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Justine Mérieau - Ecrivain

Ce blog est créé afin de faire connaître mes livres publiés à un lectorat plus vaste : celui de la toile. Mais également afin d'y laisser quelques opinions sur des sujets qui m'interpellent... Puisque l'écriture oblige nécessairement à se poser les questions essentielles... Bienvenue aux amoureux de la littérature qui me feront l'honneur de s'arrêter ici !
Par Sidonie
Livres |
dimanche 11 avril 2010, 04:23

A ECOUTER : JOURNAL D'UN ANCIEN GLOBE-TROTTER, nouvelle enregistrée sur le site AUDIOCITE

 

Il y a déjà bien longtemps, j'ai mis en ligne sur mon blog une nouvelle inédite que j'ai intitulée "Journal d'un ancien globe-trotter". Puis, figurant sur Facebook depuis environ deux ans, j'y ai créé dernièrement une page de présentation de mes livres. Et j'ai eu l'idée de proposer ma nouvelle inédite aux lecteurs désireux de connaître ce récit. Beaucoup me l'ont réclamée, je la leur adressais par e-mail et je dois dire que j'ai eu ensuite le plaisir de recevoir des commentaires très enthousiastes qui m'ont fait beaucoup de bien ! L'auteur a toujours besoin d'encouragements, tellement il est solitaire... Et tellement il a besoin d'être rassuré en permanence...
Parmi les lecteurs de cette nouvelle, se trouvait une personne qui enregistrait des textes d'auteurs - en général d'auteurs classiques - et qui m'a proposé d'enregistrer le mien, tant elle l'avait apprécié. C'est ainsi que ma nouvelle inédite se retrouve parmi les textes des grands auteurs, pour ma plus grande joie. Je me sens très honorée, en tant qu'auteur totalement inconnu, d'être entourée par des écrivains aussi prestigieux... L'histoire que vous pourrez écouter est donc lue par cette personne... Environ quarante pages, durée d'écoute : près d'une heure.

JOURNAL D'UN ANCIEN GLOBE-TROTTER (Résumé)

Une jeune femme qui travaille sur l'île de La Réunion depuis peu, découvre un jour par hasard un mystérieux gros carnet lors d'une balade. Elle s'aperçoit qu'il s'agit d'un journal intime, et, intriguée autant que curieuse, l'emporte chez elle.

Elle va ainsi découvrir quelques moments de la vie d'un certain Alexandre, à qui il vient d'arriver une bien fâcheuse histoire... Suite à quoi elle cherchera à retrouver l'auteur du carnet pour le lui rendre, mais ira de surprises en surprises...

Par Justine Mérieau | Dans Livres | 0 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler
mercredi 6 janvier 2010, 02:13

ANALYSE ET OPINIONS SUR LE VOILE, SUR LES RELIGIONS EN FRANCE, etc.

On trouve l’évocation du voile dans la Bible.
La Bible contient un petit bijou de littérature profane : le Cantique des Cantiques (le superlatif n’existant pas en hébreu, il serait plus logique de dire : le plus beau des cantiques). Il s’agirait en fait d'un chant d’amour entre un berger et une jeune femme (une Sulamithe, convoitée par le roi Salomon). En voici un extrait :

 

(Bible / Cantique des cantiques / 4.1)

 

"Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
Tes yeux sont des colombes, derrière ton voile.
Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
Suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.

 

Il est à noter que le voile porté par les femmes de cette époque ne cachait donc pas les cheveux et qu’il ne devait représenter qu’une habitude vestimentaire ; soit une mode, soit encore une façon de se protéger du soleil ...

