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Histoires Fantastiques de ce Monde et d'Ailleurs

XXY I

XXY

SCENARIO

LE LIEU : La ville imaginaire de Saint-Sauveur.

LES PERSONNAGES :

Valdemar Arestan : Personnage principal. Hermaphrodite né(e) avec les deux sexes. Après une enfance difficile, il est devenu un brillant étudiant, puis un  prodigieux enquêteur et un  tacticien de génie. Son bureau (surnommé "La Tanière" se trouve boulevard Arthur-Rimbaud.

Commissaire Andrea Lopez. Responsable du commissariat de Saint-Sauveur. Elle fait appel au héros pour résoudre des cas que la police officielle ne saurait résoudre.

Edmond Servières : Génie du crime et chef occulte de la pègre de Saint-Sauveur. A des informateurs jusque dans la police. Issu d'une famille aisée dont il était le "mouton noir " à cause d'une maladie de peau rarissime qui lui décolore et lui déforme le visage, il s'est tourné par vengeance vers une vie de crime.

Inspecteur Nestor Malet : Consciencieux et honnête enquêteur de la police de Saint-Sauveur ; bras droit du commissaire Lopez. Son nom est un hommage à Leo Malet, créateur de Nestor Burma.

Inspecteur Antoine Curvon  : un déplaisant inspecteur de police, soupçonné de corruption.

Marion Delambre : Secrétaire métisse (père français, mère algérienne) et  partenaire  (dans toutes les acceptions du terme ) de Valdemar. Elle est intelligente, hardie et entreprenante.

 

 

UNE ETOILE EST TOMBEE (premier épisode )

La loge d'un animateur célèbre. Du sang sur les murs  La pièce grouille de policiers.

Sur le sol, deux cadavres, un homme et une femme. Le médecin légiste est en train de les examiner. Derrière lui se tient le commissaire Lopez.

LE MEDECIN LEGISTE : Deux balles dans la poitrine chacun , commissaire .On atué l'homme en premier, et la femme alors qu'elle tentait de  s'enfuir. Je ne peux pas en dire plus pour l'instant.

LE COMMISSAIRE : C'est bon, emmenez les corps.

Les corps sont emportés sur une civière.

LE COMMISSAIRE: L'assassin devait être quelqu'un qu'il connaissait. On entre pas comme ça dans la loge de Robert Darray. essayez de relever des empreintes , du sang , des cheveux, n'importe quoi que l'assassin aurait pu laisser derrière lui ...

Les techniciens s'activent.

Changement de scène. "La Tanière" de Valdemar Arestan.

VALDEMAR : Assez ! J'en ai plus qu'assez de ces histoires de maris cocus et d'épouses bafouées,dénués de tout intérêt autre que burlesque !

MARION : Ces affaires "dénuées de tout intérêt", comme tu les appelle , nous font vivre.

VALDEMAR : Bah ! Comme si l'homme ne se nourrissait que de pain ! Un esprit aussi brillant que le mien a besoin d'être stimulé par des affaires autrement plus complexes que la surveillance des ébats illégitimes de Mme Durand avec son professeur de piano.

MARION à mi-voix : Et voilà sa crise de mégalomanie qui le reprend/

VALDEMAR, avec humeur : Je t'ai entendu.  Pour votre peine, mademoiselle Je-sais-tout, allez donc allumer le poste de radio...

MARION : Quelle station dois-je mettre ?

VALDEMAR : N'importe laquelle, hormis une de celles qui passent ces innommables musiques pour adolescents prépubères.

Marion allume la radio. Elle tombe sur le journal.

" Il y a quelques heures, Robert Darray, le célèbre présentateur du talk-show d'actualité "Scoop"  a été assassiné dans sa loge. ll semblerait qu'on déplore aussi une autre victime. La police..."

VALDEMAR : Ah ! Ceci à l'air plus intéressant. Laisse tomber ce que tu fais et suis-moi, Marion ! J'ignore encore ce que vaut cette affaire, mais elle me fournit un excellent prétexte pour me détourner de ces histoires de maris trompés. En route, vilaine fille, en route !

Il s'élance hors de  la pièce.

MARION : Et c'est reparti pour un tour...

Elle lui emboîte le pas.

Le Lieu du crime.

 

La plupart des policiers et le Commissaire sont partis. Ne restent que les techniciens et les  Inspecteurs  Malet  et Curvon. Surgissent soudain Marion et Valdemar.

 

L'INSPECTEUR MALET  :  Je m'attendais à votre apparition, Arestan ! Il se tourne vers Marion. . Quand à vous, ma chère, vous êtes toujours aussi délicieuse. Il lui baise la main.

 

CURVON, négligemment : J'our, m'sieu-dames.

 

MARION, regardant Valdemar : Voilà un homme qui sait vivre. Pas comme certains goujats de ma connaissance...

 

VALDEMAR, faisant celui qui n'a rien entendu : Nous autorisez-vous à jeter un coup d'oeil sur les lieux du crime, inspecteur ?

 

CURVON : Hé, ça va pas la tête ? Depuis quand des privés ...

 

L'INSPECTEUR MALET ,  l’interrompant sans ménagements : Je vous en prie, Arestan. Faites comme chez vous.

 

L’inspecteur Curvon grommelle mais n’ose pas protester.

Valdemar Arestan examine pendant quelques instants les lieux du crime, puis se tourne vers Malet

 

VA LDEMAR : Il n’y a rien de bien intéressant ici… Je file au  Commissariat. Seriez vous assez bon pour me passer un coup de fil dès que le labo vous aura envoyé son rapport ?

 

L’INSPECTEUR MALET : Entendu..

A nouveau Curvon grommelle. Il s’éloigne pour téléphonr.

 

VALDEMAR à Marion : Allons au commissariat.

MARION : Je suppose qu’il est inutile de te demander ce que tu as en tête ?

VALDEMAR : Parfaitement inutile.

Ils sortent.

:: note publiée par Baronrouge :: dans XXY :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:08 ::
:: XXY I ::
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V

LE CHOEUR : S'avançant :

 Cette forêt est enchantée : monstres, spectres et soukougnans s'y dissimulent depuis des siècles, fuyant le monde des hommes. Les monstres sont les bienvenus ici. Même toi, étranger même si tu n'est pas  tout à fait un monstre; l'humain vibre en toi aussi fort que loup; il y a en toi une déchirure, la déchirure originelle de ceux de ton espèce; la ville et la forêt t'appellent chacune à leur tour, et tu connaîtras toujours cette douloureuse sensation d'écartèlement. Mais, chut ! Le Chasseur approche. Taisons-nous.

