Requiem
C’est entre deux inspirations. C’est dans les talons qui claquent sur les pavés irréguliers. Qui se pressent en trébuchant au son de clavecins, lointains et baroques. C’est dans l’opéra doré d’une cour poudré. C’est immémorial. C’est il y a longtemps, dans l’Histoire qui fait rêver. Celle passée. Celle regrettée.
Au balcon, il y a la fille qui soupire. La poitrine est gonflée. Illuminée, en claire-obscure par le cristal incendiaire des chandelles au plafond. Velouté. Les chandelles qui scintillent et pleuvent d’en haut, comme des anges glacés.
La fille lève les yeux. Tout est trop beau. Tout trop pesant. Tout jusqu’à sa robe, lourde du satin qui se disperse comme la lumière. Sur le bois du fauteuil, sur le velours des tentures, sur le marbre strié du balcon. Apprêtée. Le satin lourd de sa robe qui la noie illumine les yeux chargée de fard de l’opéra. Illumine les yeux qui convoitent d’éclats mordorés, décourageants... Mais, c’est la richesse feinte. La fille n’est pas noble, la robe n’est pas d’elle, le soupir est de regret. Elle regarde en arrière. S’imagine dans les bras de ce passé brillant. Et soudain, le rideau se lève.
Pour la fille, c’est encore plus tragique. Car on joue cette nuit le requiem inachevé. La symphonie enterrée. Puis profanée. Et rejetée sur la scène dans de la dentelle fanée. Jaunie. Jouée en public pour des funérailles illustre. Vivifiée pour divertir les foules avides de mort prématurée. C’est triste. C’est comme elle; de l’esbroufe, de la mascarade gantée. C’est contre nature aussi. Le requiem sur scène comme un oiseau en cage.
La fille sait qu’elle pleurera bientôt. Elle connaît ce morceau. Elle est venu là, ce soir à l’opéra pour le comprendre. S’insérer dans les rouages de la mécanique de l’âme. Infiltrer les tissus filandreux de l’émotion. Elle est venu, en effet, pour s’émouvoir face à l’émotion même. Pour être bouleversé sans devoir se contenir. Pour exulter au milieu des autres sans qu’on ne la remarque. Pour s’unir dans la tourmente à la chaire endimanchée et malodorante qui l’entoure. Pour sentir de toute part ce siècle qui l’a faite. Pour le retenir. Ici elle est n’est plus dans sa mansarde aux relents de moisi. Elle veut être là. Elle est heureuse d’être là. Elle s’est vendu entièrement pour être là. Assister ce soir au requiem ressuscité. L’homme à la chevelure fictive lève sa baguette:
Requiem. Les premières notes, sourdes, naviguent en serpentant. De l’eau noire entre les sièges. De l’eau glacée qui s’infiltrent. De l’eau de nuit. La fille frémit et porte la main à son sein. Enserre entre ses doigts la dentelle ruisselante. L’eau qu’elle entend est comme une ombre. C’est comme l’agonie. Comme celle de sa mère. L’agonie ignorée de l’être qui meurt. L’agonie su par la fille qui la cache à sa mère. C’est sournois. Elle se dit que oui, c’est peut-être bien sournois. Et que c’est pour ça qu’il y a comme un serpent. Caché sous les notes qui tapissent l’opéra. Et puis tout à coup, ça éclate. L’opéra est noyé. Très vite. C’est l’eau qui a débordé et submerge la foule. Ces notes là, c’est la mort. La fille pense à la mort de sa mère. Surprenante comme la musique qui éclate. Surprenante malgré le serpent tapis, qui se cachait là pour mettre en garde. Et c’est alors que les voix se dévoilent. Elles s’extraient tristement de l’entrelacs de cordent. Pour la fille, elles racontent la mort détestée. Mais tout l’opéra lève ses mains tendus, suppliantes. Et elle aussi. Car elle aussi attendait les voix, comme un réconfort. Les voix sont l’explication qui console. Les voix atténuent la peur tout comme elles l’aiguisent.
