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mardi 20 mai 2008, 12:13
Dieu 2/ l'insufflation | |
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ARGUMENTS 1 DIEU 2 l'insufflation L'abîme vague et vide infiniment fécond est ici où tout s'achève. C'est le rebord des ruines. Le néant, comme le Verbe, est descendu sur terre. La Création recommence.
Le néant qui était avant le création n'est plus. Il succède à présent aux choses créées. Il est devant nous. Dieu faillit. La création perdure.
La parole humaine est la cendre du Verbe. La voix qui manifeste dieu sort d'un buisson ardent. Ni chair ni lettre. L'extrême destruction. La parole qui le dit s'enflamme en le disant. Son nom resplendira dans l'embrasement du monde. Cela est le texte, cela est le buisson ardent.
Ce n'est pas lui, ce que tu ne connais pas. Tu ne connais pas ce qui, en toi, le connaît et que seul celui qui connaît tout est en mesure de connaître. Et si ce savoir n'existe pas, tu ne pourras pas l'apprendre. Tu ne peux pas connaître ce qu'il connaît de toi, ni ce qu'il sait que tu connais.
Ce que l'on ne peut pas dire est par nature une seule chose, toujours une, toujours la même car, ne pouvant pas le dire, nous ne pouvons ni le choisir ni le dénombrer. Or, il est nécessaire de taire ce que l'on ne peut pas dire. Et à chaque fois que l'on tait justement cela, on le dit dans la seule langue d'ange autorisée ici-bas.
Parole de chaux, parole de vase. Dieu meurt dans la parole et renaît dans la parole. Possédés, mages, devins, déments, la parole inique, la parole blessée regorge de dieux et de noms de dieux trop bien nommés. Ils y demeureront.
Juste à l'instant où tu le dis, et à cet instant seulement, dieu est un des objets du monde, il est une des choses que nous pouvons désigner. Cette circonstance ne dit rien sur dieu, ni sur ce que tu en sais, mais sur le sujet de cette énonciation, qui le ramène sur terre. Ce que tu appelles échec est une incarnation. Tu n'exprimes pas, tu témoignes. La Passion est un acte de parole.
Étrangers certes à ce dieu qu'on ne pourrait concevoir hors de l'étrangeté. Mais non moins étrangers au reste, étrangers à nos corps, exclus de ce qui est le plus proche. Que l'on soit son propre corps est un article de foi et une attestation externe. Voulons-nous dire à dieu ce qu'il est, et que nous savons de quoi il retourne?
À chaque fois que tu doutes ou que tu nies, ce dont tu doutes, ce que tu nies te traverse et chute en toi. Ce sont des choses de sédiment et de putréfaction. Ce sont des choses d'humus et de germination. Les chemins du verbe sont bas et s'inscrivent dans l'ombre. La terre est esprit.
Ton exultation est sa parole. Ta déception est encore sa parole. Sans la participation de dieu, ta parole ne saurait pas bâtir ce qui finalement la déçoit. Sans le concours de la chose perdue, elle serait inapte à produire la perte. La douleur est dans le refus de lire la douleur. Dieu émet aussi une parole noire.
Il est évident que les termes ayant trait au divin ne peuvent pas survivre dans ma voix de sujet. La voix qui le dit ne supporte d'autre sujet que le divin lui-même. Et pour moi il est l'autre, infiniment. Il s'ensuit que je peux le chercher dans la voix d'un autre seulement. Et dans la reconnaissance du fait que ma voix est son désert.
Si l'un de nous acquerrait la connaissance de dieu, il aurait pour ainsi dire drainé notre esprit et du délai et de l'attente. Il aurait transformé la révélation en pièce d'archive. Il nous aurait spolié de l'unique chemin spirituel que le monde est incapable de combler. Il en irait de même si un seul d'entre nous pouvait cesser de chercher.