 

 

XVIII : CONFRONTATION

Antoine Josar est face à la porte de la cabane du Mot-Phrasé.

ANTOINE JOSAR : Quel étrange lieu....Depuis que je suis arrivé, les oiseaux ont cessé de chanter.  Je sais...Je sens qu'il est là, derrière cette porte. Il m'attend.

Il met la main sur la poignée et ouvre lentement la porte..., au fond de la pièce dans la pénombre, il y a un homme, recroquevillé en position foetale. Seul ses yeux luisent dans l'obscurité. Sa voix s'élève soudain.

 

MOT-PHRASE : Que me veux-tu ?

ANTOINE JOSAR : Tu sais qui je suis. Tu sais pourquoi je viens.

Un instant de silence.

ANTOINE JOSAR : Pourquoi as-tu tué tout ces gens ? Ces trois hommes, cette jeune fille...Pourquoi ?

MOT-PHRASE: Parce que je les aimait.

ANTOINE JOSAR : Etrange amour, qui s'exprime dans le meurtre, la violence et le sang !

MOT-PHRASE: Que sais-tu de l'amour, petit homme ? Que sais-tu de son caractère destructeur ? Crois-tu donc qu'il soit tel que nous le décrivent les gazettes, sympathique, propret, domestiqué ? Non. Le véritable amour est sauvage. Il est dévorant. Il vous brûle le coeur - non seulement le coeur, mais les entrailles, les poumons, la moindre de vos cellules. Il vous brûle de l'intérieur. Le véritable amour fait commettre des monstruosités comme celles que j'ai commises.

Il se lève lentement, tout en parlant.

Mais trêve de paroles. Nous savons tout les deux pourquoi tu es là. Mais sache que je ne mourrais pas sans me battre !

Il se jette sur lui. Antoine Josar sort son couteau. La scène est plongée dans le noir. On entend des bruits de lutte pendants de longues minutes. Puis, soudain, le silence. Un silence que finit par rompre une voix.

LA VOIX : C'est fini.

 

La Lumière revient. Antoine Josar apparaît, couvert de sang. A ses pieds gît le corps du Mot-Phrasé.

ANTOINE JOSAR : ...C'est fini. La bête est morte. Je devrais me sentir joyeux. Un sentiment de victoire devrait me parcourir. Je devrais me réjouir à l'idée d'avoir vengé ses victimes. Et pourtant, je n'éprouve rien d'autre qu'une lassitude vaguement mêlée de dégoût. Dégoût pour moi-même, dégoût pour les autres, dégoût pour le monde en général. Le sentiment d'un immense gâchis.

Il regarde autour de lui.

La passion...la passion et le sang. Voilà les deux mots qui caractérisent cette étrange et dramatique aventure.

Il fait un geste pour ôter le sang sur ces vêtements, puis s'arrête.

Qu'est-ce que je fais là ? Comme si je pouvais nettoyer le sang sur mes vêtements - le sang sur ma conscience - d'un simple revers de main. Je devrais vivre avec ce sang désormais. Mais qu'est-ce que j'entends au loin ? ...

Il tend l'oreille.

C'est un cri. Le chant bouleversant d’un animal sauvage, libre et errant… Je dois suivre ce chant...Oui, je dois le suivre...

Il sort.

 

Le rideau tombe.

:: note publiée par Baronrouge :: dans MotPhrase :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:05 ::
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IV

XV PRESSENTIMENT

MOT-PHRASE: Mes sens sont extrêmement aiguisés, car je suis un prédateur. Quelqu'un approche, je le sens. Quelqu'un approche, avec de mauvaises intentions. C'est un chasseur. Il me traque. Il veut m'attraper et m'éventrer, comme le loup du conte. Il veut me tuer. Mais il a eu tort de venir me défier ici, dans mon royaume. Il connaîtra une amère défaite. Je le tuerais, comme tout les autres. Comme les autres il sera pétrifié de terreur à ma vue. Comme les autres il me servira de gibier. Ce n'est qu'un homme. Je suis le Lycanthrope. Le souverain de ces forêts, celui que l'on redoute. Bientôt il tombera sous mes coups.

XVI : SPECTRES

SPECTRES : Nous sommes les spectres de la forêt, nous observons les faits et gestes des habitants de l'autre monde.

PREMIER SPECTRE : Un animal  ... Un homme… Un homme-animal … Un monstre !

DEUXIEME SPECTRE : Non. C’est un homme. C’est le monde qui l’entoure qui fait de lui un monstre. Ailleurs, il serait heureux, apaisé… Mais ici il ne peut échapper à cette honte qui le brûle de l’intérieur.

TROISIÈME SPECTRE : Un homme …Poursuivi par un autre homme  qui, à l’évidence, ne redoute pas les ténèbres ?    

DEUXIEME SPECTRE: De ces deux-là, qui l'emportera ? Le Mot- Phrasé assurément !

TROISIEME SPECTRE : Sottises ! C'est le Chasseur qui va gagner.

PREMIER SPECTRE : Paix, paix, mes très chers frères ! Continuons d'observer; nous verrons bien lequel d'entre vous à raison. Voyez ; le chasseur assure la position de son canif dans sa main; il sent qu'il est proche du but.

SPECTRES : Regardons ! Epions ! Observons !

:: note publiée par Baronrouge :: dans MotPhrase :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:04 ::
:: IV ::
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III

 

VI. L’ENQUETE

Le bureau d’Antoine Josar à Bergevin. Une femme en toilette de deuil est assise en face du détective.

ANTOINE JOSAR : Installez-vous, madame. Avez-vous besoin de quelque chose ? Voulez-vous un café ?

LA MERE DE LA JEUNE FILLE : Non merci, monsieur. Vous savez pourquoi je viens ; vous avez lu les journaux.

ANTOINE JOSAR : Oui. C’est une tragédie.

