Sans titre
« À la révolution, les saints ont été déclarés des ci-devant et Dieu un suspect. Aux chapelles et aux oratoires vont se succéder des fours à plâtre dont la fumée remplacera celle de l’encens . »
Dans le café, un garçon dresse une table pour midi. Lisse une nappe à damiers sous des lampions rougeâtres. Dispose un jeu d’échecs.
— Mangeons », dit l’homme.
Il est tôt, nous sommes les premiers. Le serveur presque aimable nous confie les menus, déclame le plat du jour, Coq au vin, cherche à plaire : Et pour boire, ce sera quoi ?
— Un Pomerol, merci. »
En face, la banque ferme, immense. Depuis des années, elle envahit le quartier. Commence à l’église Saint-Jean, s’écoule en tentacule par cubes de vitres vertes vers le bas de la rue. La banque se répand, les employés en sortent, quelques-uns vont manger, l’un d’eux pousse la porte ; c’est B.
— Tiens ! s’exclame B, théâtral, Albondius ! Bonjour Alb, comment va ? (Il reste imperturbable, comme s’il ne m’avait pas démoli la mâchoire) Tu connaissais donc Lug ? Je peux m’asseoir à la table voisine ? »
Oui (il s’impose. Se place sur la banquette en cuir. Elle se dégonfle. Lentement, par une plaie.)
— Mais où en étiez-vous ? Ça m’intéresse. Et puis comment va V ? Toujours gracile ? »
Je ne sais pas, tu le sais bien.
— Non. Tu aurais dû revenir. La voir et t’expliquer. Bon, je vous laisse, j’ai un client qui vient. »
Ce type est une machine. Je me tourne vers l’homme : Qui est-ce, ce Lug ?
— Un surnom. On m’en donne beaucoup. Un dieu celte. Ingénieur à la Dédale, le polytechnicien antique qui enferma Taurus, le Minotaure, qui effrayait Minos, roi de Crète. Sa technique et la force du monstre furent vaincues par Thésée, le bonheur, sa ruse et sa violence passons. »
Mais encore ?
— Beaucoup l’associent à Mercure, dieu du commerce. C’est faux, c’est l’antithèse. Laissons, je vous dis et revenons au trisaïeul. »
Bon.
— Notre famille, à la veille de la révolution, est employée des Dames de Montmartre. Nous sommes leurs meuniers. En charge des moulins. Et mineurs, mineurs de plâtre. Quand Marat se cache dans nos catacombes en continuant à dénoncer les ennemis du peuple, il convertit l’aïeul à la Révolution. Bien lui en a pris. En attendant que Fouquier-Tinville tranche la tête de la mère supérieure, l’État vend leur domaine. Allez savoir si l’ancêtre trouva le trésor des abbesses (on dit qu’elles cachèrent leurs biens transportés par galerie jusque sous le martyrium) ou bien celui disparu pour un temps du groupe des invisibles, mais… il achète avec, une parcelle, celle justement où se trouve la chapelle, la crypte souterraine, le temple de Mercure. Il détruit tout. Ou presque. Assoiffé par le plâtre. Creuse. Creuse, creuse l’Ancien Monde s’écroule. Il en deviendra fou, finit dans un hospice. C’est l’époque où les mines produisent le plus. Les mineurs rongent Montmartre, les sols s’effondrent. Les ouvriers, trop vite aveugles, meurent sous les fontis. Napoléon-Bonaparte (on dit, il était « Invisible ») règne, et bientôt inaugure la rue Lepic au charme serpentueux.
[1]Charles Sellers, Curiosités du vieux Montmartre, Imprimerie Joseph Kugelmann, 1893 |
96 - Mes choix.
Je viens tirer ma révérence.
Sur la pointe des pieds je passe à cette autre chose que j’ai trop délaissée pour vous avoir trop aimés.
Depuis quelques semaines déjà je me disais que « cent » était un bon compte, le bon moment pour m’éclipser, le chiffre rond qui convenait.
Mais j’ai décidé d’abréger et de faire au plus court. Le départ programmé pourquoi le retarder n’est-ce pas ?
Un peu comme un mec qui a fait son temps et doit se renouveler.
J’ai d’autres désirs, d’autres envies aussi, préférant terminer mon deuxième et troisième bouquin déjà bien avancés mais encore inachevés.
J’ai envie, autant l’avouer, d’un pas décisif car je n’ai plus le temps.
Non, je n’ai plus le temps.
J’ai aimé me balader parmi vous. J’ai aimé accrocher l’intimité souvent susurrée, plus rarement avouée. Je garde quelques trésors et des découvertes.
Il y a parmi vous, et si vous me permettez ce jugement personnel, un bonhomme tout à fait hors du commun et qui se dit récidiviste. C’est, pour moi, le type même du raconteur d’histoire, un Chabrol de nos veillées modernes à la lueur blafarde de nos ordinateurs allumés quand tant de personnes dorment encore. Suivez le, vous aurez des surprises. Je vous salue ici, Thierry, publiquement.
Il y a aussi une femme qui pointe son nez et que je vous recommande. Elle se cache sous le nom de Josée Manuela. Elle est écorchée mais elle est vivante. Et, derrière ses mots pudiques et quelques fois maladroits, vous trouverez l’argile qui ne craint pas le feu. Elle publiera, évidemment, et vous étonnera.
