21 - Comme l'avait dit Arnaud...
| En 2001, juste après avoir lu " Elle, la fin du samsara", cet ami de Midi Libre avait intitulé son article: "L'instabilité sentimentale et géographique selon Couraud " Aujourd'hui, j'apporte une correction car, sentimentalement, tout va bien. Par contre, rien n'a changé du point de vue géographique puisque nous bougeons à nouveau, comme ces Gens du Voyage qu'a priori, rien ne semble retenir. Peut-être ai-je des racines gitanes, après tout, allez savoir... Qu'en écrirais-tu, Arnaud? La Route du Rom selon Couraud? Ce serait plutôt rigolo! Tout ça pour dire que nous quittons la Gironde sans cependant la rejeter, et nous éloignons de ceux que nous aimons sans pour autant les abandonner. Cela peut paraître égoïste mais nous n'y pouvons rien, l'appel du large reste le plus fort: à lundi donc, chère Vendée! Et à bientôt, vous tous! Bien cordialement, Alain |
20 - Merci!
| Oui, merci à vous tous qui me faites l'honneur de votre visite et donnez ainsi vie à ce blog zigzaguant. De mon côté, je m'amuse à vous imaginer - puisqu'il ne peut en être autrement - et vous "vois" cliquer de ci de là, tantôt divertis, tantôt agacés, selon ce que mes notes soulèvent ou ratatinent... Puis je me jette dans le fatras de La Jachère de Chantebise, ce recueil fait à l'emporte-pièce que je m'efforce de construire aujourd'hui, en grande partie grâce à vous. Vous l'aurez donc compris, je suis désormais en état d'assuétude, une addiction géniale dont vous seuls êtes reponsables mais, que cela vous rassure, pour mon plus grand bonheur! Bien à vous, Alain |
19 - C'est quoi, être un auteur?
| Cette question, je me la pose souvent, et m'en pose d'ailleurs bien d'autres tout aussi préoccupantes, du genre: d'où me vient ce besoin d'écrire, de me raconter? Est-ce une forme d'exhibitionnisme? Est-ce l'expression d'un égocentrisme exacerbé, ou encore, la traduction tacite d'une peur latente? Un désir inavoué de laisser une trace, une façon de se prolonger, d'accéder à l'éternité? Peut-être... Mais quoi qu'il en soit, jamais je n'aurai la vanité de me proclamer écrivain, ni n'aurai la prétention de vouloir rendre le Monde meilleur, de changer le cours des choses, de contribuer à "l'éducation des foules", de classifier les gens et les genres, ni surtout de mépriser ceux qui ne lisent que de l'Harlequin ou du Delly... Mon but personnel est simple car je suis un primaire. Moi, j'essaye de partager sans ennuyer, d'échanger en toute simplicité, d'amuser autant que faire se peut, bref, de distraire sans cependant me la pèter! Je n'ai d'autre ambition que de me fondre au plus grand nombre, ni d'autre envie que de me frotter aux différences d'opinions puisqu'il ne reste plus, sur cette sacrée Planète, que l'esprit de l'être humain à découvrir encore! Je suis un primaire, vous dis-je, et un curieux de tout, comme vous, ou vous, ou vous... Pourquoi cette plaidoirie que rien ne laissait prévoir? Parce que je n'aime guère les paons, certes, attirants de face mais repoussants de dos! Bien cordialement, Alain |
18 - Concernant " Elle"
| Cette note vient répondre aux questions que certains se posent sur " Elle, la fin du samsara". Oui, ce récit est bel et bien autobiographique mais j'ai préféré le dénommer roman car, ne soyons pas naïf, la vie d'un inconnu n'offre que peu d'attrait! Quelles raisons m'ont poussé à défier ce postulat? Ce court synopsis va rapidement vous éclairer: au cours de mes voyages, il m'a été prédit à trois reprises que je ne rencontrerai l'amour véritable qu'à la cinquantaine. Moi, plutôt attiré par les sciences exactes, n'ai vu là que foutaise et ai continué ma route. Un parcours finalement chaotique puisque, à cinquante ans, je me suis retrouvé nommé à Poitiers comme directeur de région, mais viré dans la foulée parce qu’un "épurateur" de passage a alors considéré qu’il n’était pas de bon ton que je puisse gagner autant que mon patron. Je me suis naturellement rebellé et, en attendant le jugement, me suis efforcé d'affronter ma nouvelle position de chômeur, qui plus est, divorcé de frais puisque, comme chacun le sait, les absents ont toujours tort. Un jour d'été écrasant de solitude, et en réponse à une intuition subite, j’ai poussé la porte d'une agence immobilière de hasard dans le but de dénicher un petit atelier pour peindre et me cacher, et là, suis tombé à la renverse tant la jeune employée qui m’a alors offert son sourire ressemblait à ma " Elle", cet être fantasmatique que je portais en moi depuis toujours et dont je venais de faire le portrait au feeling pour enfin la matérialiser ou peut-être m'en libérer. Séduit tout aussitôt, j’ai expédié la transaction puis l’ai invitée à venir découvrir cette toile récente, effronterie à laquelle elle a répondu sans l’ombre d’une hésitation. Cela fait neuf ans aujourd’hui, et six ans jour pour jour qu'elle et moi sommes mariés, de plus, heureux parents d'une prénommée Leslie-lou. Cela méritait-il d'être raconté? Là, modestie oblige, ce n’est plus à moi de répondre! Bien cordialement, Alain |
17 - Je vous comprends...
| J'ai tout d'abord été étonné de n'avoir aucun commentaire au bas de la note étalant les vingt premières pages de La Coulée Douce, puis j'ai essayé de me mettre à votre place et là, me suis rendu compte que lire un texte de ce type sur un écran d'ordinateur n'avait rien d'engageant. Il va de soi qu'aucun support ne saura jamais remplacer le papier, un bon vieux bouquin que l'on peut non seulement toucher mais ouvrir et refermer n'importe quand, à sa guise... J'espère toutefois que cette raison est véritablement celle qui vous retient le plus, sinon, j'ai du souci à me faire! Allez, un petit effort, ôtez-moi donc d'un doute! Bien cordialement, Alain |
16 - Bonne nouvelle!
| Deux éditeurs parisiens m'ont répondu favorablement. Comme quoi, il ne faut jamais désespérer! Cependant, je vais laisser passer le mois d'août car j'attends impatiemment la réponse d'un couple extraordinaire, tous-deux éminemment humains et, qui plus est, hautement professionnels. Cela vous paraît peut-être insensé, mais, que voulez-vous, je suis comme ça... attaché à mes valeurs et plus que jamais en attente d'une alchimie particulière, une amitié sincère renforcée de confiance qui me rapprocherait à vie de qui croierait en moi!
À ce propos, n'oubliez pas de me faire part de vos impressions concernant la Coulée Douce, et cela, quelles qu'elles soient! Bien cordialement, Alain |
15 - Sur simple demande...