Être ici n'est pas simple. Tu nais ici, tu meurs ici, et sans cesse ton ici se déporte, ailleurs, où tu n'es pas, où tu n'es plus. Ton être relève d'un autre ici que celui où tu supposes être. Dieu n'est pas ton lointain, c'est toi qui est le lointain de dieu. Avant toi, et plutôt que toi, il te localise. Il est le seul dont on peut dire valablement qu'il est où il est.
L'intelligence cherche la foi, en sautant par dessus son propre savoir. Car savoir, en ce domaine, ne peut être que lecture et déchiffrage. C'est un savoir qui ne peut pas venir à l'être, et qui ne sera jamais s'il n'est pas déjà. Lecture et déchiffrage et nullement de termes, de mots, de lettres qu'un homme aurait pu produire. Non pas d'une parole, mais de toute chose qui incarne et réalise le non-dit, de toute chose où la non-parole prend corps.
La parole recèle ses propres impuissances. Choses qui ne se disent pas, nodules de mutisme, lacunes comme de l'eau dans le creux des roches érodées. Bête lovée en ses vides la parole attend et boit.
Courir vers nous-mêmes et retarder le temps. Nous signaler au loin, dire notre nom d'horizon. Accourir vers nous-mêmes dans l'urgence. La course vers dieu attendra. C'est ainsi que nous quittons sans cesse le lieu de la rencontre, où nous sommes, et duquel fondamentalement nous provenons.
Si la pensée de dieu aboutit, on ne le pensera plus. Utilisons pour ne plus le penser la pensée même qui a déjà pu le penser sans être capable de s'approprier son propre exploit.
Rien de plus grand ne pourrait jamais se penser. Ce n'est pas toi qui ne peux pas le penser, c'est Lui qui a déjà rempli tout l'espace de la pensée, et qui t'a de ce fait depuis toujours évincé. Car il n'est dans la pensée rien qui ne relève de sa juridiction.
Ce que nous perdons en le disant, nous le disons toutefois. Une tare incongrue entache la parole, empêchée de cesser en son simple achèvement. Mais en cette diaspora du sens réside la privation, la dépossession fondamentale, le signe d'un savoir que nous ne pouvons ni penser ni effacer.
Sois sanctuaire silencieux, reliquaire d'une lettre éternelle. Parle à côté. Pas trop loin pour ne pas perdre l'accointance à ce qui se dit avant qu'on ne le dise. Pas trop près pour ne pas lui infliger l'usure. Épargne au nom de dieu la finitude.
Si l'on conçoit comme une chose pensable la présence de ce qui est partout présent, il faudrait faire disparaître la multiplicité des formes que la présence affecte pour que cette présence unique soit pour ainsi dire dévoilée. En existant, nous saccageons l'absence absolue où cette présence unique se déploie. Nous ne pouvons penser qu'au moyen de notre propre anéantissement. Nous ne pouvons pas penser.
Absents, nous sommes le lieu où dieu s'engendre. Ainsi rêvons-nous de l'au-delà de la mort, ce vaste cloaque sans lumière que notre disparition est supposée produire. Ainsi songeons-nous à annuler dieu pour obtenir ici-bas une niche ontologique où naître pour de bon. Mais il ne faut pas abuser de la symétrie des choses.
Toute invocation de dieu est souvenir. La rencontre a déjà eu lieu, et c'est de là que provient ton vrai nom, ton nom de vie, sous-jacent à ton autre nom adventice et tard venu. Il est trop tard pour la bête mystique dont le soubresaut mortel fait figure de quête et d'appel. La parole est une réminiscence blessée.
Une haleine de vie a rendu l'homme vivant, et nous prenons la relève. Souffle qui scinde la parole en possible et impossible, souffle de vie qui nous place dans le sens, finalement peu de chose. C'est ce qui sépare en nous la mort de la vie. Au terme de chaque respiration la fin et le commencement se rapprochent de nouveau. Au bout de chaque pensée le vrai et le faux s'accolent de nouveau comme chien et chienne acharnés. La jonction de tout, comme au début, est inévitable. Il faut recommencer. Il faut respirer.