Et puis il y a Caron que tout le monde de ce petit monde connaît. Caron la mosaïque, la femme aux coups de gueule mais aussi et surtout à la douceur pudique. J’aime son esprit, son sens de la répartie. Et son courage aussi.
Elle le sait, je le lui ai dit.
Et puis il y a les oiseaux curieux qui sont venus, élégamment, s’abreuver à ma source. Partir, revenir, ils ont évolué dans un chabada gracieux. Certains – certaines devrai-je dire – ont un réel talent. Mais la vie, n’est-ce pas, est une broyeuse de dons.
Je ne voudrais pas partir sans dire, au delà de ce contexte un peu privé, à ceux qui me lisent plus largement sur le net, combien j’ai apprécié leurs commentaires personnels et leurs nombreux messages dans ma boite mail.
Là aussi j’ai trouvé des pépites et souvent il m’est arrivé d’écrire certains textes pour avoir le plaisir de lire en retour les réactions à chaud.
Et quelques fois, croyez-moi, il fallait s’accrocher au bastingage.
Ecrire, au fond, c’est envoyer son filet dans un océan de mots.
Je reviendrai un jour peut-être quand j’aurai bouclé ma boucle.
Je pars pour le tour de mon monde.
Je rentre en introspection, en visite de moi-même dans mes grottes d’un autre temps aux visites privées.
Je continuerai à vous lire cependant, voyeur de vos aventures, cherchant en découvreur impénitent, les sonorités et les histoires qui m’ont toujours fait rêver.
Et, n’en doutez pas, je lirai vos partitions pour faire vivre la musique que j’ai dans la tête.
Mais, pardonnez-moi, celle-ci je la jouerai seul. |
95 - Les années cicatrices II.
Elle est dans un couloir du dernier étage et répète son texte.
Un soleil d’hiver trace un pinceau de poussière qui vient érafler le mur gris.
Cela sent la craie, les cahiers à spirales et l’encre violette.
Dans la cour déserte en ce dimanche de février des gamines de seconde se font des confidences. Quelques unes, assises contre les piliers qui supportent les arcades, écrivent en rêvant des lettres d’amour.
A l’extérieur, la petite préfecture résonne des carillons de la cathédrale. C’est la sortie de la messe et la queue dans les pâtisseries. Les femmes ont des chapeaux et les hommes des cravates. Sur la place principale les cafés se remplissent avant de s’assoupir dans l’après midi froide et les siestes bourgeoises derrière les volets clos.
A l’internat des garçons c’est l’heure de l’étude, la cantine n’ouvre qu’à une heure les jours de week-end. Certains bouquinent en se curant le nez. D’autres s’écrasent les points noirs. La plupart potassent l’interro de mathématiques qui les alignera contre le mur dès huit heures le lundi matin. Alors ils s’épaulent, se refilent des tuyaux et s’encouragent sans faire de bruit car le pion veille sur l’estrade. Et même si ce jour est un peu plus détendu que les autres il n’est pas question de faire les cons.
Moi je suis au fond, seul dans un alignement de tables.
Par de là les murs, loin du travail à faire, avec les yeux qui s’évadent à la poursuite du soleil au delà des fenêtres fermées, je lui donne la réplique.
Intermezzo, Giraudoux, le Contrôleur amoureux, je reprends et reprends encore les dialogues, l’imaginant recevoir devant une salle pleine ce que je n’ose lui dire en privé.
Dans la salle surchauffée les terminales se la pètent. Je me sens décalé et mes mains qui ne l’ont jamais caressée se croisent du désir de découvrir sa peau.
Dans l’ancien couvent devenu lycée de jeunes filles elle dit des mots appris, des phrases inventées que j’entendrai, plus tard, aux dernières répétitions. Assise maintenant en haut du grand escalier elle s’imagine Laure ou bien Eloise dans ses dix-huit ans de l’année 67. Plus que d’absolu elle rêve l’évasion. Sortir de ce carcan fait de rangs et de blouses informes, de culottes sous le ventre et de soutifs aux armatures en fer. De profs sentencieux aussi, drapés dans leurs certitudes comme les Dieux qu’ils ne sont déjà plus.
Mais ils ne le savent pas encore.
Alors elle joue le rôle d’Isabelle quand je m’essaie à mimer Jouvet dans cette histoire d’amour désenchanté où l’argent revient toujours à sa place.
C'est-à-dire à ceux qui en ont déjà.
Elle préfère la pension à sa maison petite où les murs sont tellement fermés que même les canaris ne chantent plus. Cela sent la cuisine et la télévision au repas du soir. Dans les toilettes la chasse fuit un peu. Et, quand le samedi la nuit arrive avec ses rêves sombres, elle ferme sa porte pour ne plus entendre ses parents qui prennent du bon temps.
