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Justine Mérieau - Ecrivain |
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Ce blog est créé afin de faire connaître mes livres publiés à un lectorat plus vaste : celui de la toile. Mais également afin d'y laisser quelques opinions sur des sujets qui m'interpellent... Puisque l'écriture oblige nécessairement à se poser les questions essentielles...
Bienvenue aux amoureux de la littérature qui me feront l'honneur de s'arrêter ici ! Par Sidonie |
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jeudi 18 octobre 2007, 04:47
En écho à mon article "Humeurs littéraires", une nouvelle extraite de mon recueil déjà présenté,"Comme un noir soleil" paru en 2006. Elle apportera peut-être certains enseignements aux auteurs en mal d'éditeur sur la difficulté à se faire accepter.. | |
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Editeurs, je vous hais ! portes refermées ; vous avez tué ma mère !
Je m’appelle Eléonore et je viens d’avoir dix-huit ans. Pas de fête pour mon anniversaire, aucune joie. Seulement un trop plein de haine… Une haine tenace. Je hais les éditeurs ! Il n’y a personne que je ne déteste plus ! Ma mère est morte à cause d’eux… Elle s’est tiré une balle dans la tête, un jour de grosse déprime. Mon père l’avait quittée il y a environ un an, elle avait eu du mal à s’en remettre ; naïvement, elle pensait qu’il lui était tellement attaché qu’il ne partirait jamais. Depuis, elle supportait encore moins qu’on lui refuse à chaque fois son manuscrit. Toute réponse négative la plongeait aussitôt dans un désespoir profond qui durait des mois. Déjà, je l’avais vue petit à petit s’user moralement d’années en années, quand elle envoyait par la poste des ouvrages dont personne ne voulait. Et pour lesquels elle guettait ensuite avec anxiété la moindre lettre. Une attente qui durait une éternité, souvent plusieurs mois. Ce qui ajoutait encore à son supplice. Oh, oui ! Je les hais profondément, ces affreux éditeurs ! Comment ne le pourrais-je ? Après ce drame, je ne peux bien sûr que les haïr ! Et en premier, tous ceux qui ne pensent qu’à faire du chiffre, au détriment des vrais talents littéraires. Ceux-là ne sont plus que des marchands de soupe pour la plupart, que d’ignobles mercantiles ! Ils prétendent qu’ils ne peuvent agir autrement… que le monde de l’édition est en crise… Qu’ils ont trop de charges. Mon œil ! C’est surtout qu’ils ne veulent plus se battre pour faire connaître de talentueux inconnus, oui ! Ils préfèrent l’argent facile, ce qui va leur rapporter gros sans trop se bouger le cul… Des histoires sans intérêt, mais bien croustillantes ! Du genre petits potins des gens du show-biz ou assimilés… C’est trop injuste, à la fin ! Et s’il y a des lecteurs pour acheter ce genre de bouquins, c’est qu’ils n’en sont pas vraiment… Pour moi, ce ne sont que des voyeuristes déguisés ! Les lecteurs d’aujourd’hui ne sauraient-ils plus lire ?... Ne rechercheraient-ils plus avant tout que la facilité, eux aussi ? S’il en est ainsi, c’est désastreux et écœurant ! Là encore, je suis tout à fait d’accord avec ma chère maman… Parce que c’est ce qu’elle m’affirmait souvent. Depuis toute petite, j’ai le souvenir de ma mère travaillant le soir dans son bureau, aussitôt le repas terminé. Elle s’y enfermait après un rapide bonsoir à mon père, mon frère et moi-même. Sous aucun prétexte, nous ne devions la déranger. Elle écrivait toute la nuit, et ne se couchait que vers les deux ou trois heures du matin. Elle disait que sa meilleure inspiration lui venait le soir, qu’elle était plus tranquille… Je me souviens qu’au début, – je devais avoir dans les dix ans – j’entendais mon père sortir de sa chambre et redescendre pour la supplier de monter se coucher. Je le sais, parce que c’est vers cet âge-là que j’avais pris l’habitude de lire au lit avant de dormir ; et, bien sûr, je ne savais pas m’arrêter… Mais mon père, par la suite, ne redescendait jamais plus. Il a dû se lasser et y renoncer, à force de toujours remonter seul… Alors, à la longue, – je l’ai compris depuis – c’est sans doute ainsi que mes parents ont perdu toute intimité. La passion que ma mère, du moins je le suppose, devait avoir éprouvée pour mon père, s’était transformée en une autre beaucoup plus abstraite, celle de l’écriture… Une passion dévorante, si envahissante, que plus rien d’autre ne semblait vraiment compter pour elle ; nous tous, passions bien après… Mais je pense quand même que si maman n’avait pas dû tant galérer pour tenter de se faire publier, elle aurait été plus cool avec tout le monde. Et avec mon père en particulier, ce qui aurait empêché leur couple de se détruire. Mon frère et moi n’en souffrions pas trop ; elle nous donnait malgré tout l’affection dont nous avions besoin. Disons, pour être tout à fait honnête, que nous en recevions la qualité, plus que la quantité, mais que nous n’en ressentions pas de réelle frustration. C’est plutôt notre père, qui en souffrait terriblement. Même s’il n’en disait rien, ça se voyait à son air, à ses attitudes… Lui qui était d’un naturel plutôt enjoué, est devenu triste et taciturne. On voyait bien qu’il n’était pas heureux. Il a quand même supporté comme il a pu très longtemps. Il devait toujours espérer… Et puis, il y a environ un an, peu avant mes dix-sept ans, il a fini par claquer la porte. Façon de parler, d’ailleurs, parce qu’il s’est plutôt retiré sur la pointe des pieds… Depuis des années, il avait dû par force s’y habituer, pendant que maman frappait avec frénésie sur son clavier… Toute la maisonnée avait pour consigne le silence, lorsqu’elle se trouvait dans son bureau… Et cette fois-là, il s’est retiré pour de bon, définitivement. Même si à présent je comprends encore mieux ma mère, j’estime que mon père a eu malgré tout beaucoup de patience. Je reconnais que cette situation n’était vraiment pas évidente à supporter pour un mari. D’ailleurs, si mon petit ami se comportait comme maman, c’est une chose que je ne pourrais absolument pas accepter. Mais comme je vois que tout change avec les années qui passent, moi-même je ne suis peut-être pas au bout de mes peines de ce côté-là… Toujours est-il que dans le cas présent, c’est bien à cause de tout ça, de cet abominable gâchis dans nos vies, si je hais autant les éditeurs ! Et doublement ! Parce que maintenant, voilà qu’ils se réveillent enfin ! Quand c’est trop tard ! Je les tiens pour responsables… C’est quand même de leur faute, si je viens de perdre ma mère. C’était déjà quasiment à cause d’eux, si mon père était parti… Par leur faute, la vie de ma famille a été fichue en l’air ! J’ai dix-huit ans, et voici que je me retrouve seule avec mon frère âgé de treize ans… Quel beau départ dans la vie, pour lui et moi ! Nous partirons bientôt vivre chez notre père. Mais rien ne sera plus pareil, notre mère est irremplaçable… Nous sommes brisés tous les deux, mon frère pleure sans arrêt, et moi presque autant. On a déjà l’impression que notre vie est foutue, avant même qu’elle ne commence… Et pourquoi ? Parce qu’aucun de ces messieurs-dames des maisons où maman s’était adressée, n’avait alors daigné prendre le temps de s’intéresser à ses textes… Et pourtant, ils auraient pu le faire avant, puisqu’ils l’ont bien fait depuis ! Il suffisait qu’ils le fassent, et nous n’en serions pas là aujourd’hui… C’est horrible ! Je leur en veux à mort ! Parfois, dans les réponses négatives que ma mère recevait, on lui mettait des annotations qui lui faisaient mal : « Narration trop classique », « Style trop traditionnel », formulaient certains, tandis que d’autres lui assuraient que ses histoires étaient intéressantes, originales et bien écrites, mais qu’ils étaient plutôt à la recherche d’une forme d’écriture particulière. Elle ne comprenait pas. Elle me disait : « Mais qu’est-ce qu’ils veulent donc ?... Peut-être que si j’écrivais mes phrases à l’envers, en commençant par la fin, ça leur conviendrait ? Là, ce serait vraiment particulier ! Et si j’écrivais des mots à la suite, sans point, sans virgule, d’une seule traite ? Et pourquoi pas des textes du genre rébus ?... Ce qu’ils veulent, c’est peut-être un style qui innove, même s’il est incohérent ou hermétique ? N’importe quoi, en fait, même si c’est merdique ? Eh bien, non ! Je refuse toute innovation de ce genre ! Faire original à tout prix, dans le but de ne pas écrire comme tout le monde… et surtout, pour qu’il en soit parlé le plus possible, est uniquement une technique de vente, un coup de marketing ! C’est malhonnête pour le lecteur, à qui l’on se doit de remettre un ouvrage qui lui apportera quelque chose, dont il restera quelque chose en refermant le livre… A moi, ce qui me paraît le plus judicieux, le plus motivant pour le lecteur, c’est déjà de trouver un sujet intéressant ; et d’écrire dessus, de la façon la plus passionnante, la plus agréable possible… Concocter une histoire qui en soit vraiment une, et non un assemblage de mots, de lignes, qui forment des paragraphes énoncés tout exprès de façon inhabituelle afin de surprendre et de choquer. Vian, Queneau ou Céline ont innové en leur temps… Ils ont même choqué parfois. Mais dans le bon sens : ils furent les premiers à introduire le langage écrit sous une forme parlée, ce qui renforçait leurs textes en les rendant plus vivants. Et ce qui n’exclut pas pour autant que ce qu’ils racontaient