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David Songer : auteur en chute libre

Chroniques de Mallot (extrait)

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Mardi 21 sixième an 137


Un courant d’air fit claquer la porte d’entrée. Je compris donc que Madame Duclos venait d’arriver. Comme à son habitude, elle proféra quelques insultes à ma secrétaire, non pas à son encontre directement, mais sur les interminables arrêts de bus qui jalonnent son trajet depuis chez elle jusqu’à mon cabinet. Je l’entendais hurler dans le couloir :

« - Tous ces crétins qui ne peuvent même pas marcher cent mètres! imaginez-vous que pour arriver chez vous le bus s’arrête douze fois alors que j’habite à peine à deux kilomètres d’ici!

- Vous devriez venir à pieds, l’interrompis-je en sortant de mon bureau.
- Ah Docteur Mallot, vous en avez de bonnes, vous. Et comment que je ferais pour marcher dans cette pollution?
- Vous n’avez pas votre masque à oxygène?
- Mon chien l’a encore enterré Dieu sait où.
- Bon, bref, entrez je vous prie, nous parlerons de cela une autre fois. »

Madame Duclos était un cas ordinaire : trente-neuf ans, quatre-vingt kilos, comptable dans un cabinet d’avocats spécialisé dans les crimes animaliers, intoxiquée aux jeux télévisés, atteinte d’un trouble bipolaire depuis quatorze ans, célibataire et convaincue que si elle n’a pas trouvé l’homme de sa vie c’est parce qu’aucun ne la voit telle qu’elle est vraiment.

« - Avez-vous pris votre nouveau traitement, Madame Duclos?
- Impossible ! ça mousse trop votre truc : dès que je mets le disque dans l’eau tout devient vert, ça mousse, ça déborde et finalement une sorte de gaz qui sent mauvais s’évapore du reste de la mousse. Comment voulez-vous que j’avale ça?
- En effet, je comprends. Mais je vous rappelle que vous devez mettre le petit disque sur votre langue et ensuite seulement avaler un grand verre d’eau.
- Ah bon? Vraiment? Mais alors cette espèce de réaction bizarre se passera dans ma bouche? C’est monstrueux!
- Oui mais c’est le traitement, Madame Duclos.
- Encore ces couillons d’Américains! Depuis qu’il n’y a plus de pétrole, ils font du fric avec des médicaments dégueulasses!
- Et bien Madame Duclos, vous êtes bien remontée aujourd’hui. Dites-moi ce que vous ressentez maintenant. »

Sans vraiment répondre à ma question, elle m’énuméra toute une liste de choses qu’elle tenait pour responsables de son malheur tant qu’elle n’y aurait pas accédé, notamment de participer à « Une vraie vie pour tous », le dernier jeu télévisé à la mode. Le futur gagnant doit bénéficier de 3 semaines en hôpital psychiatrique tous frais payés par la production. Ce jeu me fait froid dans le dos rien que d’y penser. D’autant plus que lors de la dernière édition, le vainqueur avait « gagné » un mois en prison, au quartier de haute sécurité.

« - Mais Madame Duclos, vous êtes déjà allée en hôpital psychiatrique. Vous voulez vraiment y retourner? Je peux vous faire interner si cela vous fait plaisir.
- Mais non, là c’est pas pareil, dit-elle toute excitée, là on y va parce qu’on a gagné et qu’on est célèbre, tout le monde vous reconnaît, comme une star quoi. »

Ainsi donc, des dizaines de milliers de personnes rêvaient, comme Madame Duclos, de se faire interner en psychiatrie comme des stars. C’était là un nouveau signe des temps que nous vivions : des individus banalisés, rendus insignifiants, sans aucun autre avenir que leur présent, espérant tous quelque chose d’excitant qui les sortirait de leur misérable existence, pour quelques semaines, avant de retourner d'où ils viennent : la routine.

Zyprudone® n. m.

Psychiatr. Médicament à base de gaz de Tigot additionné de molécules rubescentes.

Troxypote® n. m.

Psychiatr. Autre médicament gazeux à base d’autres molécules rubescentes.