Kyrie. Le timbre grave vient d’un homme sombre. C’est un avertissement qui déferle dans le velours cramoisi. Dans le marbre gelé. Dans le bois grinçant, le cristal cassant et l’or sévère. Et dans les peruques puantes. Dans les étoffes. Un avertissement qui coule sur les peaux parfumées. Qui se mêle à la sueur et à la crasse. Qui rentre, comme un essaim de mites, dans les linges troués et frottés au romarin. Un avertissement donné à la faune qui frémit. Les femelles portent leurs mains au coeur. Les mâles s’agitent sur leur séant, l’oeil vitreux. Pour la fille qui est belle, la voix grave est un défi. Qui la nargue. Qui l’agace. Elle se redresse, glorieuse. Mais les voix féminines effacent cet affront. Elle ondulent comme des vagues de tristesse. La fille les aime profondément. C’est parce-qu’elle ne connaît rien de si beau. Elle a souvent cherché quelque-chose qui pourrait se comparer à ces voix là. Elle les trouve étranges. Jamais elle ne les avait trouvé vraiment humaine. Et même cette nuit, face à elles, dans l’opéra. Elle voit les femmes d’où proviennent les voix. Mais dans un sourire satisfait, retrouve l’inhumanité qu’elle a tant chérie. Les larmes viennent. Chez elle comme chez tout le monde. C’est parce-que le Kyrie est inégalable pour tout le monde, elle pense.
Insaisissable requiem. La fille croise ses bras abîmées et rougis sur le bois, heureuse quand le satin jaune absorbe ces larmes. Tant espérées.
Confutatis. Fuite à grandes enjambées sans regard en arrière. Et puis hésitation. Fiacre qui s’emballe et chevaux affolés. Et puis hésitation. La colère éteinte dans la sévérité des chants surprend la fille. Les anges glacés de l’opéra vibrent et se balancent. Réveillés par l’ardeur de ce mouvement là. Réveillés par les choeurs. La fille de satin mouillé a connu la colère. A connu la fuite sans regard. Et cette soudaine hésitation qui l’oblige à penser. Sa mère. Sa mort. Et puis fuir la douleur, encore. Avant de la connaître trop. Pour ne pas la regretter. Mais c’est toujours là. Dans la musique. La fatalité qui pèse. Qui se répand dans les gorges et les emmêle. Qui entre par les bouches ouvertes de l’opéra. Trajectoire saccadé d’une partition pleine de taches de sang. Et les choeurs féminins, ceux de l’hésitation et de la tendresse s’inclinent. La fille aussi, s’incline.
Lacrimosa. C’est alors poignant comme le souvenir. C’est la musique du souvenir immédiat. C’est la musique du pathétique autorisé. Celui dont on ne peut pas rire. Car il est trop tôt. C’est la musique du portrait de la mère, qu’on regarde en pleurant. Qu’on regarde dans l’instant. En pensant que c’est ça la douleur. C’est la musique qui ignore le temps à venir. La fille des yeux mordorés sait ça. Elle entend les notes qui ruissellent. Des goûtes puis des cascades. Elles abreuvent le satin. Le fard et la poudre se mêlent et coulent, gris et grisâtres. Coulent de tout les balcons, sur toutes les poitrines de l’opéra. Le fard et la poudre se mêlent comme les cordes et les voix tristes. Parce-que c’est triste le souvenir qui vient trop tôt. C’est le lacrimosa qu’elle préfère. Elle n’est pas allé au delà. Car elle a peur. Car elle ne s’y résout pas. Car tout chez elle s’y refuse. Le lacrimosa c’est le point final qu’elle a mis à la mort de sa mère. Elle pense que c’est beau. Que c’est digne. Que ça convient bien. Que ça porte bien le noir. Les gens endimanchés semblent penser ça aussi. Contents d’être tristes. Émus d’être bouleversés. Ranimés par la mort. Le lacrimosa ça lui dit ça. Elle avait cru en Dieu autrefois. Et puis elle avait arrêté, comme ça. Sans raison, avec beaucoup de prétextes. Un peu comme l’opéra splendide. Un peu comme la musique entêtante qui s’insinue très fort. Sous les ourlets. Entre les fibres. La musique déferlante comme la mer qui s’insinue dans les striures du bois et les commissures des lèvres. Divine elle aurait dit. Divine pensent les gens pleins de couleurs, tâchés de musique. Jusque dans le linge de corps.
C’est alors qu’elle se lève. Délaisse l’opéra. Délaisse la poudre et l’or. Délaisse l’hommage à ce jeune compositeur si prometteur. Délaisse le requiem et la mort. Sur les pavés luisants, les talons se précipitent. Elle fuit parce-que c’est tragique et grandiose. C’est comme ce siècle. Les seins qui jaillissent des dentelles. Elle porte la musique avec elle. Elle comprend que la mort aussi, porte la musique avec elle.