se tenait, était de vraies histoires. On pourrait se poser la question suivante : quel est le plus important, l’écriture elle-même, ou le thème choisi ? Pour moi, l’un ne va pas sans l’autre. Un beau sujet qui est mal traité, ou une superbe écriture sur une histoire sans intérêt, ne valent rien dans un cas comme dans l’autre… Est-ce que, Effroyables jardins, pour ne citer que celui-là, n’est pas un texte superbe et magnifiquement écrit, par hasard ? Heureusement qu’on en trouve parfois… Voilà le genre de récit qui me va droit au cœur ! Une écriture d’une grande pureté… Directe, concise, sans fioriture, sans maniérisme… Michel Quint à eu la chance de trouver une éditrice aimant un certain classicisme. Et quand je repense aux livres de Bazin, Mauriac ou Camus, par exemple… C’est bien de la narration classique, là encore. Mais quel plaisir de les lire ! « C’est daté », disent certains… Ils ont tout faux ! Des sujets tels que, par exemple, Vipère au point, Thérèse Desqueyroux, L’étranger et La peste, seront toujours d’actualité ; ils sont indémodables ! Pour ma part, c’est vrai, je revendique nos racines latines… Le bon français se perd, celui des origines. Du reste, on le voit tous les jours… Tu l’as bien vu au lycée, Eléonore… En sixième, tu étais parmi les meilleures en français et il y en avait peu. Il faut voir le nombre d’élèves qui ne maîtrisent pas leur propre langue, arrivés à ce stade… Vois-tu, j’aimerais me situer comme l’une des gardiennes de l’héritage littéraire de nos ancêtres les plus célèbres. J’ai une telle admiration pour eux… Personne n’a jamais fait mieux jusqu’à présent. Je suis une fervente adepte de Jean d’Ormesson et de ces quelques autres, qui tirent la sonnette d’alarme pour dénoncer que notre belle langue tend à perdre ses lettres de noblesse. Déjà, je suis atterrée à chaque fois, lorsque je lis les courriers que nous envoie Lucia, ta cousine. Cousus de fautes… Elle vient pourtant d’entrer à hypokhâgne… ». Mon Dieu ! Quand je me souviens de tout ce qu’elle me disait, ma mère, j’en ai immédiatement les larmes aux yeux… Et je jure bien que si ce n’était pour elle, par respect pour sa mémoire, j’irais les trouver, moi, ces crétins d’odieux éditeurs ! Pour leur dire ce que je pense ! Je prendrais avec moi leur maudite réponse, et je la déchirerais devant eux, cette lettre qui a tant fait souffrir maman ! Même celle que je viens de recevoir du dernier éditeur, à qui elle avait sans y croire et dans un ultime sursaut adressé ses manuscrits… Et sur laquelle brillent enfin ces mots qui auraient été magiques pour elle, et qu’elle ne pourra jamais lire, malheureusement : « Nous avons le plaisir de vous informer que vos manuscrits ont été retenus pour publication… ». Et je leur en jetterais avec force tous les morceaux au visage, en crachant dessus ! Parce que moi, je me suis toujours intéressée à ce qu’elle écrivait, ma mère. Et pas seulement parce que je suis sa fille. Forcément, quand on aime lire autant que moi… D’ailleurs, j’ai toujours été sa première lectrice. Elle me faisait lire tous ses chapitres, dès qu’ils étaient achevés… Et elle attendait ensuite mon verdict. Bien sûr, pas tout de suite, seulement quand j’ai eu douze ans. Et dès quinze ou seize ans, mon jugement se faisait de plus en plus objectif… Je n’hésitais pas à donner mon point de vue sur ce que je jugeais être les points forts et les points faibles de ses textes. C’est d’ailleurs ce qu’elle voulait, maman. Elle m’affirmait que je lui étais d’autant plus précieuse, et que c’était lui rendre service. J’étais devenue très critique… Je pense même que c’est ce qui m’a donné l’idée de mon futur métier. Critique littéraire… Comme ça, je pourrais écrire de nombreux articles sur les livres de maman, et aider des auteurs dans son cas. En quelque sorte, la venger plus tard… Donc, ma mère m’écoutait souvent et réécrivait certains passages. C’est fou, ce qu’elle a pu peaufiner ses textes ! Elle les reprenait sans cesse. Elle n’était jamais satisfaite. Une de ses formules préférées, pendant qu’elle travaillait : « La perfection n’est pas de ce monde, et c’est parfois aussi bien. Mais quand on pratique un art, on doit être perfectionniste, ou alors s’abstenir. L’art est égoïste, il demande beaucoup… Il faut tout lui donner. C’est la seule façon d’en obtenir satisfaction en retour. C’est d’ailleurs à ça, qu’on reconnaît le véritable artiste… ». Une chose qui lui plaisait aussi énormément, c’est que je donne ses récits terminés à lire à mes amis du lycée. J’emmenais ensuite ceux-ci à la maison, pour qu’ils lui fassent leurs commentaires. Nous passions ainsi tous ensemble des après-midis entiers à commenter ses romans, à les analyser. C’était passionnant, nous étions tous épris de littérature. Durant ces moments-là, maman revivait, exultait, oubliant pour un temps ses tracas d’auteur non reconnu. D’autant que mes amis appréciaient totalement ce qu’elle écrivait et lui assuraient qu’elle serait un jour connue. Certains d’entre eux étaient également ses élèves, puisqu’elle était prof de dessin dans mon lycée. C’est, du reste, grâce à sa profession, si elle avait beaucoup de temps libre pour écrire. Maman me disait souvent : « Tu vois, Eléonore, les jeunes aiment ce que je ponds… La plupart des moins jeunes aussi, d’ailleurs. Tu sais que je donne mes textes à lire à certains de mes collègues… Je suis donc certaine que mes romans plairaient aux ados et aux adultes. Mes livres se vendraient forcément bien… Et dire qu’aucun éditeur ne veut me publier ! ». En général, ça, c’était les jours de désespoir, quand elle venait encore de recevoir une réponse négative… Et pourtant, oui, c’est vraiment bien, ce qu’elle a écrit, ma mère ! J’ai été sa première admiratrice. Son imagination féconde et étrange, sa façon de raconter, me surprenaient toujours. J’aimerais pouvoir écrire comme elle… Evidemment, j’ai mes préférences. Certains de ses textes me parlent plus que d’autres, certains me laissent perplexe, ou encore me touchent beaucoup moins. Mais ça, c’est normal, c’est toujours ce que je ressens dans n’importe laquelle de mes lectures, auteur connu ou non… N’empêche que j’estime que ma mère a beaucoup de talent ! Un réel talent d’écrivain… Pas comme certains, qui se prennent pour tels, simplement parce qu’ils jouent du stylo ou du clavier, et qu’ils sortent un nombre impressionnant de feuilles de leur imprimante. Aligner des mots, ça, tout le monde peut le faire ! C’est la première chose qu’on nous apprend à l’école… Je n’ai peut-être pas vraiment la qualité pour en juger, et sans doute pas assez de pratique, mais vu que la matière où je suis la plus forte, c’est justement la littérature, et que je lis énormément, il m’est donc possible de comparer, d’analyser, tout en demeurant objective… D’autant plus qu’il y a une chose qui s’avère absolument certaine : maintenant, je peux être sûre de ne pas m’être trompée, puisque ceux qui ont pendant si longtemps ignoré maman veulent à présent lui publier tous ses textes ! Ça, c’est bien une preuve irréfutable ! Elle qui était constamment en quête de reconnaissance, me confiait souvent avec un extrême désarroi : « Malheureusement, ma petite fille, un auteur n’existe, ne prend sa vraie dimension, que lorsqu’un éditeur lui donne droit de parole… C’est la seule façon qu’il a de devenir crédible. Sans l’éditeur, l’auteur n’est rien. Et puis, à quoi sert-il d’écrire, si personne ne vous lit ? Alors, tu comprends, Eléonore, pour l’instant, c’est comme si mes textes n’existaient pas. Je suis un fantôme qui tente vainement de se matérialiser… ». Ô, tous ces souvenirs qui font mal… toutes ces paroles de ma mère, qui résonnent à présent dans ma tête… Bande de salauds d’éditeurs ! Vous ne pouviez pas vous décider avant ? Honte sur vous, qui l’avez fait mourir à petit feu, qui l’avez amenée à se suicider par désespoir !… Oui, je vous hais de toutes mes forces ! Je vous haïrai jusqu’à la fin de ma vie ! Et encore davantage, ceux qui lui avaient fait miroiter une publication… Ceux qui devaient lui adresser un contrat qui n’est jamais arrivé… Ceux qui lui en ont pourtant signé un, mais qui n’ont finalement jamais sorti son ouvrage… C’est ceux-là, les pires ! Parce qu’à chaque fois, maman reprenait espoir, elle pensait voir la fin du calvaire, la reconnaissance de son travail. Et tout s’écroulait, tout était à recommencer ! Par exemple, il y en avait eu un qui lui avait envoyé un e-mail lui annonçant qu’il voulait publier son avant-dernier roman… Qu’il allait lui adresser le contrat s’y rapportant. Mais le contrat ne lui a finalement jamais été envoyé, tout simplement parce que ma mère, qui a bien eu raison, ne voulait pas que ce soit la femme de l’éditeur qui réécrive tout un chapitre à sa place… Et quand je pense à cette garce d’éditrice, surtout… La présidente des éditions du Manoir.… Celle avec qui maman travaillait en dernier. La pire, celle-là… Espagnole d’origine… Ferra, qu’elle s’appelait. Une vraie folle ! Une fieffée menteuse, et malhonnête, en plus… Faut voir comme elle a fait marcher maman. Un an et demi, qu’elle l’a menée en bateau… Et que je t’appelle, en flattant ma mère… En lui disant qu’elle aimait tout ce qu’elle avait écrit. Ses trois derniers romans, qu’elle lui avait retenus… Maman était enfin tranquille, à ce moment-là. Elle avait reçu les trois contrats, elle voyait enfin le bout du tunnel… Et pourtant, parallèlement, déjà, elle commençait à douter de Ensuite, ça avait continué à être désastreux… Les corrections expédiées par la poste, ou par e-mails et télécopies, posaient toujours problème. Où elles n’arrivaient pas, et il fallait faire des relances incessantes, où lorsqu’elles finissaient par arriver, ce n’étaient pas les bons textes et ils étaient incomplets… Plusieurs fois, Ainsi donc, un mauvais sort en a décidé, ma mère sera publiée à titre posthume… De toute manière, en France il faut souvent être mort pour être reconnu. À se demander si on ne la publie pas maintenant que parce qu’elle s’est… Alors, ma vie durant, je m’emploierais à faire honorer sa mémoire. J’essaierai d’être pour elle, ce que Max Brode a été pour Kafka… Et quand je pense que c’est ce qu’elle me confiait souvent, en riant d’un rire amer et désabusé, ma pauvre chère maman… Elle me disait : « Tu sais, Eléonore, j’aurais peut-être la chance, moi aussi, d’être publiée à titre posthume, après tout ! Ce sera toujours mieux que rien ! Remarque, ça me fera une belle jambe, une fois que je serai là-haut ! ». Elle ne croyait, hélas, pas si bien dire, la malheureuse femme… Le destin est parfois si cruel, il est là où on ne l’attend pas. Maintenant, je le sais, et l’avenir me fait peur… | |