La scène est éclairée, le public attentif à recevoir la leçon. Il est bien assoupi dans une vie monotone faîte de confort et de machines à laver. Moi sur la scène je lui dis que je l’aime. Ce qui est impensable ailleurs est autorisé ici devant des ombres qui applaudissent à la douceur des mots. Il ne prend pas garde, le bougre, à l’ennui des gosses et à cette révolte diffuse qui parcourt leurs corps mais aussi leurs esprits. Il n’entend pas les mots derrière les mots et ne voit pas les têtes butées cachées par des mèches rebelles.
Le spectacle se termine et, derrière l’ovation qui n’est pas que de circonstance, nous nous serrons enfin dans les plis du rideau.
Les jours succèdent aux jours dans ces bahuts de province et le théâtre et la musique, offerts par Malraux dans ses Maisons de la Culture, sont autant de bouffées d’oxygène pour des gamins errants.
Et bien sûr, à force de perfusions, le sang se renouvelle.
Rêver d’ailleurs quand on vit au présent c’est comme un mirage dans un désert de pierres.
Alors quand les premiers bourgeons claquèrent en haut des châtaigniers, quand les fleurs s’ouvrirent en bouquets sur les bords du canal nous nous enfonçâmes l’un dans l’autre pour mieux nous protéger.
Sans nous retourner, comme des gamins qui sautent la barrière.
Et dès cet instant, nous comprîmes que l’interdit était leur désert et le mirage notre vie. Nous sentîmes alors bouillonner dans nos têtes toutes nos créations et toutes nos inventions.
Quand, plus tard, chacun retrouva l’espace fermé de sa prison, nous sentîmes aussi que les choses, dans l’immuabilité routinière qui rendait cette vie trop sage, ne pourraient continuer ainsi bien longtemps.
Plus tard, l’année suivante exactement, on chercha bien longtemps des raisons au soulèvement des enfants. |
94 - Les années cicatrices I.
C’était l’époque de Mick Jagger, des Beatles, de Bob Dylan et de Joan Baez.
C’était l’époque des pavés, des voitures renversées, des bourgeois effrayés et des C.R.S. casqués.
Et dans ces matins de printemps, Paris ressemblait à une femme ayant voyagé toute une nuit entière et se réveillant, intimidée d’avoir tant osé.
Les gueules de bois allumaient les bûchers des journalistes qui s’étaient tenus à distance devant des cocktails aux goûts de haine et, dans les caniveaux déchaussés, des tracts venaient s’abîmer comme ont sombré les épaves des illusions des gosses.
L’air était un peu frais au quartier Saint-Michel.
Quelques bistrots avaient timidement ouverts.
Au comptoir ou aux tables déjà installées des employés fatigués prenaient un café crème.
Dans les rues, près du Luxembourg, des arroseuses arrosaient et des balayeurs balayaient.
Au pied d’un immeuble une concierge maugréait en passant une serpillière sur son morceau de trottoir. A petits coups de balai elle repoussait des papiers, des éclats de bouteilles ou des restes de sandwiches vers les paliers voisins et, au kiosque de journaux faisant face à la Sorbonne le vendeur avait monté ses rideaux pour proposer France Soir, l’Aurore ou Mickey.
Les fourmis maintenant sortaient de terre même si la terre avait été bouleversée.
Sur les boulevards, dans les petites rues perpendiculaires c’était un amoncellement de pavés, de grilles d’arbres, de plaques d’égouts. Quelques voitures fumaient encore devant des pompiers harassés. Plus loin, le long de la Seine, protégés par les tours de Notre Dame, les cars de policiers étaient couverts de rosée. Des voitures banalisées étaient garées aussi. A l’intérieur, des hommes des Renseignements Généraux se partageaient une bière avant d’aller se coucher.
Par moment on entendait encore une sirène qui s’épuisait à faire peur. C’était un Citroën de la police qui ouvrait le passage pour quelque camion chargé de barrières.
Et dans ce secteur quadrillé les moineaux étaient à la fête aux fontaines Wallace toutes défoncées.
Les chasseurs, toujours, restaient à l’affût derrière leurs gilets épais. A la ceinture pendaient les menottes.
Dans des appartements, dans des sous pentes, dans les arrières salles de cafés amis, dans des salles d’universités, dans des cours d’écoles prestigieuses, les étudiants récupéraient.
Ils comptaient aussi les défections, les lassitudes, les engueulades et les barbouzes infiltrées.
Ils écoutaient les radios et entendaient les lâchetés syndicalistes, les rodomontades politiques et les matamores des assemblées vieillies.
Ils se serraient entre eux comme des gosses, ils se soutenaient dans un dernier carré eux qui, il y avait quelques heures encore, s’étaient laissés porter par l'air bien trop doux de ce joli mois de mai.
Il est dix-sept ou dix-huit heures ce jour là.
De Gaulle vient de parler à la radio.
Sur les Champs Elysées une marée humaine défile, soulagée et hypocrite.
C’est le 30 mai 1968.
Il reste un jour à vivre à ce mois de printemps.
Alors, je lui ai pris la main.
Nous avons longé la Seine.
Derrière le quai Branly, une petite rue calme.
Un immeuble gris et, en haut, deux petites fenêtres qui flirtaient avec la Tour Eiffel.
L’appartement de cet ami est bien petit. Mais il y a un lit et les chiottes sur le palier.
Là, nous restâmes huit jours à oublier.
Huit jours à nous aimer.