Notre chemin est un seul pas, en même temps séjour, départ et arrivée. C'est le chemin de l'homme, différent de l'homme. Seul l'éternel est son propre chemin. Cheminer nous rend finis et conscients de l'être.
Il faudrait avoir absorbé la totalité de la parole produite pour obtenir l'espace logique libéré des limites et déterminations qui chassent la désignation de dieu. Mais le récepteur de la parole qui s'épuise doit savoir que la parole s'est épuisée, et pouvoir en témoigner. Et en témoigner est encore de la parole. Dans les affaires d'éternité, seule l'éternité parle.
De fait, seul celui qui est lui-même parole au-delà de la parole peut couper la parole sans rien y ajouter. Seul celui qui est parole en-deçà de la parole est fondé à solliciter le témoignage qui l'atteste. L'entre-deux est la parole en souffrance qui nous guide. Le voyage n'est pas de ce monde.
Dire dieu est simple. Tu entreras dans sa bouche et tu deviendras parole. Tu visiteras le fond de sa gorge et tu seras comme son souffle. En attendant laisse-toi insuffler par tous les vents périssables d'ici-bas. C'est le même.
La glaise est esprit. Nous la piétinons. C'est notre vide qui creuse en elle une marque humaine. Nous insufflons une étrange haleine dans les naseaux du monde. Nous sommes les maîtres du souffle de vie. La glaise attend et subit.
Nous prenons pour du vide notre incapacité à dire ce qui ne peut pas se dire. Nous gémissons et nous nous accablons. Mais ce vide de la parole est une parole. C'est le creux où dieu continue d'insuffler son haleine bénie. Sans cette glaise passive, sans ce vide, dieu étoufferait.
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samedi 10 mai 2008, 01:07
Incise/ 1 friches urbaines avec personnage/ 4 Arguments/ 1 Dieu/ 1 Le Nom | |
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Explication des titres: INCISE Dire-écrire est toujours intempestif et extemporané. Cela ne se justifie pas. 1 Friches Urbaines avec Personnage Qu'y a-t-il dans mes friches ? de la pensée: poutres noires, socles de ciment, animaux rampants, rats et lézards, rails de chemin de fer abandonnés, poteaux de bois lacéré, tessons de verre, bouteilles vides avec un fond d'eau verdâtre, palissades et affiches déchirées, boites de conserve, tôles rouillées, poteaux électriques, herbe noircie, canettes de bière, lambeaux de barbelé, murs écroulés, trappes et fosses, édicules en ruine, plaques de bitume, dalles, bourbiers, ronces, orties, ornières, chiffons lacérés, lambeaux de plastique, sentes pétrifiées, charbon et cendres, choses sans nom. Des choses. L'outillage du texte. Autrement dit, il n'y a pas ici de chose, mais un concentré (un complexe, un agglomérat) d'histoire humaine. Et c'est en sens que nul ne peut véridiquement éviter de traverser le terrain vague. Quoiqu'en réalité on peut tout éviter (mais pas en même temps) L'univers aurait pu aussi bien ne pas exister, ni la Terre, ni la vie, ni les gens, ni vous, ni moi. Notre avis là-dessus n'a jamais été sollicité et ne le sera jamais. Ce qui n'empêche pas d'exprimer (diversement) la question. 3 arguments Il y a le terrain vague traversé, le texte en lequel il consiste, et du texte intercalaire qui le traverse. Texte créé ad libitum. Ici, une simulation métaphysique. Laquelle pour nous, petits métaphysiciens, commence régulièrement par Dieu. Mais ce pût être autre chose, des chanson à boire, des formules magiques, des histoires drôles. Ou n'importe quoi d'autre, si c'est du texte. 