| Lors de courtes vacances à Lacanau-océan, j'ai distribué à titre grâcieux près de 1000 exemplaires d' "Elle, la fin du samsara", mon tout premier roman, et parce que d'agréables retours m'y encouragent, je réitère l'opération les mercredis 1er et 22 août, tout au long des Marchés Nocturnes de Libourne (un grand merci aux organisateurs!) Cela va de soi, je le tiens également à votre disposition, mais contre 5 € de frais de port car, hélas, ce bouquin n'a pas le don de téléportation! Mon adresse pour quelques jours encore: 18, lieu-dit La Rue, 33910, SABLONS. Bon été à vous et à très bientôt, Alain |
14 - La Coulée Douce (Suite)
| et, chemin faisant, me remémore les phases de mon "crime parfait" sans parvenir à séparer ma honte d'un étrange plaisir... De retour à Nantes, la carabine regagne sa place sur le mur de ma chambre spartiate et, depuis son ratelier de fortune, me nargue jour après jour, sa crosse rebondie plus attirante qu'une vénus callipyge. Moi, je sifflote et regarde ailleurs... Un jeudi, un ami vient me supplier de la lui prêter. Les arguments avancés m'amusent plus qu'ils ne m'abusent mais je fais le naïf et réponds à sa requête, non sans multiplier mes recommandations tandis que mes doigts s'appliquent, eux, à effacer leurs propres traces afin qu'elles ne soient amenées à se transformer un jour en compromettantes empreintes! À tort ou à raison? ******************************* À vrai dire, je n'en sais rien car je n'ai jamais revu ce fils de militaire qui, sans crier gare, s'est envolé pour l'Afrique avec "arme" et bagages... Bon, ces souvenirs s'accordent bien à certains aspect de mon récent comportement, par exemple, mon aisance ou mon détachement, mais ils ne viennent en aucun cas justifier mon geste et ce vide me ronge! Cela dit, s'agit-il vraiment d'un vide? N'est-ce pas davantage une peur, un refus d'admettre? Je n'en sais rien, il faut que j'approfondisse, mais l'endroit ne se prête guère à la réflexion vu que Lou réclame son biberon et que moi, je suis dans la cuisine! Il faut que je réagisse, que je trouve une solution: Nad n'a pas à me récupérer dans cet état, uniquement absout et digne! Mouais... belle détermination mais carrément factice car l'autosuggestion flirte avec le doute! Autrement dit, je me joue du violon, et la "Charge Héroïque", en plus! Allez! Il faut que je sois franc et sincère: un doute me perturbe, c'est vrai, et l'origine de ce trouble, c'est Laure! J'ai l'impression que cette amie propulsée au coeur de "l'affaire" n'a été qu'un détonnateur, qu'inconsciemment, ma décision était prise. Or, l'hypothèse me travaille car, à présent, que dois-je en déduire? Qu'en toute irresponsabilité, mes mains se sont asservies à mon cerveau pour accomplir un geste "rédempteur"? Un agissement qu'au fond de moi, je craignais et souhaitais à la fois? Si tel est le cas, je suis un grand malade, moi! Ou alors, un pervers! Mais je n'y crois pas, ce serait trop simple. En fait, je suis bel et bien malade mais ma souffrance rejoint mon doute: Laure. Laure me manque. Je la trouvais jolie, tendre et intelligente, espiègle et sensible, câline et forte. J'admirais son aplomb, son aisance, et me régalais chaque fois de sa présence, mais je ne l'aimais pas. Du moins, pas comme j'aime Nad. Sans doute notre complicité donnait-elle parfois le change, lorsque nous nous rapprochions d'un peu trop près pour rire ou provoquer, mais seuls les autres s'y trompaient. Enfin, presque... Je me souviens de ce jour où cette chipie s'était encouragée à me dire qu'elle me désirait déjà physiquement pour bientôt m'aimer d'amour! Comment une femme peut-elle proférer de telles conneries? Moi, je ne m'étais pas gêné pour l'envoyer promener: " - Tu me gonfles, Laure! Une fois pour toutes, rappelle-toi que j'aime Nad et que ce sera toujours ainsi! Allez, zou! Va voir ailleurs si j'y suis!" À présent, je m'en veux. J'aurais dû deviner qu'il m'aurait précisément fallu y être... Tiens, je n'entends plus Lou. Par contre, je l'aperçois très nettement, blotie dans les bras de sa mère qui, elle, se rapproche! L'alerte me fait me précipiter vers le réduit menant aux combles puis escalader l'echelle de meunier accédant à la soupente. Là, je traîne un lourd carton contre le fenestron surplombant la terrasse et m'y installe en soupirant. Ouf, sauvé! Enfin, façon de dire... Il faut d'abord que je fasse avancer tout ça. Mais j'ai ma petite idée: je vais reprendre "l'affaire" depuis le début en me glissant dans la peau d'un accusé soumis au réquisitoire d'un tribunal! Avec un peu de persévérance, ce procédé va me permettre de sauver ma tête ou, du moins, m'aider à ne pas la perdre! Bien sûr, ma position de juge mais aussi de partie ne va pas simplifier le "proçès", mais je vais jouer le jeu à fond sans rien omettre de l'histoire ni ce que le cours du temps m'a appris, comme ces trucs que je ne comprenais pas alors qu'ils accompagnaient les débuts de notre relation. Aujourd'hui, j'ai tout compris car tout reconstitué, et j'ai agit... Mais je vais laisser mon avocat virtuel prendre le relai et relater les faits en citant nos prénoms: Alain ceci,... Nad cela,... Ce sera plus clair pour le jury, et beaucoup plus simple pour moi! ******************************* Novembre 98. Poitiers s'est fait livrer un hiver précoce. Mutin, le vent glacial s'amuse à poursuivre les papiers gras jétés sans vergogne sur le pavé luisant, ou se lance aux trousses de sacs en plastique abandonnés qu'il transforme en parachutes nains et virevoltants conséquemment irrattrapables. Du coup, ce revanchard se rabat sur les doigts mal emmitouflés de rencontre qu'il mord sans pitié, leurs ongles pourtant déjà gourds et meurtris. La nuit a éteint les vitrines et allumé les hauts réverbères fabriqués à l'ancienne pour faire ancien, lesquels gaspillent à présent la lueur de leurs fruits orangés dans un ciel bousculé de nuages menaçants. Déjà, les échos des journaux télévisés franchissent les fenêtres aux persiennes fermées pour mieux confirmer leur retard aux passants tétanisés par la bise. Les rues ne rassurent plus, ce qui explique que Nad marche vite. Son sac à l'épaule et ses bras croisés sur sa poitrine, elle foule les pavés de granit en s'appliquant à contourner les ignobles monticules abandonnés par ces maîtres éperdus d'ennui que promènent inlassablement leurs chiens. Ses chaussures élégantes vascillent à chaque dénivélation, leurs talons hauts perchés là pour encore mieux souligner la souplesse de ses chevilles graciles. Projetée sur les façades, son ombre se déforme de piliers en encoignures, disparaît à chaque porte cochère cachée par les arcades puis rebondit, leste et noire, comme animée par un manipulateur fou, trop heureux de martyriser une silhouette aussi flatteuse. Elle adorerait que la pluie se retienne un peu, le temps de rejoindre son appartement puisqu'elle ne pense jamais à emporter son idiot de parapluie, mais l'eau glacée ruisselle déjà sur ses cheveux bruns qu'elle porte toujours ainsi, libres et désordonnés. Son estomac réclame. Un bout de fromage doit traîner dans le frigo: elle adore le fromage, surtout le camembert quand il sent si fort que d'autres tordent du nez en cherchant la poubelle! L'évocation la fait sourire et sa faim, hâter le pas.________ Trappu et affublé d'un ample manteau laissant à peine apparaître de lourds godillots militaires, un petit homme la suit de près. Les accélérations qu'il s'impose lorsqu'elle sort de son champ de vision rappellent celles, si comiques, de la bergeronette hochequeue. Le type adore suivre les filles ainsi, en catimini, ça l'excite! Mal rasé, l'oeil noir et brillant, il connaît son image et sait la répulsion ou la peur que son allure suscite auprès des craintifs. Il se flatte également du machiavélisme qu'on veut bien lui prêter: chaque comparse amené à croiser sa route l'a invariablement renvoyé à sa solitude en le traitant de fêlé pervers, opinion qu'il a systématiquement interprété en compliment, par accommodement. D'ailleurs, ce souvenir le fait chaque fois sourire, ce qui révèle du même coup le trou peu ragoûtant d'une incisive brisée net au cours d'une bagarre contre une fille mal évaluée, vive et puissante malgré l'aspect chétif qu'elle dégageait au départ... Son épais pardessus sent le poil de chien mouillé mais le détail ne le dérange pas, pas plus que ne le dérange ce crachin froid et poisseux qui, du col de son tee-shirt, se faufile vers cette chaîne récemment dérobée à l'une de ses victimes. Il les appelle toutes comme ça. Là, il suit une nouvelle proie dont il guette les faits et gestes depuis quelques jours. D'habitude, un vieux crétin l'accompagne mais ce soir, elle marche seule. Le déhanchement que lui imposent ses talons instables lui ferait perdre toute retenue mais il préfère réfreiner ses pulsions immédiates pour bientôt profiter de ce rite qu'il affectionne. Patience, patience... Inutile d'accélérer le processus! La fille crêche dans ce quartier de bourges et, dans deux minutes, l'affaire sera faite: " - J'vais m'la faire! Elle doit être trop bonne, cette pintade! " Il ne se fait pas d'illusion: jamais une telle beauté ne s'offrirait à lui par désir, ce serait trop beau, d'autant que le plaisir gagne à se voir partagé! Non, cette fille là, il va devoir la soumettre, du moins, pour le minimum! " Mais où va t-elle? " ----- La suite, chers amis bloggeurs? D'accord, avec grand plaisir, si un éditeur le veut bien! Amicalement, Alain |
