j’attendais. Le sous-marin serait en difficulté. Les nouvelles sont vagues et prudentes. Il y aurait eu un incident et le bâtiment serait en panne. Je suis tranquillisée, rien de grave apparemment. Nos sauveteurs et mécaniciens vont agir et l’incident sera vite oublié. Je me rassure comme je peux, en berçant Milena, jouissant de l’arôme du thé noir que je déguste à petites gorgées tout en admirant le samovar trônant sur la table du séjour.
Plus tard dans la soirée, j’ai branché mon vieux poste à l’heure des nouvelles. L’avarie du Koursk est évoquée rapidement. Je me dis que rien de sérieux n’est arrivé, sinon nous le saurions. Les jours ont défilé sans que j’apprenne quoi que ce soit. Le 15 Août, je suis partie passer la journée chez mon amie Irina. Son mari est avec le mien au fond des eaux. Ils travaillent ensemble dans le même compartiment. Ainsi peut-être a-t-elle eu d’autres informations ?
Je suis descendue du tramway à la station Lénine, proche du petit appartement d’Irina. Quelle surprise de voir Irina sur le quai, la mine défaite, un mouchoir tamponnant ses yeux. Elle m’apprend entre deux sanglots que le Koursk est pratiquement perdu. Les sauveteurs n’ont pas encore été envoyés sur place. Au bout de 48 heures, il est difficile d’espérer des survivants. Cette révélation m’anéantit et je m’assis lourdement sur un banc en serrant Milena contre moi.
Irina me passe son mouchoir en tissu car je pleure maintenant autant qu’elle. Je me retrouve dans une sorte de cocon où plus rien ne peut m’atteindre. Je me noie dans un déluge de larmes. Milena se met à pleurer. Nous nous serrons contre elle, petit être conçu pour le bonheur. Chemin faisant, nous parlons d’autre chose comme pour éloigner le mauvais sort qui nous accable.
A peine la porte d’entrée fermée, Irina se jette sur la télé et met une chaîne d’informations. Le cas du sous-marin est mentionné d’une manière sibylline. J’essaie de me détendre en jouant à la poupée avec Milena qui s’obstine à dormir à poings fermés. Irina aimerait avoir un bébé mais son mari préfère attendre. Ils sont si mal installés. En fait, ils vivent dans une pièce mansardée et souffrent de la chaleur, étant sous les toits. Cette dernière assure qu’il est un original, vivant chez lui, sous les toits et dans le sous-marin, sous plusieurs mètres d’eau. Je ris aux éclats tandis que Irina renverse la tête et déverse, en une cascade fraîche et rieuse, son rire cristallin. Le Koursk est oublié pour un moment mais, au fond de mon cœur, l’inquiétude demeure.
Le lendemain, 16 Août, j’écoute les nouvelles à la radio. Rien de nouveau, sinon qu’il est impossible d’atteindre le sous-marin. Les russes ont demandé de l’aide aux sauveteurs internationaux. A partir de ce moment-là, je comprends que les autorités ont dissimulé la vérité. Le sous-marin a certainement une avarie grave. L’angoisse me paralyse. Le froid s’insinue en moi. J’imagine Vladimir aux prises avec les machines en panne, dans l’obscurité et le silence. Non, non ! Je me révolte, Vladimir ne peut pas mourir. Si jeune, à peine 23 ans et il ne connaît pas encore sa fille !
Je me précipite sur le palier pour téléphoner à Irina. Celle-ci est absente. La sonnerie résonne dans le vide. Et si je me rendais à l’amirauté, peut-être que j’aurais des informations ? Je fouille dans les papiers de mon mari et trouve l’adresse. En compagnie de Milena, je me présente dans les bureaux officiels de la marine. Peine perdue, on ne peut entrer. Une foule muette piétine devant la grille dans l’attente des évènements. Le soir, ayant obtenu Irina au téléphone, nous convenons de nous présenter tous les jours à l’amirauté. L‘union fait la force.
Cela dure depuis une longue semaine. Puis l’espoir s’amenuise. Fatiguée et découragée, je ne m’y rends plus chaque jour, préférant attendre chez moi l’horrible nouvelle. Un jeudi matin, je reçois un avis officiel. Le koursk est un cercueil. Aucun survivant. Ils ont tous péri. L’enquête n’aboutira pas. Le dossier est classé top secret défense.
Dans le salon de Ludmilla, trône la photographie d’un marin au sourire juvénile.
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UN MONDE A PART
Elle sut très vite qu’elle s’enliserait dans ce milieu pourri. Cependant, elle était fascinée par Jean-Charles, ses manières doucereuses et caressantes, son comportement mystérieux - elle ignorait tout de sa vie personnelle – et sa tendance à lui aménager toujours plus de surprises ! Il avait coutume de l’appeler au dernier moment comme si tout son carnet d’adresses avait été passé en revue et, qu’en fin de compte, seule, Carole eut été disponible. Elle ne savait jamais où il l’emmenait, cela faisait partie du jeu.