 

Je me pose alors la question de savoir pourquoi les femmes musulmanes de France qui ne seraient pas obligées par leur mari à porter le voile le porteraient ? Puisque aucun verset du coran ne l’implicite… Cette obligation provient d’Iran, où je ne sais plus quel mollah l’a instaurée voici des lustres. Lorsqu’on voit d’ailleurs ce qui se passe de nos jours en Iran, il n’y a pas à s’en étonner… Pour en revenir aux musulmanes de France qui portent le voile d'elles-mêmes, sont-elles masochistes ? Contre la féminité ? Contre la modernité ? Sont-elles complètement timorées ? Ont-elles peur de quelque chose et cherchent-elles à se protéger ? Ou bien encore, veulent-elles à tout prix qu'on sache qu'elles sont musulmanes ?

Je rajouterai que si le foulard exista chez les chrétiennes de France jusque dans les années 60 environ, notamment chez les catholiques pratiquantes, il ne fut jamais porté que pour se rendre à l'église... En fait, il fallait seulement se couvrir la tête durant les offices religieux et beaucoup de femmes portaient plutôt un bonnet ou un chapeau. Cette coutume n'a plus cours depuis des décennies et chacune fait ce que bon lui semble à l'église.
Durant les années 60, 70 et 80, il y a eu également une mode du foulard, lancée, je pense, par le célèbre couturier Hermès ; certaines le portaient parfois comme un châle, parfois autour du cou, ou encore sur la tête pour maîtriser leurs cheveux lorsqu'elles utilisaient une voiture décapotable et par temps de pluie ou de froid... Ce genre de foulard est d'ailleurs toujours d'actualité encore aujourd'hui pour certaines femmes.
Comme on le voit, tout ceci n'a strictement rien à voir avec voile, hidjab et burqa portés par certaines musulmanes... Puisque n'importe quelle femme française, de quelque confession qu'elle soit ou même athée, continue à porter ou non ce qu'elle a envie sur sa tête, suivant ses humeurs ; tandis que la femme musulmane voilée arbore sa tenue de façon identique et continuelle, un peu comme un uniforme qui désigne d'office sa religion. Car il est évident qu'une femme ne pratiquant pas l'islam ne serait pas voilée et pas en permanence... Si certaines femmes musulmanes se voilent par plaisir où pour toute autre raison qui ne regarde qu’elles, alors qu’elles le fassent seulement chez elles, chez leurs amis, ou lorsqu’elles se rendent à la mosquée (comme les juifs de France, qui ne portent la kippa que pour se rendre à la synagogue). Une loi est d’ailleurs en préparation n’autorisant pas le voile dans les établissements publics.


Personnellement, si je suis heureuse de la pluralité ethnique de la France, il me semble néanmoins logique que tous les Français d'origine étrangère se conforment aux us et coutumes du pays où ils ont choisi de vivre. Lorsqu'on sait que la France est avant tout laïque et chrétienne, j'estime qu'elle se montre suffisamment compréhensive pour avoir accepté que des bâtiments religieux autres que chrétiens soient édifiés sur son sol. Et je doute fort que dans le cas contraire, certains gouvernements musulmans auraient accepté de voir s'ériger des églises sur leur territoire... Un exemple ? Si la guerre du Liban a existé, c’est bien en partie parce que les musulmans s’en prenaient aux chrétiens, donc à leurs églises… Un autre exemple, plus proche : j’ai habité à Mayotte, île musulmane. Huit ans, de 1996 à 2004. La seule église qui s’était installée tant bien que mal à Mamoudzou, la capitale, recevait en permanence des jets incessants de pierres. Le curé en a même reçu une un jour…

 