13 - La Coulée Douce
| " Chaque jeudi, mes copains vont se bagarrer avec les voyous de Chantenay ou jouer au foot sur les quais de Nantes. Moi, je déteste cette boule de cuir gluante qui bouge tout le temps et vise un tout autre but, bien plus difficile à atteindre mais c'est précisément ce qui m'intéresse: plus tard, je veux être ingénieur-écrivain. En attendant, je profite de ce jour de liberté pour lire tout ce qui me passe sous les yeux, ou bien j'écoute le Cyclope, à dix heures trente cinq. C'est notre vieux poste que je surnomme ainsi, à cause de cet oeil vert qu'il allume au milieu de son front en prenant tout son temps. Comme ça, au lieu de me bigorner ou de courir bêtement, je me balade par la pensée et découvre des tas de mots qui, tous, me fascinent et m'emportent. Aujourd'hui, j'en ai appris quatre: feldspath, dans mon bouquin de sciences naturelles, et trois autres en écoutant Paris-Inter: érudit, cacochyme et Confusius. Feldspath, quel nom masculin singulier! D'après Monsieur Dictionnaire, celui-ci existe effectivement, mais dois-je croire un vieux radoteur dont le cerveau poussièreux sommeille à longueur de temps sous sa couverture bleu marine aux angles écornés? Là, par jeu, je l'imagine tel Confusius et pose mon oreille sur son carton glacé pour mieux entendre sa voix grinçante d'érudit cacochyme me traiter de jeune impertinent! Ce cher dico ajoute que le feldspath sert à faire le granit. Non, que le granit est partiellement composé de feldspath. J'en ai plein la bouche quand je prononce ce mot: feldspath! J'adore... J'aime bien dire galène, aussi. Il paraît qu'autrefois, bien avant que le téléphone n'envahisse le Monde, les hommes communiquaient entre-eux au moyen de postes à galène. Moi, je préfère dire ce mot d'une traite, postagalène, mais en parle sans raison puisqu'il n'y a pratiquement pas de galène dans le granit... C'est Jojo, notre instituteur, qui nous a raconté tout ça hier matin en s'attardant sur certains minéraux bretons dont le granit fait partie. Cette roche ma plaît parce qu'elle est utilisée pour faire les bordures de trottoirs, et qu'elles sont mes augures à moi, ces longues pierres alignées à l'infini, si luisantes lorsqu'il pleut. En sautillant de l'une à l'autre, j'essaye de ne pas louper l'espace qu'elles offrent entre leurs joints de mortier afin de voir mes voeux exaucés, et moi, des voeux, j'en fais plein par jour! C'est normal, il paraît que je ne suis pas normal. Enfin, pas tout à fait... Peut-être différent? Certains me le disent franchement mais beaucoup préfèrent le penser tandis qu'ils jaugent le puits de bêtise où je m'ébats. Je m'en moque et ne leur en veux pas: mes cheveux sont fous, eux aussi, mais quand il faut les coiffer, je sais faire... Cela dit, je dois reconnaître qu'il se passe des choses bizarres, dans mon crâne. Par exemple, j'aime croire que respirer par la bouche me fait avancer dans l'espace à la manière d'un avion à réaction et donc à l'inverse de ces poulpes repoussants qui, chaque fois, m'éjectent hors de l'eau plus vite qu'une balle de ping-pong. Cette conviction me donne l'étrange impression d'être aspiré par la vie et de foncer vers l'inconnu tout en m'éloignant des autres, un peu comme si ma naissance m'avait fait d'office leur tourner le dos. Pour voir à quel point je suis anormal, je me regarde parfois dans le miroir de la chambre interdite, celle de mes parents, et là, ne retrouve qu'un corps maigrichon surmonté d'un long visage criblé de taches de rousseur lui-même encadré d'oreilles trop bien collées, presque transparentes. Bref, rien d'anormal... Par contre, mon nez, lui, a une drôle de touche et ne ressemble à aucun autre: ses narines sont si étroites que je n'arrive même pas à y fourrer le doigt, comme sait si bien le faire mon frère qui, curieusement, n'a toujours pas reconnu en ce geste l'interrupteur d'une machine à distribuer les gifles! Pourtant, ça marche à tous les coup car mes parents ne badinent pas avec la bienséance, mais ce couillon a dû négliger les effets induits une fois pour toutes et recommence sans appréhension. Moi, je ne risque rien: trop petites... On dit aussi que j'ai le teint pâle, si pâle qu'il attriste notre voisine, celle qui me fait la gueule parce que j'ai fait exploser sa boîte aux lettres en y glissant de gros pétards rouges, comme ça, pour voir... Elle, prétend que j'ai une mine de papier mâché. Quelle drôle de comparaison! Je passe chaque jour devant son seuil, aussi vite que possible pour qu'elle n'ait le temps de lorgner mon panier lesté de ses quatre bouteilles de vin rouge, celles qui font honte, mais mes sacrées bordures en granit doivent faire la sourde oreille car j'aperçois sans coup férir la mégère mal dissimulée derrière le rideau coulissant de sa fenêtre, et l'entends même soupirer! Peut-être, à ainsi hocher la tête, me trouve t-elle anormalement fatigué pour mon âge? Il est vrai que mes nuits sont courtes et qu'il m'arrive de m'endormir sans même éteindre la lumière, le catalogue de Manufrance ouvert sur le front. C'est mon livre de chevet. Hier soir, à force de me creuser la tête, j'ai inventé un nouveau système de gâchette encore plus simple que celui des fusils qu'on y trouve! Je sais, on dit "détente" mais moi, je préfère dire gâchette. Mon père m'a regardé de travers lorsque je lui en ai exposé le principe, puis, vaguement agacé, m'a demandé si j'avais appris mes leçons... Moi, je trouve qu'il s'est fâché pour rien: ce n'est pas le pouvoir des armes qui m'attire mais leur mystère. Le maître, lui, dit que je suis avide d'insolite et qu'on en guérit en vieillissant. Dommage... Tout m'intéresse et m'intrigue, comme l'existence de cette petite fleur blanche découverte entre deux pierres du vieux mur, au fond du jardin, complètement épanouie alors que personne ne pouvait la voir! Sa modestie m'a fait réfléchir... " ****************************** La pluie cingle le pare-brise et moi, j'ai bavé sur ma cravate! Je me demande ce que je fous là, avachi sur mon volant. Sans doute l'averse m'a t-elle sorti de ce rêve récapitulatif que je fais parfois, lorsque tout va mal... Je n'en peux plus de cette flotte qui s'acharne depuis des semaines et là, semble vouloir s'approprier la Terre entière. À se demander si la finaude ne souhaite pas me happer également pour me fondre aux alentours! Cela dit, ce tour de passe-passe me rendrait service car ma mémoire s'emballe et ce qui en ressort me pétrifie. Je n'ai même plus le courage d'appeler Nad ni même le désir de la rassurer... J'ai roulé toute la nuit puis au péage de Poitiers-Nord, la fatigue m'a juste laissé le temps de stationner entre deux poids-lourds. Maintenant, je n'ai plus sommeil, j'angoisse! Peut-être à cause de ce raffut qui, quelque part, me rappelle d'autres bruits liés à l'horreur de ces derniers jours? C'est curieux, moi qui ne pensait qu'à griller les étapes pour vite retrouver ma famille, me sens abattu et aimerais me cacher... Mais pas là, parce que ça sent trop mauvais! D'ailleurs, je ne supporte plus ces camions qui me frôlent en vrombissant, leurs boîtes de vitesses grinçantes et renâclantes, ni ces fumées dégoûtantes et âcres qui, elles, m'écoeurent et m'empoisonnent! Allez, c'est dit, contact! Je démarre ma Mercedes en soupirant puis la laisse glisser au rythme de son unique essuie-glace jusqu'au parking du centre-ville... - Salut, Alain! Je ne réponds pas mais me faufile parmi les parapluies agressifs et les cirés multicolores que la pluie paraît rénover. Je