Mais était-ce véritablement un jeu entre eux ? Souvent elle s’interrogeait en se demandant ce qu’elle représentait réellement pour lui. La réponse était parfois déconcertante, variant selon les circonstances. Au bout de quelques mois, il lui suggéra de temps à autre de l’escorter lors de certaines soirées. Le haut du pavé était présent qui en Peter Pan, qui en princesse des mille et une nuit, diable ou ange céleste. On aurait dit une récréation pour adultes. Seulement quand sonnait la cloche, personne n’allait en classe !
En fait, il s’agissait d’une sorte de répétition, toujours accompagnée du même cérémonial. Les costumes étaient rangés dans une salle comprenant des vestiaires. Nus comme au premier jour, les invités enfilaient alors une large tunique noire. Un curieux chapeau pointu et un loup complétaient l’accoutrement. La procession commençait et se dirigeait vers une autre pièce où attendait le maître des lieux. Les nouveaux venus étaient intronisés, se dénudaient et choisissaient un partenaire en se plaçant devant lui. Et là…Carole ferma les yeux au souvenir de son expérience initiale. Le rouge lui monta aux joues puis elle chassa bien vite un sentiment de honte, écartant de son esprit des images trop précises.
Cela faisait maintenant presque un an qu’elle se rendait, en compagnie de Jean-Charles, dans ces soirées privées. Elle se rendait compte qu’elle n’en retirait aucun plaisir, peu d’avantages, si ce n’était de côtoyer les notables de la région, et de recevoir quelques avantages en nature ou en espèces sonnantes.
Ainsi accompagna-t-elle son mentor à Marrakech pour assister à une fantasia dans un village perdu de l’Atlas et animer des soirées privées sans cérémonial mais au final identique. Elle aimait, après maints échauffements et fantaisies, plonger nue dans la piscine turquoise qui ne manquait pas d’agrémenter les ryads des riches Marrakchis.
Carole s’éprenait chaque jour davantage de Jean-Charles. Il la respectait et ne la touchait pas, la livrant à d’autres étreintes dont il devait tirer un certain plaisir. Il arrivait souvent qu’elle le reconnut sous son loup, à sa démarche ou à son maintien. Il se tenait immobile et froid et ne participait jamais aux ébats ni aux danses érotiques. Elle représentait un objet de plaisir qui lui apportait le spectacle sensuel et débridé dont il nourrissait sa libido. C’était en tout cas le constat qu’elle en avait établi. Dès lors, elle se comporta comme il le souhaitait, le satisfaisant en tous points en allant au-delà de ses désirs.
Lorsqu’elle participait à ces bacchanales échevelées, elle s’absentait du bureau une matinée afin de dormir un tant soit peu. Puis elle se rendait à son travail, la tête un peu brumeuse et le corps amolli. Elle exerçait les fonctions de laborantine dans une banque du sperme et recueillait la semence des donneurs volontaires. Le comique de la situation lui apparut clairement le jour où elle s’occupa d’un donneur récalcitrant auquel il fallut apporter de l’aide. Cela consistait la majeure partie du temps à fournir des revues pornos et à donner des indications techniques pour provoquer l’éjaculation.
Ce jour-là, elle eut affaire à un cas particulier. Elle proposa en vain toutes sortes de substituts pour arriver aux fins espérées. Rien n’y faisait. Au bout de quelques heures, elle perdit patience et s’enferma avec l’homme. Le résultat escompté ne se fit plus attendre. Satisfaite, elle procéda aux divers tests et remercia le donneur.
Ce fut bientôt un habitué des lieux si bien que ses dons furent trop nombreux et qu’il fallut le rayer des membres. Alors il l’attendit le soir à la sortie des bureaux, la raccompagnant chez elle, l’invitant ici et là à s’asseoir à une terrasse pour faire plus ample connaissance. C’est ainsi qu’elle prit Manuel pour amant tout en privilégiant Jean-Charles sur le plan « mondain ». Elle l’informa de ses absences potentielles et présenta Jean-Charles comme un lointain cousin qu’il fallait sortir régulièrement et accompagner dans ses voyages. Ils prirent des habitudes de couple, emménagèrent ensemble dans un deux-pièces à l’Opéra, quartier que fréquentait également Jean-Charles, ce qui se révéla être pratique. Plus de pertes de temps en allées et venues, une disponibilité nouvelle par rapport aux heures passées dans les transports en commun. Le laboratoire de Carol était situé sur les grands boulevards. Les jours de beau temps, Manuel faisait le trajet à pied et au retour, ils musardaient de ci, de là, léchant les vitrines ou regardant les passants, assis à une terrasse ensoleillée.