Je m’en souviens, nous mangeâmes des fraises. |
93 - Une femme, une autre femme.
La salle est bruyante.
L’air est un mélange moite d’odeurs de vinaigrettes, de sueurs et de vins ordinaires.
Sur les vitres couvertes de chiures de mouches, la pluie dessine des océans qu’elle ne connaîtra jamais.
Par moment la porte s’ouvre et des hommes pénètrent bruyamment. Ils ont le rire gras des mecs seuls dont les épouses aux bras lourds et fatigués font les courses au supermarché du coin pendant qu’ils vont se restaurer entre deux camions à charger.
Elle navigue de table en table et son petit tablier blanc taché de sauce tomate est bien la seule voile qu’elle affalera le soir, épuisée de fatigue.
Ses yeux sont transparents et des mèches de cheveux décolorés et gras s’échappent par moment d’une coiffe un peu ridicule.
Sa jupe noire trop serrée emprisonne ses fesses et les font rebondir plus qu’il ne faudrait.
On entend le chef gueuler dans la cuisine et Georges, le patron, petit homme brun et replet, est derrière le comptoir à rendre la monnaie.
Elle n’a pas mangé avant le service et à un moment, cachée derrière la porte des toilettes, elle croque une tranche de pain comme d’autres mordent dans la vie, sans réfléchir.
Dans son chemisier blanc sagement boutonné ses gros seins se soulèvent comme s’ils voulaient s’échapper. Elle voudrait les comprimer, les oublier mais elle sait et Georges avec elle que si la salle se remplit aussi régulièrement c’est surtout grâce à eux plutôt qu’à la cuisine du chef, toujours trop huileuse.
Alors elle se force à sourire et quelques fois à rire aux plaisanteries salaces de ces durs en récré. Elle chaloupe bien souvent pour éviter des mains baladeuses venues se poser sur elle comme de gros frelons sur des fruits trop mûrs.
Ils pensent tous qu’elle est facile et pas trop regardante alors que dans sa tête elle rêve d’un Robinson qui l’aimerait comme elle est, même si elle est grosse.
Les quolibets s’enchaînent et même se déchaînent quand un homme parmi d’autres lui refait le coup du tablier défait.
Bien sûr elle sourit et rougit un peu en se baissant pour le ramasser. Elle fait attention quand même à ce que sa jupe ne vienne pas à craquer. Puis elle repart apporter du sel, une carafe d’eau ou le plat du jour, une sorte de bœuf bourguignon qui n’a jamais connu les vignobles et que les clients saucent à grands coups de pain blanc.
Dans cette assemblée d’hommes une femme mange seule près de la porte d’entrée. Une représentante sans doute un peu paumée d’être arrivée là. Elle n’a pas d’âge, c'est-à-dire qu’elle est entre deux âges, et, bien qu’elle soit quelconque, ou alors parce qu’elle est quelconque justement, elle attire tous les regards des chasseurs à l’affût.
Ces hommes là, n’est-ce pas, ne « courent » que ce qu’ils peuvent atteindre.
Les deux femmes se sont « reconnues » et se soutiennent du regard. On sent un front commun, une corde de rappel au cas où l’une viendrait à dévisser dans la horde qui s’enivre à grands coups de rouge dans des verres ballons aux pieds ébréchés.
Elles se protègent par des sourires esquissés et des phrases tellement banales qu’elles en sont rassurantes. L’une ne boit que de l’eau que l’autre lui a amenée fraîche et, dans la façon de desservir comme dans celle de s’écarter, il y a toutes les douceurs du monde.
Dans la salle c’est l’heure du reflux, la fin de cette partie de dames.
Et c’est à ce moment là que la bête est dangereuse.
Elle vous coince contre le comptoir, vous pelote sans vergogne pour gagner un pari ou parce qu’il y a une bousculade. Elle tente le rendez-vous en murmurant des images inventées dans des cervelles flasques, logorrhée de mots donnant la diarrhée si elle ne se retranchait derrière son rire trop fort.
Quant elle referma la porte sur le dernier client elle s’aperçut que la femme avait disparu dans cette tourmente.
Seule sur sa table, une glace finissait de fondre dans sa coupe épaisse au biscuit entamé. A côté, un chèque était posé en évidence.
Plus tard, quand elle souleva l’assiette pour débarrasser elle trouva un billet de dix euros plié en deux.
A l’intérieur, sur un bout de papier quadrillé, un numéro de téléphone.
Alors, comme ça, sans raison, sans bien comprendre pourquoi, elle se sentit fière d’être une femme. |
92 - Faîtes gaffe on se fait bouffer !
Je vous ai suffisamment raconter l’amour que je porte aux femmes pour, aujourd’hui, vous décrire une sorte de chacal que tout le monde a pu rencontrer ici ou là.
C’est en fait une histoire banale que l’on peut dupliquer à l’infini tant l’inculture, la roublardise et le culot, quand ils s’allient, arrivent au résultat qu’on va lire.
Voilà une femme quelconque, bien sûr blonde en haut et noire en bas, qui a cherché toute sa vie le pigeon pour y pondre son œuf.