LA MERE DE LA JEUNE FILLE : Ma fille... ma fille unique... mon trésor... a été sauvagement assassinée par un fou...un monstre. Je sais qui est le coupable, et la police aussi. (Elle s’interrompt. La haine déforme ses traits.)  C’est ce pervers, qui vivait au cinquième ! Ce satyre, qui avait toujours l’œil rivé sur ma fille ! Son forfait commis, il a disparu, et la police le recherche depuis lors, en vain.  

ANTOINE JOSAR: Je retrouverais cet homme, madame, soyez sans crainte.

MERE DE LA JEUNE FILLE: Je compte sur vous.

 

VII : MISERABLE

 

MOT-PHRASE : Je suis un misérable. Ayant trempé les mains dans le sang j'en ai tiré une exquise volupté. Je suis un misérable. Ma bouche a rejoint la sienne tandis que mes griffes labouraient ses entrailles. Je suis un misérable. Son sang coulait sur le pavé, fontaine rouge, funeste cérémonie, et pourtant son visage demeurait calme et serein. J'ai cru, fou que j'étais, qu'elle cesserait de hanter mes pensées une fois morte, hélas ! Ma folie ne m'a pas quitté, mon coeur bat toujours la chamade; j'erre dans les rues comme égaré. Meurtrier! Meurtrier! J'ai l'impression que chaque pierre, chaque mur, chaque maison de La Pointe m'appelle en me désignant par ce titre funeste!

Maudit ! Maudit ! Maudit ! Je me répète cela à moi-même, dans le secret de mon crâne. Je hurle en silence, dans les profondeurs insondables de la pensée. J'avais un nom, une vie un toit; je n'ai plus rien de tout cela. Je m'effraie moi-même. J'ai tué, cela est inexcusable; et pourtant je recommencerais avec délice. Je suis un misérable.

VIII : AUTOPSIE

VOIX D'ANTOINE JOSAR: J'ai examiné dans les moindres détails cette pauvre fille qui, en dépit du fait qu'elle fut morte, restait d'une grande beauté. Son visage n'avait d'ailleurs pas été touché, comme si l'assassin lui-même avait craint d'endommager pareille perfection, et arborait une expression étrangement sereine. Je fus frappé par la ressemblance entre les marques relevées sur sa peau et des morsures de bête fauve. L'affaire semble très complexe. J'ai le sentiment qu'elle va m'entraîner beaucoup plus loin que mes enquêtes habituelles, dans des territoires effrayants et inconnus. Je ne peux m'empêcher de frémir en y songeant.

 

IX : LE ROYAUME DANS LA FORËT

 

MOT-PHRASE: J'ai trouvé refuge dans les raziè. Je me suis aménagé une petite cabane, avec un lit rudimentaire mais confortable.. Ces derniers temps, il a beaucoup plu. (Il fait quelques pas.) La forêt est humide. Je ne suis guère sorti que pour chasser. La plupart du temps, je demeure chez, moi, et je contemple mon domaine, car je suis le roi de la forêt. (Avec exaltation.) Je suis le monarque incontesté du seul royaume au monde dont les sujets sont vraiment libres. Je suis le roi de la forêt. Je suis le roi de la forêt.... (Criant soudainement:) Je t’aime, forêt ! J'aime le bruissement du vent dans les feuilles de tes arbres. Je t'aime quand tu es ruisselante de pluie tropicale, telle une amante prête à accueillir le désir du garçon qu'elle aime. Lorsque l'orage tonne, je t'aime encore davantage. (Il sort.) 

X: TOMBE LA NUIT

L'OMBRE: Je suis le seigneur des Ombres, le roi de la nuit. Celui qui voit dans le coeur des hommes. Je vis dans un monde souterrain, loin du bruit et du tumulte de hommes. Je vois deux hommes deux ennemis, un loup et un chasseur. Le loup à tué et le chasseur le recherche pour l'empêcher de tuer encore. Ainsi le prédateur devient proie. Je vois le loup retrouver la sérénité dans les bois et je vois douter le chasseur. Séparés pour l'instant. Mais proche est l'instant de leur rencontre. La traque du loup va commencer. La quête du chasseur aussi. C'est un dans rêve d'amour et de mort que lui apparaîtra la solution. (Sort  l'Ombre. )

XI: DELIRE

ANTOINE JOSAR: Je suis de plus en plu perdu. Ces morsures ressemblent décidément trop à celles d’un animal. Cela n'a aucun sens. En tant que détective, j'ai tendance à m'appuyer sur la logique. Mais cette enquête-ci échappe à toute logique. Epuisé, je vais me coucher et fais des rêves étranges.                                                                                                          Début du rêve  Je m'appelle Arthur et je vis aujourd’hui de la radieuse cité d'Astropolis. Avant  d’aller vivre dans cette ville étrangère et lointaine, j’habitais dans une section rurale. Les enfants me haïssaient tout sauf Emillie me traitaient de pédé et à l'adolescence j'ai décidé de quitter ce bled pourri ici personne ne me connaît personne ne m'insulte je peux faire ce qui me plaît tout le monde s'en fout. Je n'ai plus à subir leur regard, je peux me perdre dans le flot incessant des passants. Je fréquente les lieux de dragues, les parkings, les caves. Dans l'une de ces caves plusieurs mecs me proposent de baiser et j'accepte. Leurs vits me pénètrent et me déchirent tandis qu'ils m'insultent. Ils jouissent dans une illumination et leur foutre gluant me recouvre tout entier. J'aperçois un homme dans une forêt et j'ai peur Fin du rêve  Je suis Antoine Josar et j'y vois enfin clair ans cette affaire. Un indice. Ce rêve (ou ce délire, comme on voudra) m'a apporté un indice. Oublier la logique, oublier la raison, se fier à son instinct: c'est la clé de l'enquête.