Manuel était pigiste dans un journal à scandales et couvrait souvent des reportages bidons sur une star en mal de communication. Cela avait lieu surtout dans le show-biz et le milieu du cinéma. Une chanteuse sans voix et sans talent fut interviewée par ses soins. Ce jour-là, il était en forme, la banque du sperme n’était qu’un lointain souvenir et il était amoureux fou de Carole. Il contemplait les formes pulpeuses de la chanteuse siliconées jusqu’au bout des lèvres tout en préparant le matériel d’enregistrement. Cette dernière était revêtue d’un ample déshabillé transparent. Elle balançait, au bout d’un pied dodu et plein de fossettes, une mule sophistiquée surmontée d’un nid d’oisillons.
Devant ce prototype de star à la Marilyn, Manuel faillit rire de bon cœur. Mais il se retint de peur de vexer l’objet de sa curiosité. Il se fit aimable et admiratif et commença à questionner et enregistrer les réponses de l’étoile montante de la chanson qui se prenait déjà pour une future Dalida. Les sujets bien que répétitifs évoquèrent la vie publique de la chanteuse et son parcours professionnel. Elle cita à plusieurs reprises le prénom de Jean-Charles comme étant son mentor, son agent. Manuel promit de le contacter pour entériner l’article de presse et choisir une photographie avantageuse de la diva.
Carole obtint de l’avancement grâce à une augmentation sensible de ses prélèvements de sperme. Les dons étaient devenus populaires. Chacun s’enorgueillissait de laisser une chance aux couples stériles d’avoir un enfant. Promue laborantine chef, elle surveillait désormais la collecte du sperme. Il y eut quelques tentatives d’échecs volontaires. Elle ne voulut rien savoir et respecta le protocole. Ce qui lui valut un poste de direction qu’elle prit avec enthousiasme.
A la tête du laboratoire, il y avait un certain Jacques Pipette qui avait reconnu en son employée le talent dont elle faisait preuve également dans l’animation de certaines soirées privées. Elle-même, s’était souvenue de son Directeur Général, car à chaque promotion, il y avait eu une soirée intime où elle avait exercé de manière éclatante son savoir-faire en matière de fellation. Obnubilé par le nom qu’il portait, Jacques Pipette ne rêvait que d’une chose : se faire sucer. Toutes et tous y étaient passés et faisaient ainsi une carrière brillante sinon honorable en apparence. Les rencontres dans des lieux précis à caractère érotique agrémentées d’échangisme et de voyeurisme ainsi que la participation à des partouzes grand style avec intronisation satisfaisaient tous les fantasmes de la classe privilégiée dont Carole faisait maintenant partie. Son ascension avait été fulgurante. Elle vivait cependant tranquillement avec Manuel qui ne se doutait de rien, ayant accepté le principe de liberté et de confiance qui caractérisait leur couple.
Or, il advint que ce dernier ait à couvrir un reportage people en Grèce chez une vedette de la télévision, animateur bien connu pour son esprit de répartie et son humour particulier. Il s’envola la veille du départ pour la Crète de Carole, accompagnant Jean-Charles pour un week-end festif. L’attente à l’aéroport d’Athènes surchauffé et grouillant épuisa les voyageurs. Ils parvinrent chacun de leur côté à destination, c’est-à-dire dans le palace Athéna, bien connu des touristes fortunés. Manuel ne faisait pas partie de cette caste, mais il avait obtenu une chambre sous les toits grâce aux bons soins de l’animateur qu’il devait interviewer. Le temps était splendide, le site aussi. Ils se laissèrent griser par le cadre, la musique typique diffusée en sourdine et les mets savoureux et frais.
Un matin, Manuel se retrouva nez à nez avec Carole. Ils allaient faire du jogging et ne changèrent pas leur emploi du temps. Elle lui expliqua qu’elle était avec son cousin qui lui-même avait des affaires à régler sur l’île. Il la crut. Elle savait être convaincante. Ils se baignèrent et firent l’amour dans l’eau d’une crique sauvage.
Elle était excitée par la situation. Maints rendez-vous furent fixés à la barbe de Jean-Charles qui n’y pigeait que couic. Carole était de plus en plus belle, rayonnante et épanouie. Elle dégageait une aura de luxe, de santé et de sensualité.