fends cette foule sans faire cas de l'eau qui me noie les yeux puis dégouline de mon menton jusqu'au col de mon imper. À coups redoublés, l'averse détrempe mes chaussures et enfle le cours des caniveaux où quelques détritus se défient en une course éphémère, frêles esquifs gluants entraînés à toute allure vers d'écoeurants abîmes. L'image éminemment évocatrice relance ma mémoire, m'accable. À l'inverse, le Marché Notre-Dame vit sa fièvre dans l'insouciance, ses bancs achalandés comme pour la Noël et ses clients fidèles répartissant gaiement aux harangues espiègles des camelots gueulards. Perdu dans mes pensées, je n'entends rien de cette cohue familière mais parle tout seul, gestes à l'appui, comme un vieux fou: " - Jamais personne ne saura que j'ai gagné! Par contre, moi, je sais... Je sais que je serai toujours hanté par ce souvenir, toute ma vie, même entouré de ceux qui m'aiment! " Je compose machinalement le code de mon portail, ôte mon vêtement trempé, traverse le patio désert et enfin, grimpe l'escalier accédant à l'appartement. Nad n'est pas dans le salon. J'entrouvre alors la porte de notre chambre vaste et claire, vide de tout meuble hormis notre lit, immense. Personne. Ma hâte perd pied... Suis-je si pressé? L'ambiance de cette pièce m'apaise, me rassure. Elle rassemble ce qui nous tient le plus à coeur: nos toiles préférées, intimes, et de vagues objets hérités de nos parents, posés çà et là sur le parquet ciré. Au mur, près de la baie donnant sur le jardin, un poster géant attire l'oeil par la beauté animale de Nad jouant d'une nudité subrepticement capturée. Je contiens mon émotion: la vie va reprendre son cours, un cours enviable aux yeux de certains, mais je vais devoir jouer les illusionnistes et mentir sans relâche... Jour après jour? Impossible! Jamais je ne pourrai supporter ce calvaire, ni affronter le regard de Nad, si naturellement confiant... Mon découragement me chasse vers la cuisine où se cache un vieux pistolet. Un court instant, sa gueule luisante vient caresser mes cheveux grisonnants mais ce contact dur et froid réveille aussitôt ma lucidité: à quoi bon faire semblant... Depuis toujours, la vision imaginaire d'éclats de chair et d'os projetés alentour, tout ce massacre résultant d'une simple crispation de l'index, me révulse. Me révulse mais là, m'attire: chiche! Non. Je n'arrive pas à libérer ce morceau d'alliage dévastateur mais m'inquiète de cette retenue: vient-elle s'accorder à une peur ordinaire ou, plus subtile, répondre à un sursaut de curiosité qui ne peut me faire accepter l'horreur de ne jamais connaître demain? Dans ma tête tourne en rond et en noir l'idée de cette fuite irréversible que j'estime courageuse tandis qu'on la dit lâche et impardonnable. Ma raison me chahute... Pourquoi me tuer? Cela ne ferait que confirmer la victoire de ma défaite! Je pense à l'harmonie indéfectible de notre couple et me rappelle ce que nous nous sommes toujours promis. Nad est toute ma vie... Avant le miracle de notre rencontre, je jouais à exister mais ne vivais pas. Bien sûr, nul ne décelait le subterfuge tant mon bonheur semblait épanoui, mais je me mentais sciemment et, pour compenser cette supercherie, m'offrais des jouets coûteux, une poudre d'or que je me jetais aux yeux pour m'aveugler: épouse top-model, maison hollywoodienne, piscine tape-à-l'oeil, Porsche rutilante, voilier de rêve, vacances au soleil... À l'inverse, ma conscience, elle, ne me faisait pas de cadeau! Chaque jour, l'opiniâtre venait me rabâcher que je m'éloignais de tout ce qui, gamin, me passionnait, ou me rappelait que je m'étais non seulement marié sans amour mais fourvoyé en exerçant un métier dont je n'aimais ni le fond ni la forme! M'étais-je donc définitivement débarrassé de mon instinct? Non. Un jour d'extrême exaspération, celui-ci s'était brusquement extirpé de sa léthargie et, persuasif, m'avait convaincu à tout mettre en oeuvre pour que Elle, cette créature fantasmatique qui hantait mes rêves depuis toujours, soit en mesure de me reconnaître. Du coup, péteux mais stimulé, je m'étais empressé de virer l'éouse de luxe, la voiture de sport, le travail et le reste, puis, par défi ou par jeu, m'étais installé à Poitiers, une ville inconnue où l'on m'avait affecté en toute désaffection. Curieusement, cette décision m'avait instantanément réconcilié avec l'existence, une vie qui, jusque là, me emblait aussi glauque qu'un blanc d'oeuf et, comme lui, insaisissable. Les commentaires s'étaient aussitôt bousculés: aux yeux de tous, ce geste résultait d'un vieux fantasme ou, pire, d'un coup de tête d'enfant gâté sûrement dû au retour d'âge! À n'en pas douter, je me persuadais d'une herbe existant ailleurs, plus verte et plus goûteuse, et m'empressais de répondre à une intuition débile qui n'allait pas manquer de m'exposer au pire, vite et sans rémission: une telle décision ne se prenait plus à cinquante ans! Ces frileux avaient oublié qu'on ne peut jamais jurer de rien. L'été suivant, Nad et moi, nous étions rencontrés, et même, retrouvés. Tout d'abord nez à nez mais très vite bouche à bouche, puis l'envie, la vie, avaient fait le reste et transformé nos errances respectives en délicieuse coulée douce. Cela fait probablement fleur bleue mais je m'en fiche, d'autant que Nad et moi adorons cette couleur que nous étalons partout depuis que nous nous aimons, sur nos murs, nos toiles, ou aux plafonds célestes de nos voyages exotiques. Cela dit, je ne perds pa le fil. Les faits sont là et la trouille me dévore. Que va t-il advenir de notre dite romance? Si Nad, qui ne sait rien de mon acte fou, apprend la vérité, que va t-il se passer? Ai-je eu raison de la tenir à l'écart, Ai-je bien fait de protéger cette adorable cinglée en ne la laissant pas m'accompagner de sa tendre connivence? Allez, j'arrête les questions... De toute façon, je ne peux plus rien changer et n'ai plus qu'un devoir, assumer les conséquences de mes choix, seul et sans me plaindre! Mais ça, c'est facile à dire... La peur me ratatine comme une pression sous-marine écrase l'acier d'un batyscaphe! Bon, il faut que je me calme, que je me cache quelque part comme un serpent ou un scorpion, le temps d'inventorier ce qui me menace réellement! La comparaison m'interpelle, me souffle que ces animaux jugés laids et inquiétants n'ont pas choisi de l'être: peut-être qu'après tout, je n'y suis pour rien, moi non plus? Mais ce serait trop simple... D'ailleurs, ma conscience s'insurge, crie à la mauvaise foi, à l'auto mansuétude, alors je cherche une autre circonstance, plus atténuante. Pas gagné... Mon esprit se perd de dédales en culs-de-sac: ne pourrais-je reporter ma responsabilité à une erreur de programmation attribuée à la naissance? Cela excuserait mon geste inexplicable ou expliquerait mon geste inexcusable... Je me hais et ne supporte plus ces règles primaires qui m'habitent depuis toujours: une fois de plus, celles-ci m'ont poussé à agir d'emblée, d'une façon cynique et expéditive! Je récupère l'arme posée sur l'évier en pensant à Nad qui utilise toujours quatre adjectifs pour définir ce qu'elle ressent. Elle, ajouterait:" égoïste et dangereuse!" Puis je fourre le vieux flingue dans un sac d'hypermarché et précipite le tout dans la gueule édentée du vide-ordures. Je m'en fiche, j'en ai un autre... Le malaise est passé. Nad m'apparaît enfin, allongée sur le canapé de la véranda, près du berceau où babille notre fille dont les quelques mois s'appliquent à modeler un physique à l'évidence issu des nôtres. Dérision, vanité... Le malaise revient. Là, ma logique prend le relai:" pourquoi me torturer? Rien ne vient prouver qu'il soit mal de faire du mal puisque celui-ci peut se faire pour un bien!" Cette joute mentale m'épuise. Il faut que je libère ma mémoire, que je vide ma poubelle, mais comment le faire sans me mettre en danger vis à vis des flics? J'ai besoin de ma liberté même si, pour l'heure, celle-ci ne sert qu'à m'isoler... À présent, Nad et Lou jouent ensemble. Moi, je me faufile vers l'arrière cuisine, déniche une bouteille d'eau dans le frigo puis viens reprendre ma place près de la fenêtre. Bizarre: personne ne me remarque alors que je vais et viens sans prendre de précaution particulière. Serais-je devenu invisible? Un arrêt devant le miroir me fait détester ce que j'y vois, surtout mon regard. Pas de doute, rien n'a changé. Malgré les années, je n'arrive pas à affronter la vérité et préfère mentir! Pourquoi? Pour me protéger d'une vérité