Je vais maintenant parler d’un ami personnel. C’est un cinéaste et écrivain algérien. Il a fui l'Algérie dans le courant des années 90. Parce que c'était un sympathisant de la France, et que les intégristes algériens n'hésitaient pas à tuer toute personne algérienne ne parlant pas uniquement arabe et ayant lié amitié avec des Français. Mon ami risquait donc sa vie, d'autant qu'il parlait français, lisait des livres français, écrivait des articles en langue française pour dénoncer ce qui se passait en Algérie et fréquentait des femmes blanches ou des femmes arabes modernes, donc sans hidjab. Autour de lui, il a eu des membres de sa famille et des amis qui ont été retrouvés égorgés dans leur maison. Il a connu des jeunes femmes qui ont également été égorgées pour avoir cessé de porter le hidjab. Il a d'ailleurs consigné tout ceci dans un livre publié en 2001. Du reste, je me souviens très bien que jusqu'en 96 ou 97, aux informations télévisées on nous faisait part de telles atrocités se passant en Algérie. Les règlements de compte allaient bon train là-bas de la part des intégristes. Actuellement ça existe encore parfois, mais il en est beaucoup moins parlé.
A l'indépendance de l'Algérie en 62, la plupart des sympathisants avaient dû quitter leur pays pour se réfugier en France par peur des représailles. Leurs enfants et petits-enfants sont maintenant français à part entière. Les Algériens, peuple musulman, ont donc toujours continué à pratiquer l'islam entre eux en France ; de même qu'ils ont conservé certaines de leurs coutumes liées à leur religion, puisque comme chacun sait l'islam et l'Etat ne font qu'un, à l'encontre du christianisme qui est séparé de l'Etat. Je pense même que l'islam est la seule religion qui ne se soit pas dissociée de l'Etat. A mon avis, c'est d'ailleurs l'une des raisons pour lesquelles les musulmans ont des difficultés à s'intégrer dans un pays non musulman ; c'est sans doute trop différent pour eux. D'autant que si bon nombre de religions, dont le christianisme, ont évolué au fil du temps parce que cela devenait nécessaire, l'islam, quant à lui, en est resté pratiquement à ses origines. Par exemple, il y a belle lurette que le christianisme a supprimé le jeûn intensif au moment des Pâques, car ce n'était plus adapté avec le monde du travail ; de même qu'il y a belle lurette qu'aucun agneau pascal n'est immolé, cette coutume ne cadrant plus avec les mentalités, qui la jugeaient barbare et correspondant à une époque révolue. Alors que le Ramadan se poursuit de la même manière, sans doute depuis les origines, et que des centaines de moutons sont sacrifiés tous les ans lors de la Hide... Même s'il y a maintenant en France une législation en vigueur sur la façon de tuer les moutons, il semblerait davantage logique que cette pratique y soit interdite, étant donné que les chrétiens français ont cessé la leur... Et, soit dit en passant, il est étonnant que de toutes les religions pratiquées en France, ce soit l'islam qui fasse le plus de vagues, le plus de remous... Toutes les autres religions sont beaucoup plus discrètes. Déjà, même si l'on trouve parfois des intégristes juifs et chrétiens, ils ne seront jamais en aussi grand nombre que les intégristes musulmans, qui, eux, en plus, font sauter des bombes un peu partout dans le monde... C'est très dommageable pour l'islam, pour son image de marque. D'autant que beaucoup d'Européens s'étonnent que les musulmans, dans leur ensemble, ne fassent pas plus que ça la chasse aux intégristes, qui se réclament eux aussi du coran...


Mais revenons aux femmes musulmanes... Les jeunes filles musulmanes françaises ont souvent eu maille à partir avec un père ou un frère aîné voulant les soumettre à des coutumes n'ayant pas lieu en France, comme les mariages arrangés, par exemple ; en principe, on emmenait de force la jeune fille dans un pays du Maghreb pour la marier, souvent avec un homme beaucoup plus âgé. Pourquoi ? Parce que les parents ou certains frères aînés avaient peur de voir leurs filles ou leurs soeurs trop s'émanciper, devenir trop modernes en France, peur qu'elles tombent enceintes... (Qui n'a pas vu, encore dernièrement aux informations télévisées, des jeunes filles maghrebines s'être fait agresser ou tuer par des membres de leur famille ou des amis proches, parce qu'elles voulaient vivre en femmes libres et modernes ?) Parfois, les jeunes filles mariées ailleurs contre leur volonté parvenaient à s'enfuir et revenaient en France se réfugier dans des associations les protégeant de ce genre de pratique. J'ai eu plusieurs fois l'occasion d'écouter certains témoignages dans des émissions télévisées...
Même si voile et mariage forcé ne vont pas forcément de paire, il s'est tout de même souvent trouvé que la jeune fille ait été obligée de se marier avec quelqu’un choisi par le père et que le mari l’oblige ensuite à se voiler ; dans ce cas, a-t-on forcément affaire à un islamiste ? Il paraîtrait que ce ne soit pas obligatoire, mais que l'homme étant âgé a peur qu'on puisse convoiter sa jeune épouse ; alors il la cache, en quelque sorte...