| Par Justine Mérieau | 1 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler | |
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mardi 11 septembre 2007, 02:40
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite et fin | |
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Après avoir remercié mon interlocuteur de ses informations, je déclinais son invitation à boire un pot en sa compagnie. Je n’avais nulle envie de m’attarder. S’il m’avait posé davantage de questions sur mes soi-disant relations, j’aurais été mal… Et puis, ce gars ne m’intéressait nullement, ce n’était pas mon genre. Je tournais les talons, m’apprêtant à sortir du café, lorsqu’il me rappela pour me dire : « – Au fait, vous êtes au courant, pour Clémence ? Interdite, je revins sur mes pas et lui demandai : – Non… Il lui est arrivé quelque chose ? – Si on peut dire !... Elle est revenue… Vous saviez, je suppose, qu’elle avait quitté Alexandre et qu’elle était repartie en France ?... Eh bien, ça n’a pas gazé avec son nouveau copain… Alors, sa mère et elle ont débarqué à Revenue de ma stupéfaction, je répondis : – Eh bien dites donc, alors ! Quelle histoire… Je n’en reviens pas ! Elles sont à Saint-Denis ? – Ah, non… Tant qu’à faire, elles ont préféré les plages… Elles ont choisi le Novotel de Saint-Gilles. D’ailleurs, j’y vais demain leur rendre une petite visite. Si vous voulez venir, je vous y emmène avec plaisir… – Merci… C’est très gentil, mais demain c’est impossible. Je verrai ça un autre jour. Maintenant que je sais où elles se trouvent… ». J’étais prête à m’en aller, cette fois pour de bon, lorsque l’idée, la bonne, la seule du reste à avoir dans mon cas, me fit lui lancer d’une traite : – Sauf qu’en ce moment j’ai un boulot monstre, et que je ne crois pas que je pourrai me rendre à Saint-Gilles avant longtemps… Or, il se trouve que j’ai quelque chose à remettre à Clémence… Comme vous allez la voir demain, je souhaiterais que vous lui remettiez, si ça ne vous dérange pas… Je vous en remercie d’avance ! ». Et en même temps, je sortis rapidement le gros carnet de mon sac… Pour éviter toute indiscrétion, j’avais pris soin de l’emballer et d’en faire un paquet. Je le déposai aussitôt sur la table de l’ami de ceux que je ne connaissais pas, sous son regard empli à la fois d’étonnement et de curiosité. Puis, comme j’avais peur qu’il n’ouvrit la bouche, je me suis sauvée vite fait ! Après tout de même, un au revoir enthousiaste, et de nouveaux remerciements… Suite à quoi je me suis sentie vraiment soulagée ! Et c’est donc de la sorte que je me suis débarrassée de souvenirs qui ne me concernaient pas… Tout était maintenant dans le bon ordre, ils allaient revenir à la vraie destinataire. A celle qui avait déclenché la rédaction de ce journal. J’imaginais sa tête en le recevant… Elle n’y comprendrait rien, et ne saurait sans doute jamais qui était la mystérieuse femme qui le lui avait fait parvenir… Et moi, je ne saurai sans doute jamais non plus ce qu’elle en ferait, ni ce qu’elle déciderait après l’avoir lu… Souvent, lorsque je repense à cet épisode de mon existence, je ne peux m’empêcher de constater en grimaçant une sorte de sourire un peu amer, que c’est bien en effet une véritable « Comédie humaine » que l’on vit tous les jours ! Avec ses « Jeux de l’amour et du hasard »… Mais que serait donc la vie sans cela ? | |
| Par Justine Mérieau | 1 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler | |
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vendredi 31 août 2007, 02:12
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite 5 | |
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Et ainsi s’achevait le mystérieux carnet… Il n’avait à présent plus de secret pour moi. J’étais entrée par hasard, et bien involontairement, dans la vie privée d’autrui. Je me fis soudain l’effet d’une voyeuse, et me sentis d’un coup légèrement mal à l’aise. Pénétrer aussi brutalement dans l’intimité de gens inconnus, surtout lorsque celle-ci dévoile une sorte de drame intime, représente quand même quelque chose d’assez délicat… Un peu étourdie et bouleversée par cette lecture, je restais quelques minutes au fond de mon fauteuil à méditer sur cette malheureuse histoire. Je demeurais partagée… A la fois je comprenais la jeune fille, tout en me mettant également à la place de ce pauvre Alexandre. Des histoires d’amour qui finissent mal, ce n’était pas nouveau, ça n’avait rien d’extraordinaire, rien de surprenant. J’en savais hélas quelque chose… Non, ce qui était surprenant, c’était que je me retrouve avec un carnet qui ne m’appartenait pas. Que j’avais ramassé sous un banc, sans savoir ni pourquoi ni comment il avait pu atterrir là… Et je me posais des questions. Le dénommé Alexandre écrivait dans ses dernières lignes, qu’il lui viendrait peut-être l’envie de détruire sa prose s’il la relisait trop vite… S’était-il tout de même relu, et avait-il jeté volontairement le témoin de son infortune ? Dans ce cas, s’il tenait vraiment à s’en séparer… Et cela aurait eu lieu au Jardin de l’Etat ?... Mais quand ? On était le dix-huit janvier 2005, et son journal indiquait le six janvier comme dernière date… Questions auxquelles il me sera à jamais impossible de répondre, j’en ai bien l’impression… En attendant, c’était moi qui détenais ce carnet… Quoi en faire ? Le restituer, mais à qui ? Son auteur l’avait peut-être tout bonnement égaré ?… Il semblait coutumier du fait. Seulement, j’ignorais tout de lui et ne pouvais donc le lui remettre… D’ailleurs, s’il s’était finalement décidé à quitter l’île, ce n’était plus la peine que je cherche à le retrouver… Et quand bien même ? Je me verrais mal lui rendre un carnet intime, qui en plus dénonçait ses malheurs… Je me trouverais plutôt dans une sale position… Il se douterait forcément que j’ai tout lu… A moins que… A moins que je me rende un soir sur le Barachois, au Roland Garros… Je risquerais sans doute d’y glaner quelques infos sur ledit Alexandre ou encore sur son ami Arnaud par des connaissances à eux… Peut-être même d’y rencontrer cet Arnaud, puisque c’était un habitué des lieux… Et ainsi me débarrasser du carnet encombrant, en le remettant à quelqu’un… Je ne vais quand même pas garder un morceau d’une vie qui ne m’appartient pas ! * J’y suis allée… Hier soir. J’avais d’abord dîné dans un petit resto où je me rends quelquefois. Et vers les vingt-et-une heures passées, je me suis retrouvée assise sur l’une des banquettes du Roland Garros… Une heure après, je commençais à trouver le temps long ; rien ne se passait d’intéressant concernant ce qui m’amenait là… Je baillais comme une carpe, l’envie de dormir me gagnait. J’étais prête à lever le camp, lorsqu’une idée me vint… Je fis signe au barman. Je le connaissais un peu, j’étais déjà venue dans le bistrot plusieurs fois avec des amis. Il s’avança à ma table avec un grand sourire. J’entrais dans le vif du sujet : « – Bonsoir… Je suis venue là, pensant y trouver Arnaud ou Alexandre… Ce sont des habitués, je pense que vous les connaissez ?... – Un peu seulement… Et comme je viens juste de revenir de congés, je sais pas s’ils viennent toujours ici… Mais si vous voulez, vous pouvez aller demander à l’un de leurs amis… Celui qui se trouve là-bas, à la table près de la fenêtre… ». Trop contente, après avoir remercié, je filai tout droit voir l’ami en question. Assez gênée quand même, ne sachant comment m’y prendre, ni par où commencer… Finalement, c’est le plus simplement du monde que j’ai menti avec aplomb. Affirmant qu’Arnaud et Alexandre faisaient partie de mes connaissances, et que je m’étonnais de ne plus avoir de leurs nouvelles… Prêcher le faux pour savoir le vrai, s’est toujours révélé être une bonne pratique ! « – Eh bien, chère demoiselle, sachez que nos deux oiseaux se sont envolés à jamais ! L’un a fini par aller rejoindre en métropole sa chère dulcinée qui ne voulait plus revenir à Eh voilà… La boucle était bouclée ! Etre venue ici n’avait servi à rien… Du moins, pas pour ce que j’aurais voulu. Cependant, j’en savais maintenant un peu plus et c’était le principal.