 

XII:RAPT

MOT-PHRASE: Hier j'ai attrapé un innocent promeneur dans les bois. C'était un bel homme, un grand et beau nègre. Il s'est vigoureusement défendu. Mais je l'ai assommé et ligoté. J'ai ensuite attendu qu'il se réveille, et j'ai passé de longues heures à ses côtés, à murmurer des obscénités à son oreille. Il était terrifié. Ensuite, je l'ai pris dans mes bras, embrassé, cajolé. Je l'ai jeté au sol et je l'ai déshabillé. Puis je l'ai pénétré, longuement et durement. Il poussait des gémissements (de douleur ou de plaisir ?) à chacun de mes va-et-vients. (Il se met se dandiner d'avant en arrière, lentement et régulièrement, tel un métronome)  Au moment même de l'orgasme, je lui ai tranché la gorge. Hier soir j'ai attrapé un innocent promeneur. C'était un beau jeune homme, un beau chabin aux muscles saillants. Je suis tombé sur lui par surprise.  Je l'ai ligoté, serrant ses liens très fort, à dessein, et j'ai ramené mon trésor à la cabane. Je l'ai longuement observé, sans dire un mot, jouissant de sa terreur et du spectacle de la rude corde meurtrissant sa chair ambrée. Il tremblait, m'interrogeait, m'enjoignait de parler, de rompre le silence; à la fin, il pleura. Alors seulement je m'approchais de lui et enfonçait mon membre dressé dans sa bouche. Ce fut une sensation chaude et délicieuse. Il pleurait toujours. Au moment de jouir, je me retirais et me répandis sur son visage, ainsi, nos fluides se mêlèrent, ma sève se mélangeant avec ses larmes. Je me penchais pour l'embrasser, et tout en le serrant contre moi, je le mis à mort. Ce fut fait si vite qu'il n’eut pas le temps de souffrir. (Il marque une pause, puis reprend : ) Hier j'ai attrapé un innocent promeneur dans les bois.  C'était quelque randonneur égaré, quelque vagabond; que m'importe ? Je lui ai longuement caressé son sexe d’ébène avec ma bouche, couché dans l'herbe. L'odeur de sa peau enivrait mes sens. Puis je l'ai tué. Hier...

XIII: LE CHASSEUR SE RAPPROCHE

ANTOINE JOSAR: Ce soir j'ai décidé de prendre la voiture et d'aller faire un tour en forêt. Mon instinct me dit que la clé de l'énigme est là-bas. (Il prend une attitude d'homme qui conduit) Je regarde avec inquiétude s'éloigner les immeubles et la civilisation. Après une longue route, je gare ma voiture à l'orée du bois. (Il reprend une attitude normale.) Je descends et je m'avance. Une peur très ancienne, que je croyais oubliée depuis longtemps, monte peu à peu en moi. La peur du noir. La peur de la Bête, de l’Animal monstrueux qui rôde dans l'obscurité, qui est là, bien caché, qui attend sa proie. Je sais que la partie touche à sa fin, et que tout se joue ce soir, entre l'assassin et moi.

XIV: HURLEMENTS D'UN POETE: 

LE POETE:

Ceux qui comme moi ont vu frémir le monde et trembler la terre                                                                                                             Ceux qui comme moi ont connu la souffrance et la misère.        Ceux qui comme moi ont eu peurCeux qui comme moi ont eu faim                                                                         

CONNAISSENT LA VERITE savent voir le monde tel qu'il est. J'entends la voix du monstre. Le monstre me parle. Sans doute suis-je un peu monstre moi-même. Le monstre me parle. Le monstre me parle. LE MONSTRE ME PARLE ! Il hurle dans mon oreille des mots insensés. Un mot surtout. Omniphagos. Omniphagos. OMNIPHAGOS! Tais-toi! Tais-toi donc, maudite créature! Tu troubles mes jours, et mes nuits bien davantage; ne me laisseras tu donc jamais en repos ? Laisse-moi! Laisse moi!  LAISSE-MOI DONC et tais-toi! Je ne veux plus partager tes rêves! Je ne veux plus voir ce que tu vois.  MOT-PHRASE, monstre, assassin, soit maudit par les cieux, les arbres, et la rosée des mornes!

:: note publiée par Baronrouge :: dans MotPhrase :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:03 ::
:: III ::
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II

IV. CONVERSATIONS SUR UN BANC

 

Un banc, quelque part dans la ville. La jeune fille est assise dessus. A côté d’elle, un petit garçon et un troisième protagoniste au sexe indéterminé. Il/Elle jette parfois des regards furtifs et emplis de mélancolie vers la jeune fille.

LA JEUNE FILLE : Je te dis qu’il me fait peur. Il m’a toujours regardée d’une façon bizarre ; mais depuis quelque temps, ça empire ; il me fixe d’une manière qui me terrifie, comme s’il voulait me tuer.

L’ANDROGYNE : C’est un pervers qui veut coucher avec toi, voilà tout. Ignore-le.

LA JEUNE FILLE : Tu parles comme ma mère ; mais non, c’est plus que cela. Il ne dit plus bonjour à personne ; et parfois, on l’entend grogner comme une bête sauvage. Il marmonne des histoires que personne ne comprend et ou il est question de loup ou je ne sais quel autre animal. Il me fixe si méchamment, comme s’il me haïssait !

L’ANDROGYNE (avec feu :) Alors c’est un fou. Tu es faite pour inspirer l’amour et non la haine, tout en toi n’est que grâce et beauté, et je… (il /elle s’interrompt.)

LA JEUNE FILLE : Quoi donc ?

L’ANDROGYNE : Rien.

(Un silence gêné s’installe entre eux.)

LA JEUNE FILLE : Il faut que j’y aille, ou ma mère va s’inquiéter…

L’ANDROGYNE, avec froideur : Va.

L’ENFANT : Au revoir.

LA JEUNE FILLE ; Au revoir, mon poussin.  Elle sort. L’Enfant et l’Androgyne restent seuls.

L’ENFANT : Pourquoi est-ce que tu ne lui dis pas que tu l’aimes ?

L’ANDROGYNE : Lui dire, moi ? De quel droit ? Qui suis-je pour être aimé/e ? Ni homme ni femme, ou les deux, traité/e en paria, vivant en paria !

L’ENFANT : Mais…

L’ANDROGYNE : Il n’y a pas de mais. Du jour ou je suis né/e, du jour ou la sage-femme m’a extirpé/e du ventre de ma mère, du jour ou l’on a vu ma différence, j’ai été marqué/e du sceau de l’infamie. On m’a dit que ma mère a crié d’horreur lorsque l’on m’a présenté/e à elle, je n’étais encore qu’un bébé, incapable de se souvenir, et pourtant ce cri me vrille les oreilles aujourd’hui encore. Elle a refusé de me prendre dans ses bras. Mon père, lui, n’a jamais voulu me voir. Il voulait un fils, pas un monstre.