C’est la nuit. Dans son studio aux relents de moisi, elle éteint sa chaîne hi-fi. Elle a encore rêvé.
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Week-end à la campagne
L’amour avec lui est une grande comédie. Le photographe me baise, et me baise plutôt bien. (Si c’est moi qui bouge. De cette façon là. Je sais me faire jouir. Sans lui. Sans lui vraiment. Juste sa queue). Mais à quoi me sert d’être vulgaire ? Alors, l’idée dans la tête; l’idée à écrire. Pour qu’elle ne s’enfuit pas trop loin et: que je ne puisse plus la rattraper. L’idée dans la tête, qu’il faut absolument écrire: L’amour avec lui est une grande comédie. Quand il parle de m’aimer, il parle de sexe. Il parle de me prendre. M’aimer c’est me prendre. Et moi je pense. Moi je crois: aimer. M’aimer. Je crois: il parle de m’aimer comme l’amour que l’on dit. Celui que l’on connaît. Celui dont on ne sait rien. Moi. La fille. La fille est idiote quand elle ferme les yeux. Alors disons cela: faire l’amour avec lui est une grande comédie. Le sexe avec lui est une grande comédie. Mais: Il n’en est pas moins bon. Vertigineux. Il n’en fait pas moins crier. Mais c’est de la scène. ça reste de la scène. C’est comme sur la scène. Sans maquillage. Sans lumière. Ostentatoire. C’est comme toujours entre deux amant trop narcissique. Car oui; c’est de narcissisme qu’il s’agit. Dont il s’agira toujours. Dans le jeu, cinématographique. Dans la lutte des corps. Acrobatique. Dans la volonté d’incarner. Dans la volonté. Celle de paraître ce que l’on veut paraître. Dans cette mise en scène improvisée. Car c’est de ça dont je parle. Dont j’essaie de parler. Et qui m’échappe quand je veux l’écrire. La mis en scène, dans l’amour, est improvisée. Ce n’est qu’après qu’elle est devinée. Décelée. C’est dans la nécessité de l’écrire qu’elle est prise au piège. Démasquée. Le besoin de l’écrire. La torture du besoin d’écrire. C’est là, à cet instant là, dans cette nécessitée là, que: la préméditation est révélée. Sinon: il n’y a pas d’écriture. Il n’y a pas le besoin d’écrire. Qui comme la faim agite le fond du corps. La mis en scène, oui. C’est comme toujours entre deux amants qui souffrent du besoin d’écrire. Ou de photographier. Et ce week-end, la scène d’orgie se tient à la campagne. Chez la fille. Dans la maison de la fille abandonnée par le père. Juste pour ce week-end. Abandonnée pour rendre visite à la mère. Aimée par dessus tout. Perdue. Et pour toujours. Perdue jusqu’à la mort de la fille. Ou jusqu’au sommeil. Perdue jusqu’à l’affrontement tellement craint. Mise en scène. Et puis ça vient. Doucement. À l’intérieure. C’est la première fois que la sensation d’uriner décide d’aller jusqu’au bout. C’est la première fois que je décide. Que j’autorise la sensation sale et embarrassante à aller jusqu’au bout. Oui, c’est la première fois que la fille décide d’aller au bout de cette envie. D’uriner... Peur. Et honte. Mais: ça se transforme. Doucement. Puis vivement, en glissant. ça de transforme en un plaisir profond et inconnu. Et ça se révèle: Au bout de la sensation trompeuse et menaçante. Au bout de la menace d’urine, c’était ça. C’était ce plaisir là. Et elle y va. Elle y plonge. Elle s’y noie jusqu’au bout. Elle ne respire plus. Elle ne le voit plus lui. Elle ne voit plus rien. Elle n’est que la plaisir pure. Et effervescent. Qui comme l’acide. Le plaisir pure qui comme l’acide se dissout. Au coeur de son ventre et le long de ses cuisses. Et jusqu’à sa gorge. La plaisir se dissout, dans un grésillement d’effervescence. Assourdissant. Il bouche les oreilles. Et les yeux. Et tout les orifices. Il isole ce corps jeté dans l’acide. Il l’isole du reste de la chambre, et de la campagne. Il ne laisse entrer que lui-même. Il ne cherche à s’emprisonner que lui-même ici. Dans ce corps là, qu’il a choisit. Et qu’il ronge. La plaisir comme l’acide se répand et ronge. Et jusqu’à sa gorge. Et puis il sort par sa bouche. Il sort dans un cri. Le cri pas envisagé. Le cri du plaisir qui sort, qui s’échappe. Qui devait sortir. Et puis la peur, d’aller plus loin. Et puis la joie. Et puis la tristesse. Vide. Car: le corps est vide.