A suivre... | |
| Par Justine Mérieau | 0 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler | |
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dimanche 26 août 2007, 00:34
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite 4 | |
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Le cœur battant, j’ai donc ouvert celui-ci… Stupeur et indignation furent mes premiers ressentis. En gros, ce qu’il en ressortait, c’est que j’étais devenu le cocu magnifique !… Sans jamais me douter de rien, en plus, ce qui accentuait la sourde colère qui couvait en moi, atténuant ma peine profonde. Clémence m’expliquait sans grand ménagement, qu’elle avait rencontré quelqu’un sur son lieu de travail, que cela avait été le coup de foudre réciproque. Qu’elle n’aurait jamais pensé qu’une telle chose lui serait arrivée (merci pour moi !) parce que, ce qu’elle avait vécu avec moi, avait toujours été super (merci quand même !). Que le nouvel élu terminait sa période de quatre ans à La Réunion, et qu’elle avait donc décidé de donner sa démission au boulot pour pouvoir rentrer en métropole avec lui. Elle ajoutait qu’elle n’avait jamais réussi à s’intégrer totalement dans son emploi, où elle avait subi de nombreux problèmes que je n’ignorais d’ailleurs pas, et que l’occasion lui était offerte, en quelque sorte, de donner sa démission. Qu’elle s’était bien plue sur l’île, mais qu’elle n’y entrevoyait rien de positif pour elle sur le plan professionnel. Qu’on passe finalement plus de temps au boulot qu’à la maison, et que ne se sentant pas bien au travail, mal dans sa peau, inconsciemment ou non elle avait eu besoin d’y trouver réconfort. Ce qui s’était produit tout à fait fortuitement, avec quelqu’un dans le même cas qu’elle… Qu’ils s’étaient découverts tous les deux de nombreuses affinités, notamment par rapport à leur âge similaire (nous y voilà ! J’ai dix-huit ans de plus que Clémence…). Et pour terminer, elle se disait désolée qu’il en soit ainsi et me demandait de lui pardonner, espérant que je comprendrais. Venaient ensuite tout un tas d’éloges sur ma personne pour vanter mes nombreux mérites, qui, selon Clémence, devraient me faire rapidement retrouver l’âme sœur… Merci du peu ! Amen, la messe était dite… Ite missa est ! En pleine confusion, j’avais refermé le clavier de l’ordinateur. Glacé, le cœur en déroute, l’âme en détresse, empli cependant d’une colère interne qui me broyait les tripes… En fait, j’étais surtout malheureux comme les pierres, malgré mon désir de crâner ! Au salon, où je tentais de me réconforter en avalant coup sur coup trois où quatre whiskies, j’essayais de déblayer mes pensées confuses… Voilà ce que c’est, que de se laisser séduire par les petites jeunes filles ! Tôt ou tard, on doit peut-être s’attendre à ce qu’elles vous larguent pour des garçons de leur âge… J’en suis la triste preuve… Quand je l’ai connue, elle avait vingt-deux ans, elle en a maintenant bientôt vingt-sept. Et moi quarante-cinq… En conclusion, je n’ai plus que mes yeux pour pleurer ! Pour employer ce lieu commun… Mais pleurer n’était pas trop mon truc… Même si j’avais très mal… Et Dieu sait que dans ma vie, j’ai eu très mal plus d’une fois ! Comme beaucoup finalement… Il doit d’ailleurs être impossible de passer une vie sans souffrir à un moment ou un autre. Souffrance morale, à défaut de l’autre qui en frappe hélas aussi certains… Je tâchais de me consoler comme je pouvais… La méthode Coué, qui en vaut bien une autre ! Je ne devais pas me laisser aller, je devais réagir… Oui, je dois réagir ! Mais que faire à présent ? Ma vie à La Réunion tournait autour de Clémence… Rester ici sans elle ne m’intéresse plus. D’ailleurs, cinq ans sur l’île, c’est suffisant… J’en ai fait le tour, j’ai vu tout ce qu’il y avait à voir plusieurs fois. Tous les endroits présentant le plus d’intérêt, tous les sites les plus grandioses… J’ai un album photos rempli de clichés de Cilaos, du Piton des Neiges, du volcan de la Fournaise, du Grand Bénaré, de la Plaine des sables, de Salazie et Hell-Bourg, des Trois Bassins, de la Plaine des palmistes, de Mafate, de la Plaine des Cafres, de Bassin la Paix… Pour ne citer que les plus connus…. J’ai même pris la peine de noter, parce que je les trouve vraiment sublimes, ces quelques vers de Leconte de Lisle, que l’illustre poète réunionnais écrivit à la gloire du Piton des Neiges : « Jamais le pic glacé n’entend l’oiseau siffleur, Ni le vent du matin empli d’odeurs divines Qui rit dans les palmiers et les fraîches ravines, Ni parmi le corail des antiques récifs, Le murmure rêveur et lent des flots pensifs Ni les vagues échos de la rumeur des hommes, Il ignore la vie et le peu que nous sommes. Et calme spectateur de l’éternel réveil, Drapé de neige rose, il attend le soleil. » Oui, je vais partir… Donner, moi aussi, ma démission… Reprendre la route. J’ai un copain qui vit en Nouvelle-Calédonie, ça fait longtemps qu’il me propose de venir m’y installer. C’est le moment où jamais ! Puisque cette occasion malheureuse m’en est donnée… Allez, profitons-en pour mieux faire passer l’amère pilule, ce sera toujours ça de gagné ! Il faut bien trouver des solutions pour ne pas se laisser abattre… Et faire apparaître le côté positif sur ce qui nous arrive de catastrophique… Ce soir, pour la dernière fois ici, je vais refermer ce carnet… Qui, avec mes vieux souvenirs de voyage, contient maintenant mon énorme déconvenue. Je l’emporterai bien sûr avec moi… A cause des souvenirs qui y sont consignés, mais également parce qu’il restera à jamais l’unique témoin de mon amour pour Clémence. Un amour bafoué, certes, mais un amour qui a réellement existé entre nous les premières années. Finalement, ce sera comme si j’emportais un peu d’elle avec moi… Seulement, ce carnet, il ne faudra surtout pas que je le relise trop vite… Cela attiserait forcément ma souffrance, et je risquerais de le détruire sur un coup de tête ! Allez, adieu cher cahier, adieu ma vie ici ! Et vive l’aventure nouvelle ! Mieux vaut crâner que pleurer…
A suivre... | |
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mardi 21 août 2007, 00:09
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite 3 | |
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Saint Denis, le 6 janvier 2005 Je suis anéanti… dégoûté… écoeuré… Trahi, surtout ! Jamais je n’aurais pensé que Clémence m’aurait joué ce sale tour ! Je tombe des nues… Ce soir en rentrant, j’ai de nouveau tenté de l’avoir au téléphone. Sans succès, comme d’habitude… Aucun message de sa part sur ma boîte vocale, malgré tous ceux que je lui ai laissés... Alors, très en colère, j’ai composé le numéro personnel de sa mère… Qui me répondit elle-même aussitôt. Au ton de sa voix, je me rendis compte immédiatement qu’elle semblait très mal à l’aise… Elle savait quelque chose, bien sûr… Embarrassée, elle m’annonça en cherchant ses mots, elle qui parlait plutôt avec une grande spontanéité, très naturellement, que sa fille était sortie et qu’elle ne savait pas quand elle rentrerait. Je lui posai plusieurs questions concernant Clémence, notamment sur son emploi du temps, et lui demandai par la même occasion si elle savait pourquoi sa fille s’obstinait à ne plus vouloir me donner de ses nouvelles. Autant de questions qui semblèrent la gêner horriblement. Au fur et à mesure, sa gêne ressortait davantage… Il était évident que tout ça n’augurait rien de bon pour moi, et même si je me doutais depuis longtemps de quelque chose, je commençais à envisager le pire, bien que me forçant à en repousser l’idée de toutes mes forces. Pendant qu’on se parlait, j’entendis tout à coup des bruits de voix chez mon interlocutrice. Je lui en fis part … « Bon… écoutez… reprit-elle, personnellement, je trouve cette situation idiote, et je l’ai dit à ma fille… Elle doit vous parler… Je trouve ça inconscient de sa part, de pratiquer la politique de l’autruche… Elle vous doit la vérité, même si c’est difficile à dire et à entendre… ». Là, j’avoue que j’ai tremblé intérieurement, et je savais d’ores et déjà que j’allais souffrir… La mère de Clémence continua : « C’est justement elle qui vient d’arriver… Ne quittez pas, je vais vous la passer… ». Anxieux, j’attendis plusieurs minutes, mais la voix qui se fit entendre n’était pas celle de Clémence : « Bon… désolée… J’ai insisté, mais ma fille ne désire pas vous parler. Je suis furieuse ! Pour moi, elle manque tout bonnement de courage, et ce qu’elle vous fait subir est lâche… Vous savez combien j’ai d’estime pour vous… Que je vous aime beaucoup… Tout ceci m’ennuie terriblement… Seulement, je ne peux malheureusement rien y faire, ça ne me regarde pas… Clémence m’a chargée de vous informer qu’elle vous adresserait un SMS dans la soirée… Je ne sais quoi vous dire de plus, sinon que vous êtes un mec bien et que les femmes sont parfois idiotes ! Je vous fais la bise et vous souhaite bonne chance pour tout. Allez, au revoir, Alexandre ! Et n’hésitez pas à me rendre visite, si un jour vous décidez de revenir en France… Ce sera avec le plus grand plaisir, et la porte vous sera toujours ouverte ». Puis elle raccrocha. J’en demeurai pantois… C’est vrai que dès que la mère de Clémence, - une divorcée jolie et pimpante de la cinquantaine - avait fait ma connaissance en venant passer un mois de vacances à Terriblement angoissé, j’attendis donc son message, les yeux rivés sur mon téléphone mobile… Une bonne heure passa… Vers les vingt-deux heures, l’appareil s’agita, sa sonnerie m’indiquant que le SMS attendu venait d’arriver. Inquiet, j’appuyais sur la touche adéquate… Etonné, je vis apparaître le texte suivant, on ne peut plus laconique : « Je t’ai envoyé un message d’explications sur Internet ». Désorienté, déçu, et encore davantage apeuré, je me suis précipité sur l’ordinateur… Elle savait que j’y allais rarement, elle avait préféré m’avertir… A part bon nombre de spams et publicités diverses, dans la boîte de réception de ma messagerie se trouvait bien, et uniquement, le message de Clémence…