L’ENFANT : Tu n’est pas un monstre.

L’ANDROGYNE : Pourtant on m’a traité/e comme tel. On m’a emmené/e dans une institution spécialisée, ou l’on place les enfants dont leurs parents ne veulent pas et que personne ne veut adopter. Sans doute poussée par un sentiment de culpabilité, ma mère m’a rendu régulièrement visite, à l’insu de son mari, jusqu’à l’age de sept ans,. . Passé mon septième anniversaire, je ne l’ai plus jamais revue. J’ai grandi au milieu d’enfants aussi étranges que moi. On nous traitait de phénomènes de foire. Adolescent, je me suis enfui/e et je suis parti/e pour La Pointe. J’ai subi toutes les humiliations possibles, les brimades, les coups, jusqu’à ce que je la rencontre. Elle seule m’a tendu la main. Elle seule m’a offert son amitié. Et tu voudrais que, sur un coup de tête, je risque de tout perdre ? Oui, je l’aime. Mais je sais aussi qu’elle ne peut m’aimer. Son amitié, voila tout ce qu’elle a à m’offrir. Je prends. Dans ma situation on ne peut se permettre de faire le difficile.

L’ENFANT : C’est triste.

L’ANDROGYNE : La vie est triste. (Un silence.) Mais assez parlé de moi. Viens, je t’offre une glace.(Ils sortent.)

V.LA PROIE

Une ruelle mal éclairée.

MOT-PHRASE : Rouge. Elle est ma proie et je l’aime autant que je la hais. Il y a bien longtemps que je l’observe. Je trouve mon plaisir dans la traque, un plaisir si vif que je repousse sans arrêt le moment de la mise à mort. La proie est ravissante. Rouge. Rouge est sa robe qui met en valeur son corps de déesse. Rouges sont ses lèvres délicates, et rouge, sans doute,la chair de son sexe parfumé...Et son rire, si doux à mes oreilles. Sa gorge de vierge, si bien dessinée, ou je voudrais planter mes crocs… Faire couler son sang de vierge… Non ! Je suis un misérable…Je l’aime, et pourtant, je voudrais la tuer…Cette idée m’obsède, ne me laisse aucun repos… Aujourd’hui j’ai décidé d’en finir. Je sais qu’elle prend toujours cette ruelle pour rentrer chez elle, le soir…Je la guette…Elle est ma proie…Ma si jolie proie en rouge, qui va bientôt se jeter dans la gueule du loup… J’ai faim…J’ai faim de ton corps. Je veux te dévorer tout entière… Que tu fasses partie de moi, que tu vives en moi...Mais chut, chut...Elle approche...           

Taisons-nous.  Il se dissimule. Entre la Jeune Fille.

LA JEUNE FILLE : J’emprunte ce passage tout les jours ; pourtant, ce soir, ce lieu si familier semble plus étroit, plus sombre, menaçant, comme si la mort rôdait …                             

Le Mot-Phrasé halète, la jeune fille recule de quelques pas.

Je ne suis pas seule ici ! Qui va là ? Qui êtes-vous ? Le Mot-Phrasé s’avance.

Toi ! Que veux tu ?

MOT-PHRASE: Je t’aime.

LA JEUNE FILLE : Quoi ?

MOT-PHRASE : Je t’aime.

LA JEUNE FILLE : Perds-tu l’esprit ?

MOT-PHRASE, avançant : Je t’aime et pourtant je dois te tuer. (La jeune fille fait un geste, comme pour s’enfuir ; il la rattrape et lui tient fermement le bras.)

Non ! Tu n’iras nulle part ! Tu es ma bien-aimée, ma pire ennemie. Tu m’inspires un désir féroce, monstrueux ; tu fais de moi un fou, un homme coupé en deux ; une part de moi te voue une haine sans bornes, et l’autre t’adore ; j’aie envie de te prendre et de t’étrangler dans le même mouvement, avec la même fougue. Je vais te tuer, mais tandis que je t’ôterais la vie, des larmes couleront le long de mes joues.

LA JEUNE FILLE : Tu est fou !

MOT-PHRASE : Oui, je suis fou, et tu en es la cause. C’est pourquoi tu dois mourir : la fièvre qui me ravage disparaîtra avec toi.  (Il l’entraîne.)

LA JEUNE FILLE : Non !

MOT-PHRASE: Je t’aime. Je t’aime tant que je te tue.

(Ils sortent.)

:: note publiée par Baronrouge :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:03 ::
:: II ::
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I

 

 

 

Un livre doit rouvrir des plaies, en provoquer même. Un livre doit être un danger.

Emile Cioran.

Je ne suis pas hors la loi, je suis au-dessus des lois.

Joao Cesar Monteiro.

Il n’existe pas d’œuvre morale ou immorale. Un livre est bien ou mal écrit, c’est tout.

Oscar Wilde.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

MOT-PHRASE

LA JEUNE FILLE.

ANTOINE JOSAR, détective.

L’ETRANGER.

L’ANDROGYNE.

L’ENFANT.

L’OMBRE.

LA MERE DE LA JEUNE FILLE.

LE POETE.

POLICIERS.

SPECTRES.

 

L’action se déroule dans la ville de Pointe- à Pitre, puis dans la forêt tropicale.

 

 

 

 

 

 

 

 

I. LE REVE SAUVAGE

 

MOT-PHRASE : Parfois je rêve que je suis loup, tigre,  fauve ;  et dans mon rêve je cours à travers la forêt, aux aguets. La truffe frémissante, à l’affût dans le bois. Regard perçant.  Formes, sons, effluves lointains que seuls mes sens de prédateur peuvent percevoir. (Il avance de quelques pas et hume l’air.) La proie est là, je la sens, et je cours derrière elle dans la sombre forêt, je la poursuis dans les halliers. Son souffle est rauque et précipité ; c’est le souffle de la peur. Je la rattrape, nous roulons à terre, la lutte s’engage, la longue lutte pour la vie, et cela des deux côtés. Le gibier résiste. Et soudain le sang le sang qui jaillit, se répand, imprègne le sol de son odeur. La chasse, c’est cela : une fête sanglante ou l’on donne la mort pour préserver la vie, une guerre sans haine, sans perdant ni vainqueur. Un combat sans fin.(Il s’assied sur à même le sol.) (Il se relève d’un bond et parle d’une voix emplie de rage contenue.) C’est alors que je m’éveille. Je ne suis qu’un homme, un rouage de la machine inhumaine qu’on nomme société, perdu dans cette ville de verre et d’acier. Je baisse la tête et me soumets, alors que je voudrais vivre intensément, pleinement. (Exalté.) Oublier leurs règles, leurs lois. Oublier tout ce que ces gens m’ont appris, et vivre selon ma volonté, n’avoir pas d’autre maître que mon bon plaisir. Vivre comme un loup et non comme un chien, sans avoir autour du cou le collier de la morale et la chaîne de l’ordre. La bête est morte, sa chair offerte à mes pieds. Je déchire avec mes dents le cuir de l’animal et me délecte de sa chair. Lorsque mon repas sera fini, je boirais au ruisseau, comme aux sources mêmes de la vie.