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Portraits
Il sent la cannelle, le gingembre, la muscade et le clou de girofle. Je le sais car: je viens de cuisiner là, et justement avec ces quatre épices. Et le mélange de ces quatre épices donnent son odeur. Lui. Le mélange, parfaitement dosé et tellement inattendu. Le mélange le donne lui, exactement. Douce surprise de l'odeur qui m'a pris. Et plongée dans le souvenir de lui. Souvenir récent et dévorant. Des journées passées dans son appartement. Journées passées à cuisiner (lui) et à faire l'amour (lui et moi). La veille, dans ce salon de thé. Il m'a dit qu'il tombait amoureux. C'est lui qui cherchait mes bras. Ma chaleur. Je lui ai demandé de qui, boudeuse. Il m'a répondu "À ton avis, de qui ? Idiote" Souvenirs d'hier.
Hier encore. Lui et moi. À l'expo Gainsbourg de la Villette. Tellement excités qu'on a du faire l'amour dans les toilettes. Haletants. Et dans l'urgence. Il a ensuite dit qu'on était fou. (J'ai pensé qu'avec l'autre d'avant moi, il n'avait pas cette folie). J'ai dit "Maintenant que la tension sexuelle est retombée, on peut aller voir l'expo tranquillement ?" Et c'est là que je nous ai vu. Dans la lumière sombre. Dans les centaines de photos, de Gainsbourg et de ses muses. Serge et Bamboo. Serge et Brigitte. Serge et Jane. Puis France. Et Vanessa. Toutes des filles divinement plus jeunes. Scandaleusement. On a joué. J'ai joué à être belle dans ma nouvelle robe de soie bleue. Lui et son appareil photo. Moi et mes fantasmes. Saupoudrés de Lemon Incest. Je posais et je riais. Tout les deux. Serge et Jane. Bonnie and Clyde. Terriblement provocateurs. On était magnétiques. J'ai pensé à quel couple on ferait. Magnétiques, on attirait tout les regards. On était un couple envoûtant. Parmis toutes ces photos. Parmis toutes ces filles divinement plus jeunes que leur amant. Et la tristesse m'a caressé la gorge. La tristesse de savoir "Ils nous prennent pour un couple. On n'est pas un couple". Et pourtant. C'était saisissant. Nous, saisissants. C'est là que je nous ai vu. Quel couple on formerait. Partout, dans toutes les photos. J'ai vu notre portrait. Puis elle a appelé. L'autre. La fille transparente qui n'aurait pas sa place ici. Dans aucune des photos. Ni dans aucune des paroles des chansons. (Ni dans les toilettes). Elle a appelé exactement quand nous étions devant les paroles de Je t'aime moi non plus. La chanson qu'on se chante tout le temps. Qui nous fait rire. Je l'ai enlacé. Je me suis entortillé autour de lui. Il m'a souris. Puis caressé. Embrassé. Elle au téléphone. Magnétiques. Et soudain, sur son visage, la lumière rouge. Sur son visage. Venue de nulle part. Et, l'attirance pour lui. L'attirance foudroyante. |
L'histoire se répète
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Je l'ai vu. Aujourd'hui.