Elle a bourlingué, même bien bourlingué puisque, après avoir lever un lièvre qui lui fit un lapin elle se retrouva « hôtesse » dans un clandé bourgeois où sa « spécialité » était la décontraction manu militari de mecs à la brioche aussi pleine que le portefeuille était rempli de billets, verts de préférence. Bien évidemment, dans cette ambiance feutrée on ne couchait pas – ce qui reposait les organes malmenés par ailleurs – mais une petite gâterie n’était pas exclue pour autant que l’impétrant était bien pénétré des richesses dorées des cours de sa bourse.
Un jour, à force de manipulations et de déboîtements de la bouche elle trouva son quidam (ou son Kit Dame comme vous préférez).
Et ainsi, de pute elle devint bourgeoise.
Alors, ayant réussi à se faire mettre ( !) la bague au doigt, elle effectua un virage à 180 degrés ce qui, vous me direz, dû lui être facile compte tenu de sa science toute personnelle du Kama Soutra.
Elle se mit à fréquenter les églises, choisissant de préférence – vous vous en doutez bien – les cathédrales ouvertes aux petites chapelles intimes, prit un abonnement – non pas au théâtre ni à l’opéra (pas folle la guêpe !) – mais dans la plus Grrrande pâtisserie de la ville et le plus Grrrand restaurant du midi. Elle s’habilla chez Hermès, acheta sacs, voyages, chaussures et (hein ?) consciences et se fit construire une maison dite « américaine » afin de compenser le troc de ses « cow-boys » des nuits fines aux « pleines lunes » contre un benêt de mari, laid et un peu idiot, mais tombé amoureux de cette autoroute « amoureuse » à défaut d’avoir choisi un chemin de campagne sentant bon la fleur printanière.
Vous me direz que tout ceci n’est rien que de très banal en somme.
Certes mes amis, certes, et après tout grand bien lui fasse si, dans sa quête du Graal cette femme débourrée s’embourgeoise à la vitesse de ses éclairs à la chantilly.
Sauf qu’elle est parfaitement conne et d’un illettrisme à donner en exemple au vingt-cinquième bâtard d’une portée des descendant de nos comtes de France.
Et encore, de la branche cadette !
Mais justement, à propos de compte, elle a vite pigé qu’elle pouvait emprunter tous les doigts du monde pour être pelotée dans sa laine bouclée.
Cependant, cette inculture, ce manque criant d’élégance sont un peu trop voyants.
Je vous passe les coudes sur la table, et les dents curées avec de la vaisselle d’argent. J’omets de vous narrer les fautes de goût du genre soutif noir sous un chemisier blanc ou le dérouleur très dix-huitième siècle dans des toilettes grandes comme un hall de gare. J’évite de m’appesantir sur les fautes de syntaxe, d’orthographe et la critique, toute littéraire, de Voici, Paris Match, ou Femmes « factuelles ». Je recule à plus tard le décompte des bagues monstrueuses se reflétant dans de faux ongles vernis!
Oui, je passe, choisissant avec cette femme de passes d’aller directement au piment de la chose.
Figurez-vous que cette « égérie », cette « Cléopâtre » des bords de Garonne qui s’envoyait des papys russes, a tout simplement renié son passé.
Que nenni les boudoirs, les alcôves et les sofas !
Qu’est-ce donc que cette vie qui n’était pas de son vit ?
Comment pouvez-vous me comparer à ces pauvres vestales moi qui ris de voir qu’elles additionnent leurs heures de débauches en reluquant une montre qui n’est même pas de chez Cartier !
Cette femme est devenue amnésique dans ses manteaux de vison. Elle compte les « coups » qu’elle offre à son mari bedonnant en échange de cadeaux qui ne font pas moins de quelques milliers d’euros.
Hé oui mes amis, certaines femmes ont ainsi le culte du cul vachard !
Pour ne pas dire revanchard.
Mais en fait, le plus terrible dans cette affaire, c’est qu’elles trouvent dans leurs chasses éternelles des mecs assez cons pour croire que l’argent est le vecteur de tout.
Oui je sais, c’est vrai au fond, puisque l’on peut, avec quelques billets de banque tout acheter et même se retrouver cocu.
C’est dire la bêtise quand on sait que d’autres moins forts « tunés » peuvent l’être gratis !
Comme quoi certains payent pour avoir le crâne décoré quand d’autres moins bagousés ne rêvent que de découvrir leurs premières cornes.
D’abondance bien sûr, d’abondance.
Et ainsi, cette petite peste noire qui rejoue la Pompadour, le roi en moins, tient salon. Elle reçoit dans des décors de merde qui valent la peau des fesses toute une basse cour tellement habituée à lécher les parquets que les loulous savants qui sont les mecs de ces poupées gigognes en perdent leurs nœuds qui n’ont plus rien de papillons.
C’est la revanche de la femme nue du coin de l’avenue, autrement dit c’est la revanche de la parvenue.
Et, au milieu de cette assemblée spirituelle (d’où l’incalculable consommation de spiritueux dirait sans rire notre hôtesse très cul-tivée) se croise toute la faune bourgeoise qui se veut bon chic bon genre et qui n’est au fond qu’un ramassis de slips et de culottes n’ayant pas le temps de sécher tant ils sont souvent retournés.