Ainsi la boucle était bouclée, ils purent poursuivre leur relation à trois très particulière. Jean-Charles ne changea pas sa conduite d’un iota. Manuel que l’ascension fulgurante de sa conjointe intriguait, demanda à participer aux sorties et à profiter ainsi de la manne qui en découlait. Les jeunes gens allèrent en couple dans ces soirées très chaudes en compagnie de leur mentor. Petit à petit, malgré les masques et les costumes, ils firent plus ample connaissance avec tout ce qui comptait dans le Département. Manuel obtint un poste de Directeur de journal et il y fit merveille. Bien sûr aucune révélation ne filtra jamais dans les colonnes de sa feuille de chou. Il protégeait les personnalités qui lui avaient été utiles. Il resta persuadé que, malgré sa valeur professionnelle, jamais il n’aurait atteint aussi vite le sommet sans aide et soutien de ses aînés et bienfaiteurs dont la réputation n’était plus à faire.
La Crête resta pour Carole et lui un souvenir paradisiaque et ils y retournèrent en amoureux pour profiter du climat et des ressources locales. Leur mariage fut célébré à Santorin en grande pompe et la réception eut lieu chez leur ami français, star de la télévision. Jean-Charles fut le témoin de Carole. Ils allèrent ensuite terminer la soirée dans leur lieux de prédilection.
Le soleil plongeait dans la mer lorsqu’ils trinquèrent au bonheur de chacun.
FIN
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REPULSION
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Gilda travaillait depuis longtemps à l’usine Poupinella. Cela faisait un bail, comme on dit. Elle était âgée de 35 ans, sans mari ni enfants. Toute la journée, elle avait dans les mains des corps roses en celluloïd. Habituellement, elle mettait aussi la dernière touche au maquillage du visage. Le soir, lorsqu’elle rentrait du boulot, elle était contente de se mettre les doigts de pied en éventail devant la télé en feuilletant un magazine people.
Elle était loin de ressembler aux mannequins anorexiques qui posaient sur les pages glamour des revues de mode. Elle avait dû hériter d’une ancêtre africaine ce fessier rebondi et cambré, un derrière qui se dandinait allègrement lorsqu’elle marchait d’un bon pas. Cela la vexait un peu. Elle aurait préféré faire l’unanimité sur son visage plutôt que d’entendre en permanence qu’elle avait un beau cul. Mais tel était son destin. Elle se sentait toujours observée à un endroit de son corps qui ne la satisfaisait pas. Assise toute la journée sur son capital beauté, elle se disait qu’un jour, il se vengerait en prenant une forme affaissée, style fesse en goutte d’huile striée de vergetures. Elle modelait justement un poupon bien rose au derrière rebondi. La comparaison avec l’atout majeur de sa séduction la fit sourire fugacement.
Personne ne levait la tête pendant les heures de travail. Seul un silence laborieux régnait. La discipline était contrôlée par Jojo le teigneux. Il réprimait tout bavardage, toute absence non justifiée, tout retard, quel qu’il soit. Il jetait son dévolu sur l’une des ouvrières et la harcelait jusqu’à ce qu’il obtienne satisfaction. Le plan était simple : une fellation pour une faute bénigne ou un coït pour une faute lourde. Cela avait lieu dans son bureau après la sortie du personnel. Après ce chantage libidineux et dégoûtant, il fermait les yeux quelques temps sur certains écarts. Le temps passant, il exigeait à nouveau des privautés. Ainsi les ouvrières étaient-elles condamnées à s’exécuter faute de quoi elles étaient renvoyées séance tenante.
Seule, Gilda avait résisté aux avances continuelles du contremaître. Cela le rendait enragé . Il rêvait de mettre les mains sur ces fesses plantureuses, douées de mouvements lascifs dès que leur propriétaire mettait un pied devant l’autre. Seulement voilà, il n’avait aucune prise sur elle. Elle était la meilleure ouvrière, n’avait aucun retard, ne s’absentait pas, hormis pour les grandes vacances. Si seulement il pouvait découvrir où elle allait en villégiature, il serait en mesure de provoquer une rencontre fortuite. Il en arriva à questionner ses proies mais le mystère demeurait. Gilda savourait son immunité. Cela lui donnait une aura auprès des jeunes fille, victime des abus sexuels de Jojo le teigneux.
En dehors de son aspect repoussant assorti de manières répugnantes, il était affublé de vêtements crasseux et difformes, saupoudrés de pellicules émanant d’une chevelure en voie de disparition. Il répandait autour de lui une odeur nauséabonde. Il n’avait qu’un seul atout dans sa manche, il était l’oreille du directeur, faisait la pluie et le beau temps et s’amusait à terroriser les ouvrières avec ses humeurs changeantes. Lorsqu’il faisait sa tournée dans l’atelier, il se plaçait derrière les jeunes femmes, leur soufflant dans le cou une haleine pestilentielle. C’était l’enfer pour les jeunes ouvrières. Imaginer un monde sans Jojo le teigneux, les faisait rêver à des solutions extrêmes.