La meilleure preuve étayant tout ce qui précède, c'est ce livre paru en 2006 aux éditions JC Lattes, intitulé, LE VOILE DE LA PEUR. Il a été écrit par Samia Shariff, une Algérienne qui a vécu autrefois en France avec ses parents. Ceux-ci s'y étaient installés fin des années 50 et étaient retournés ensuite en Algérie lors de son indépendance. C'est à ce moment-là que le calvaire a commencé pour cette jeune femme, et qu'il a continué lorsqu’elle est revenue vivre en France avec le mari qu’on lui avait imposé... La seule façon pour elle d’échapper à ce calvaire, aura été de parvenir à s’enfuir. Actuellement, elle vit au Canada. Dans son livre, elle apporte un témoignage bouleversant sur la vie des femmes algériennes des années 60-70. Mais en 80, ça ne devait pas avoir beaucoup changé, je suppose. A présent, je ne sais pas... Je l'espère pour elles !
Voici quelques passages du livre :
"Nos traditions et nos moeurs - je m'en rends compte aujourd'hui - sont très particulières. La femme musulmane dépend d'un homme toute sa vie durant ; elle dépend d'abord de son père puis de son mari. En l'absence de l'un ou de l'autre, elle sera sous l'autorité de son frère et à défaut de celui-ci, de son oncle. Elle ne peut décider par elle-même ni pour elle-même. Selon la croyance musulmane, une femme est incapable de réfléchir aussi bien qu'un homme et elle pourrait prendre une décision qui lui serait préjudiciable. Encore de nos jours, les petites filles musulmanes baignent dans ce sentiment d'infériorité et grandissent en le tenant pour acquis. Si, exceptionnellement, une femme musulmane décide de se prendre en mains, elle représentera un danger, non seulement pour sa famille, mais aussi pour elle-même.
Ainsi mon mari me dit-il un jour : « Ton devoir de bonne musulmane est de me satisfaire en tout points et si tu refuses tu perdras ta place au Paradis. Je suis ton mari et tu me dois respect et obéissance. Ce sont les lois islamiques. D'ailleurs, dans le coran il y a ce verset, où Dieu dit en parlant des hommes "Vous êtes les bergers et vos femmes sont votre bétail".

Un autre passage du livre, où le mari a frappé l'héroïne, qui se retrouve à l'hôpital.
Il lui dit : " J'espère que tu n'as rien dit à personne. Je regrette que cet incident se soit passé en France. Chez nous, au pays, nous n'aurions eu de comptes à rendre à personne. En France ils nous contrôlent, car nous vivons chez eux et ils veulent nous empêcher de vivre normalement avec nos femmes ; ici c'est la prison qui attend un homme qui bat sa femme. Les Français veulent changer les lois de Dieu ! Les misérables, qu'ils soient damnés à jamais !".

Par Justine Mérieau | Dans Livres | 0 commentaire(s) | Commenter | Lien | Signaler
lundi 13 avril 2009, 01:56

BERTHE ET REBECCA OU DEUX NANTAISES DES ANNEES 80 - Roman paru en décembre 2008, éditions Orphie

 

QUATRIEME DE COUVERTURE

 

Rebecca est une belle femme libérée. Mais juive, elle a connu enfant les camps de concentration, la perte des siens, la difficulté d’en parler au retour, l’exclusion et l’antisémitisme.