« - Bien, avant de nous quitter, parlez-moi de vos allergies. Avez-vous vu le spécialiste que je vous avais recommandé?
- Il ne peut rien faire. D’après lui c’est une réaction provoquée par le Zyprudone que je prenais contre la réaction à l’air conditionné, pour laquelle d’ailleurs les ampoules de Troxypote ne font plus effet. Du coup il préconise une désensibilisation en caisson hypobare mais j’hésite…
- Si cela peut vous rassurer j’ai un autre patient qui a suivi ce traitement en caisson hypobare et mis à part le fait que ses yeux ont viré au violet pendant trois semaines, ça a été un réel succès : il peut à nouveau respirer normalement, pour autant qu’il garde son masque à oxygène bien sûr. »

Ces nouvelles allergies sont de plus en plus nombreuses et selon les spécialistes elles seraient provoquées par une teneur croissante en méthane dans l’air, ce qui, mélangé au taux déjà élevé de monoxyde de carbone, oblige la population à porter des masques à oxygènes à l’extérieur, cela depuis huit ans environ. Chacun s’en accommode comme il peut, même si les créateurs proposent maintenant des coloris très tendance.

Parfois je me demande comment il se peut que la priorité des individus soit encore de rester jeune et beau, d’être célèbre, d’accéder au bonheur, de paraître en forme et bronzé, alors que la seule réelle priorité, à mon sens, est de rester en vie tout simplement. Et cela ne va pas de soi, je dirais même de moins en moins.

Ritoplac n. m.

Biolo. Bactérie dont la spécificité est de se développer et de survivre dans les céréales, ainsi que dans le sucre.

Chaque année plusieurs dizaines de personnes meurent écrasées par les tampons-nettoyeurs, cette invention stupide supposée débarrasser les ordures et nettoyer les vitres des immeubles en même temps. Ces machines n’ont jamais réellement rempli leur mission mais puisque personne ne veut faire ce travail, on les garde.

A côté de cela, on ne compte même plus les nombreux cancers provoqués par les téléphones cellulaires implantés ou encore par l’excès de Ritoplac dans la nourriture. Personne à ce jour n’a pu supprimer cette bactérie responsable de cancers foudroyants. Les industriels savent pourtant la détecter et ont même l’obligation d’indiquer sa teneur sur les emballages mais ils trouvent toujours une échappatoire.


(à suivre)

:: note publiée par David Songer :: le dimanche 20 avril 2008 à 12:00 ::
:: Chroniques de Mallot (extrait) ::
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Je disparais

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Tant pis si je me dévoile,

Si je déballe,
Si je déborde.

Tant pis si je suis prévisible,
Si je prétends,
Ou me précipite.

Qu'importe si je me surestime,
Si je suralimente,
Ou me surcharge.

Puisque je suis vraiment muable,
Comme un triste muguet,
Éternellement museur.

Puisque je vis dans l'amathie,
Je tente de m'amender,
Voire de m'amicoter.

Alors tant pis si je suis libre,
Parfois licencieux,
Mais jamais loulou.

Tant mieux si je détonne,
Et si je me disperse,
Puisqu'enfin je disparais.
:: note publiée par David Songer :: le jeudi 17 avril 2008 à 12:00 ::
:: Je disparais ::
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La nuit

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J'aime la nuit.
Paradoxalement c'est la fin de la nuit que je préfère, juste avant l'aube, lorsque les heures sont encore bleues.
Ce sont les instants où je sens que mon corps n'est pas un obstacle à mon esprit, où la matière est comme morte et où les gens sont plongés dans leur sommeil.

Alors je peux créer.
C'est-à-dire que j'essaie de donner vie aux formes abstraites qui tapissent mon âme.
Parfois je ne fais rien, je reste assis dans mon fauteuil à savourer le silence, car il n'y a rien de plus silencieux que la nuit.
Souvent je pense aux choses qui me sont inaccessibles le jour, comme si le soleil, une fois levé, faisait écran à certaines fonctions de mon esprit.

J'aime la nuit car elle a le pouvoir de me rendre unique et seul.
Marcher dans les rues de la ville la nuit me donne l'impression que tout le monde est parti, que les gens ont disparu.
Cela me plaît d'avoir l'illusion que la ville m'appartient.

Chaque nuit est un aperçu de la Grande Nuit, celle qui m'enlèvera définitivement à ce monde de ténèbres.
Car comme l'a écrit Victor Hugo "
chaque homme dans sa nuit s'en va vers sa lumière."
Oui, la nuit a vraiment le pouvoir d'éclairer en moi ce qui le jour est dans l'ombre.
Étrange paradoxe !