Or, un mouvement de grève, initié par le syndicat, paralysa la production aux trois-quarts. Seules, Gilda et quelques autres continuèrent de travailler sur la chaîne désorganisée . Il y avait des poupons maquillés en filles et quelques autres erreurs dues au manque de personnel. Le directeur eut le dessus, promit des augmentations à condition que la production augmente. Au bout de quelques jours, tout rentra dans l’ordre, le représentant syndical ayant la certitude que les revendications avaient été entendues. Il décida donc de lever le pied, moyennant compensation financière. Le mot d’ordre fut donné : reprise du travail.
Il y eut quelques grincements de dents. Une ouvrière déclara qu’elle ne voulait plus être sous la coupe de « Jojo le teigneux » pour les raisons connues de tout le monde. Ce monstrueux droit de cuissage fut ainsi mis au grand jour. L’une des fortes têtes, Jacqueline, émit l’idée de déposer une plainte.
- Pas de vagues, pas de vagues, répondit le représentant syndical. Si on parle de nous dans la presse à ce sujet, c’en est fini de la maison Poupellina !
- Mais alors on continue comme avant ? demanda l’une des ouvrières.
- Ben non ! Vous faites comme ça vous plait, hein, les filles !
Et, clignant de l’oeil, avec un sourire écoeurant, l’homme censé les défendre de toute exploitation, ajouta :
- Eh, si ça se trouve, c’est un bon moment à passer !
Une huée sauvage le conspua. Elles firent front et le poussèrent en dehors du local. Elles continuèrent à discuter entre elles. Au fur et à mesure des témoignages au sujet des chantages immondes de l’homme de la direction, une même idée germa dans les esprits de chacune, une idée lugubre, une idée qu’elles enfouirent au fond d’elles-mêmes, sans en faire état. Elle reprirent leur place à la chaîne de l’usine et continuèrent en secret à penser aux choses terribles qu’elle avaient envie de commettre.
Gilda, pour sa part, se tenait en dehors de tout conciliabule et complot. Néanmoins, elle détestait le contremaître lubrique. Dès le premier instant, elle l’avait percé à jour. Ainsi lorsqu’il s’approchait d’elle, elle s’arrangeait pour le heurter au bon endroit, qui avec une règle en fer ou encore un compas, objets dont elle se servait comme armes défensives. Il s’enfuyait alors, plié en deux en gémissant, sous le regard rigolard des ouvrières qui brandissaient leurs ciseaux en le huant.
Ce soir-là, il pleuvait des cordes. Gilda, délassant son affriolant postérieur, marchait silencieusement le long d’une route déserte. En passant, elle remarqua, par la porte grande ouverte, Jojo le teigneux levant le coude au bar du café des sports. Elle suivit l’itinéraire quotidien du buveur, attendant patiemment la fin de ses libations en songeant à toutes les exactions commises impunément à l’encontre des jeunes ouvrières.
Soudain, après avoir retourné son sac fourre-tout qui ne la quittait jamais, elle tendit un fil en travers du chemin, histoire de le voir tomber dans la flaque d’eau boueuse qu’elle avait repérée. Puis elle se dissimula dans l’ombre et s’assit sur un muret de pierres. La silhouette titubante de l’homme se profila bientôt pour venir s’affaler à ses pieds, ayant trébuché au bon endroit. Il se débattait, face contre terre, suffoquant au contact de l’eau, la bouche emplie de boue.
Alors Gilda rugit de plaisir et sautant du muret où elle avait attendu sa proie, elle se laissa choir à califourchon sur le buste de Jo le teigneux. Elle riait à gorge déployée et sautait à qui mieux mieux sur sa tête plongée dans la mare d’eau. Puis, installant commodément son plantureux arrière-train sur le crâne du chefaillon, elle exerça une pression de plus en plus forte, jusqu’à ce que l’inertie totale gagne le corps tout entier.
Calmement, elle se souleva enfin et, le considérant, elle dit à mi-voix, en guise d’oraison funèbre :
- « Il est mort comme il a vécu, d’une manière dégoûtante.»
Arrivée chez elle, ayant fait un détour prudent, elle se mit à l’aise et regarda une émission de télé-réalité qui vantait les mérites d’un régime miracle. Son esprit s’évada, elle soupira d’aise.
La journée avait été fructueuse…
fin
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UNE PETITE MUSIQUE DE NUIT
Une petite musique de nuit Quelques notes ténues et légères, De danser me donnent folle envie.
Dans l'ombre de mon perfide ennui, Ma conscience en éveil espère Une petite musique de nuit.
Surprise par ce concert fortuit, Je bats la mesure sans repères, De danser me donnent folle envie.
Me rejoint mon amoureux transi, Un baiser prolongé me régénère, Une petite musique de nuiit.