irrecevable? L'envie me vient encore de tout simplifier, de me dire que je me suis servi d'une circonstance particulière pour expérimenter l'ensemble de mes aptitudes et satisfaire un vieux fantasme, rien d'autre! Mais ma lucidité ne laisse rien passer: " - Rien d'autre, tu crois? " À quoi bon occulter la question perfide... Bien sûr que ma fierté y est pour quelque chose! Et alors? Cette défense naturelle si souvent assimilée à l'orgueil n'a t-elle rien à devoir à l'héritage génétique?.. Ma mémoire galope, tourne les pages en arrière et s'arrête sur une période délicieuse, ma pré-adolescence: *** 1959. Mes douze ans me pèsent un peu car j'essaye de me construire à l'ombre d'un père colossal, séduisant et érudit, lequel véhicule de surcroît une réputation de trompe-la-mort au courage sans faille. Cela fait beaucoup pour un seul homme! De plus, L'Auguste adore les armes, alors la maison en regorge: un vieux Lüger, caché dans la chambre interdite sur l'étagère de la penderie où se planque également un lours P38, lui, suspendu entre deux cintres surchargés, et des tas de munitions réparties un peu partout dans les tiroirs, parmi les médailles et les photos sépia des années quarante. Plus loin, au mur du salon, une baïonnette manchonnée de cuir trône sans complexe au dessus d'une lourde mine anti-personnel posée à même le marbre du buffet, tel un bibelot ordinaire. Désamorcée depuis belle lurette, la mémère ne menace plus personne mais son enveloppe partiellement sciée laisse apercevoir un système d'horlogerie conçu pour retarder son explosion et donc, lui laisser le temps de bondir hors de son trou avant de projeter ses billes d'acier partout alentour! Le tout en dit évidemment long sur la folie des hommes mais n'entâche en rien l'admiration que je voue à mon démineur de père, ce héros que l'on sollicite à brûle-pourpoint chaque fois qu'un engin se fait découvrir ou que son découvreur vient d'y laisser sa peau! Pour un fils peureux, voire couard, tout cela soulève de multiples questions: ce géniteur invincible se montre t-il si courageux parce qu'une forme d'inconscience l'habite depuis toujours, ou bien l'est-il devenu à force de manipuler des tas d'armes finalement rassurantes? Une troisième possibilité tente bien de s'imposer, celle d'un don inné, mais l'incohérence en question se fait aussitôt rejeter puisqu'elle s'apparente à l'injustice et que l'Injustice est ce que l'Admirable déteste le plus! Cela dit, notre comparaison m'importe peu car moi, je n'aime les armes qu'à travers une technicité dont je cherche à élucider les mystères. Tout spécialement celui du tir à répétition par récupération des gaz. Ce prodige m'épate mais m'échappe encore, alors je cherche... À quinze ans, je décide de me fabriquer une carabine, celle de mes rêves. Dans le but de tester mes compétences mais surtout parce que je ne peux pas me l'offrir: à l'époque, les jeunes connaissent naturellement les envies mais ignorent l'argent facile... Ce jour là, le sourire de mon père laisse bien planer un doute sur l'idée qu'il se fait du résultat, mais l'Ironique applaudit toutefois au projet tant il lui plaît de croire que cela me détournera de mes expérimentations habituelles trop souvent consternantes. De plus, je crois que ma passion envers les armes le laisse secrètement espérer qu'un jour enfin, je lui ressemblerai: "- Je suis d'accord, lapin, mais tu vas attendre les vacances!" Huit jours? Impossible pour un lapin impatient qui, d'ailleurs, l'est depuis toujours et répond à cette frénésie en courant tout le temps! Je décide donc d'enfreindre la consigne et, mon café noir à peine avalé, me précipite chez le menuisier du quartier, un surnommé Gepetto qui semble bien m'aimer et que moi, j'adore. Oh, le pépère le sait, et même quand je m'en cache! D'ailleurs, il sait tout de moi et m'accepte comme je suis. De la même manière qu'il s'accommode de mes visites impromptues ou des excès incontrôlés de ma personnalité, un tempérament parfois si affirmé qu'il lui arrive de se demander lequel des deux est le patron! Bien sûr, il en rigole. Par contre, ma curiosité, elle, ne le fait pas rire du tout, elle le soûle! Il m'appelle La Glu, ou l'Insatiable, et râle chaque fois que je le persécute, autrement dit, quand je cherche à tout savoir de son métier en l'inondant de questions plus embarrassantes les unes que les autres, sans jamais lâcher prise ni surtout me préoccuper d'un emploi du temps d'artisan bien moins maléable qu'on aime à le croire! Pas plus que je ne fais cas de ses sourires moqueurs lorsqu'ils viennent répondre à mes questions les plus naïves, mais ça, il apprécie. En fait, je l'étonne à tirer aussi facilement parti de ses conseils et, comme c'est un gentil, il ne s'en cache pas! jeudi dernier, je l'ai même entendu dire à mon père qu'il me trouvait brillant, à l'inverse d'un benêt de fils bien plus attiré par les filles et la bière que par la varlope ou le rabot! Moi, ça me va: j'adore les compliments... Son atelier m'enchante. Chaque jeudi, je viens renifler le parfum suave des grumes fraîches et me délecter des senteurs acides de la sciure humide, mais ce que je préfère, c'est l'observer dans ses oeuvres et profiter de l'aubaine pour suivre le parcours répétitif des courroies claquantes et menaçantes, si fascinantes par ce qu'elle entraînent toutes frénétiquement. Parfois, une peur pernicieuse me laisse imaginer un bras happé par les sangles en folie, ou me fait frissonner d'appréhension à l'idée d'un doigt sectionné net par le tourbillon hallucinant des lames de la dégauchisseuse ou celles de la toupie. Sa main gauche gantée de cuir noir rajoute d'ailleurs à mes craintes mais je me garde bien de le questionner pour ne pas avoir à écouter une histoire que je ne saurais entendre. Beurk! Parfois, dans ses bons jours, il m'autorise à pousser le levier à boule noire qui enclenche la scie à ruban. Là, le moteur étouffé de sciure s'élance alors dans ses stridences insoutenables pour vite emballer l'ensemble des poulies tandis que les dents métaliques s'enfoncent à toute allure dans la table d'acier, voraces et effrayantes! Alors, ses poings sur les hanche et ses lunettes poussièreuses relevées sur le front, il s'amuse quelques secondes de mon ravissement candide puis vient invariablement m'attraper par les épaules pour vite m'éloigner du monstre... Ce jour là, je rentre au bercail, mon humeur mitigée: l'artisan m'a refusé ses outils les plus banals mais le même ami m'a offert une superbe chûte d'okoumé miraculeusement épargnée du feu hebdomadaire, un présent que je serre contre mon coeur comme s'il s'agissait d'un bébé. Bien sûr, j'admets la prudence de Gepetto, mais pas question de tout laisser tomber! Pour faire aboutir mon projet, je vais me rabattre sur les vieilleries héritées de mon grand-père: le garage familial recèle quelques caisses vermoulues bourrées de gouges rouillées aux manches déchiquetés par les coups du passé et de ciseaux à bois hors d'âge moins affûtés qu'un genou de bonne-soeur, mais je vais me contenter de cette misère! Ma pièce de bois à peine bloquée dans l'étau, je m'empare de l'égoïne aux dents de nonagénaire que mon père insulte chaque fois qu'il se fait mordre, puis je me lance dans mon défi: reproduire au mieux cette tueuse de fauves admirée à longueur de nuits sur les pages jaunies de mon catalogue préféré. Mes lacunes, elles, crient au fou... Le façonnage de la crosse s'effectue sans réelle difficulté mais l'évidement destiné au mécanisme m'en fait voir de toutes les couleurs! Parfois, sans crier gare, une barbe d'acier se détache de mon bédane pour venir s'enfoncer là où ça fait mal, pile à la base d'un pouce déjà mâché par les ripages d'un mal emmanché de marteau! Alors, passée la petite danse que j'offre à mon établi insensible, le sparadrap sort de sa cachette enguirlandée de toiles d'araignées elles-mêmes enjolivées de copeaux pour panser la plaie, puis ma résignation prend le relai: " - Allez, Lapin, tout métier porte sa part de risques..." Lui-même espiègle, le canon me donne quelque fil à retordre car enfoncer un tube de cuivre dans un autre en acier relève de l'exploit lorsque les diamètres s'y opposent! mais à force de persévérance et de jurons, les rebelles acceptent de s'imbriquer, et même, de s'aligner. Un prodige que je vérifie en orientant l'objet vers la lumière afin de me régaler de cette brillance inouie qu'offre le cuivre flambant neuf: j'adore! Pour ne pas être en reste, le mécanisme