1 le nom Puisqu'on l'a dit, il faut y aller. du moins, je le crois. INCISE 1 Friches Urbaines avec Personnage 3 Arguments 1 Dieu 1 Le nom 1 Est, était, sera. La lecture de ces mots peut ne jamais s'achever. Soumis à leur surgissement, nous devons les éprouver, sans conclure, comme en perpétuelle formation. Ils ont cependant et contour et limite. Mais nous manquons là même où de tels mots aboutissent et s'achèvent. Ils flottent au-dessus d'un grand abîme obscur. Qu'ai-je dit en les disant? fibre noire. sectionner le nerf du crépuscule. mordre un grumeau d'ombre. recracher la nuit. reste d'amertume en bouche. sceau salivaire suspension de l'heure entre le souffle et le silence. Ou dieu, ou son nom. Et cependant cela se dit. C'est la grande plaie noétique avec laquelle nous devons penser. C'est l'unique plaie et l'unique méconnaissance. Il ne faut pas multiplier les noms de ce que l'on ne sait pas. Dissimulé dans des mots, dieu nous encercle. zébrure aux yeux. fouet omniscient. révélation révolue. ramper à reculons vers l'ignorance finale. Dire est dépasser, jusqu'au nom sans au-delà, celui qui signale ce qui est, suprêmement, sans se constituer ni devenir. Nous voici donc nécrophages du nom, admis à fréquenter la trace d'une extinction. La pensée détient ses termes ultimes en expérimentant leur retrait. Mais outre la pensée, il demeure la surface passible où l'effacement s'inscrit. Du fait de penser, nous sommes cela. Nous sommes cette inscription et sa lecture. Nous sommes la lecture de la lettre vide. peau entre terre et boursouflure. la plaie accoste. main captive de sa propre empreinte et de son bord de glaise brûlée. connaissance sédimentaire. jour au ras du sable. Ce dont on dit que c'est dieu ne se montre pas, ne se cache pas. Il s'efface, ostensiblement, au vu de tous et selon toutes les modalités concevables et inconcevables de l'effacement. écriture opiniâtre à ras de peau. pore par pore dissimulation du nom. calligraphie des veines visibles. s'offrir à la stupéfaction d'un dieu analphabète. brandir le corps et frapper le vide. Je m'apprête à dire un mot. J'en ai déjà fait le tour. Serait-ce le mot jamais prononcé. J'ai créé par ce moyen le lieu compatible avec l'existence de ce qui ne se dit pas, qui est au-delà et en deçà des choses qui se disent. En disant n'importe quoi, j'outre la langue. Je nomme l'éternité. peu de sang peu de savoir. cache d'herbes barbouillé. signal de séjour. chaque rupture débouche sur le désert. préfiguration du pas. pensée incinérée. marche des invasions. Le désert tout entier est sa propre fleur féconde. Ce qui dit dieu doit être aussi grand que dieu. La parole est une, mais nous y faisons croître d'innombrables paroles. Il faut arracher ce qui croît. haïr l'ouvert. ne pas franchir sans mordre. pas à pas façonner le monde. l'empreinte doit souffrir. il ne faut pas passer trop vite. Où l'on ne peut rien dire, un mot se constitue. Une plaie apparaît dans la plaie comme une génération miraculeuse. Voilà où naît le message sans source qui est la source de tout message. Un mot très bref, une chose que je peux poser sur la paume de la main ouverte, retourner sur le dos, agacer d'un souffle. la plaie se mordait par le dedans. partir à travers un nœud de tripes et d'ombre. nuit noyée. approche d'un au-delà. passer plus loin requerrait le couteau. le temps savait. Nous, déchéance d'une infinité de futurs dont chacun eût été la déchéance d'une infinité de futurs, nous sommes nonobstant épris des certitudes terrestres. Nous nous étonnons qu'il puisse y avoir, ici, des mots qui disent ce que nous ne pouvons pas dire, ni taire, ni savoir, ni ignorer. intrus au corps. empester pour faire détaler la bête. manger des cendres. manger des morts. jeter l'épouvante chez le paisible envahisseur. sortir de soi. Au fond du souffle, un nom. Aucune lettre