Je joue les belles au bois endormies, Le prince charmant est mon trouvère, De danser me donnent folle envie.
Sous le baldaquin en bois verni, Une tendre agitation altière, Une petite musique de nuit, De danser me donnent folle envie.
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PHILOMENE ET LE JARDINIER
En la demeure de mon père, Un musée ouvre ses portes, Certains jours au creux de l’hiver.
Les visiteurs en cohorte Envahissent le domaine, Admirant maintes eaux fortes.
En cuisine, Philomène Prépare des repas très fins Que nous servons, l’air amène.
Nous arrivons tous enfin, Au niveau des vastes chambres, Je tente de cacher en vain,
Philomène, le dos cambré, Nue et voluptueuse, Les cheveux comme de l'ambre !
Je ferme la porte, honteuse, Reconnaissant le jardinier, A la vie tumultueuse !
Rouges sont nos beaux fraisiers, Par une telle indécence. Quel comble pour un jardinier ! |
BALADE DU CROONER
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BALADE DU CROONER
Paroles de Anouchka
Dépôt légal
Refrain
J’suis un crooner
Et même un baladin
J’donne mon coeur
Et j’suis serein
J’fais une ride
En équipée sauvage
J’suis pas Mr Hyde
D’vivre j’ai la rage
Corps à corps
J’m’enfuis avec elle
Griserie et transport
Rapport sensuel
J’oublie la vie atone
Fusion d’nos énergies
Emballement d’nos esprits
J’suis stone
Refrain
J’plisse les yeux
Ebloui
Ensemble à deux
Plaisir infini
Toujours plus fort
Encore plus loin
J’bouscule mes efforts
De limites point
Refrain
La nuit nous enserre
Dans ses pans obscurs
Un faisceau de lumière
M’guide vers le futur
Dans un bruit de tonnerre
Elle m’envoie en l’air
Cri de plaisir
J’crois mourir
Refrain
Ses rayons en mille soleils
Brillent de leurs éclats
J’possède une merveille
Harley y en a pas d’pareille
J’me la joue un peu
La vitesse m’enivre
J’suis un max heureux
Elle m’fait vivre
Refrain
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DU RIFIFI CHEZ LES POETES
Amis Poètes,
.
Entre l’Ecureuil qui cherche désespérément ses noisettes et les loups qui rôdent avec les chacals, les agneaux n’ont qu’à bien se tenir… Encadrés par les chiens de berger, ils ne réclameront pas de pitance un peu plus grasse et humbles, rentreront au bercail en bêlant lamentablement.
Pendant ce temps,l’écureuil a poursuivi sa quête en prenant garde de ne pas se faire dévorer.
Certains agneaux de lait, soucieux de rester comestibles, iront droit dans le piège qui les attend et auront beau appeler les mères brebis, elles ne viendront pas à leur secours. En effet, on leur a promis – aux mères – que leur avenir serait tranquille si elle se faisait tondre plus souvent qu’à leur tour et affichaient haut et fort leurs tendances béni-oui-oui et leur appartenance au clan de « Panurge ». (Petite parenthèse pour les ignares : Panurge, héros de Rabelais, fait plonger les moutons dans la mer, en y jetant le premier que les autres suivent … bêtement).
Ne dit-on pas d’ailleurs « bête et discipliné comme un mouton de Panurge ».
Néanmoins, il y a cinquante ans, un grand de ce monde a traité le peuple français d’un épithète discourtois : « des veaux, vous n’êtes que des veaux ! ».
En tout cas, le cheptel se porte bien, ballotté à droite et à gauche, sans pour autant avancer d’un pas !...
Ne restons pas sur cette image statique, gagnons ensemble, arrêtons tout ce tintouin, ce rififi de bas étage, décidons qu'une fois pour toutes ce sont les poètes qui ont raison, arrêtons le massacre, marchons main dans la main.
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Mon déjeuner avec DOMINICI
Bon petit déjeuner, un peu de raisin, que diriez-vous d'un petit muscat, des céréales bio, un thé russe, le samovar n'est pas loin, et surtout, le regard amoureux de votre compagnon dont vous devinez, caché derrière la page 2 de l'Equipe, la tendresse et l'affection ressenties à votre égard.
N'est-ce pas merveilleux de penser que vous passez le plus souvent après les résultats du stade français, et la musculature époustouflante des rugbymen (cf le calendrier) ...
Dans votre tête circulent côté hémisphère droit, les corvées qui vous attendent et côté hémisphère gauche, l'attirance que vous éprouvez devant le regard concentré de Dominici, l'entraîneur du XV de France.
Ah, s'il était à votre table, un doux sourire à votre intention, les muscles bandés pour vous servir votre thé brûlant, ma foi, vous oublieriez toutes les informations stockées dans votre cerveau soudainement hypnotisé par la douceur du rugbyman au réveil.