de mise à feu m'entraîne vers des abîmes de réflexion d'où je m'extirpe exténué tandis que'une ribambelle de schémas jonche l'établi. Par chance, la pénombre me fait actionner l'interrupteur, ce qui fait instantanément jaillir la lumière! J'allume aussitôt mon fidèle chalumeau, brase un ergot à l'une des extrémités du canon puis, dans la foulée, m'attaque à la culasse. Je sais l'organe essentiel mais les moyens me manquent, alors je le réalise à l'aide d'énormes rondelles préalablement entaillées que j'aligne dans un ordre précis avant de les souder entre-elles. Ainsi organisées, les dites entailles constituent une rainure parfaitement rectiligne suivie d'une cavité semi circulaire, l'ensemble s'accordant pile-poil à l'idée du départ: guidée par son ergot, le canon glisse bien droit dans sa culasse puis se vérouille en un quart de tour comme une ampoule électrique dans sa douille! Très joueuse, ma fierté déclare l'idée lumineuse, mais ma lucidité, elle, affirme que mon puriste de père va s'horrifier de son "principe"! Alors ma logique vient clore le débat: le tout fonctionne, et c'est le "principal"! Cette forme de détente étant acquise, je m'attaque à la conception de la suivante et, une heure plus tard, celle-ci retient un percuteur bricolé à partir d'une tige de soupape réformée, poussée par un ressort lui-même récupéré: j'adore fouiller les décharges publiques et me suis lié d'amitié avec quelques clochards qui, de bonne grâce, sélectionnent dans leurs trouvailles ce qui saura m'être utile. Moi, en échange, je leur refile ce qui ne me sert pas. Du vin, par exemple, puisque ma cave en déborde. À l'époque, c'est normal: les hommes ne se méprisent pas... Bref, dès le lendemain, et parce qu'il me tarde de tester mon oeuvre, je me rue " à fond à l'heure" vers le centre de Nantes et là, angoissé mais heureux, m'encourage à pousser la porte d'une armurerie pour y mentir. Et ça marche! Bluffé par mon aisance, le commerçant farfouille de tiroirs en étagères puis, faute de stock, se précipite vers sa réserve. J'ai choisi de lui décrire une arme répandue qui, ordinaire et bon marché, ne risque pas d'éveiller ses soupçons, mais je n'en mène pas large car mon jeune âge, lui, peut à tout moment l'interpeller! Du coup, l'attente me paraît interminable tant je redoute la mise au jour de ma supercherie! Le cas échéant, que faire? Fuir? Abandonner? Quelle horreur! Par chance, lui ne se pose pas de question mais réajuste simplement ses lorgnons pour mieux me rendre la monnaie, alors, l'affaire étant faite et mes craintes évanouies, je regagne mon antre au triple galop en serrant au creux de ma paume ce trésor cartonné plus lourd qu'un lingot d'or. La porte du garage à peine refermée, un tout premier petit cylindre de laiton se voit présenté à la culasse - car ni l'un ni l'autre ne se connaissent - puis le quart de tour nécessaire au bloquage s'effectue en un clic délicieux. Les mâchoires de l'étau viennent ensuite coincer le fût de l'arme, au cas où tout exploserait, puis l'ensemble se laisse orienter vers le fond du local, à toutes fins utiles! Mon coeur battant la chamade, j'achève ces préparatifs en nouant un fil à la "gâchette" fraîchement peinte puis je me planque derrière la porte, côté jardin. Là, accroupi tête basse et mon souffle bloqué, je compte jusqu'à trois et tire sur la ficelle. La détonnation étonnamment discrète n'effarouche qu'à peine les deux tourterelles prisonnières de leur dégoûtation posée à même le muret mitoyen. Moi qui redoutait le tollé du voisinage! Mon impatience à découvrir les effets du tir me propulse alors vers le fond du garage où je prends vite conscience de ma réelle inconscience: ces balles minuscules portent à plus de deux mille mètres! Un trou parfaitement rond laisse désormais passer la lumière du jour à travers le portail tandis qu'à l'extérieur, éclatées en marguerite, d'agressives échardes s'éparpillent en tous sens. Le puissant projectile n'en est pas resté là mais a traversé la rue pour aller s'enfoncer dans le tronc d'un énorme platane planté sur l'autre trottoir. Par chance, personne n'a eu la mauvaise idée de passer à cet instant prècis! Alors, ma joie et ma fierté éclatent à leur tour tandis que je m'enivre des senteurs de la poudre... Quelques semaines passent, moins vite qu'un café et bien plus énervantes tant il me tarde d'expérimenter ma merveille, cette fois-ci, pour de vrai! Dieu merci, l'été va nous entraîner en Bretagne vers un lieu de cocagne où vieillissent mes grands-parents paimpolais, deux aimables sauvages propriétaires d'une sorte d'ermitage bien accordé à leur misandrie notoire, caché au milieu des bois et environné de collines escarpées, le tout à deux pas de l'océan. Autrement dit, le rêve! Au jour dit, je camoufle la clandestine sous le siège arrière de la deux-chevaux poussive - neuf heures de balançoire pour effectuer le trajet - sans que nul ne s'en aperçoive, puis, passées les retrouvailles, la récupère et fonce me faufiler sous les rames obscures dès lors transformées en une jungle d'une formidabe dangerosité. Jour après jour, ce territoire devient mon île, et moi, Robinson. Je m'y évade à longueur de temps en m'appliquant à vivre de la manière la plus sauvage qui soit pour ne rien avoir à envier au courageux héros de Daniel Defoe, mon écrivain préféré. Un matin de tempête, une trouée de ciel bleu laisse entrevoir un immense goéland soutenu par le vent, très haut au dessus des cimes. D'un élant instinctif, je vise et tire dans le seul but de relever le défi mais, à ma grande surprise, l'oiseau magnifique se décroche tel un cadre de son clou puis, ses ailes emmêlées, s'écroule en tournoyant pour tomber à mes pieds! J'en reste médusé. Quel shoot! Mieux que Buffalo Bill! Las, les soubresauts de l'oiseau viennent rapidement gâcher ma joie: bien que touché à la tête, ce maître de l'espace refuse sa déchéance et, ses ailes gigantesques battant les ronciers, tente de reprendre son envol! Seuls ses nerfs l'animent encore mais son instinct de fuite l'aide à voleter vers un taillis d'acacias où il vient s'imbriquer pour finalement se fracasser contre une souche saillante, son oeil éperdu d'incompréhension. Là, je ne fais ni une ni deux mais dévérouille mon arme, engage une nouvelle balle dans le canon, réarme le mécanisme, puis, d'une froide détermination de professionnel, tire à bout portant. Sans doute ce même coup de grâce élimine t-il également mon héros puisque j'abandonne alors ma complice pour mieux prendre mes jambes à mon cou! La nuit venue, le vent marin berce la maisonnée endormie, mais moi je ne dors pas. Les remords alimentent mon insomnie tandis que l'horloge du salon impose ses tic-tac exaspérants en ponctuant à grand bruit les heures noires de cette nuit blanche, tel un glas... Par bonheur, le chant idiot du coq voisin vient finalement me rappeler que cette journée marque la fin des vacances et qu'à cause de cela, il me faut récupérer ma dite complice pour la planquer dans la Citroën avant que mon père n'entreprenne de charger les bagages! L'idée me fait aussitôt enjamber l'appui de la fenêtre puis vite m'enfoncer sous les frondaisons frémissantes, ma trouille en bandoulière... Ouf, ma tueuse ne s'est pas transformée en esprit follet mais en nymphe irisée, et là, git alanguie parmi les fougères elles-mêmes couvertes de rosée. Près d'elle, seules quelques plumes jonchent encore le terreau moussu: le renard s'est chargé des funérailles! À cet instant précis, une seule pensée me traverse l'esprit: ni vu ni connu, puis je fais demi-tour et, chemin faisant, (suite note 14) |
12 - Un coup pour rien...
| Grâce à Topodoc, une solution se profile enfin: vingt pages de la Coulée Douce vous seront accessibles dès mardi prochain. L'informatique a de ces caprices, parfois... Amicalement, Alain |
11 - La Coulée Douce ( 20 premières pages - bientôt... )
| Désolé, mon vieil iMac G3 OS 9.1 ne peut pas créer de fichier pdf, alors je vais me débrouiller autrement, en recopiant le texte au mot à mot (bonjour le boulot) ou en essayant de le transférer à l'aide d'un autre ordinateur. En attendant, vu que cela risque de prendre un peu de temps, je vous invite à aller faire un tour sur le site en cours de construction de Sandra Reichardt, une illustratrice parisienne au talent reconnu dont l'univers original ne pourra que soulever votre enthousiasme! (Vous trouverez son Lien au bas de la colonne de droite) À très vite, Alain |
10 - Mieux vaut tard que jamais...