Berthe est une jeune fille qui n'a pas vraiment d'attrait physique et qui se trouve laide. Elle supporte très mal le rejet et le regard souvent indifférent des autres.

Et pourtant, ces deux Nantaises des années 1980 – parce qu’elles vivent chacune leur différence – se sentent proches, et leur amitié sera déterminante dans leur évolution et leurs choix.

L'auteur a su trouver les mots justes pour décrire les sentiments des deux femmes, qui ont de nombreux points communs, dont celui de la littérature.

Ce roman permet au lecteur de découvrir la ville de Nantes, où se situe une grande partie de l'existence de Berthe et Rebecca ; ce, jusqu’au moment où surviennent certains faits qui vont changer leur destin…

Justine Mérieau, en choisissant Nantes pour cadre d’une grande partie de son action, privilégie ses propres racines : elle qui vit de nouveau à La Réunion, après plusieurs années passées à Mayotte, soit depuis vingt ans hors métropole, n’a pas oublié les rues, les cafés, les odeurs de sa ville… Une atmosphère qu’elle a su retrouver au plus profond d’elle-même. Elle trace l'histoire d'une plume rapide, et son récit ne peut laisser indifférent : c’est pourquoi le lecteur se sentira proche de ses deux héroïnes et les aimera.

Il ne faut pas manquer le troisième roman et sixième livre de cet écrivain, qui vous fait redécouvrir une page de l’Histoire de France – la seconde guerre mondiale – aux conséquences douloureuses. Mais le roman pose aussi différentes questions : comment survivre, en étant physiquement différent des critères véhiculés par la mode du moment ? Pourquoi le nazisme avait-il pu s'installer en Allemagne sous Hitler ? Pourquoi – et depuis quand – l'antisémitisme existe-t-il et peut-il encore perdurer ?

Et des questions posées, il y en a bien d'autres tout au long du roman….

 

CHAPITRE I

(extrait)

 

Entièrement nue devant sa psyché, Berthe s’y

regardait sans aucune complaisance, avec un regard

chargé d’aversion et de haine. Et un énorme découragement

l’envahissait à nouveau, où se mêlaient colère et

chagrin.

Pourtant, à l’approche du printemps de cette

année 1985, elle aurait tellement souhaité se plaire un peu,

à défaut de se trouver belle… Malheureusement, quelle

que soit la partie de son corps sur laquelle ses yeux se

posaient, celle-ci ne lui inspirait à chaque fois qu’une

indicible horreur ; ce qui accentuait encore davantage

son désespoir. Le désespoir de toujours n’apercevoir dans

son miroir, qu’un reflet qu’elle jugeait laid.

Parce qu’elle trouvait laid tout en bloc ! Sans

accorder la moindre grâce à l’ensemble de sa personne,

qu’elle observait froidement, avec une sévérité implacable,

dénuée de la moindre indulgence.

Ainsi, haineux et désespéré, son regard l’inspectait-il

des pieds à la tête, de façon critique et exagérée. Car,

dans cet état d’esprit, elle amplifiait bien sûr tout… Et se

voyait avec des mollets trop forts et trop musclés, des

cuisses trop courtes et trop grosses, un ventre trop

rebondi et flasque, des hanches trop larges et plantureuses,

des fesses trop volumineuses et molles… et pour

finir, avec des seins trop lourds et gonflés, tels deux

énormes ballons arrogants qu’elle eût aimé pouvoir

crever…

 

Son regard s’arrêta sur ses seins et y demeura figé,

malgré la consternation qu’elle en ressentait. Elle n’osait

remonter vers son visage, tant elle en avait d’appréhension.