Mais l'Equipe s'agite et l'Homme marmonne un "fokejiaie", bousculant au passage la marmelade d'orange dont les soubresauts vous donnent le mal de mer. Un petit geste de la main, une porte qui claque, vous voilà à nouveau avec votre héros du jour qui murmure :
"Et si on retournait dormir ...".Vous ne vous le faites pas dire deux fois, et la couette recouvre bientôt votre corps alangui par tant de promesses suggérées.
Alors, le téléphone sonne et c'est votre meilleure amie en larmes qui vous annonce que son mari est parti avec son assistante pour les Seychelles, elle a tout découvert sur l'ordinateur familial...Vous passerez la journée à la consoler et à maudire les démons de midi et de toutes les heures qui s'emparent de la gent masculine au moindre popotin de petite taille qui ondule sous un jean ultra collant. Le vôtre, il y a belle lurette, qu'il ne rentre plus dans aucun jean taille basse, d'ailleurs vous envisagez d'y remédier en montant les escaliers de votre immeuble plusieurs fois par jour et en bannissant le chocolat au lait.
Trêve de billevesées, après ces propos matinaux, je vous souhaite, sans image, une journée inoubliable. (dans le bon sens) et une amplitude soudaine de votre jean préféré !
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FEMINISTE ... AH BON ! VOUS TROUVEZ ?
Pourtant je ne conçois pas la vie sans un homme à mes côtés. Certains jours, il m'arrive d'énumérer leurs douces qualités et leurs caractères si altruistes et pacifiques que Jeanne d'Arc, elle-même, hésiterait à retourner à Rouen visiter le monument qui lui est dédié.
Vous vous demandez ce que la sainte pucelle vient faire là ? He bien, c'était une féministe avant l'heure, puisqu'elle a cru en elle et aux voix qui lui serinaient dans le creux de l'oreille :"Boute les Anglais hors du royaume de France". L'entraineur du XV de France a à peu près le même discours avant de disputer un match avec la Rose. On en est encore aux conséquences de la guerre de cent ans, les préjugés ont la peau dure comme l'évêque Cochon avait ses certitudes pour lui, en condmanant notre Jeanne nationale.
Je m'égare et je suis, du coup, hors sujet. Féministe ? Simone de Beauvoir le fut, assurément. Moi aussi, mais si peu !
Je regarde les hommes et j'analyse (froidement et sans préjugés !)
Ne sont-ils pas singuliers et surtout pluriels avec la manie qu'ils ont d'afficher leur amour du sport - dans un fauteuil - leur attirance presque sexuelle pour les belles et les grosses cylindrées qui font vroom, vroom et vous ruinent en un clin d'oeil le porte-feuilles. D'autant plus qu'ils en parlent tout le temps, avant toute chose et en dernier lieu. Votre esprit s'égare alors dans les multiples appréciations techniques, telles que l'excellente tenue de route, la ligne à tomber par terre en pâmoison en se relevant complètement toqué, la reprise exceptionnelle et les capacités à séduire n'importe quelle jeune femme passant à proximité.
Quand un homme, assis au volant de la voiture de ses rêves, le caresse tendrement d'un air rêveur, vous pouvez vous poser la question de savoir dans quel ordre il répondrait au test hebdomadaire figurant dans sa revue macho :
Il préfère :
en un : sa femme
en deux :sa voiture
en trois : sa télé (de merde)
en quatre : son ordinateur (sites roses)
L'énoncé se poursuit en expliquant qu'il convient de classer ces quatre
exemple dans l'ordre de leurs priorités.
Un goujat n'hésite pas. Il inscrit "femme" en dernier, "télé" vient ensuite puis "ordinateur" et enfin en premier "voiture"(vroom, vroom).
Le macho simple (je n'ai pas dit "simple d'esprit") classera sa femme en avant-dernier, traversé par une onde fugace de remords ligth ou zéro si on considère que "remords" devrait faire l'objet d'un autre test avec la question principale libellée ainsi : "Qu'est-ce que le remords ?"
Autre exemple : Quand l'Homme rentre le soir, fatigué de sa journée, excédé par les clients potentiels, harcelé par sa hiérarchie, énervé par son entourage immédiat qui affiche une incapacité majeure à le seconder, vexé par le refus de la nouvelle stagiaire de se comporter comme les précédentes, c'est à dire de tester le tout nouveau canapé installé pour son usage personnel, dans son bureau équipé d'un parcours de golf miniature, il s'affale lourdement dans son vieux fauteuil et pose la question rituelle, celle qui vous fait dresser les cheveux sur la tête et qui vous fait horreur , à savoir :
- "Qu'est-ce qu'on mange ?"