A suivre... | |
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jeudi 16 août 2007, 03:39
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite 2 | |
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Saint Denis, le 5 janvier 2005 Hier, j’ai pas écrit une ligne… Je suis rentré trop tard, je me suis couché tout de suite… En fait, j’étais rentré comme d’habitude, mais je suis ressorti presque aussitôt. Trop le cafard… Clémence ne m’appelle plus du tout. Elle ne répond pas non plus aux messages que je lui laisse sur sa boîte vocale… Pourtant, elle les trouve forcément… Pourquoi n’y donne-t-elle pas suite ? J’angoisse un maximum ! En y repensant plus à fond, je me souviens qu’avant son départ, je l’avais trouvée un peu bizarre, pas vraiment comme d’habitude… Je n’y avais pas trop prêté attention sur le coup, j’avais mis ça sur le compte de la fatigue. Mais maintenant, je me demande s’il n’y a pas autre chose… C’est pour ça que je suis ressorti, pour me changer les idées. Je suis allé retrouver un collègue redevenu célibataire, et qui dîne tous les soirs dans le même resto. On a mangé ensemble au Palais de l’Orient ; mon copain aime la bouffe asiatique et moi aussi de temps en temps. Ensuite, on a terminé la soirée sur le Barachois, dans le bistrot à la mode, « Le Roland Garros », face à l’océan indien. Bien sûr, on a pas mal bu… Lui, pour oublier que sa femme s’est barrée définitivement en France il y a six semaines, et moi, pour essayer de me rassurer en pensant que la mienne allait me revenir dans une quinzaine. Forcément, on s’est beaucoup faits draguer… Deux mecs seuls, « métros » ou « z’oreilles », ça se remarque ! Les Réunionnaises, surtout les créoles bronzées, nous apprécient tout particulièrement… Si on avait voulu… Mais on n’avait pas la tête à ça, vraiment pas ! Arnaud et moi, on a plutôt l’alcool triste. Il n’en finissait pas de me raconter pour la énième fois, l’histoire de son couple… C’est justement parce qu’il avait eu un soir une petite défaillance avec une jeune et belle cafrine, que son épouse l’ayant appris avait fait immédiatement sa valise sans attendre d’explications. Eméché, il ne cessait de me répéter, me montrant la table d’en face où jacassaient en riant trois jolies filles métissées qui nous lorgnaient effrontément, l’œil brillant de convoitise : « Tu les vois, ces trois-là, hein ? Ces petites salopes n’ont pas froid aux yeux, elles nous draguent carrément ! C’est exactement comme ça que ça m’est arrivé… Moi, j’ai rien fait. Tu le sais bien, toi, Alexandre, que je suis pas un homme à femmes… C’est elle qui s’est jetée dans mes bras ! Je comprenais pas du tout ce qui m’arrivait… Sauf qu’une vraie bombe de bimbo exotique s’offrait tout à coup à moi… J’ai perdu la tête… T’aurais pu résister, toi ? Moi, j’ai pas pu ! Je suis sûr que peu de mecs auraient pu… J’ai eu beau essayer d’expliquer la chose à Marine, elle a rien voulu savoir ! Et pour une connerie passagère, me voilà maintenant comme un con ! Tu me diras qu’à présent, j’ai le champ libre… D’ailleurs, si Marine ne revient pas, c’est peut-être ce que je finirai par faire… Mais pour l’instant, ça m’en a coupé l’envie… ». Comme il commençait à avoir la larme à l’œil j’essayais de le consoler, lui affirmant que venir sur les îles tropicales représentait justement un danger de ce côté-là pour beaucoup de couples ; et qu’on en voyait d’ailleurs pas mal qui se brisaient, parce que le mari, tout comme lui, Arnaud, n’avait pu résister à l’appel de trop belles sirènes bien bronzées. Mais j’étais mauvais dans le rôle, j’étais moi-même trop soucieux… Et puis, je me rendais compte également que je commençais à avoir des difficultés à parler. Il était temps que je rentre, si je ne voulais pas ensuite me heurter à tout ce que je rencontrerais sur le trottoir… J’ai donc entraîné mon copain dans le même état que moi, et nous sommes sortis assez dignement, sous le regard extrêmement déçu et frustré des demoiselles créoles. Après une accolade, Arnaud et moi sommes partis chacun de son côté. Heureusement qu’on était à pied et qu’on n’habitait pas trop loin du bistrot ! C’est bien d’ailleurs pourquoi on se permettait de boire autant… En rentrant chez moi, je me suis donc couché directement, et pour une fois je n’ai plus pensé à rien d’autre qu’à dormir. Le lendemain matin, soit ce matin, j’avais une drôle de gueule de bois, qui a eu du mal à s’estomper au travail… Et ce soir, me revoici devant mon cahier en train de ressasser ma peine, continuant à me demander pourquoi Clémence observe à mon égard un tel silence… Y aurait-il eu des choses qui m’auraient échappé avant son départ ? Des attitudes différentes que je n’aurais su voir ? C’est vrai que depuis quelque temps elle me paraissait plus lointaine, moins amoureuse… Mais elle m’avait confié avoir quelques problèmes au boulot, et j’avais mis ça sur le compte du travail. Maintenant, je n’en suis plus certain du tout… C’est évident que je me dis de plus en plus maintenant qu’il se passe vraiment quelque chose, qu’une femme amoureuse ne se comporte pas de la sorte, en laissant son mec sans nouvelles aussi longtemps. Alors, en arrivant tout à l’heure à la maison, la première chose que j’ai faite, c’est de lui téléphoner… Mais comme toujours, personne au bout du fil ! Une fois encore, je lui ai laissé un nouveau message, mais là, pour lui dire ce que je pense et pour lui demander de m’appeler sans faute tout de suite… Seulement, il y a maintenant quatre heures de ça, et toujours rien ! Je ne suis pas idiot, ça sent mauvais pour moi… Très mauvais, même ! En attendant, il faut que je continue d’écrire mes mémoires, sinon je pète un plomb ! Donc, j’en étais à Moscou… En quittant Moscou, mon charter s’envolait vers Colombo, mais avec une halte obligatoire en Inde auparavant. L’aéroport de Bombay croulait sous une chaleur d’enfer… Cela vous sautait à la figure dès le pied posé sur le tarmac. A l’intérieur de l’aéroport, en plus des odeurs d’urine et de transpiration, fouille obligatoire, y compris sous les vêtements… Pour cause de terrorisme et de bombes pouvant exploser n’importe où, n’importe quand… Pas très rassurant ni très agréable. D’autant que je fus fouillé par une grosse Hindoue très moche ! En plus, on me confisqua d’office mon fusil harpon, qu’on prit pour une arme dangereuse par méconnaissance de l’outil… Dans ma hâte à remonter dans l’avion trois quarts d’heures plus tard, j’oubliai de le récupérer… Ce qui devait m’empêcher par la suite de me livrer à l’un de mes sports favoris, celui de la pêche sous-marine… Je me souviendrai toujours de mon arrivée à Colombo… En sortant de l’aéroport, un aéroport vétuste et insalubre, on tombait directement devant un grillage de plusieurs mètres de haut qui l’enserrait entièrement. Après un effet de surprise, les touristes comprenaient vite pourquoi : des grappes d’Indiens plus ou moins en haillons y étaient agrippées, criant sur les voyageurs pour leur réclamer toutes sortes de choses… Certains proposaient leur taxi, d’autres d’être des guides provisoires ou de vous mener dans quelque hôtel, d’autres encore, les plus nombreux, réclamaient argent, vêtements, cigarettes, etc. Le spectacle était affligeant, et nul besoin de réfléchir plus longuement : on réalisait tout de suite qu’on se trouvait d’un coup aux antipodes de ce qu’on connaissait, qu’on venait de quitter un monde bien policé, pour entrer dans celui d’un paupérisme qui existait hélas toujours en certains endroits du globe. En montant dans un taxi pris au hasard tant il y avait de chauffeurs qui voulaient absolument que je monte dans le leur, je n’étais pas vraiment à l’aise… Dans un anglais à l’accent effroyable, comme s’il roulait des pierres dans sa bouche, le taximan indien me demanda quel genre d’hôtel me conviendrait. Je lui répondis que je souhaitais un hôtel bon marché, et il me gratifia aussitôt d’un sourire jusqu’aux gencives accompagné d’un OK enthousiaste. Je compris qu’il m’emmenait chez quelqu’un de sa famille… Nous avions quitté depuis longtemps l’aéroport et suivions la route du littoral. J’admirais à loisir le paysage côtier, très luxuriant, avec sa profusion de cocoteraies bordant l’océan indien. Une multitude de petites cases en torchis, tôles, et toits de paille coco (fibres de cocotiers tressées) apparaissaient en nombre au milieu de toute cette luxuriance. On voyait de suite qu’il s’agissait pour la plupart d’habitations de pêcheurs, plusieurs barques