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Je l'ai vu. Aujourd'hui.
Je ne l'ai pas trop désiré. Je le désire surtout quand on ne peut pas se le permettre... Mais: on l'a fait. J'aime son corps. Son drôle de corps. Petit et puissant. Un corps d'Indien. (Lui, il dit que sûrement, il est Mapuche). J'aime les éclats d'épice de sa peau. J'aime les éclats, métalliques. Que ses anneaux d'argent projettent dans ses iris. Ses anneaux d'argent qui pendent à ses oreilles. Que j'aime lécher du bout de ma langue. La saveur de sa peau. Et surtout, la saveur de sa sueur. J'aime sentir ses aisselles. Et goûter l'âpre nectar qui y perle. Sur sa peau. Ce que j'aime le plus. Ce qui m'émeut le plus: Ses cheveux. Tout. J'aime tout. Leur épaisseur onctueuses. Leur parfum amer. Plaisir d'y plonger le visage. De prendre de grosses mèches de ses cheveux d'Indien. Et d'y enfouir le nez. J'aime le respirer entièrement. Et le goûter. J'aime lui prendre les cheveux par pleine poignées. Et les tirer. Et sentir qu'ils me résistent. (Comme lui il me résiste). Quand il me transperce. Quand il me casse en deux. Je prends ses cheveux. Je lui tire la tête. j'aime sentir qu'ils sont forts. Et qu'ils me résistent.. J'aime voir ses mains écraser les miennes. C'est l'image qui m'inspire. Voir mes mains, petites et féminines. Dans les siennes, d'homme. De travailleur. Carrées, courtes, puissantes. J'aime sa propreté. Il n'a jamais de saleté sous les ongles. Il n' a pas de ces choses qui rebutent. Qui coupent en partie l'envie, mais sur lesquelles des filles ferment les yeux. Bien que ce soit évident: ça dégoûte. J'aime sous certains angles son corps moulé au mien. Sous la lumière, des gouttes de sa sueur brillent en haut de ses cuisses. Il y aurait de si bonnes photos. J'aime quand il gémit. Quand il répète mon nom. Et le ponctue de manifestations de plaisir. Evidentes. J'aime l'odeur de sa salive. Quand il est excité. Je l'embrasse à pleine bouche. J'aime tout et j'ai honte de ses paroles. De fille niaise et amoureuse. Du manque cruel d'inspiration. Et de poésie.
Il s'est montré jaloux aujourd'hui. Il ment parfois. Je le sais. Il s'est montré jaloux parce-que ce soir, je devais sortir avec un autre garçon. Après lui. Je lui ai dit, moi, qu'il était jaloux. Et que j'y voyais bien que je lui plaisait plus qui ne le laissait entendre. Mais, il maintient qu'il s'en fout. Qu'il plaisante, juste. Que je peux faire ce que je veux. Blessée. Je veux qu'il me dise de ne pas y aller. De ne pas voir l'autre garçon. Le musicien. Mais après la jalousie, il dit qu'il s'en fout. Il a dit aussi que c'était fini avec elle. Il n'avait plus, au doigt, cet anneau dérangeant qu'elle lui avait offert. Qu'elle lui avait rapporté de Roumanie. J'insiste. Comme une enfant capricieuse. Et il le dit. Enfin. Pour ma gloire: "ça me fait chier que tu le vois. J'ai pas envie que t'aille le voir!" Et c'est là que je lui répond qu'il ment. Que c'est vrai qu'il s'en fout. Parce-que des fois il ment. Je le sais. C'est un jeu idiot. Mais qui nous tient en éveil. Tout les deux à se persuader que ça n'a pas d'importance. Et tout les deux tombant. De plus en plus. Dans l'envie de plus en plus fréquente de nous voir. De nous dévorer. Je suis attiré par sa peau. Toujours. J'ai envie de l'allonger. Et de parcourir toute sa peau. De sentir mes lèvres humides glisser sur elle. Ce n'est même pas faire l'amour. C'est le savourer. Je pourrais le faire gémir tout le temps. Je lui donnerais. Sans prendre rien. Et puis elle a appelé. Elle. La fille qui vivait avec lui. Qu'il aime, mais un peu. Dont il n'est pas amoureux. A ce moment là, il était habillé. Pas moi. Nue sur lui. Mes seins dans son cou. Et mon visage dans ses cheveux. Mes lèvres sur ses oreilles. À