J'aime la nuit enfin pour les matins qu'elle me donne : instants précoces d'une journée différente marquée par l'ouvrage nocturne.
Après avoir beaucoup douté jusqu'à l'aurore, ma première certitude est que je vais passer une bonne journée.
À ce moment-là je peux aller me coucher l'âme en paix, soutenue par le chant des oiseaux.
:: note publiée par David Songer :: le mardi 15 avril 2008 à 12:00 ::
:: La nuit ::
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Proverbes et citations

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J'ai toujours aimé les proverbes car ils ont l'art de résumer les comportements humains. Cependant, je suis d'accord avec Alfred de Musset lorsqu'il dit qu'il n'aime pas les proverbes car "il n'en est pas un qui n'ait son contraire et, quelque conduite que l'on tienne, on en trouve un pour s'appuyer." Voilà donc tout l'intérêt des proverbes, à mon sens : ils nous parlent ou non, selon notre culture, notre maturité, notre compréhension des individus. Chacun peut y trouver son compte. Il n'en reste pas moins que certains proverbes ont une véritable portée universelle.

Quant aux citations, elles ne traduisent que la pensée d'un individu même si celui-ci cherche également l'universalité. Lorsque Jean d'Ormesson, qui aime bien se citer lui-même, dit : "
Parfois je m'assois sur un banc et je pense. Et parfois je m'assois seulement" on peut y voir seulement sa propre pensée, mais on peut aussi se sentir concerné et se dire "je suis d'accord avec cela." Une citation n'a donc pas pour vocation première d'être partagée par le plus grand nombre, mais elle peut y parvenir, devenant ainsi une sorte de maxime.

Ci-dessous, je publie les proverbes et citations qui me parlent le plus. Cette liste sera complétée au fur et à mesure.

  • L'homme ne fait pas avancer le temps ; le temps fait avancer l'homme (tchoude)
  • Si mon cœur est étroit, à quoi me sert que le monde soit si vaste ? (arménien)
  • Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage (Molière d'après proverbe français du XIIIè s.)
  • Partir c'est mourir un peu (français)
  • Qui prouve trop ne prouve rien (français)
  • Là où Dieu a son église, le diable a sa chapelle (anglais)
  • Mieux vaut une amère vérité qu'un doux mensonge (russe)
  • Qui ne vit que d'espoir crève (judéo-espagnol)
  • Le sage préfère une paix injuste à une guerre juste (anglais)
  • Chacun de nous porte un fou sous son manteau, mais certains le dissimulent mieux que d'autres (suédois)
  • Ceux qui sont très près du tam-tam n'en perçoivent pas le son (bamiléké, afrique)
  • Nul ne s'est jamais perdu sur une route droite (indien)


Voici quelques citations qui me parlent autant que les proverbes ci-dessus :

  • Aimer ce n'est pas se regarder l'un l'autre, c'est regarder ensemble dans la même direction (Saint-Exupéry)
  • La plus perdue de toutes les journées est celle où l'on n'a pas ri (Chamfort)
  • La seule chose qui rende la vie supportable c'est l'Autre (Carl Sagan)
  • On rencontre sa destinée souvent par des chemins qu'on prend pour l'éviter (La Fontaine)
  • Ne cherchez pas toujours les obstacles, il pourrait ne pas y en avoir (Kafka)
  • Mon métier et mon art, c'est vivre (Montaigne)

(à suivre)
:: note publiée par David Songer :: le lundi 14 avril 2008 à 12:00 ::
:: Proverbes et citations ::
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Fragments (extrait)

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« La raison du voyage c’est le retour ». Cette phrase d’un philosophe et aventurier du vingtième siècle hantait l’esprit d’Alex depuis quelques temps déjà. Mais pas exactement pour les mêmes raisons qui avaient poussé Lanza del Vasto à l’écrire alors qu’il quittait l’Europe pour rejoindre Gandhi en Inde. Alex avait toujours interprété cette phrase pour tenter de garder les pieds sur terre. Son esprit était trop souvent enclin aux hallucinations, même si celles-ci revêtaient pour lui une certaine réalité.

Comme tous les lundis et tous les jeudis, il a rendez-vous avec Diane, sa psychothérapeute. Il ne sait plus très bien pourquoi il la consulte mais reconnaît qu’elle lui fait du bien. Il quitte son appartement de la rue des Cordiers et se rend à pieds sur l’autre rive. Cette traversée de la ville est presque un rituel. Il emprunte toujours le même itinéraire, longeant le bord du lac jusqu’au pont. Traversant le petit square qui se trouve derrière, il s’installe sur la terrasse du café pour boire un espresso avant de se rendre au cabinet de Diane.