se trouvaient amarrées sur la plage, face à leurs maisons… Je pouvais même en apercevoir certaines sur l’eau et constatais avec surprise qu’elles étaient très particulières, sans doute typiques au pays : à l’avant, leur coque de bois s’élançait gracieusement en une proue très effilée, et toutes s’ornaient de balanciers, l’un à gauche, l’autre à droite ; ce qui me fit évidemment penser à nos catamarans, mais en version rustique et plutôt rudimentaire… Malgré tout, c’était mieux que de simples barcasses, d’autant qu’elles aussi arboraient de jolies voiles de couleur, même si ces dernières étaient petites. Du côté opposé à la mer, nous traversions souvent des quartiers genre bidonvilles, et je me souviens qu’un peu déçu, je commençais à m’inquiéter, me demandant si toute l’île allait ressembler à ça. Parfois, on rencontrait des ronds-points gazonnés et fleuris, et je fus stupéfait d’y voir sécher du linge sur l’herbe, étalé aux quatre coins… « Drôle d’habitude ! , m’étais-je dit, que d’y mettre ses vêtements au soleil en pleine circulation, au milieu de la poussière et de la pollution ! Pas très hygiénique ! ». Apparemment c’était permis, la police laissait faire… Après un parcours d’une vingtaine de minutes, on arrivait enfin dans le centre de la capitale. L’aspect de cette ville autrefois sous dominations différentes, dont anglaise en dernier, me sidéra. Comme dans tout pays ayant été colonisé, Colombo présentait un véritable paradoxe entre ce qu’il fut et ce qu’il était devenu… Toujours ceint par l’ancien fort édifié au 16è siècle par les Portugais, sur le front de mer subsistait le palais du gouverneur, imposant avec ses colonnades blanches ; les vastes pelouses du palais également, sauf qu’elles ne servaient plus à présent ni aux joueurs de cricket ni aux joueurs de polo, ces sports si chers aux anglais qui les avaient créées là tout exprès ; mal entretenues, elles n’étaient plus qu’un lieu de balade comme un autre. J’aimais faire ressurgir dans mon esprit les joueurs de polo sur leurs chevaux, casque colonial sur la tête et maillet à la main, galopant sur ce vaste espace vert pour attraper la balle au bond… On était bien loin d’un tel spectacle maintenant, les autochtones avaient depuis longtemps repris leurs coutumes ancestrales. On voyait surtout la misère et l’insalubrité qui régnaient en maîtresses incontestables des lieux… Les anciennes bâtisses imposantes et nettes des Portugais, Hollandais et Anglais se perdaient dans la masse de constructions inégales, sales et miséreuses. Les rues souvent inondées et pleines d’immondices sentaient l’urine. Une population la plupart du temps en haillons, grouillante, se pressait sur des trottoirs presque toujours défoncés. Ce qui frappait le plus dans cette marée humaine si dense, c’était le nombre de personnes handicapées… Je me souviens particulièrement d’une femme sans âge, qui pour se mouvoir ne marchait pas, mais parvenait tout de même à se traîner sur le trottoir en position allongée, s’aidant de ses deux mains valides : elle n’avait plus de jambes, son corps s’arrêtait au tronc… C’était à la fois poignant et lamentable, que de la voir ainsi se contorsionner à travers une foule indifférente, surtout lorsqu’elle entreprit de monter ensuite dans un bus à l’arrêt : son escalade sur le marchepied dura une éternité, et je fus surpris autant que scandalisé de constater que personne ne lui vienne en aide. Il me vint plus tard à l’esprit que cette femme devait peut-être faire partie de cette caste indienne, que l’on nomme « Les intouchables »… La circulation dans la capitale semblait à chaque minute être un véritable défi à l’équilibre et à la sécurité… Les rickshaws, ces scooters arrangés à la façon asiatique avec leur trois roues ( une à l’avant, au-dessus de laquelle siégeait le chauffeur, et deux autres à l’arrière au-dessus desquelles s’installaient les clients) ainsi que leur toit bâché leur donnant des allures de mini voiture, fonçaient à une vitesse folle dans les rues, se faufilant partout entre automobiles, bus et minibus. J’eus la peur de ma vie, lorsqu’il me prit l’envie de monter dans l’un d’eux pour visiter la capitale… J’avais prévu de partir excursionner sur la côte ouest le lendemain. Près de la gare routière où se trouvait également la gare ferroviaire, je prendrais le train qui m’emmènerait vers les trois stations balnéaires que j’avais choisies : Hikkaduwa, Mir Issa et Unawatuna… On y trouvait plein de Guest-houses et de bungalows bon marché, ce serait dans mes prix ! De plus, tout était situé en pleine jungle, au bord de magnifiques plages de sable blanc… un peu maculées, hélas, par les nombreuses bouses des vaches sacrées qui errent ici partout en liberté – religion oblige – mais, Dieu merci, foulées également par le pas colossal et majestueux du divin éléphant dirigé par son cornac… Un magnifique séjour je fis là… Loin du tintouin de la capitale, régnait une ambiance particulière qu’on ne retrouvait nulle part ailleurs. Sauf bien sûr en Inde. C’était l’atmosphère d’India song, si bien dépeinte par Marguerite Duras… Une atmosphère indéfinissable, où l’on se sentait pris malgré soi de langueur, où une certaine torpeur bienfaisante vous envahissait, vous laissant dans un état second ; mais pour moi qui excursionnais, loin d’être ennuyeux cet état m’emplissait de sérénité. Il me semblait clair que tout ceci soit dû au climat chaud et humide, à la mousson ponctuelle qui arrête le temps, à la végétation aux subtilités variées, dont certains parfums, comme l’odeur des frangipaniers, vous prenaient aux narines, vous enivraient délicieusement ; mais surtout, surtout, à l’esprit zen des habitants si chaleureux, à leurs coutumes religieuses, notamment le bouddhisme avec ses gracieux bonzes tout d’orange vêtus, et dont le visage reflétait en permanence bonté, paix et humanité… En bref, à leur façon de vivre, naturelle et un peu au ralenti. Me remémorant tous ces souvenirs, je ne peux soudain m’empêcher de frémir d’horreur, lorsque je revois en pensée les images effroyables retransmises à la télévision en 2004, sur le tsunami qui a ravagé tous ces beaux endroits où j’ai vécu un temps… Je me verrais mal retourner là-bas à présent, ça me ferait trop mal au cœur. J’avais noué quelques amitiés ici et là, j’aurais trop peur de ne plus retrouver personne… Bon… J’arrête. Ce sera tout pour ce soir… Avec ces souvenirs-ci, j’ai encore un peu plus le coup de blues ! Et puis, je n’y vois plus clair et ne fais que bailler. Demain sera un autre jour… Et comme je n’ai toujours pas reçu le coup de fil tant attendu, cette fois je suis bien décidé : je vais tout faire pour arriver à parler enfin à Clémence… Quitte pour cela à appeler ses parents ou quelqu’un de sa famille s’il le faut… Parce que ça ne peut plus durer !
A suivre... | |
| Par Justine Mérieau | 0 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler | |
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mardi 14 août 2007, 03:43
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| Par Justine Mérieau | 2 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler | |
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dimanche 12 août 2007, 03:10
Journal d'un ancien globe-trotter - Suite 1 | |
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Une fois chez moi, après avoir avalé rapidement le reste d’un cari poulet accompagné d’un rougail mangue, je ne résistai pas plus longtemps à la tentation de me plonger dans la lecture du mystérieux carnet trouvé… Bien installée dans les profondeurs de mon fauteuil préféré, voici ce que je lus avec un intérêt croissant, auquel se mêla ensuite une certaine stupéfaction, au fur et à mesure du récit : Ile de Saint Denis, le 3 Janvier 2005. Ce jour, j’ai décidé de me confier sur papier, de me souvenir… Je m’ennuie… L’ennui, peu y échappent, il rattrape toujours tout le monde tôt ou tard… Pour le tromper, j’ai décidé de rédiger quelques lignes sur des évènements marquants de ma vie ; ça me fera passer le temps intelligemment, au lieu de rien glander… Et pourtant, on devrait jamais s’ennuyer… Les années filent à une telle vitesse ! Dire qu’on est déjà en 2005… Tout va tellement vite finalement ! Plus on avance en âge, et plus on en est conscients… Décidemment, c’est bien vrai que la vie se conjugue davantage au passé, et que l’avenir se rétrécit comme une vraie peau de chagrin ! Oui, aujourd’hui, c’est vrai, je m’ennuie passablement… Je tourne en rond dans la maison. J’attends Clémence avec impatience… Près de huit jours déjà qu’elle est partie chez sa mère en métropole, comme tous les ans pour les fêtes ! Et comme tous les ans, impossible pour moi de la suivre là-bas. Travail oblige… On ne fait pas toujours ce qu’on veut ! Pas comme autrefois, quand j’étais célibataire, et que je préférais prendre les chemins de la liberté, ceux qui mènent à Rome et encore plus loin, plutôt que ceux mornes et astreignants de bureaux parfois austères… J’ai le temps d’attendre, Clémence ne rentrera que le 20… Elle est à peine partie, que j’attends déjà son retour avec impatience. Et je me sens tout à coup un peu seul ! C’est cons les mecs, quand ils se retrouvent seuls… Habitués à se reposer presque entièrement sur