Vous l’avez compris, j’exècre le faux, les sourires maquillés et la connerie des parvenus qui naviguent au gré des vents venus.
Mais, le plus terrible, le plus déroutant pour un type comme moi c’est de me rendre compte qu’on perd la bataille.
Comme une armée de zombies ils avancent de partout, quel que soit le domaine.
Le fric, plus sûrement que le choléra, mais le mauvais fric, celui des narcos, le blanchi, le « stockoptionné », le main à la main, le frauduleux, torpille l’intelligence plus sûrement que toutes les bombes d’Hiroshima.
Alors quand je me trouve coincé dans ce genre de sauterie entouré de sauterelles gourmandes, quand les « invités » ne connaissent d’alpha que la marque d’une voiture, je suis comme les musiciens du Titanic et dans ma tête j’entends Mozart.
Mais c'est le Requiem qui s'avance, sombre et lugubre. |
91 - Lapalissade.
Une femme de Savoie (pas de la Haute cette fois, mais une femme que j’aime) m’a dit un jour, alors que nous étions autour d’une table aux convives nombreux, une évidence tellement… « évidente » que nous passons tous à côté sans la voir.
C’était une fin d’après midi et le repas avait été particulièrement soigné. Les vins étaient bons et les enfants avaient quitté la table depuis longtemps. Nous étions à l’extérieur sous la frondaison des arbres qui maintenait un semblant de fraîcheur. Les femmes avaient chaud et, dans leurs robes d’été aux fines bretelles ou dans leurs bustiers légers aux couleurs du soleil on sentait les corps libérés.
Les hommes évidemment semblaient plus nonchalants et se prélassaient sur leurs chaises dans la parfaite attitude du repos du guerrier.
Certains même, un chapeau de paille sur le crâne se laissaient glisser dans des bras que Morphée n’aurait pas dédaignés puisqu’ils étaient les siens.
Cigarettes, champagnes ou liqueurs concluaient cette fête.
C’était un moment entre parenthèse, un instant suspendu et dans ma tête toujours curieuse j’enregistrais les détails, les regards, les gestes et les soupirs.
Une odeur de Provence sèche et entêtante nous enivrait mieux que les rosés glacés que nous avions dégustés.
J’étais un peu en retrait à côté d’une vieille femme qui parlait de son passé. Je l’écoutais curieux, raconter cette époque où les « banquets » s’éternisaient jusqu’à fort tard dans la soirée ponctuée par le son d'un bastringue fatigué qui faisait lever la jupe aux femmes coquines.
Et les hommes alors, le nez un peu rouge et les yeux luisants, s’embarquaient dans quelques pas de danse qui les conduiraient tout droit à fêter la Saint-Jean dans l’intimé de leurs lits aux draps sentant la lavande.
Alors, alors que nous nous assoupissions tous un peu dans ce moment de bonheur, j’entendis cette femme dont je parlais plus haut soutenir une discussion qui restera gravée dans ma mémoire.
Il y était question d’amour.
Puis, sans prévenir, sans quelques rires annonçant une « blague », sans détours ou circonvolutions hasardeuses, et surtout comme on se lance d’un rocher pour plonger dans une mer furieuse, elle se leva et prononça cette lapalissade enfouie dans les oubliettes de nos conventions:
- On ne dit jamais assez « je t’aime ». Non on ne le dit jamais assez. Et quand il sera trop tard, on le regrettera.
Et, se tournant vers moi : Alors je te dis que je t’aime G.
Puis elle se rassit, rouge de confusion.
Ce fut un choc.
Non pas qu’elle me dise ces mots, ce n’était pas une déclaration d’amour charnel entre une femme et un homme mais plutôt un vrai et bon désir d’exprimer une affinité très forte, ce n’était pas non plus que je la sente « pompette » mais cette évidence était comme la clé sur une porte dont on cherche l’entrée.
Evidemment, dès ce moment là dans notre petite assemblée toute secouée d’avoir compris que l’eau mouillait, nous convînmes tous de la chose et, réveillant les endormis, secouant les plus vieux, ameutant les enfants qui s’étaient évanouis dans la nature, nous nous balançâmes du « je t’aime » autant qu’un curé pouvait en bénir !
Ce fut un moment d’une réelle intensité mais aussi d’une franche rigolade.
Et, par delà les pudeurs, par delà les conventions nous nous tombâmes tous dans les bras les uns des autres jusqu’à la vieille chatte qui ne comprit jamais d’où lui venaient toutes ces caresses.
Alors, en dépassant cette petite histoire ancienne et tout à fait réelle qui ouvrit une de mes cases cérébrales pour ne plus jamais la refermer je voudrais si vous me le permettez, chers lecteurs fidèles et aux mâles attentionnés, vous donner un bon conseil.
Dîtes-le !
Dîtes ces quelques mots qui, s’ils ne sont que des mots, emporteront dans la mémoire de ceux à qui ils s’adressent un morceau de vous.
Alors évidemment, ne les galvaudez pas.
Je veux dire par là qu’il est peut-être inutile de les dire à votre boulangère quand vous irez acheter le pain ou à votre percepteur quand vous alimenterez sa caisse !