Je ne l'ai pas trop désiré. Je le désire surtout quand on ne peut pas se le permettre... Mais: on l'a fait. J'aime son corps. Son drôle de corps. Petit et puissant. Un corps d'Indien. (Lui, il dit que sûrement, il est Mapuche). J'aime les éclats d'épice de sa peau. J'aime les éclats, métalliques. Que ses anneaux d'argent projettent dans ses iris. Ses anneaux d'argent qui pendent à ses oreilles. Que j'aime lécher du bout de ma langue. La saveur de sa peau. Et surtout, la saveur de sa sueur. J'aime sentir ses aisselles. Et goûter l'âpre nectar qui y perle. Sur sa peau. Ce que j'aime le plus. Ce qui m'émeut le plus: Ses cheveux. Tout. J'aime tout. Leur épaisseur onctueuses. Leur parfum amer. Plaisir d'y plonger le visage. De prendre de grosses mèches de ses cheveux d'Indien. Et d'y enfouir le nez. J'aime le respirer entièrement. Et le goûter. J'aime lui prendre les cheveux par pleine poignées. Et les tirer. Et sentir qu'ils me résistent. (Comme lui il me résiste). Quand il me transperce. Quand il me casse en deux. Je prends ses cheveux. Je lui tire la tête. j'aime sentir qu'ils sont forts. Et qu'ils me résistent.. J'aime voir ses mains écraser les miennes. C'est l'image qui m'inspire. Voir mes mains, petites et féminines. Dans les siennes, d'homme. De travailleur. Carrées, courtes, puissantes. J'aime sa propreté. Il n'a jamais de saleté sous les ongles. Il n' a pas de ces choses qui rebutent. Qui coupent en partie l'envie, mais sur lesquelles des filles ferment les yeux. Bien que ce soit évident: ça dégoûte. J'aime sous certains angles son corps moulé au mien. Sous la lumière, des gouttes de sa sueur brillent en haut de ses cuisses. Il y aurait de si bonnes photos. J'aime quand il gémit. Quand il répète mon nom. Et le ponctue de manifestations de plaisir. Evidentes. J'aime l'odeur de sa salive. Quand il est excité. Je l'embrasse à pleine bouche. J'aime tout et j'ai honte de ses paroles. De fille niaise et amoureuse. Du manque cruel d'inspiration. Et de poésie.
Il s'est montré jaloux aujourd'hui. Il ment parfois. Je le sais. Il s'est montré jaloux parce-que ce soir, je devais sortir avec un autre garçon. Après lui. Je lui ai dit, moi, qu'il était jaloux. Et que j'y voyais bien que je lui plaisait plus qui ne le laissait entendre. Mais, il maintient qu'il s'en fout. Qu'il plaisante, juste. Que je peux faire ce que je veux. Blessée. Je veux qu'il me dise de ne pas y aller. De ne pas voir l'autre garçon. Le musicien. Mais après la jalousie, il dit qu'il s'en fout. Il a dit aussi que c'était fini avec elle. Il n'avait plus, au doigt, cet anneau dérangeant qu'elle lui avait offert. Qu'elle lui avait rapporté de Roumanie. J'insiste. Comme une enfant capricieuse. Et il le dit. Enfin. Pour ma gloire: "ça me fait chier que tu le vois. J'ai pas envie que t'aille le voir!" Et c'est là que je lui répond qu'il ment. Que c'est vrai qu'il s'en fout. Parce-que des fois il ment. Je le sais. C'est un jeu idiot. Mais qui nous tient en éveil. Tout les deux à se persuader que ça n'a pas d'importance. Et tout les deux tombant. De plus en plus. Dans l'envie de plus en plus fréquente de nous voir. De nous dévorer. Je suis attiré par sa peau. Toujours. J'ai envie de l'allonger. Et de parcourir toute sa peau. De sentir mes lèvres humides glisser sur elle. Ce n'est même pas faire l'amour. C'est le savourer. Je pourrais le faire gémir tout le temps. Je lui donnerais. Sans prendre rien. Et puis elle a appelé. Elle. La fille qui vivait avec lui. Qu'il aime, mais un peu. Dont il n'est pas amoureux. A ce moment là, il était habillé. Pas moi. Nue sur lui. Mes seins dans son cou. Et mon visage dans ses cheveux. Mes lèvres sur ses oreilles. À écouter sa voix à elle. Son accent insupportable. Il lui a dit qu'elle pouvait revenir vivre là si elle ne savait pas où aller. Qu'elle le savait bien. Et moi ? Je sais quoi ? Ce n'est pas qu'il ment. C'est qu'il est perdu. Et moi je reste. Parce-qu'il me tient dans ses mains. Je voulais moi le tenir. Pouvoir dire qu'avec moi, il va où je veux! Etre cette fille là. Celle qui le traîne. Mais: je n'ai pas vu l'autre garçon... Je suis rentré chez moi. Enfin il est parti au travail. Je pouvais rester si je voulais. C'est alors que j'ai tout rangé. Lavé. Ordonné. Parce-que je l'aime