Parfois je rêve que je suis homme-loup, chien sauvage, chat errant et je pousse le cri sauvage et libérateur de l’animal sauvage au cœur de la forêt.

(Il sort.)

 

II. LA JEUNE FILLE ET LA MORT.

 

LA JEUNE FILLE ; Je n’ai que dix-sept ans. On me dit jolie. Tout le monde m’aime, me dit que je suis la lumière du quartier, que mes yeux sont des étoiles, que mes cheveux sont plus doux que la soie la plus fine. J’ai tout pour être heureuse. D’ou viens alors ce sentiment d’angoisse qui occupe constamment mon esprit depuis quelques temps ? C’est cet homme du cinquième étage, peut-être…Je ne peux m’empêcher de frissonner lorsqu’il me regarde. Il y a dans ses yeux quelque chose de sauvage, de fou…Il me fait peur. Je suis si jeune…Alors pourquoi est-ce que je songe à la mort ? (Elle sort.)

 

III.LE COLLIER BRISE

 

MOT-PHRASE: (Il surgit sur scène, comme égaré. Ses vêtements sont en désordres, son regard halluciné.) Hier le loup m’a mordu ; ses dents ont traversé ma chair. Hier le loup m’a mordu. Depuis lors je sens sa force me parcourir, depuis lors je sens le feu qui parcourt mes veines. Hier le loup m’a mordu et j’ai brisé le carcan autour de mon cou. Je suis submergé par des sensations et des émotions inconnues ; je vois ce qui est d’ordinaire caché aux yeux des hommes ; mes oreilles bourdonnent ; pleines de sons que je ne pouvait autrefois entendre.

Désormais je suis libre ! Je vais errer dans les rues et je chasserais pour assouvir ma faim. Je suis libre. Je prendrais tout ce qui me fera envie, je volerais l’or des riches et enfoncerais mon sexe entre les reins des femmes comme des hommes.

Rien ni personne ne, m’arrêtera désormais…

(Il s’interrompt brusquement, se calme et fait quelques pas sur la scène.’)

Et la jeune fille d’en bas… si jolie, si fraîche, si lumineuse…Cette fleur délicate…Si douce…si désirable…Assez ! Il sort.

:: note publiée par Baronrouge :: dans MotPhrase :: le samedi 8 novembre 2008 à 17:02 ::
:: I ::
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Le Vieil Homme

Journal d'Arthur Beaumont, Juin 2017

J'ai parfois l'impression que cette ville repose sur un amas d'explosifs, et qu'il suffirait de bien peu de chose, une flammèche, une minuscule étincelle, pour que tout s'embrase et que le monde dans lequel nous vivons vole en éclats. J'ai été le plus grand détéctive du monde, et je dis cela sans forfanterie aucune. Je sais ce que je vaux. Autrefois, tout le monde connaissait mon nom, je faisais régulièrement la Une des journaux. Aujourd'hui, qui se souvient d'Arthur Beaumont ? Pas grand monde, hélas, même si il y a parfois, de rare en rare, des gens qui m'arrêtent dans la rue, reconnaissant en moil'habile enquêteur de l'affaire Dupontal, en 1970... Ah, cette affaire, c'était quelque chose...Une de mes premières enquêtes d'ailleurs, j'avais tout juste vingt ans à l'époque...Et ma rivalité avec le docteur Venceslas Laroche, l'escroc le plus habile de son temps, ça n'était pas mal non plus...C'était une crapule, mais il avait de la classe, on ne peut pas lui enlever ça. Et tout ces livres retraçant mes meilleures affaires que mon ami et chroniqueur, ledocteur Horace Manet avait eu la bonté de rédiger...A l'époque nous avions eu un certain succès : Les Aventures d'Arthur Beaumont, Le Carré d'As, Au Coeur du Brouillard...Ces ouvrages ont été interdits par l'Ordre, et sont désormais introuvables: la censure n'a jamais tellement aimé le roman policier. D'ailleurs, depuis quelques années, ils se vendaient fort mal. "Le privé, c'est un concept dépassé", m'a dit un jour un jeune homme , plein de délicatesse comme on le voit. "Qui de nos jours s'intéresse à ces dinosaures en impérméables, avec leurs valeurs chevaleresques d'un autre temps ? " Le héros que le public réclame, aujourd'hui, est un homme d'action, un soldat, défendant la patrie mitraillette au poing, qui trouve tout de même, entre deux massacres, le temps de plaisanter. Parffois je me sens fvieux et inutile. Quand j'ai commencé ma carrière, il y a bien des années, j'avais le sentiment de servir à quelque chose. Mais dans le monde d'aujourd'hui, à quoi peut bien rimer un vieux briscard de détective tel que moi ? Manet est mort, il ya deux ans.Je me suis rendu à son enterrement. Il y avai là sa veuve, à qui je présentais mes condoléances, et ses deux fils. Le plus jeune est membre de la nouvelle brigade spéciale, l'USS (Unité Spéciale de Sécurité) .                                                                                                                                                                              C'est vous le fameux Arthur Beaumont ?" m'a-t-il dit en me regardant avec mépris, comme un vieux débris rouillé et hors du coup, vestige d'une époque révolue. Quand je pense que les enq uêtyeurs de demain sont des gens comme lui, j'en frémis.                                                                                                                                                                            Quand à Laroche, il a disparu il y a quelques années. Il a si bien dissimulé ses traces que même moi je n'ai pu le retrouver. Sans doute est-il occupé à se faire oublier à l'étranger, profitant de sa fortune mal acquise tout en gémissant (tout comme moi) sur le monde tel qu'il va de nos jours. Grand bien lui fasse, après tout. Je me sens fatigué. Je vais poser ma plume et me reposer une heure ou deux, avant d'ouvrir mon bureau et de me consacrer à des histoires d'épouses volages, de fiancées trompées et de maris cocus, seules enquêtes  qu'on me confie désormais, en attendant mon soixante-dixième anniversaire après lequel je pourrais enfin prendre ma retraite.