leur compagne pour les travaux ménagers, ils se sentent tout à coup perdus ! Je me sens perdu… Le soir, je mange à n’importe quelle heure, je bouffe n’importe quoi... Je laisse tout aller dans la maison… Je fais même pas le ménage… Quant à mon lit… Faudra vite que j’y mette bon ordre avant l’arrivée de Clémence ! Quand je rentre du boulot en fin de journée, la première chose que je fais, c’est d’attraper la bouteille de whisky… Ou encore de rhum arrangé, mais moins souvent, ça pèse trop sur les neurones. Il me manquerait plus que de fumer du zamal, comme les rastas réunionnais… Mais les joints, c’est plus mon truc. Donc, je m’écroule au fond d’un fauteuil devant la télé, et je me tape deux ou trois verres – bien tassés, il faut le dire ! – en la regardant pendant des heures… Chaque soir, je dois être un peu pété… Si Clémence me voyait, elle que ça énerve quand je bois trop… Mais elle s’en doute, la fine-mouche… La dernière fois, au téléphone, elle m’a fait une remarque sur ma drôle de voix… Une voix un peu pâteuse, évidemment ! Mais à elle aussi, j’ai trouvé une drôle de voix… Bah ! Sans doute qu’elle était pas contente après moi ! Heureusement qu’on se téléphone assez souvent… Enfin, surtout moi… Parce que j’’ai beau lui demander de m’appeler… Je comprends vraiment pas pourquoi elle le fait de moins en moins souvent... Bien obligé de constater que si je l’appelle pas… J’espère qu’elle va le faire ce soir… Vu la joie que ça me procure aussitôt de l’entendre… Alors que, curieusement, j’ai de plus en plus la désagréable impression que ce n’est pas vraiment réciproque, ce qui me perturbe pas mal… C’est bien surtout maintenant que je me rends compte à quel point ma douce amie me manque ! J’en suis d’ailleurs constamment étonné, moi, l’ancien baroudeur qui sillonnait les routes en solitaire, n’ayant besoin de rien ni de personne ! Sauf, de m’en mettre plein les yeux, en partant toujours vers un autre ailleurs qui serait encore plus beau ou plus intéressant… Mais quand on rencontre une femme qui vous plaît vraiment, forcément on stoppe tout, on s’embourgeoise ! Enfin, je ne vais pas cracher dans la soupe… Près de cinq ans de bonheur avec mon adorable Clémence, ça compte plus que tout le reste, et c’est quand même pas rien ! Alors, maintenant, bien sûr, je pense différemment… Par exemple, je me dis qu’il est heureux que les téléphones mobiles existent ! C’est pratique pour tout le monde, mais pour les gens qui s’aiment, absolument indispensable ! Donc, ce soir, au lieu de continuer à m’avachir dans mon fauteuil télé, j’ai filé dans mon bureau sitôt les infos terminées. Et, en attendant impatiemment un coup de fil de Clémence, j’ai sorti d’une vétuste cantine que je trimballe toujours partout avec moi, une sorte d’énorme cahier ; plutôt du genre gros carnet, avec son épaisse couverture cartonnée recouverte d’une légère fibre textile noire, comme on en utilisait autrefois pour la comptabilité… D’ailleurs, je pense que ce cahier me vient de mes grands-parents qui devaient y faire leurs comptes, puisqu’ils étaient commerçants… Toujours est-il que celui-ci était entièrement vierge et qu’il se prête assez bien à la calligraphie, malgré son quadrillage de légères lignes vertes. Et je viens d’y déposer sur la première de ses pages, tout ce qui précède… J’en écrirai un peu de temps en temps, chaque soir si je suis courageux. Comme ça, les nuits seront moins longues… Je peste de ne pas savoir me servir, comme Clémence, de mon clavier d’ordinateur. Elle, elle sait taper avec tous ses doigts ! Moi, avec deux seulement j’y renonce ! Je peine trop, je me trompe sans arrêt, ça n’avance pas assez vite. Retour aux vieilles méthodes… Epistolaires. Après tout, c’est plus romantique ! Sauf que j’écris comme un cochon… Faut que je fasse un effort, sinon, je pourrai même pas me relire ! Après ces considérations dépourvues d’un grand intérêt, il faut quand même que j’entre dans le vif du sujet… Parce que, si je me décide à écrire mes mémoires, ce sont celles d’un temps révolu, et non celles de maintenant. Celles de maintenant, en dehors du fait agréable qu’elles se passent sur une île plutôt attractive avec une compagne que j’adore, sont tout de même à classer dans la série « Métro, boulot, dodo »… Et d’ailleurs, ce ne sera en fait qu’une réécriture… Parce que tout ça, c’était déjà consigné dans une sorte de carnet de route, qu’un beau jour j’ai perdu. Je crois même savoir où… Dans l’avion de Paris qui m’amenait à Ce retour au passé va me changer les idées, tout en faisant sûrement ressurgir des choses oubliées. Il est temps, à la quarantaine bien tassée… à l’approche des cinquante piges qui se précisent… Parce que je risquerais peut-être bien ensuite, de ne plus me souvenir de certains détails… Donc, en 86, c’était l’époque où Dutronc chantait « Merde in France », celle ou Coluche avait créé les Restos du cœur... On dit que ça va mal maintenant en France, mais à cette époque-là aussi. Sans doute que c’était le début, et que ça n’a fait que continuer… Sans Coluche, malheureusement, pour trouver les bonnes solutions tout en nous faisant momentanément oublier, par sa gouaille ironique, la grisaille ambiante. Puisqu’il devait, comme on le sait, se tuer à moto… Chômage et compagnie sévissaient, moi-même j’avais été touché ; et en plus, après deux ans d’un fulgurant mariage, je venais de divorcer… A part ma famille qui se souciait fort peu de ma personne, je ne laissais derrière moi que quelques braves potes, partis eux aussi ailleurs depuis longtemps. Ibiza, Formentera, le Népal, le plus souvent… « Peace and love », « Make love and not wear », l’époque hippie perdurait encore… C’est alors que je décidai moi-même de tout larguer, et un beau jour j’ai pris la route, direction Ceylan devenu depuis Sri Lanka… Façon de parler, d’ailleurs, parce que j’ai d’abord pris un avion à Orly, avec le peu d’argent que j’avais pu récolter de la vente de mes quelques affaires. Plus exactement un charter, pour l’économie… Un avion russe, un vieux coucou de Tupolev, qui, avant que j’en reprenne un autre pour Colombo en passant d’abord par Bombay, m’emmenait directement à Moscou. Epique, le voyage ! Mais un bon souvenir tout de même… J’avais vingt-six ans, et l’aventure, quelle qu’elle soit, me remplissait à chaque fois d’un fougueux enthousiasme. Aller à la découverte d’un ailleurs, m’a toujours paru une perspective autrement intéressante que de stagner des années au même endroit. Mais c’est surtout l’envie des grands espaces, ceux des terres chaudes gorgées de soleil, qui m’attirait. Dans l’avion, les sièges étaient étroits, inconfortables et usagés. Ce Tupolev était vraisemblablement un vieil engin datant de Mathusalem ! Au moment de la distribution des maigres et insipides repas, deux hôtesses en blouse nylon bleue s’affairaient derrière leur chariot ; elles étaient presque aussi larges que celui-ci, et ressemblaient davantage à des filles de ferme qu’à des hôtesses… Ou encore, à des femmes de ménage, puisqu’elles opéraient avec ces sortes de blouses de travail dépourvues de toute élégance. Tâchant de réprimer rires ou sourires trop flagrants, durant le voyage je m’étais amusé à lorgner leur énorme popotin, leurs hanches trop épanouies et leur imposante poitrine, que l’immense blouse avait bien du mal à contenir ! Mais le plus drôle demeurait leur visage trop fardé, qui les faisait ressembler à quelque « Poupée russe », tant il paraissait figé et coloré, enduit comme il l’était d’un copieux et outrancier maquillage… Un maquillage qui détonnait, par son contraste effarant avec l’accoutrement vestimentaire. Même maintenant, je m’en souviens encore… Sur un teint blanc rosé, deux énormes taches rondes d’un pourpre violent avaient été plaquées sur chaque joue, formant deux marques trop voyantes qu’on avait immédiatement envie d’estomper ; les lèvres étaient recouvertes d’un rouge agressif qui débordait de tout côté, tandis que les yeux, petits et bleus, montraient surtout d’eux une pâte épaisse et disgracieuse du même ton, étalée en une large couche sur toute la paupière ; ce qui leur conférait un regard de clown inexpressif… Les contempler était à la fois triste et amusant, tellement c’était ridicule et grotesque. Je me souviens aussi que durant le vol, il y avait eu de nombreux trous d’air, surtout un peu avant l’arrivée à Moscou ; où une température de moins vingt degrés venait d’être annoncée… Il faut dire que j’avais choisi le mois de décembre pour partir… Une mauvaise surprise m’attendait à l’aéroport : cinq heures d’attente, avant de repartir sur Bombay ! Et il était deux heures du matin… Mais une autre surprise, très bonne celle-ci, me permit de patienter sans trop souffrir : malgré mon appréhension concernant le froid ambiant, il régnait dans l’aéroport une chaleur surprenante, une très bonne chaleur… C’était même extraordinairement surchauffé, et j’avais dû retirer mon manteau pour ne pas étouffer. Finalement, je m’étais allongé sur un banc et j’avais réussi à roupiller… Bon, pour ce soir ça suffit, j’arrête là ma prose… Je suis déçu, Clémence ne m’a pas appelé… Une fois de plus ! Et il est trop tard maintenant pour que je l’appelle… Tant pis ! J’’ai envie de dormir, je pars me coucher.