- Bonjour Alex, comment allez-vous aujourd’hui ? Entrez je vous en prie.

Il aimait cette façon extrêmement courtoise qu’elle avait de le recevoir. En même temps, Diane était probablement la seule véritable relation sociale qu’entretenait Alex.

- Ça pourrait aller mieux. J’ai passé un sale week-end. Et j’ai toujours cette impression bizarre que je mélange la réalité avec ce qui se produit dans ma tête… Mais n’est-ce pas aussi la réalité, après tout ?
- Vous n’avez pas pris vos médicaments? demanda Diane, comprenant ce qu’Alex ne dirait pas.
- Évidemment… Vous savez bien.
- Je sais surtout que malgré tout le mal que vous pensez de votre traitement, votre état n’est guère meilleur lorsque vous l’arrêtez, et vous le savez aussi bien que moi.
- Mais oui, vous avez toujours raison et je vous admire pour ça. Vous me connaissez tellement bien.

Alex rougit presque en prononçant cette phrase. Il n’était pas insensible au charme et à la beauté de Diane. Pourtant il préfère les hommes.

- Avez-vous encore cette impression de « chute ascensionnelle »? reprit Diane.
- Oui. J’ai la double sensation de tomber et de m’envoler. C’est agréable mais en même temps, lorsque ça dure trop longtemps, j’ai peur.
- Est-ce la peur de tomber ou celle de vous élever qui est la plus forte? demanda Diane d’un ton concerné.
- Je ne sais pas. Quand j’y repense, l’idée de m’envoler n’est pas désagréable, je crois que c’est la chute qui me fait peur, c’est normal, non?
- Pas forcément, dit Diane en penchant la tête.
- Ouais, n’empêche que ce week-end, c’était l’horreur, quand je pense que…

Alex s’interrompit brusquement, fixa le sol, et garda le silence quelques instants, comme s’il digérait ce qu’il venait de dire. Puis d’un air presque enjoué, une esquisse de sourire aux lèvres, il reprit :

- J’ai rencontré quelqu’un, vous vous en souvenez ? Je vous en avais parlé, il y a quinze jours je crois.

Pendant que Diane fouillait dans sa mémoire, l’esprit d’Alex fut soudainement pris par des pensées spontanées qui s’adressaient à lui-même :

« Je me suis souvent demandé si la suite de mon existence avait été fatalement dictée par mon enfance. La question peut sembler banale mais elle m'encombre cependant. Ma vie a été tellement bouleversée, du moins si mouvementée, qu'il me semble possible d'avoir tout de même vécu tous les événements qui vont suivre, quand bien même je serai né ailleurs avec d'autres parents. C'est un peu comme quand on a l'impression qu'une chose dont on ignore le nom doit arriver. Une sorte de pressentiment qui nous indique, au moins a posteriori, qu'il ne pouvait pas en être autrement ».

Diane tenta de ramener Alex à la réalité – la sienne – en lui posant quelques questions. Alex y répondit plus ou moins naturellement, sans pour autant interrompre le flux de ses pensées. Ce flux qui eut certainement intéressé sa thérapeute, laquelle n’y accédera pas.

« La première image véritablement marquante pour mon esprit, fut celle d'un camarade de classe (j'avais 4 ans) qui, profitant de la récréation et du fait que la classe était ouverte sans surveillance, ne trouva rien de plus intelligent à faire que de s'agrafer la main! Je revois encore aujourd'hui très bien sa petite main qui était pratiquement traversée par l'agrafe. Et le plus bouleversant c'est qu'il n'a pas poussé un seul cri, pas même un froncement de sourcil… On peut toujours se poser la question de savoir s'il a fait ça pour se rendre intéressant, en tous les cas personne d'autre que moi ne la vu faire ça… Il s'appelait Frédéric.

« En réalité j'hésite avec un autre événement qui aurait bien pu être le premier traumatisme visuel. A moins qu'il ne soit arrivé à peu près à la même période… Ce qui est sûr c'est que j'étais suffisamment petit pour être sur un siège pour enfant à l'arrière du vélomoteur de mon père. On passait faire un tour dans le quartier. Il faisait encore jour et ce devait être l'été. A quelques blocs de maisons de chez nous, mon père tourne sur la gauche et je vois sur la droite, presque derrière, et en même temps que mon père, un homme se versant de l'essence dessus. Tout a été très vite puisqu'en quelques clignements d'œil l'homme brûlait déjà. Je crois que mon père devait se demander comment m'éviter un tel spectacle, alors que lui, en tant qu'adulte devait certainement être pris d'horreur mais de curiosité aussi, assez pour vouloir rester s'il eut été seul. Finalement la scène fut assez courte, le temps pour mon père d'exécuter un virage pour s'éloigner et rentrer. Des gens avaient immédiatement porté secours à l'homme. Nous avions juste eu le temps, moi en tout cas, de voir des couvertures sur le pauvre homme. Jamais cette image n'a perdu une seule miette de réalisme dans mon esprit, et elle s'impose à moi bien souvent… »