:: note publiée par Baronrouge :: dans Fossoyeur :: le mercredi 23 avril 2008 à 17:22 ::
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Maîtresse

Les sociétaires du Théatre des Prodiges se demandaient souvent comment s'y prenait Loretta pour les préserver des tracasseries des Contrôleurs, et plus particulièrement de M.Druet, celui qui était chargé de leur secteur. Il ne causait pas non plus de souci au Boa ni à au Caporal, mais tout le monde en connaissait la raison : le Boa lui fournissait des filles, et le néo-nazi le payait grassement. Loretta , elle n'avait apparement rien à offrir, pourtant, quand Druet venait, il allait dans sa caravane, s'entretenait avec elle pendant une heure, parfoisun peu plus, puis s'en allait sans faire d'histoires. Nul doute que les protégés de Loretta auraient été grandement surpris s'ils avaient pu être témoins de l'étrange scène qui se jouait dans la caravane à chaque visite de M.Druet.  

A genoux sur le sol, la tête penchée en signe de soumission, il avait l'attitude inquiète d'un petit garçon qui s'attend à être puni. Devant lui se tenait Loretta, nue, avec sur le visage une expression impitoyable qui n'ôtait rien à sa joliesse. Elle avait dans les mains un grand sac dans lequel elle fouillait, sans quitter des yeux sa victime, qui la regardait à la dérobée, fasciné par son regard comme la souris l'est par celui du chat. Prenant son courage à deux mains, l'homme agenouillé osa demander : "Maîtresse Loretta... Que me réservez-vous ? Je vous en prie...Vous me faites mourir."                                                                                                                                                                                   "Silence!" répondit la jeune femme d'une voix cinglante. L'homme se tut.     Loretta sortit de son sac un monstrueux godemiché -vingt-cinq centimètres à tout le moins-et  commença à l'enduire de gel. L'homme commença à comprendre. Il sentit un frisson lui traverser tout le corps. 

"Maintenant, on va s'amuser", dit-elle avec une cruelle ironie. Elle s'approcha de lui et lui plaqua violemment  la tête contre le sol. "Lèche, salopard, lèche !" ordonna-t-elle. Se retrouver dans cette posture indigne, la tête plaquée contre le parquet, le cul en l'air, humillié par une femme, provoquait chez l'homme un mélange de honte et d'excitation. Sa verge se gonfla de sang."Lèche !" ordonna à nouveau Loretta . Il sortit sa langue et commença à la promener sur le parquet. 

"Mets-y de l'enthousiasme ou il va t'en cuire!"                                                                                                                                                                                     Il se mit à lécher avec frénésie, laissant sur le sol de larges traces de salive. Au moment ou il s'y attendait le moins, la monstrueuse chose le pénétra. Il ne put réprimer un cri déchirant.

Plus tard, s'étant ressaisi et surtout rajusté, le visage de M. Druet n'exprimait plus qu'une froideur spartiate et toute professionelle. Quelqu'un qui serait entré à ce moment n'aurait pu deviner ce qui s'était passé quelques minutes plus tôt.

 "Ma  prochaine inspection aura lieu  à la fin du mos prochain, peut-être un peu avant.  A bientôt." Il sortit précipitamment, et Mlle Loretta demeura seule.

         

:: note publiée par Baronrouge :: dans Fossoyeur :: le mercredi 23 avril 2008 à 16:45 ::
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Cartographie d'un quartier