écrite n'effacera le vide que son propre tracé circonscrit. Comme dieu, il est partout un mot que son propre manque énonce. L'échec à dire est comme la rupture du rideau du temple. Tout se dit à partir d'une omission. Sinon on ignorerait encore que cela ne se dit pas. sol cassé. embourbement des gerces. tâtonnement des failles. vide aux crevasses matière agraire. apposition de mains sur la jonction boueuse. pétrissage des sueurs. souffle prolongé. halte pour ajouter de la terre à la terre. Pas le mot qui le désigne, seulement la représentation basse du mot qui le désigne. Cela ne sert pas à le nommer, mais à expérimenter l'impossibilité de taire sa perte. Tout ce qui ne se dit pas le désigne. Toutes les choses sans nom lui font place. heure terminale bête châtrée. âne de noria rendu aveugle et sourd. assaut de la bête à mort frappée et assommée. la fin gît ventre en l'air. le temps croît. Pour ce qu'on ne peut pas dire, les choses font office de nom. Un caillou par terre désigne l'infini, aussi bien et aussi mal que les noms que nous utilisons en propre. Il sert aussi à se désigner lui-même. Son nom est le râle terminal de l'éternel. os plat vers le mur. conquête frontale du vide. enclave pure. appel froid sur la plaine aux dépouilles. vide devant les yeux. avant de voir envahir ce fragment d'un désert fossile. chose d'os. Le vide qui résulte de l'échec à nommer dieu est l'au-delà qu'il nous dévoile. Et même s'il n'est rien nous avons encore des yeux pour voir ce rien. Le rien consiste justement en l'au-delà des choses qui sont là, bornées et définies par de justes cloisons conceptuelles. Avant d'être un souffle porteur de sens, nous sommes une oreille qui en subit l'irruption. aller de l'avant un pied dans le néant et violé par le vide. l'espace au-delà des peaux est un monstre obèse qui jouit. outrage fondateur. le monde cache la bête. Le dieu sourd et muet écrit dans son carnet de conversation. Il écrit son nom. Il trace des ronds et des bâtons. Il écrit aussi dans notre esprit, où la méconnaissance change sans arrêt. Et il écrit sur notre corps, que son inscription défigure. Nous remarquons partout des plaies et des difformités, dont nous tachons encore de guérir. Nous guérissons. C'est la seconde absence de dieu. creux du manque. disparition du corps. excavation pleine d'un moulage fruste. pierre et déchet dans la boue. chuter fermement pour écraser les simulacres. étouffer la matrice absurde. dissimuler la résurgence des morts fragmentaires. Son nom n'est d'ici-bas, ni de là-bas. Il ne se dévoile pas en se disant mais en se montrant, et en nous accordant de voir cet obstacle de fortune qui se dresse entre nous et lui. Nous ne lisons pas, nous creusons en nous l'empreinte inversée de sa présence furtive. piétiner la cendre. produire le disparu. chaque seconde franchie engendre le même absent. chaque trébuchement rempli les veines du mort. Les mots que nous pensons ont un bord, et cessent. Au-delà cesse également la pensée humaine. Où il n'y a pas de pensée humaine s'inscrit la lettre issue de lui. À partir de là, remontons à contre courant cette pensée qui n'est pas la nôtre. Atteignons le désastre créateur. soleil d'argile blanche. fourmis nettes. architecture neutre et achevée. passe blanche issue du feu. voile de craie sur la configuration des choses. traversée d'une pensée floue. mots aréneux brûlés d'oubli. La parole ne rebrousse pas chemin sans que cela même ne devienne de la parole. Ainsi de nos secrets indécelables que nous énonçons à tout va. Notre mort, que nous ne connaîtrons pas. Les mots qui disent l'éternel et le divin ne sont pas d'une autre nature que ceux qui nous annoncent, comme