| Je profite de cet espace apparemment visité pour remercier tous ceux qui se donnent la peine de le faire, y compris les fâcheux, comme dit Bertrand, mon ami bloggeur. Je rends également grâce à mes lecteurs, ceux qui se sont fendus de 15 € sans même me connaître, juste pour s'imprégner de l'univers intime de mon tout premier roman: " Elle, La fin du samsara"! Un grand merci également aux 300 municipalités de Gironde qui se sont spontanément mobilisées pour acheter ce bouquin, à ces 147 Blayais qui ont eu cette même initiative lors de l'action caritative faite au bénéfice des Sinistrés du Gard, et à ces bibliophiles anonymes de Vienne, de Vendée, des Deux-sèvres, de Charente Maritime, de Loire-Atlantique, du Maine et Loire, du Gard, de L'hérault, des Pyrénées Orientales, de Paris, d'Ile de France, du Nord, de ma chère Bretagne et de bien d'autres contrées encore, qui, tous, ont eu cette incroyable et réconfortante curiosité que je préfère interpréter en marque de confiance. Naturellement, beaucoup me sont inconnus, mais j'ai eu la plaisr d'en rencontrer quelques-uns au cours de mes séances de dédicaces et me souviendrai à jamais de leurs visages ou de leurs sourires, si porteurs de sympathie, de connivence et d'encouragements. Cela va de soi, je n'oublie pas Mireille, mon amie chère au cheminement littéraire sans égal, ni Gérard, cette plume délicate au crissement si lucide, ni Olivia de Saint-Denis, si confiante bien qu'au fait de mes doutes et tourments, ni ces journalistes devenus mes amis et qui, de leur propre chef, m'ont soutenu sans relâche tout au long de mon parcours on ne peut plus improbable. En écrivant cela, je pense à Arnaud de Midi-Libre, à Jacques, Fabienne, Guillaume et Marie-Laure de Sud-Ouest, à Marion et Jean-François de Centre-Presse, à Philippe de Ouest-France, à BJ de Vendée Matin, à Thomas de L'Indépendant, à Stéphane de Haute Gironde et à tous ceux qui ne souhaitent pas être cités dans ce blog mais dont la modestie n'a d'égal que le talent. Enfin, je remercie les organisateurs du prestigieux festival "Musique à Pile" (de Saint-Denis de Pile, Gironde), qui ont su m'offrir cette journée mémorable en compagnie de centaines d'amoureux du livre tous venus s'enquérir de mes espoirs ou avancées. Qu'on ne s'y trompe pas, cette note n'est pas une tactique à but flatteur ou lacrymogène, simplement l'expression de ma réelle gratitude, un tantinet tardive mais totale et sincère. Ces choses étant dites, il me reste à vous rappeler que vous serez bientôt amenés à suivre les méandres de La Coulée Douce, cette loufoquerie autofictive pour laquelle je recherche un authentique éditeur. Bien à vous, Alain. |
9 - Appel à témoins
| Le rodage de ce blog ayant été respecté, plus rien ne m'empêche d'appuyer sur le champignon et d'ainsi me faire une idée plus précise de ses performances. Je vais prochainement vous présenter une partie de mon travail, et parallèlement vous inviter à vous manifester sans complaisance pour que votre sens critique puisse m'aider à renouer avec une objectivité que je ne détiens plus. Il paraît que c'est normal mais j'ai du mal à l'admettre, d'autant que les éditeurs auxquels j'ai fait parvenir mon tapuscrit ne se précipitent pas pour me répondre! Cela étant, il faut relativiser: nous sommes souvent à l'origine de nos désagréments et l'idée que nous nous faisons de nous-même n'est tout aussi souvent qu'un accommodement fait pour nous satisfaire... Je compte donc sur vous pour m'aider à y voir un peu plus clair et me tiens bien évidemment à votre dispostion pour débattre en toute honnêteté de vos propres doutes littéraires! À bientôt, Alain |
8 - Résolution
| Ces quelques jours de déconnection m'ont aidé à réaliser à quel point je déconnectais. Au départ, mon désir était de m'étaler avec humour et de communiquer en toute simplicité, or, la réalité est toute autre: je m'étale effectivement mais de tout mon long et, au lieu de communiquer, ne fais que batailler, ruer dans les brancards, dénoncer, brocarder, attaquer ou me défendre! Serais-je aigri? Delphine (du Var) que je remercie au passage pour ses messages fort pertinents, m'attribue un style pompeux, décalé, voire has-been. J'en prends acte, et considère qu'elle n'a pas tort si elle se réfère au langage texto, mais, manque de chance, ce système merdouilleur simpliste (SMS) me "hérisse le poil", alors je vais continuer sur ma lancée et classer verticalement tout ce qui ne sera qu'à l'opposé de mes affinités: d'une part, c'est mon espace et d'autre part, je n'oblige personne à en souffrir! Aigri, moi? Non, sélectif et un rien frondeur, parce que je prends soin de moi et que, franchement, certains le valent bien! Tout est donc bien qui continue bien: ainsi résolu à persister et signer, je vous dis à bientôt pour d'autres flèches ou caresses! Bien amicalement, Alain |
7 - Ce qui me hérisse le poil:
| Ce qui me fait montrer des dents? Un jugement hâtif, le laxisme, la méchanceté, l'aggression défensive, l'évaluation subjective, la réactivité incontrôlée, l'individualisme, la prétention, l'intolérance, l'hypocrisie, l'indifférence, les bruits parasites, le silence anormal, le mot de trop, le mot manquant, l'attente, bref, ce qui sait faire mal... Je ne développerai que dans deux ou trois jours, le temps d'évacuer ma hargne et d'ainsi tenir à l'abri de révélations spontanées une donneuse de leçon qui ne s'en remettrait pas: un blog n'est pas un lave-linge familial! La concernée se reconnaîtra... |
6 - Écrit à l'heure où sortent les couleuvres...
| Ce matin, l’aube s’appelle Aurore et ça me plaît. Tout dort alentour ou presque, puisque le taillis vient de frémir. Moi, je me faufile aussi mais dans le fatras de mes souvenirs, d’un pied prudent car je ne sais pas ce que le passé me réserve... Pour l’instant j’ai envie de jouer, de jouer avec les mots comme naguère, lorsque j’étais en paix. Là, ce n’est pas le cas mais c'est tant mieux, la paix ne me rassure pas. Seule ma faiblesse me rassure car elle-seule ne me trompe jamais. Cela dit, il ne faut préjuger de rien: même les faibles connaissent l’effort. Faut-il être fort pour être un homme? J’en doute. Pour moi, être un homme n’est pas un devoir mais un affrontement de soi doublé d’une fatalité chromosomique. La volonté n’a donc rien à revendiquer et je sais de quoi je parle puisque je suis volontaire. La preuve, je vais bientôt arrêter le tabac et ne fumerai jamais plus, hormis le jour de mon incinération, bien entendu... La vie se moque de moi? Qu’importe! Je me moque d’elle et ne l’envie en rien: cette ravageuse n’est qu’une réserve pour croque-morts, un stock dont ces lascars tirent profit même mourants puisque là encore, c’est du bénef! Allez, grand bien leur fasse, d’autant que je subodore une forme de justice: quand la vie vous caresse, la mort vous gifle, et vice versa. À bien y réfléchir, la vie n’est pas "l’amer" à boire mais il faut bien reconnaître qu’on en bave tout de même... Même les riches, même les pauvres, et ça commence de bonne heure! Voyez le mal que ces gosses de pauvres se donnent à ériger leurs HLM de sable sur ces plages partagées où s’élèvent, arrogants, de somptueux chateaux, ceux des gosses de riches, tout aussi friables mais somptueux, eux! Personnellement, ça me déroute, alors je choisis de rêver... Prudemment, car de cela aussi il faut se méfier: un jour, en me penchant sur mon passé, je suis tombé dans un trou de mémoire et depuis, je "pense" mes plaies... A présent, comme d’un verre brisé mais en moins transparent, mon cervelet se vide sur le velin avide mais là, attention, point de faux-semblant, point d’artifices ni d’attitudes factices, juste une vérité aux limites insondables, la mienne! Je n’ai plus honte de rien, ne souffre plus d’envies et ne trouve la paix qu’en fouillant le passé même si mon présent conserve son attraît. Je marche à contre-sens, poussé par l’habitude et succombe à mes sens en toute plénitude. Ainsi, cahin-caha, j’offre à mon existence le temps qu’elle me réclame tandis qu’il s’effiloche, se fait peau de chagrin... Je marche plus ou moins seul, mon pas de sénateur accordé à mon pouls qui, lui, va sa mesure. Ce mouchard suit au mieux les “poum-toc “de mon coeur et tout cela fonctionne envers et contre tout. La vie me colle aux basques bien qu’elle me fasse horreur, l’arthrose me mord les doigts, les poignets, les épaules... Je sens déjà le froid que l’ennui cathalyse au détriment du feu qui, las, m’habite encore. Je ne suis pas âgé ni chenu, mais vieilli... Je ne suis pas brisé