Vous exhalez un soupir émis depuis votre côte flottante gauche surnommée "côte d'Adam" (contrairement à la pomme qui se situe dans la gorge masculie, résidu évident du trognon resté coincé dans les amygdales, pendant l'accomplissement du péché originel).
Votre journée, la vôtre, celle qu'on occulte au moment de briller dans les dîners, celle qui vous tombe dessus dès que vous avez mis un pied par terre, celle enfin qu'on vous abandonne bien volontiers, sous-estimant la somme de travail ingrat qui vous incombe et vous empêche de lire la presse, vos livres en retard et le courrier qui s'amoncelle. Je vous épargne tout ce que j'ai envie d'accomplir et qui me passe sous le nez, faute de temps (faire de la poésie, écrire un roman, me remettre au piano, partir en randonnée, visiter l'Anatolie...). Pourquoi l'Anatolie, parce que ce nom me fait rêver c'est comme Zanzibar !
Mais un cri se propage jusqu'à vous, c'est celui de Tarzan poursuivant Chita de liane en liane que votre frigo vide a appris à moduler losrque ses clayettes sont à remplir.Vous récapitulez votre fastidieuse liste de courses, sans oublier d'aller si possible à votre cours de yoga, chez votre psy adoré et chez votre coiffeur pour rafraîchir votre balayage ...Côté progéniture, vous avez veillé aux listes de la rentrée et répondu par la négative aux caprices rituels de vos ados arrogants et insatisfaits.
Votre belle-mère complète le tableau idyllique en vous assaillant de reproches déguisés lors du repas dominical, formulant des appréciations pleines de sous-entendus négatifs sur vos talents culinaires. Il faudra rester zen pendant que le grand fils à sa maman se laissera caresser béatement la tonsure !
A cette pensée funeste, vous vous brûlez les doigts en soulevant le couvercle instable de votre "cuit-vapeur", lorsqu'une voix sépulcrale résonne lugubrement.
Question condescendante de l'être supérieur auquel vous êtes liée, que vous le vouliez ou non, il fallait réfléchir avant ... De saisissement, vous lâchez le panier brûlant et vos brocolis bios tombent en pluie sur le carrelage étincelant de votre cuisine. Au passage, votre orteil droit est échaudé tandis que vous ramassez piteusement les légumes verts prévus pour le dîner.
Quant au tiers provisionnel, vous l'avez complètement oublié et il faudra, après le repas (mais qu'est-ce qu'on va manger ?) sortir la voiture du garage en ayant dégagé la grosse cylindrée de votre époux tout puissant, et poster le précieux chèque avant minuit à la perception.
En tout état de cause, vous donneriez cher pour être assise à la place de l'Homme, zappant d'une chaîne télévisée à l'autre, à la recherche du films érotique de la soirée ou du dernier match de rugby dont il vous rebat les oreilles : le stade français contre Biarritz !
Prise d'une impulsion subite, vous enfilez vote imper, attrapez votre sac, et le chèque entre vos dents bien aiguisées par une envie de mordre, vous abandonnez sans préavis votre tribu indifférente et égoïste. Finalement préférant marcher, vous vous dirigez d'un pas vif vers le centre-ville. La pluie se met à tomber, ruinant votre brushing définitivement. Vous avez cependant plus d'un tour dans votre sac et en extirpez le plus petit parapluie du monde. A l'instant précis où vous vous battez contre les baleines entortillées, une voix chaude appartenant à l'espèce mâle, vous susurre une invitation à vous mettre à l'abri. Votre bouche s'arrondit de stupeur. Devant vous, incliné dans un salut princier, se tient en chair et en os, votre contrôleur des impôts.
Aussitôt la perspective de passer une soirée inoubliable fait miroiter dans vos yeux mille paillettes de plaisir. Il est subjugué. Il ne vous reste plus qu'à vous plier en quatre pour vous installer sur le siège baquet d'une voiture de sport, votre aimable préposé au fisc souriant de toutes ses dents dont vous remarquez l'aspect carnassier. Vous minaudez en lui apprenant que justement, étrange coïncidence, vous vous rendiez pour dîner à ce fameux restaurant situé sur la corniche et dont on dit grand bien. Il obtempère et le bolide démarre avec des "vroom vroom" d'enfer.
Dans votre sac se froisse le chèque fatidique que vous vous promettez de glisser entre la poire et le fromage à votre séduisant compagnon. Prêtant une oreille distraite à son verbiage incessant, vous vous rendez compte qu'il fait l'apologie de son coupé sport. Le fou-rire vous prend sans pouvoir vous maîtriser. Vous laissez libre cours à votre hilarité tout en cherchant un prétexte plausible pour justifier votre comportement pour le moins étrange.
AH ! L'Homme, cet incompris ...
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