Elle s’y décida d’un coup par bravade et se contempla bien en face.

Son front était toujours aussi désespérément bas…

Ses yeux, aussi insignifiants, minuscules,

d’un marron fade et sans éclat… Ses joues, aux

pommettes un peu hautes et saillantes, aussi énormes…

Son menton, aussi épais et légèrement fuyant, sa bouche,

aussi petite et mince… Quant à ses cheveux, ils pendaient

sans grâce en mèches ternes et raides, encadrant de leur

brun falot son visage morne, austère et sans vie

apparente.

 

Berthe avait maintenant tout examiné. Tout… sauf

son nez… Mais c’était volontaire, parce que celui-ci,

depuis toujours, lui posait son plus gros problème.

D’autant mieux que justement, son nez était grand et

gros… D’une longueur qu’elle jugeait excessive et peu

commune, avec des narines trop épaisses à son gré. Et si

son visage était, somme toute, assez anodin, disons,

« passe-partout », il est vrai que son nez, quant à lui, avait

du caractère et brillait par son originalité… Une originalité

dont Berthe se serait, on s’en doute, bien passée !

Relevant les yeux vers lui, elle osa enfin le regarder. Ses

prunelles, comme à chaque fois, s’emplirent aussitôt de

larmes devant cette chose lui paraissant incongrue,

immonde et outrancière ; un appendice qui l’empêchait

de passer inaperçue, elle qui aurait voulu être transparente…

 

Durant son examen, la jeune fille devenait de plus

en plus sombre et désespérée. Il en allait toujours ainsi,

lorsqu’il lui prenait de se contempler longuement dans

une glace. Aussi préférait-elle en général s’en abstenir,

sachant qu’elle continuerait à être déçue de ne jamais

pouvoir découvrir d’elle quelque chose qu’elle aimerait.

Dans son cas, se disait-elle avec tristesse et amertume, il

valait mieux ignorer son image, essayer de ne plus y

penser pour ne pas en souffrir davantage. Sinon, cela

devenait pire à chaque fois, elle le savait ; parce qu’alors,

elle en arrivait à ne plus éprouver qu’un profond dégoût

de sa personne physique… Un rejet total. Et elle finissait

par se détester carrément, par ne plus pouvoir se

supporter du tout ; déjà qu’elle avait assez de mal à se

supporter chaque jour sans cela… Elle y parvenait

d’ailleurs à peine. Elle aurait voulu oublier jusqu’à son

existence.

 

*

Epuisée, lasse, démoralisée, Berthe se laissa choir

sur son lit, corps sans joie, dont l’esprit remuait les plus

noires pensées. Elle songeait aux jeunes filles de son âge,

et surtout, à son amie Rebecca, qui sortaient, s’amusaient,

tandis qu’elle, timorée, complexée par son physique

ingrat, préférait se terrer chez elle…

Pourtant, malgré qu’elle ne fût pas belle, du moins,

pour répondre aux critères de beauté actuels, elle n’était

cependant pas aussi laide qu’elle le pensait. C’est

d’ailleurs ce que Rebecca lui avait assuré maintes fois…

Et il était vrai que bien qu’elle eût un visage sans réelle

beauté, parce que dépourvu de cette grâce et de ce

charme indéniables qui attirent forcément en le faisant

reconnaître comme tel, il émanait toutefois de celui-ci une

certaine spiritualité mêlée de distinction. Et puis, du haut

de son un mètre soixante-treize, elle avait tout de même

une certaine allure… Mais elle l’ignorait.

 

Berthe, ainsi qu’on l’aura compris, ne parvenait

jamais à se trouver le moindre attrait. Puisque d’office, elle

exagérait de façon excessive ce qui concernait son

apparence, tant elle l’exécrait… Et, comme depuis

longtemps elle ne se voyait qu’avec des yeux déformants,

elle n’arrivait pas plus pour autant à croire aux affirmations

de Rebecca. Elle pensait seulement que son amie,

par gentillesse ou commisération, préférait invoquer de

pieux mensonges ; elle en était à présent persuadée et ne

pouvait plus en démordre.