Bien sûr, si vous le faîtes, elle ou il risquent de prendre cela comme une déclaration d’amour à charge pour vous de devenir mi tronc pour l’une et de payer un cacheton à l’autre.
Non, glissez les dans l’oreille de ceux qui vous sont chers à défaut d’être chair. Susurrez votre affection quotidienne par des mots d’un autre temps et déjà oubliés parce que, n’est-ce pas, c’est tellement l’évidence !
Et vous verrez comme ils seront cons en recevant cela.
Cons peut-être.
Heureux, sûrement. |
90 - Opposition.
C’est une petite bonne femme courageuse.
Elle a traversé la vie sur un transatlantique. C’est dire si les vagues l’ont peu atteinte dans cet océan confortable.
Puis, un jour, un matin ou un soir quelconque d’un jour quelconque, son mec a pris la tangente.
Il est parti. Pas pour une femme. Pas pour de grandes embardées ni de virées infernales mais pour un petit « chez lui » avec l’eau et l’électricité.
Et la télévision aussi.
Je ne juge pas bien sûr le pourquoi du comment de la chose. Les têtes ont des raisons que les reins ignorent.
Je ne juge pas mais je m’interroge.
Et surtout je vois cette femme qui avait une cinquantaine basculante au moment des faits et qui recommence à vivre après avoir failli mourir.
Et d’abord, plus que la présence, plus que « l’homme » dans sa fonction première, c’est l’argent qui se met le premier en batteries sur les contreforts des doutes.
Responsable d’un service dans un grand magasin son travail apportait au couple les « extras » d’une vie sans problèmes. Là, l’extra devient ordinaire.
Et l’ordinaire ne suffit plus.
La « pension » bien sûr est ridicule et les charges d’une maison immense venant de sa famille lui sont insurmontables.
Elles se sépare de certains biens, bosse encore plus, économise sur tout mais pas sur son sourire.
La vie continue alors et, le premier choc passé, les premières redoutes dressées, elle réapprend à vivre en comptant la monnaie.
Après le séisme arrivent les répliques.
A commencer par la solitude.
Elle galère dans une maison vide, les enfants ayant quitté depuis longtemps ces pièces devenues froides.
Elle les remplies de musique. Mozart, Chopin, Bach. Surtout Bach d’ailleurs dont les Concertos l’amènent insensiblement vers un Dieu dont l’ombre est la seule à se pencher sur son corps amaigri.
Parce qu’arrivent en même temps les coups d’épée de l’âge.
Et rien n’est plus terrible pour une femme à la beauté douce que de subir seule les vacheries des temps. C’est un peu comme un tableau de Vélasquez ou des Ménines un peu pâles vieillissent avant d’avoir vécu.
Ce combat est le plus rude dans ces escarmouches de la vie et la route de l’église est la seule issue qu’elle trouve pour adoucir son chemin de croix.
C’est le temps des questions, le temps du déni du corps aussi et, quand le besoin d’une épaule ou d’un bras se fait ressentir avec trop de violences, c’est à coup de rameaux et de branches d’olivier qu’elle calme ses impatiences.
Je la trouve très belle dans son silence pudique mais ses yeux, toujours en mouvement, cherchent encore la sortie.
Ailleurs, dans un appartement d’une banlieue d’une ville, un homme avachi dans un fauteuil défoncé regarde sans les voir des formes s’agiter sur son poste de télé |
89 - Ma chapelle.
J’aurais voulu être curé.
Bien sûr pour vivre à l’ombre d’une église mémorable.
Bien sûr pour entraîner dans mes sermons des ouailles qui se caillent de solitudes.
Bien sûr pour sentir l’odeur d’encens à défaut de celle des sens.
Mais aussi et surtout pour entendre vos confessions, protégé que je suis de mon goupillon.
J’aurais aimé ouvrir votre boite de Pandore, pénétrer vos interdits et vous assurer qu’en matière d’absolution je n’étais pas plus con que certains évêques encapuchonnés d’une mitre de pitre.
J’aurais découvert vos haines du voisin ou bien du prochain, vos tolérances permissives envers votre personne quand vous critiquez sans barguigner ceux qui respirent de l’autre côté de votre porte.
J’aurais expurgé vos jalousies et vos envies enfouies qui aigrissent votre vie.
J’aurais senti vos désirs cachés sous des amas de convenances et qui vous envahissent à l’abri de vos murs.
J’aurais d’abord sondé vos reins de peur que votre âme ne soit plus noire que l’encre qui irrigue votre sein.
Vous m’auriez avoué d’une voix hésitante les intérêts accumulés du capital de vos péchés qui vous font comme un boulet suffisamment gros pour vous chauffer les pieds pour le restant de vos jours.
Vous m’auriez raconté vos peurs, les ancestrales et les modernes sans compter vos trouilles futures devant un monde que vous ne comprenez plus.
Vous seriez à genoux devant tant de dérives, vous qui pensiez être un bon citoyen de la terre des hommes de bonne volonté.
Alors je couvrirais votre front des hontes qui le submergent et vous dirais d’une voix claire et forte : n’ayez pas peur mon frère, n’ayez pas peur ma soeur vous qui me voyez si grand en ai tout autant à partager !