si on le savait, le nom et la forme de nos innombrables méconnaissances. Voilà qui est dit. la chair contredit le terme. chaleur du sang étendue du monde. des sables inutiles réitèrent l'assertion. Ce qui est est passible de destruction. Dieu n'est pas non existant, il est détruit ici bas et seulement ici bas. La trace de ce désastre est le monde. Le nom de ce qui n'est pas le monde en provient. flammes sur les grandes capsules végétales. figure de l'acceptation. momie de saisons achevées flancs ouverts au lance flammes. les morts aussi produisent du temps. On dit le nom d'une chose dans l'au-delà des choses. Chaque nom a sa limite et nous construisons des noms avec ce qui est seulement la limite d'un nom. En produisant ces mots la parole perd la raison. Rester en deçà du mot ne nous épargne pas le désastre. Cri, jouissance, mutilation, nous raclons sans cesse la frontière du concevable par d'innombrables énonciations sans énoncé. intermittences de jour. apocalypses courtes. feu final disséminé dans l'herbe sèche. sang flamboyant. crémation solaire dissociée en dessiccations et brûlures. destruction à reconstituer prise de court par l'ombre du soir. On ne dit pas le singulier, on ne voit pas l'unique. Nous reconnaissons ce qui est. Cela était déjà en nous, avec tous les mots qui le disent. Nous répétons aléatoirement. Le plus inouï des noms est une répétition. Il n'y a pas de manque. Nous ne pensons pas nous attendons. l'œil s'attarde. l'orbite s'obstine. capture crispée d'un soupçon. broyage ouvrier de l'oubli. gerces vives dans la croûte du sol brûlé. possibilité d'insectes et de germinations noires. biais pour revivre. Finalement, seul la parole parle. Et elle produit une parole qui parle. Nous ne savons pas que cela finit, si cela finit. Nous ne savons pas que cela ne finit pas, si cela ne finit pas. Quelque chose a débridé la parole, qui produit ici même son infinie prolifération. Ainsi dit-on l'infini. On ne finit pas de dire l'infini. bouche ouverte ostension du vide. néant mordu. désert broyé aux mâchoires. promesse prise à la gorge. l'animal du temps garrotté à mort. Certes, en le taisant, nous ne le disons pas. Mais ce fait de ne pas dire est réel dans le cercle de la parole, il est perceptible, articulable, désignable. Cela suffit à notre propos. Convenons que cela ne transforme pas en dire le fait de taire ce qui ne se dit pas. Nul dieu ne viendra à notre secours pour annuler ou pour confirmer ce fait de parole. Et si cela était, nul ne l'aurait appris. ventre érosif. terre de raclures. dépôt d'extinctions possibles. peau éraflée. porter devant nos pas une germination de vides toujours vivants. Ne pas voir ce qui n'est pas est l'acte banal que nous accomplissons en voyant une chose quelconque. En regardant des gravats sur le sol nous peuplons l'univers d'entités improbables. Nous ne pouvons pas non plus nous soustraire au fait de savoir que nous ne savons pas ce que nous ne savons pas. Cela est nécessaire, et cela n'est pas rien. C'est un effet cognitif que nous ne pouvons ni produire ni empêcher. tentative par l'obscurité. creux d'un recul factice. tentative par la cécité. empreinte orbiculaire meurtrie. tentative par le ciel. plaie débridée d'une seule absence. retour au vasières nocturnes. ulcère affligé d'un corps. disparaître seulement. gratter le monde au sang. L'insensé se demande s'il dit ce qu'il dit. Nous disons ce que nous disons avant d'avoir acquis la possibilité de le dire. La possibilité de dire consiste en l'acte de dire, quel que soit le terme produit. L'impossibilité de dire est une incapacité qui meurt en s'exerçant. C'est l'instrument logique qui réitère