écouter sa voix à elle. Son accent insupportable. Il lui a dit qu'elle pouvait revenir vivre là si elle ne savait pas où aller. Qu'elle le savait bien. Et moi ? Je sais quoi ? Ce n'est pas qu'il ment. C'est qu'il est perdu. Et moi je reste. Parce-qu'il me tient dans ses mains. Je voulais moi le tenir. Pouvoir dire qu'avec moi, il va où je veux! Etre cette fille là. Celle qui le traîne. Mais: je n'ai pas vu l'autre garçon... Je suis rentré chez moi. Enfin il est parti au travail. Je pouvais rester si je voulais. C'est alors que j'ai tout rangé. Lavé. Ordonné. Parce-que je l'aime bien. Juste bien. J'ai fait toute la vaisselle. Lavé l'évier. Jeté les bouteilles de bière vides qui s'entassaient. Balayé les pelures d'ail. D'oignon. Rangé les restes de nourriture dans le frigo. Pour qu'il trouve quelque-chose de prêt à manger quand il rentre. Parce-que je l'aime bien. J'ai changé les draps. Des draps où, des fois, elle a dormi elle. Des draps où il y avait quelques poils. Des cheveux. Des miettes. Des odeurs. Vestiges de nos rapports sexuels. J'ai mis des draps propres. Et, sur les taies d'oreiller propres, j'ai frotté mon cou. Pour instaurer mon parfum. En petites touches légères. pour, un peu, seulement un peu, m'instaurer moi. Le parfum sera à peine détectable. Il sera comme une illusion. L'effluve. Sera comme une vision furtive. De celles dont on n'est plus vraiment sures. Un peu comme un souvenir inventé. Inventé en partie car trop flou. Le souvenir dont on n'est plus certain de l'avoir vécu. Ou de seulement l'avoir rêvé. Alors c'est comme ça. Mon parfum, quand lui il posera sa tête sur l'oreiller. Mon parfum le narguera. Même quand il dormira. Mon parfum sera comme une illusion furtive. (Comme une image subliminale). Il sera très bref. Presque inaperçu. Comme la silhouette sombre, grisée et rapide, aperçue au bout d'une rue. Qui disparaît déjà. Mon parfum sera furtif. Mais il sera. Après ça. J'ai rangé les chaussures. De lui comme d'elle. Sans aversions pour ses chaussures à elle. Sans mauvaises intention de ma part. Puis j'ai trié le linge. De lui comme d'elle. J'ai plié tout ce qui pendait et traînait. J'ai rangé le linge propre. J'ai mis le linge sale dans le panier prévu à cet effet. Pour lui, pour différencier le linge sale du linge propre, j'ai senti. J'ai respiré. Je me suis enivré de l'odeur des chemises. J'ai respiré l'endroit des aisselles. M'enivrant. Et me délectant de l'arôme de sa transpiration. Et j'ai aimé. J'ai aimé son odeur partout. Son odeur, dans le col des chemises, ça m'a fait soupirer très fort. J'ai posé son livre sur le lit. Ordonné la table basse. Vidé mon verre de vin blanc. Jeté de vieux papiers et de vieux journaux qui traînaient. Empilé ceux qui pouvaient encore l'intéresser. Puis j'ai respirer son keffieh, pour soupirer encore. Et je suis partie en claquant la porte. Je suis rentré chez moi. Et je n'ai pas vu l'autre garçon.. Je n'ai pas fouillé. Je n'ai pas été curieuse de ses affaires à elle. Rien. Je n'ai rien laissé derrière moi. Pas d'aversion. Ni de jalousie. Juste mon odeur sur la taie d'oreiller. Et la fragrance d'une fille adorable. Une fille qu'on pourrait aimer un jour.
Parce-que je m'immisce. Parce-que j'inverse les rôles. Doucement. Parce-que je n'ai pas vu l'autre garçon. Et que j'en ai honte! Parce-qu'il me tenait trop dans ses mains. Et qu'il faut que ça cesse. Parce-qu'il y a un poème de Mario Beneditti qui s'intitule "Tactica y Estrategia" Et parce-que ce poème dit :
"Mi estrategia es Que un dia cualquiera No sé como Ni sé Con que pretexto Por fin me necesites."
( Ma stratégie est/ Que n'importe quel jour/ Je ne sais comment ni sait/ Pour quel prétexte/ Enfin tu ai besoin de moi.)
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