Mais je ne suis pas curé.
A peine un oblat scélérat de mes croyances qui ne s’est jamais, jamais confessé, passant devant d’autres bénitiers que ceux habituellement prévus aux trempages de doigts.
Et les signes que je dessinais sur mon visage n’étaient que les ombres des bonheurs vécus, comptant et recomptant les larcins de ma vie. |
88 - Lettre à la vie.
Un jour, un jour quand mon corps aura pris la tangente, quand le bleu de mes yeux deviendra tellement clair qu’on apercevra mon âme, un jour tu me regretteras.
Je serai dans ma caisse de bois ou bien parti en fumée pour apercevoir les dentelles sous la jupe des étoiles.
Je serai calmé de mes colères, loin de cette fureur de vivre qui tourne à l’ennui et, de si loin que je serai ou de très près à ton oreille je te dirai des mots inventés.
J’irai les puiser dans la conscience des hommes dont tu as tué toutes les résonances et les espoirs crevés aussi, ou bien, en découvreur des limbes, j’irai les chercher dans leurs mémoires qui s’atrophient de ne penser qu’à toi.
Je dessinerai les phrases qu’ils imaginaient gamins en ajoutant les couleurs de ma liberté et parce que je serai parti devant, parce que j’aurai enfin tutoyé la lumière, je leur dirai de ne pas avoir peur.
Je caresserai leurs rêves avortés pour leur redonner vie et puis, pour qu’ils me reconnaissent dans leurs nuits de vivants, je jouerai avec eux aux jeux de leur enfance.
Je serai comme une ombre planant dans leurs têtes, je murmurerai l’inconcevable pour qu’ils bougent enfin avant que de mourir.
Puis, avec l’eau des orages et le sel de la terre, je façonnerai dans leurs mains fatiguées et ouvertes des esquisses d’avenir que tu voles chaque jour un peu plus.
Oui, un jour, un jour des temps qui arrivent, quand le vent sur ma peau glissera sans m’atteindre, tu me regretteras.
Je serai multi formes et d’abord l’amour. Je serai partout des chutes des fleuves noirs aux reins des femmes blanches. Je naviguerai dans les iris des arcs en ciel naissants admirant dans cet œil placentaire la féminité qui se balade devant les terrasses des cafés.
Je respirerais l’odeur des femmes et m’enivrerai alors de leurs robes capiteuses, je les inviterai à devenir sorcières pour enfin prendre le pas sur des hommes qui jouent à être Dieu.
Je les pousserai à la rébellion, favorisant leurs querelles pour qu’à la fin des temps et aux derniers rivages, elles se dressent encore et te poursuivent sans fin, donnant un avenir à ce monde qui s’éteint.
Je serai l’orgueil et l’honneur en héritage, ces mots vidés de sens par la folie des sens. Je serai ces deux remparts qui viennent d’une époque où le droit n’était pas écrit parce qu’il était acquis. J’offrirai encore des idées, des pensées chevaleresques et des chemins qui ne seront pas détournés.
Je glisserai aussi dans l’esprit des hommes fragiles la notion de combat et le courage du dernier carré.
Et j’épuiserai leurs luttes fratricides, leurs prébendes achetées et leurs âmes vendues.
Parce qu’un jour, un jour de clôture et de portes qui se ferment, un jour de terre et d’humus surmontés d’une stèle grise, tu me regretteras.
Tu me regretteras.
Parce qu’on regrette toujours ceux qui vous ont passionnément aimé.
Ceux qui, au-delà d’eux-mêmes, au-delà des bruits, des mots et des actes peut-être manqués sont restés curieux du frémissement des autres.
On regrette toujours quand les colonnes s’affaissent et qu’elles laissent la place à des plaines uniformes. Les horizons alors en sont pour toujours bouleversés.
On regrette aussi et jusqu’au bout des temps les musiciens des mots, les capteurs de sentiments et les faiseurs de rêves qui jalonnent ta route où certains s’épuisent pour en trouver le sens.
Oui tu me regretteras ma belle vie quand, chevauchant tous les nuages dans toutes les planètes de tous les soleils des mondes, je te regarderai et te murmurerai, pour que toi seule l’entende, je t’ai tellement, tellement aimée.
Alors, peut-être, parce que tu es femme, parce que tu es imaginative, parce que tu as ce courage que les hommes n’ont plus, voudras-tu m’accompagner. |
|


les rubriques
:: Maman :: Le photographe :: Journal de chasse
notes récentes
:: Requiem :: Week-end à la campagne :: Portraits :: L'histoire se répète :: la Tour Eiffel
« Mars 2010 »
| Lun | Mar | Mer | Jeu | Ven | Sam | Dim | | 1 | 2 | 3 | 4 | 5 | 6 | 7 |
| 8 | 9 | 10 | 11 | 12 | 13 | 14 |
| 15 | 16 | 17 | 18 | 19 | 20 | 21 |
| 22 | 23 | 24 | 25 | 26 | 27 | 28 |
| 29 | 30 | 31 | |
les membres
:: Annabalina
topoaffinités
:: LEGUIGUI :: redaction :: GerardCabane :: FlorenceWinter
quelques liens
:: topolivres
|