mais gourd, comme en veilleuse. Au lieu de dire je vais, je dis " si je voulais " alors qu’en paradoxe, je veux de plus en plus et rêve chaque jour d’en faire davantage... Mais du sang ou du coeur, qui donc commande quoi et cela dans quel ordre? Le sang, prétendez-vous? Sûr qu’il dicte sa loi et que rien ne le gêne, non même ces gènes ardants qu’il porte et véhicule, ou ces voies détournées qui conduisent son flux, l’obligeant çà ou là à stagner, à surseoir, à ne plus se mouvoir ni laisser s’émouvoir... Mourir, est-ce vieillir et puis partir un peu? Décide t-on de vivre ou de mourir encore? Voilà une enjambée que je ne saurai faire, ou alors, contraint et forcé! Pourtant donc optimiste, je clame haut et fort que là, franchement, non, je n’y arriverai pas! Cela dit, je n’aurai plus l’heur d’en prendre conscience, alors... Alors, jetons l’éponge et qui vivra verra... Cela me ramène encore à mon illustre père qui, toujours le même mais vieillissant, se jetait sur son journal matinal et là, son nez chaussé, fouillait fébrilement la rubrique nécrologique histoire de se réjouir de l’absence de son nom! Cette évidence lui offrait chaque fois sa minute de béatitude, et moi, ma secousse journalière de complaisance faussement exaspérée sachant que ce gentil fourbe faisait mine de ne pas faire semblant... Quoi de plus provoquant qu’un esprit supérieur jouant les imbéciles en toute inanité, en toute fausse candeur? Sacré vieux garnement! Dieu qu’il en jouait bien et que ça me faisait mal même si ça me faisait rire! De cela je retiens que, quoi qu’il en soit dit, tout est permis d’avance y compris l’inavouable. Il faut juste savoir assumer ce tout là et accepter un jour d’en payer la facture, malus addtionné aux tares et conséquences. Je n’incite à nul mal, ni ne prône ni ne vante les actes interdits que bannit la raison mais, à n’en pas douter, nous nous appartenons et ne tiendrons vivants qu’à force d’être fous! Fous de vie et de temps, me faut-il préciser. Vous souriez et doutez? Moi, je l'affirme debout: qu'importe la consigne, vivons, un point c’est tout! *********** Salut à vous, et à bientôt pour de nouvelles élucubrations toutes extraites de L'Esprit Cannibale, mon dernier bébé. Alain |
5 - Ce qui me préoccupe (suite)
| Ce qui me préoccupe aujourd'hui? l'éventualité d'une réaction négative de votre part, un " sauve-qui-peut " généralisé consécutif à ma dernière note. Pourvu qu'il n'en soit rien! N'allez surtout pas croire que je profite de ce site pour vous accabler, je ne fais que m'exprimer à mes risques et périls! Pour tout vous dire, je suis de nature optimiste et ne me répends que rarement, cela par le biais de l'écriture puisque seul mon stylo sait être l'éboueur capable de vider ma poubelle. L'affaire étant entendue, revenons à ce blog. Le ton bon enfant que j'y entretiens depuis le début ne vous a sûrement pas échappé. C'est mon garde fou. Cet artifice me permet d'affronter la réalité sans me laisser aller au cynisme ordinaire, révélateur de désenchantement latent. Cependant, il m'arrive d'en jouer, de l'offrir en soupape de sécurité à ma lucidité, pour décompresser un peu... Je vais d'ailleurs m'y employer dans le courant de la semaine car, voyez-vous, ça me démange: accrochez-vous! |
4 - Ce qui me préoccupe:
| Préambule à but antalgique: avant d'aborder ce sujet éminemment sérieux, je dois me libérer, vous dire que plus le temps passe, moins je supporte ceux qui me le volent! Je suis actuellement assailli par une meute de râleurs, je ne vous dis pas! Rien que des inactifs méchamment réactifs, rien que des redresseurs de torts visiblement tordus! Il y a un nid, ou quoi? Ca sort de partout! Toujours la bouche ouverte mais rien au palmarès! C'est fou, ça! Avant de se laisser aller au persiflage, ne faut-il avoir fait ses preuves? De quoi j'm'e-mail, sans blog! Explication: dans un récent message, l'un d'eux ose dire de mon premier roman qu'il cache une trame subversive, voire, porno! Et là, franchement, les bras m'en tombent! Si, lui, juge pornographique le contenu de mon texte, celle près de qui il dort - il ne peut en être autrement - ne doit pas rigoler tous les jours! Non content de cela, ce moraliste en appelle à mon respect! Et puis quoi, encore? Primo, je ne respecte que les gens respectables et, secondo, le respect de se doit pas, il s'inspire! Peut-on imposer d'aimer? Peut-on forcer à haïr? N'importe quoi.. Allez, oublions, d'autant que ce genre d'avis n'est pas majoritaire... Cependant, ce type s'en sort bien: vu mon caractère, ce coup de gueule n'est que l'expression retenue d'un Câlin Courroux! Bon, disais-je, sautons à l'essentiel, s'attarder davantage ne serait que l'honorer! Hormis donc la bêtise, ce qui me préoccupe le plus est ce paradoxe devenu monnaie courante, la fuite en avant. Cette démarche de tourteau me laisse un rien pantois! Exemple: Nad, ma " Elle ", est malade depuis peu, or, ceux qui pourraient l'aider s'en foutent royalement! Je n'affabule pas, un traitement efficace existe mais on ne peut se le procurer qu'à l'étranger et à prix d'or! Est-ce bien raisonnable? Vous, je ne sais pas, mais moi, ça me préoccupe... Bon, le Ministère de la Santé se dit concerné et, depuis deux ans, tient en laisse un protocole d'accord concernant ce traitement infiniment inquiétant ( peu lucratif pour les labos ) mais, en attendant, ma Nad crève de trouille à l'idée d'une aggravation et moi, j'enrage de ne lui être d'aucun secours. Enfin, si, je lui dis mon amour et je paye le traitement... Pour information, sa maladie porte le nom de sclérose en plaques, mais nous, nous la surnommons SEP (Soutien, Énergie, Parole) parce qu'il faut positiver. Cela va de soi, je me tiens à la disposition de tous ceux qui souhaiteraient en savoir davantage. Allez, c'est tout pour ce soir: il faut que j'aille la rassurer et l'aider à se coucher. Bien à vous, Alain |
3 - Ce qui me séduit:
| Cette rubrique se veut informative, mais l'information vaut-elle d'être diffusée? Grande question... M'exhiber dans cet espace comme sur le devant d'un miroir sans tain m'inquiète un peu. Cela relève de l'égocentrisme et j'y vois davantage un divan de psy qu'une vitrine à thèmes! Mais, bon... se dévoiler n'est pas forcément se mettre à nu, et soliloquer n'est pas le symptôme probant d'une sénilité avérée! C'est vrai, après tout, se livrer en toute liberté peut être une façon de crier son isolement (ce qui, de mon point de vue, n'a rien à voir avec la solitude) un moyen finalement pudique de briser le silence, d'obtenir un écho, d'ouvrir une brêche ou, mieux, une porte! Allez, je m'y risque, je m'adapterai à ce qui s'en suivra... J'ai appris tout dernièrement que j'appartenais à la famille des " contrôlants ", ces individus qui ne croient qu'en eux, doutent par conséquent des capacités de ceux qui les entourent et ne veulent donc entendre que ce qu'ils ont eux-mêmes à dire! Cela traduirait-il une impuissance liée à une forme de peur, cher Dr Freud? Cela signifierait-il que ce qui me séduit n'est rien d'autre que moi-même, et qu'à part la mienne, aucune séduction ne peut m'atteindre? Fichtre, si tel est le cas, me voici dans de beaux draps! Adieu, admiration fortuite! Adieu, désir instinctif! Adieu, connivence d'un soir face à un trait d'intelligence! Impossible, ce n'est pas concevable, il y a maldonne... Ou alors, j'ai mal interprété... Mais non, suis-je bête, je ne peux pas avoir mal compris puisque je suis un " contrôlant"! Alors? Qu'ai-je à faire d'autre que me mirer? Réfléchir? D'accord, ça me fera encore m'occuper de moi et pendant ce temps là, je n'importunerai personne! Holà! Il faut que je fasse attention, parti comme je suis, je vais bientôt appartenir à la famille des "dominés "! Au secours, quelqu'un! je n'ose plus penser! Cela dit, c'est peut-être justement le but recherché, hmmm? Re-Hola! Méfiance, je me rapproche à présent de la famille des "paranoïaques "! Pfff! Ce que c'est chiant d'être lucide! Allez, ça suffit pour ce soir, je vais rejoindre ma famille! |
2 - Choses promises...
| Vous pouvez désormais découvrir quelques photos en cliquant sur album. Le contenu actuel de ce blog est plutôt succinct, j'en conviens, mais je vais l'étoffer jour après jour et, de cette façon, m'acquitter de ma promesse initiale: tout vous dire sur ce qui me séduit, me préoccupe ou me hérisse le poil! D'ici-là, n'hésitez pas à vous fendre d'un commentaire, même maigre, qu'il puisse m'assurer de votre existence! Bien amicalement, Alain |
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