Le quartier du Triangle, celui ou vivaient Loretta et ses protégés, était une zone tampon entre deux territoires particulièrement hostiles. D'un côté, il y avait la Rue des Martyrs, que les habitués avaient rebaptisée "le Coupe-Gorge."Ce secteur était contrôlé par le gang des Scorpions, dont le chef se faisait appeler le Boa. Il était grand, assez maigre, avec des mains très fortes. La duplicité et le sadisme se lisait sur sa face, et ses yeux bleus luisaient d'un éclat malsain. Ses cheveux étaient fixés en une série de crètes évoquant irrésistiblement un hérisson.Malgré son jeune âge, c'était déja une fiéffée crapule, un criminel denué de tout sens moral et de tout scrupule. Il était réputé pour sa cruauté; lorsqu'il soupçonnait un de ses hommes de le trahir ou de travailler en douce à son propre compte, il n'hésitait pas, afin de frapper les autres de terreur, à l'executer à mains nues, en l'étranglant; c'était d'ailleurs cette particularité qui lui avait valu son surnom.* Il imposait sa loi à la rue des martyrs en véritable roitelet capricieux et tyrannique, et avait établi son quartier général dans un bistrot dont le propriétaire, terrorisé, n'osait le chasser. Lorsqu'il se rendait quelque part, le Boa était toujours accompagné par trois de ses hommes et par sa petite amie, Venin, une grande blonde aux yeux verts aussi cruelle et corrompue qu'il pouvait l'être lui-même, et peut-être même davantage.                                                                                                                                                                                        Le Boa s'occupait principalement de drogue et de prostitution. Venin était d'ailleurs une des ses anciennes "gagneuses" comme il les appelait. Ces activités illicites lui rapportaient des sommes non négligeables; aussi était-il l'un des rares habitants de la ville a avoir l'air prospère. Il affichait un luxe ostentatoire et des vêtements voyants, d'une vulgarité totale , mais qu'il jugait très élégants.                                                                                                                                                                             De l'autre côté du Triangle se trouvait l'impasse des Colonels, surnomée la "Kommandantur." Le gang qui régnait sur cette portion de la ville était d'inspiration néo-nazie.Ils se surnommaient le Pouvoir Blanc. C'était une bande d'imbéciles et d'ivrognes ultra-violents, menés par un fou furieux qui se faisait appeler le Caporal . C'était un blond musculeux , à la démarche lourde et au regard menaçant. On ne savait presque rien de lui. Certains prétendaient qu'il avait autrefois été dans l'armée, mais sans pouvoir rien affirmer. Une chose, cependant, était sûre et certaine: c'était un authentique fanatique. Il avait fait chasser de son territoire Noirs, Arabes et Juifs. Il lui arrivait fréquemment de réunir ses partisans et de se lancer dans de longs et risibles discours où, entre deux envolées antisémites ou racistes, il donnait libre cours à sa hargne réactionnaire, vociférant contre ceux qui "menaçaient l'Occident" et  "la suprématie de l'homme blanc." L'homosexualité le rebutait encore plus; c'était un sujet qu'il abordait fréquemment. "Deux hommes qui s'enculent ne sont pas des hommes! " hurlait-il.Lorsqu'enfin il avait fini de délirer, il se soûlait à la bière et invitait ses camarades à en faire autant.  Le Gang du pouvoir Blanc vivait principalement du trafic de drogue et plus spécifiquement de l'héroïne, à la différence du Boa qui était, si l'on ose dire, un généraliste de la drogue. Les deux hommes se détestaient d'ailleurs cordialement : le Caporal voyait en Boa "l'incarnation de la décadence de l'Occident"; quand au Boa, totalement apolitique, il tenait son encombrant voisin pour un fou dangereux et désapprouvait en outre sa manière de mélanger l'idéologie et les affaires.                                                                                                                                                                              Cependant, les deux hommes s'entendaient sur un point: tout deux se seraient volontiers débarassés de Loretta. Tout deux la haïssaient, quoique pour des raisons différentes: Le Boa parce qu'elle l'empêchait de prendre le contrôle du lucratif quartier du Triangle; et le Caporal parce qu'elle était métisse, parce qu'elle était femme, et qu'elle avait réuni autour d'elle une "famille" d'artistes et de marginaux dont les moeurs lui faisaient horreur.                                                                                                                                                                                      Mais aussi forte que fut leur haine, elle était dominée par un sentiment plus grand encore.: la terreur. Aucun d'eux ne l'aurait admis, mais Loretta les effrayait à un point qu'ils ne pouvaient exprimer, sans qu'ils en connaissent la raison. Ils sentaient confusément que ce n'était pas le genre de femme à qui on s'attaque, et que si ils étaient de terribles prédateurs de la jungle urbaine, elle pouvait être bien pire. Aussi se tenaient-ils cois, tout en guettant la moindre ouverture, le mondre signe de faiblesse, pour s'abattre tels des vautours sur elle et ses protégés.            

:: note publiée par Baronrouge :: dans Fossoyeur :: le mercredi 23 avril 2008 à 16:40 ::
:: Cartographie d'un quartier ::
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La Femme la plus étrange au monde

Aujourd'hui encore, il n'aurait su dire comment elle l'avait découvert, ni su expliqué l'étrange ascendant qu'elle prit sur lui dès le premier abord. Un matin, une belle métisse se presenta à sa porte. Lorsqu'il ouvrit et que ses yeux se posèrent sur elle pour la première fois, il fut surpris et presque choqué, car sa beauté avait quelque chose de violent, de sauvage, d'inattendu , qui heurtaient ceux qui la voyaient pour la première fois. Elle fixa de ses beaux yeux marrons clair, et lui dit simplement: "Viens", d'une voix douce mais pleine d'autorité, sur un ton qui ne souffrait aucune réplique. André sut alors que sa vie prenait un tournant. Il sut qu'il devait suivre cette femme, à n'importe quel prix. Cette pensée le frappa subitement, comme une illumination. Comme dans un rêve, il se leva sans un mot, rassembla ses maigres effets, et quitta son logement vétuste en sa compagnie, certain de n'y jamais revenir.

Loretta vivait sur un terrain vague, dans une sorte de communauté de caravanes, de mobiles-homes et de roulottes. A l'écart des véhicules, il y avait une scène en bois, remarquablement concue malgré le fait qu'on eut utillisé des planches de récupération pour l'édifier. Surmontant tout cela, un étendard proclamait fièrement: THEATRE DES PRODIGES. Loretta le fit monter dans sa caravane. Par la fenêtre, elle lui désigna une roulotte blanche. "C'est là que tu dormiras, avec Théodore", dit-elle. Elle ajouta: "On monte Phèdre la semaine prochaine. Tu seras Hippolyte. Ta connaissance du théatre classique nous sera utile." Puis, sans ajouter un mot, elle se plaça face à lui, et, en le regardant droit dans les yeux, se déshabilla entièrement. Ses seins lourds, majestueux, la pointe dressée, apparurent. D'une démarche de reine, elle avança jusqu'à son lit et s'y étendit voluptueusement. Elle lui fit signe d'approcher. Leur étreinte fut brève et violente, une violence qui émanait de Loretta, dont le corps venait à la rencontre du sien avec une sorte de furie. Il lécha sa peau et se délécta de sa saveur sucrée. Lorsque l'orgasme le surprit, André eut l'étrange sensation d'être lavé de ses craintes, de ses peurs et de ses doutes, comme si cette étreinte avait été une sorte d'expérience mystique. Il la caressa longuement, fiévreusement, attendant que son coeur retrouve son rythme habituel. Puis Loretta sourit. "Maintenant, il faut que je te présente Théodore." Ils se rhabillèrent et se dirigèrent vers la caravane blanche. Théodore était un jeune homme de dix-neuf ans, très beau, grand, mince, les cheveux noirs,les yeux marrons. André se lia rapidement d'amitié avec lui. Il était toujours accompagné d'un chat nommé Filou. André apprit plus tard qu'il était homosexuel que sa famille avait e envoyé dans un des centres de redressement" dans lequel l'Ordre envoyait les "déviants" de toutes sortes (toxicomanes, malades mentaux, homosexuels et autres). Il s'était échappé, et Loretta l'avait trouvé et adopté, comme tant d'autres dont André ferait bientôt la connaissance, accidentés de la vie, exclus de la société de l'hyper-consommation, qui vivaient là, dans cet espace relativement protégé, sous la garde vigilante et bienveillante de Loretta, leur Reine à tous.

:: note publiée par Baronrouge :: dans Fossoyeur :: le mercredi 23 avril 2008 à 16:07 ::
:: La Femme la plus étrange au monde ::
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