Diane réalisa soudainement qu’Alex la fixait, un sourcil froncé et l’autre légèrement surélevé, un air interrogateur. Elle comprit qu'il venait une fois encore de s'engouffrer dans les méandres de ses souvenirs.

- Et après, c’est maintenant, marmonna-t-il.

(à suivre)
:: note publiée par David Songer :: le samedi 12 avril 2008 à 12:00 ::
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Maintenant c'est après (extrait)

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Avant, la vie me paraissait longue, si longue que j’ai même tenté de l’abréger.

Avant, la vie me paraissait facile puisque je ne me posais pas beaucoup de questions. En fait je ne me posais pas les bonnes questions. L’essentiel résidait dans mon nombril.

Avant je travaillais pour gagner ma vie et finalement je l’ai perdue.

Avant je faisais partie des moutons qui se lèvent à la même heure, mangent la même merde du jour, lisent les mêmes journaux, pensent en chœur et consomment tout ce qu’on leur propose en restant convaincus malgré tout qu’ils font des choix et qu’ils sont indépendants.

Avant je pensais que si je ne pensais pas comme les autres, la société m’exclurait automatiquement, par une sorte de sélection naturelle.

Enfin, avant j’étais malheureux dans mon bonheur tant recherché, aveuglé par tout ce que je ne voulais pas voir.

Mais les choses ont changé.

Tous les changements sont-ils salutaires? Je n'en sais rien. Ma seule certitude est qu’il y a un avant et un après. Oh, pas comme sur ces photos de chirurgie esthétique où la dame est grosse, moche, l’air triste, photographiée avec un flash qui fait tout ressortir avant, et belle, mince, bien maquillée et souriante après, tout cela sous un angle des plus avantageux. Non, non pas comme ça ! "L’avant-après" dont je parle c’est celui des motions intérieures qui bouleversent votre façon de vous voir et de voir le monde. Une sorte d'éclairage spirituel, même si ce mot à la mode perd sa signification.

Voilà donc. Maintenant c’est après.

(à suivre)
:: note publiée par David Songer :: le vendredi 11 avril 2008 à 12:00 ::
:: Maintenant c'est après (extrait) ::
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L'escargot géant

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N'ayant plus rêvé depuis fort longtemps, le retour à ma vie onirique fut exceptionnel. En ouvrant un œil - dans mon rêve - mon attention fut attirée par quelque chose du côté de la fenêtre. Sortant gracieusement de mon lit, je fus surpris de voir, là, dehors, juste sous mon nez, un escargot géant de près de deux mètres de haut. Il était magnifique, sa coquille était parfaite et d'un brun ligné somptueux.

Au réveil, avant même de plonger dans mon café, je sautai d'abord dans toutes les encyclopédies et autres dictionnaires de symboles pour comprendre la signification - y en a-t-il vraiment une? - de ce rêve troublant.

L'escargot est considéré comme un symbole de modestie puisqu'il porte tout ce qu'il possède sur lui. C'est également une représentation de la renaissance, en référence aux escargots de Bourgogne qui "hibernent" l'hiver pour mieux revenir à la vie au printemps. Finalement le symbole de la lenteur est inhérent à l'escargot.

J'avais appris quelque chose mais rien sur mon rêve. Ne sachant pas vraiment quoi en faire, ce rêve est venu s'insérer tout naturellement dans le roman que j'écris actuellement : "Journal ordinaire d'un psychologue" (voir extrait plus haut).

Et si c'était là sa seule fonction : alimenter un roman ?
:: note publiée par David Songer :: le jeudi 10 avril 2008 à 12:00 ::
:: L'escargot géant ::
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David Songer, auteur, écrit parfois ce qui passe, sans structure et sans contraintes, et parfois écrit avec quelque effort des textes qui devraient être lus, car tel est leur but. Dans une autre vie, David Songer écrit de la musique et c'est là une tendance biologique naturelle. Dans une troisième vie enfin, David Songer est un oisif idéaliste.


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