A suivre... | |
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vendredi 10 août 2007, 02:44
Vous désirez en savoir plus sur l'île de La Réunion ? Je vous invite à lire ma dernière nouvelle inédite ! De beaux paysages, une histoire d'amour, du mystére... et une fin inattendue ! Mais il faudra attendre l'épisode suivant... | |
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JOURNAL D’UN ANCIEN GLOBE-TROTTER Il vient de m’arriver une chose assez insolite… En poste sur l’île de De prime abord, ce musée n’a pas l’air d’en être un, installé comme il l’est à l’intérieur d’une superbe case créole du plus pur style colonial : immense corps de bâtiment rectangulaire, flanqué en façade de quatre très hautes colonnes soutenant un chapiteau triangulaire. Le tout d’une blancheur éblouissante, au milieu de cet écrin de verdure baigné presque en permanence d’une intense luminosité. Après m’être parfois étonnée, parfois émerveillée devant le patrimoine biologique de la faune et de la flore réunionnaises, dont certaines espèces endémiques disparues depuis, mais regroupées ici sous différents aspects tels que croquis, aquarelles, herbiers, oiseaux empaillés, sculptures diverses et squelettes d’animaux, je sortis du musée un peu plus instruite qu’auparavant sur mon nouveau pays. Notamment sur les dodos, dont j’avais souvent entendu parler sans savoir qu’il s’agissait de sortes d’énormes dindes sauvages, tellement chassées autrefois pour leur chair malgré l’odeur épouvantable que, paraît-il, elles dégageaient, (peut-être aussi pour cela ?) qu’elles avaient très vite disparu ; de même que toute espèce de singes et de perroquets, d’ailleurs… Et redoutant davantage à présent, je dois dire, de trouver dans mon habitation quelque scolopendre ou scorpion, eux, toujours bien présents… Même si leur piqûre n’est, semble-t-il, pas aussi dangereuse ni douloureuse que dans d’autres pays tropicaux ou équatoriaux. Mais plutôt heureuse maintenant, de pouvoir enfin donner un nom à ces fines silhouettes, si particulièrement blanches et gracieuses, que j’avais déjà souvent remarquées planant dans l’azur du ciel… ou encore, tournoyant au-dessus de l’océan pour y plonger soudain parfois, à l’affût de quelque pitance. Ce sont les fameux Paille-en-queue, ces oiseaux mythiques de l’île par excellence… J’étais quand même un peu triste d’avoir appris qu’en quatre siècles, l’homme avait fini par éliminer vingt-cinq espèces d’oiseaux, une vingtaine de plantes, et quatre-vingt pour cent de forêt… Dieu merci, je fus rassurée de savoir que, malgré tout, les botanistes du monde entier s’accordaient à reconnaître Je m’étais ensuite assise sur l’un des nombreux bancs du parc, sous les frais ombrages d’un Flamboyant apparemment centenaire ; subjuguée, j’admirais son opulente chevelure, qui retombait en une profusion de grappes d’un rouge incandescent, pensant immédiatement que ce bel arbre ne pouvait pas mieux mériter son nom. Je me trouvais face au très imposant bassin qui occupe, sur presque toute sa longueur, la partie centrale de cette sorte de square géant que représente le Jardin de l’État. Occupée à contempler sa multitude de jets d’eau s’élevant à bonne hauteur, délassée et rafraîchie par le gracieux spectacle de la pluie irisée retombant avec légèreté dans l’éclatant soleil, je n’avais pas remarqué la jeune cafrine qui s’était avancée jusqu’à mon banc. Lorsqu’elle s’adressa à moi, je remarquai aussitôt la beauté un rien sauvage de la fillette, avec son métissage lui donnant un teint satiné couleur café au lait, ses yeux de lynx mi-bleus, mi-verts, sa chevelure brune aux reflets fauves, épaisse, abondante, qui lui descendait aux épaules en une cascade brillante de boucles détendues comme une myriade de petits ressorts ; sa silhouette féline, élancée et souple, se découpait, lumineuse, dans les rayons solaires. Elle me dit, avec ce parler créole si particulier, vif et chantant, si charmant parce que toujours chaleureux : « Mi lé v’nue dire à ou, qu’ou l’a fait tomber quéque chose sous vot’banc… Mi l’a vu… ». Puis, gracieuse et souriante, elle s’enfuit aussitôt en tournant les talons, virevoltant et sautillant comme une gazelle dans le soleil couchant. Surprise, je me penchai et aperçus en effet quelque chose sous mon banc. J’attrapai l’objet et constatai, très étonnée, qu’il s’agissait d’une espèce de volumineux cahier noir, ou encore, d’une sorte d’énorme carnet. Qui ne m’appartenait bien sûr pas… Je l’ouvris, et pus y lire sur la première page, tout en haut : « Journal d’un ancien globe-trotter ». Avec un étonnement croissant, je feuilletai quelques pages au hasard, et ce que j’y lus attisa encore ma curiosité. Comment, et pourquoi, ce cahier avait-il atterri là ?... L’avait-on jeté exprès, ou l’avait-on perdu ? Il appartenait forcément à quelqu’un… Mais le jour commençait à décliner sérieusement, et je devais parcourir plusieurs kilomètres pour regagner mon domicile, situé à Saint-Paul. Intriguée, je rangeai donc le cahier dans mon sac, remettant à plus tard chez moi l’envie d’en connaître davantage sur les mémoires intimes de mon inconnu. Je montai dans ma voiture et traversai, pour une fois sans trop de difficultés, les rues menant au Barachois, quartier du front de mer où se trouve entre autre Quelques kilomètres plus loin je dépassai Le Port,
A suivre... | |
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vendredi 3 août 2007, 02:40
Dans l'une de mes nouvelles publiées, je règle son compte à la tauromachie, aux corridas... | |
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Réflexions sur la tauromachie, les corridas, au travers d’une adolescente de treize ans, l’une des héroïnes de ma nouvelle, « Le village indigne ». Extrait de ce texte, tiré de mon livre, Comme un noir soleil – courts romans, conte et autres nouvelles, publié en août 2006 aux éditions Ixcéa
Le père de Mélanie patientait au salon en attendant de passer à table avec les deux femmes. Il regardait la télévision devant laquelle il semblait tellement absorbé, qu’il leur dit bonjour évasivement, sans même lever la tête. La mère de Mélanie disparut pour aller d’abord porter ses emplettes dans sa chambre et ensuite pour voir si le couvert avait été mis par Alberte. Mélanie vint s’asseoir à côté de son père sur le canapé. Une indicible horreur la saisit immédiatement. Son père regardait, avec une certaine délectation semblait-il, une corrida. Et celle-ci en était au stade où le toréador enfonçait un à un, dards immondes et cruels, ses banderilles dans la chair de l’animal. Le poil noir du taureau apparaissait rougi du sang qui s’épanchait de ses blessures profondes et qui coulait en rigoles un peu partout… Voir ainsi une bête qui ne demandait rien, sinon qu’on la laissât tranquille, se débattre sur une piste, enragée de douleur, avec des instruments plantés dans le corps la faisant saigner, était un spectacle au-dessus des forces et de la sensibilité de Mélanie. Barbouillée, frissonnante et révoltée, n’en pouvant supporter davantage, elle se leva précipitamment et sortit du salon. Comment se pouvait-il que son père fût ainsi ? Aussi insensible ?… « Maintenant, j’comprends ! pensa-t-elle malgré elle, S’il est comme ça, pas étonnant qu’y fasse rien pour les campeurs !… ». À table, le père de Mélanie parla de la corrida. Il s’extasiait, disant que c’était un spectacle magnifique et qu’il aimerait en voir plus souvent. Redevenant nerveuse, Mélanie ne put s’empêcher de s’écrier d’une voix pleine de reproches : « Eh ben moi, j’comprendrai jamais ceux qu’arrivent à supporter un tel spectacle ! J’trouve indécents ces combats sanguinaires ! Quelle barbarie ! On s’croirait r’tourné au temps où les gladiateurs combattaient les fauves dans les arènes… C’est aussi cruel, même si c’est plus les hommes qui sont tués par l’animal ; encore qu’il arrive parfois l’accident idiot, c’est l’taureau qui tue… De toute façon, il s’agit de mort. De la mise à mort infaillible, inexorable du taureau ! Le pauvre, on lui laisse aucune chance ! Comment peut-on s’repaître de quelque chose d’aussi morbide, d’aussi tragique ?… Tiens… ça m’fait penser à mon cours de latin : « Panem et circenses », a écrit le poète Juvénal dans l’une de ses Satires, en s’moquant des Romains dont c’était la préoccupation première… Quand j’pense qu’on en est toujours là !... C’que veut dire mon charabia ? C’est vrai qu’vous connaissez qu’le latin d’cuisine… Ça veut dire : « Du pain et des jeux »… – Eh bien, dis donc, comme tu y vas ! répondit le père de Mélanie, surpris par tant de véhémence. Je ne savais pas que tu défendais avec autant de vigueur les taureaux ! Mais tu sais, je ne suis pas tout seul à apprécier les corridas… Nous sommes des milliers de par le monde à aimer voir ce spectacle superbe et grandiose. D’ailleurs, Hemingway que tu aimes lire, appréciait beaucoup ! Et sache que, de toute manière, les taureaux sont destinés à finir obligatoirement en boucherie, alors… – Mais c’est pas une raison ! reprit Mélanie toujours révoltée. Ça, c’est ce que les gens disent pour se donner bonne conscience ! Ils iraient à la boucherie ? Eh ben, soit ! Mais pourquoi les faire souffrir avant ? Parce que c’est là, qu’elle est, la vraie boucherie ! L’autre est plus propre ! D’ailleurs, tant qu’y en aura qu’ça ne gênera pas d’voir le sang couler dans les spectacles, les guerres continueront sur terre… Y a beaucoup trop de gens insensibles… Ceux qui aiment les corridas l’sont, et y sont superficiels. Ils oublient la souffrance de l’animal, y veulent voir que la magnificence des matadors, avec leurs ronds de jambes et leurs ronds de bras dans leurs beaux habits chamarrés… Ces fameux « Habits de lumière », comme on dit ! Pacotille, tout ça ! Ils aiment la poudre aux yeux : paillettes, dorures et strass ! Comme si l’jeu des passes entre l’homme et la bête suffisait pas ! Pourquoi vouloir à chaque fois conclure tragiquement ? Comment peut-on s’délecter d’une « Mise à mort » ? En attendant, ceux qui apprécient c’genre de spectacle sont sûrement pas des philanthropes… des humanistes… D’ailleurs, j’vois pas comment dans la vie courante un toréador pourrait s’permettre d’assurer sans être vraiment ridicule : « Moi, je ferais pas de mal à une mouche ! ». Non… vraiment, les corridas sont absurdes, stupides, abjectes ! – Si c’est ton opinion ! répondit le père de Mélanie avec un demi-sourire. Mais n’empêche tout de même pas les autres d’aimer ce qu’ils veulent ! Chacun est libre. Et peut-être ne le sais-tu pas, mais à présent en France, à cause de la Feria annuelle qui a lieu depuis toujours dans les arènes de Nîmes, les corridas sont admises et reconnues comme étant un art culturel méridional… Ça veut tout de même dire quelque chose, non ? ». La mère de Mélanie qui jusqu’alors suivait la conversation sans se prononcer, d’un ton neutre, fit les observations suivantes : « Pour ma part, je pense comme toi, Mélanie. J’ai toujours trouvé insupportable, intolérable, de voir le sang couler, que ce soit celui des humains ou des bêtes… C’est déjà assez éprouvant de voir à la télé certains reportages où des gens se font massacrer… Alors pourquoi prendre du plaisir à regarder des taureaux se faire mutiler pour rien ? Je n’en vois vraiment pas l’intérêt ! Si ce n’est que l’homme est sans doute resté au plus profond de lui-même un sauvage capable de cruauté… D’ailleurs, Léonard de Vinci, en son temps, n’avait-il pas formulé que tuer un animal devait être assimilé à un meurtre ? Je partage cette opinion. Je trouve que toute action de tuer est forcément un meurtre, puisqu’on ôte une vie. Et, quand on dit : « Qui vole un œuf, vole un bœuf », on pourrait en fait aussi bien dire : « Qui tue un daim, tue un humain »… Pour conclure, je dirais que si l’on aime regarder des spectacles avec animaux, il faut aller voir ceux qui ne sont pas cruels. C’est tout de même plus noble, lorsque c’est pacifique… ». De tels propos ravirent Mélanie. Elle contempla sa mère avec gratitude ; celle-ci venait de marquer un point dans le cœur de sa fille.
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