 

Et pourtant, ainsi qu’elle se le rappelait souvent,

comme pour mieux se conforter dans ses néfastes idées,

n’avait-elle pas essayé, lorsqu’elle avait vingt ans, de faire

partie d’un petit groupe d’amis connus à son travail ?…

Elle venait alors tout juste d’entrer comme vendeuse, au

rayon des bijoux fantaisie du Prisunic, rue Lafayette à

Nantes. Nantes, sa ville, où elle était née il y avait

maintenant vingt-cinq ans…

Hélas, cette unique tentative s’avéra être un échec

total. Surtout lorsqu’elle déclina son nom… Parce qu’en

plus de son physique ingrat et de son prénom, qui, à lui

seul, prêtait déjà à rire, elle avait aussi un nom effroyable,

qui aurait desservi la plus belle des femmes. Elle

s’appelait « Boudineau »… Berthe Boudineau !

Du reste, à ce sujet, elle avait un jour demandé à sa

grand-mère, avec qui elle vivait alors, pourquoi on l’avait

prénommée ainsi. Celle-ci lui avait répondu que si sa

mère lui avait donné ce prénom, c’était en souvenir de

Berthe D., sa meilleure amie, morte très jeune d’une

leucémie ; pendant sa maladie, elle lui avait promis, le jour

où elle aurait un enfant, de l’appeler comme elle si c’était

une fille… Ayant appris cela, Berthe devint encore plus

déprimée : porter un vilain prénom est une chose, mais

quand c’est également celui d’une morte…

 

Donc, dans cette bande de copains, non seulement

elle ne plaisait à aucun garçon, – ce qui ne l’étonnait pas,

habituée depuis longtemps à ce qu’on la trouvât laide –

mais encore, tous, plus ou moins, se moquaient d’elle.

D’abord discrètement, derrière son dos, puis, par la suite,

carrément devant elle. Ainsi, l’appelait-on alors « Berthe

au grand nez », ou « B.B. », (en 1985, on se souvenait

toujours de Brigitte Bardot) ou « Boudinette », ou

«boudin », ou encore, « Boudinette, le boudin boudiné»…

Certains garçons poussaient même l’indélicatesse jusqu’à

l’appeler « la grosse Bertha »… Ce qui la rendit furieuse

lorsqu’elle apprit que c’était le surnom donné aux canons

lourds allemands qui, à plus de cent kilomètres, tirèrent

sur Paris en 1918 ; ce surnom fut donné aux canons parce

que la fille de l’industriel allemand Krupp qui les fabriquait

se prénommait Bertha… Tous ces quolibets, ces sobriquets,

en rajoutant au chagrin qu’avait Berthe de

n’être ni jolie ni véritablement plaisante, avaient accru ses

complexes et accentué sa timidité, qui devenait maladive.

 

Suite à cette mésaventure, au lieu d’en prendre son parti,

chose au-dessus de ses forces, puisque c’était vrai, qu’elle

l’admettait et en avait honte, elle avait préféré fuir un

monde qui l’accueillait si mal et dans lequel elle ne

trouvait pas sa place.

Toutefois, heureusement, parmi ses

anciens amis, – « amis », si l’on peut dire, puisqu’ils ne le

furent pas – se trouvait une jeune femme, qui, à l’encontre

du reste de la bande, s’intéressa cependant à elle, négligeant

l’opinion des autres ; d’instinct, elle défendait

Berthe à chaque fois, la protégeant en quelque sorte

lorsqu’il y avait lieu. Et par le fait, celle-ci devint très vite sa

meilleure amie ; sa seule vraie et unique amie… Il était

temps : de plus en plus introvertie, Berthe était en train de

devenir complètement schizoïde.

 

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