la création. reconstitution d'un vieux chemin. savoir survivant. nuit de sable noir. course circulaire dans l'obscurité. naissance et grouillement de sentiers factices. les piliers du mirador écroulé clouaient au sol un pays de charbon et de cendre. le lieu à coup sûr durait et croissait. Écoute-toi parler. Dis le nom de ce que tu as devant les yeux. Quand tu le dis, et depuis le début, la chose que tu dis est finie, sa possibilité d'être est comble et dépassée. Ne cherche pas les mots à l'intérieur de ce qui est. Tout mot explose aux limites du réel. Quoiqu'on fasse on dit dieu. faim au ventre. prurit de peau. rage génitale. saccage des bornes du corps. distance épuisée. la bête viscérale mange l'écart. cannibalisme du lieu en guise d'au-delà. Des mots semblent se refermer. Des mots ressemblent à des téguments de mot. En les cassant nous y trouvons d'autres mots, d'autres téguments de mot, et de nouveau le désir de casser et de voir. Nous avons déjà cassé tous les mots, les grands et les petits. C'est l'origine de tous les mots que nous avons et de la conviction qu'il y a des mots disparus. érosion tactile. grain de peau ou doigts éraflés. empreinte d'écorchures sur le mur. l'animal se redresse et hume sa plaie lunaire. cicatrice tumorale nuit aux yeux cautérisés. Dire tous les mots qui sont en nous, ceux qui se disent, ceux qui ne se disent pas, frénétiquement et sans arrêt, comme l'homme enseveli qui fouille et creuse des deux mains au fond d'un éboulement. Se représenter le voyage des mots vers le monde et vers l'au-delà du monde. Alors qu'ils ne peuvent exister que dans l'intérieur de quelqu'un d'autre, réel ou irréel mais d'ici bas, au fond d'une âme, au fond d'un autre ensevelissement. sic transit. paupières narcotiques. achèvements de fortune. incinération frontale. germination de morts multiples. production de la chair. Recueillons ce qui se dit. Les paroles qui nous échoient sont le cerne de l'inconnu, et non pas son dévoilement. Elles se constituent d'elles-mêmes au bord d'une obscurité. De l'herbe et des insectes qui font irruption sur le pourtour de la grande dalle anonyme. déportation d'une surface. dalle de parade ou place d'appel. incrustation dans les boues d'un vieux sillage traduit et retraduit. subversion heureuse d'herbes sur le pourtour. rébellion de sables et d'insectes. la vaste passe nulle se greffe à l'étendue. perte définitive du lieu. Tout ce qui se pense en moi est du pensé, pouvant se penser, que je le pense ou non. Cela implique un connaissant qui, dans l'ordre de la pensée, transforme l'incréé en créé. Que ceci nous soit accordé et nous pouvons légitimement peupler d'un être ce désert factice où quelque chose ne se pense pas. être ici. forme générale de la disparition. frayeur itinérante. topographie pas à pas du monde délaissé. rhétorique exacte du désert. Le sujet qui malgré lui s'est déjà retrouvé, ne cesse cependant de courir après soi. Courir après soi semble la plus primitive des attestations d'existence. Chaque avancée brise la certitude. Nous avons déjà trouvé ce vers quoi nous courrons, ou vers quoi nous cessons subitement de courir. de trois pas encerclement. jonction accomplie à travers des rouilles et des ronces. nombre fait de tessons et de copeaux. recueil de retours tronqués. quelques crevasse herbues ranimaient les termes du doute. Quand nous statuons de son inexistence, nous désignons dieu explicitement. Nous nous approprions la glaise conceptuelle que le souffle d'un mot ranime. Ainsi engendrons-nous notre dieu d'ici-bas. tessons de jour dans la glaise. ciel de boue paisible. ça nous aime. | |
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