bien. Juste bien. J'ai fait toute la vaisselle. Lavé l'évier. Jeté les bouteilles de bière vides qui s'entassaient. Balayé les pelures d'ail. D'oignon. Rangé les restes de nourriture dans le frigo. Pour qu'il trouve quelque-chose de prêt à manger quand il rentre. Parce-que je l'aime bien. J'ai changé les draps. Des draps où, des fois, elle a dormi elle. Des draps où il y avait quelques poils. Des cheveux. Des miettes. Des odeurs. Vestiges de nos rapports sexuels. J'ai mis des draps propres. Et, sur les taies d'oreiller propres, j'ai frotté mon cou. Pour instaurer mon parfum. En petites touches légères. pour, un peu, seulement un peu, m'instaurer moi. Le parfum sera à peine détectable. Il sera comme une illusion. L'effluve. Sera comme une vision furtive. De celles dont on n'est plus vraiment sures. Un peu comme un souvenir inventé. Inventé en partie car trop flou. Le souvenir dont on n'est plus certain de l'avoir vécu. Ou de seulement l'avoir rêvé. Alors c'est comme ça. Mon parfum, quand lui il posera sa tête sur l'oreiller. Mon parfum le narguera. Même quand il dormira. Mon parfum sera comme une illusion furtive. (Comme une image subliminale). Il sera très bref. Presque inaperçu. Comme la silhouette sombre, grisée et rapide, aperçue au bout d'une rue. Qui disparaît déjà. Mon parfum sera furtif. Mais il sera. Après ça. J'ai rangé les chaussures. De lui comme d'elle. Sans aversions pour ses chaussures à elle. Sans mauvaises intention de ma part. Puis j'ai trié le linge. De lui comme d'elle. J'ai plié tout ce qui pendait et traînait. J'ai rangé le linge propre. J'ai mis le linge sale dans le panier prévu à cet effet. Pour lui, pour différencier le linge sale du linge propre, j'ai senti. J'ai respiré. Je me suis enivré de l'odeur des chemises. J'ai respiré l'endroit des aisselles. M'enivrant. Et me délectant de l'arôme de sa transpiration. Et j'ai aimé. J'ai aimé son odeur partout. Son odeur, dans le col des chemises, ça m'a fait soupirer très fort. J'ai posé son livre sur le lit. Ordonné la table basse. Vidé mon verre de vin blanc. Jeté de vieux papiers et de vieux journaux qui traînaient. Empilé ceux qui pouvaient encore l'intéresser. Puis j'ai respirer son keffieh, pour soupirer encore. Et je suis partie en claquant la porte. Je suis rentré chez moi. Et je n'ai pas vu l'autre garçon.. Je n'ai pas fouillé. Je n'ai pas été curieuse de ses affaires à elle. Rien. Je n'ai rien laissé derrière moi. Pas d'aversion. Ni de jalousie. Juste mon odeur sur la taie d'oreiller. Et la fragrance d'une fille adorable. Une fille qu'on pourrait aimer un jour.
Parce-que je m'immisce. Parce-que j'inverse les rôles. Doucement. Parce-que je n'ai pas vu l'autre garçon. Et que j'en ai honte! Parce-qu'il me tenait trop dans ses mains. Et qu'il faut que ça cesse. Parce-qu'il y a un poème de Mario Beneditti qui s'intitule "Tactica y Estrategia" Et parce-que ce poème dit :
"Mi estrategia es Que un dia cualquiera No sé como Ni sé Con que pretexto Por fin me necesites."
( Ma stratégie est/ Que n'importe quel jour/ Je ne sais comment ni sait/ Pour quel prétexte/ Enfin tu ai besoin de moi.)
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la Tour Eiffel
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Aujourd'hui j'ai épilé ma chatte. Comme il le voulait. Comme plusieurs fois il me l'a demandé. "Une petite Tour Eiffel à l'envers" il m'a dit. Pour que je puisse me représenter à quoi allait ressembler mon sexe durant la période où je compte le garder lui, pour amant. C'est rapide, concis. Pas envie de m'éterniser. Il l'aime. Avant ça, j'avais plutôt une touffe de prostitué ibérique. Je m'en fous moi. Aucun ne m'a jamais rien dit. Rien exigé. ça n'avait jamais dérangé. Mais je l'ai fait. J'ai taillé dans mes poils une petite Tour Eiffel à l'envers. C'est pour lui. C'est plus facile comme ça. Il peut me faire la chose. Celle qui me fait crier. Il peut le faire sans risques de se retrouver avec un poil coincé entre les dents. Moi, j'aimais bien ma touffe de prostitué ibérique. Foutaises! Les photos que j'ai vu de l'autre. La fille qui est de trop. Les photos d'elle que j'ai vu. Où elle est nue. J'y ai vu aussi la petite Tour Eiffel.
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Le saut
Hier. ça faisait cinq mois.
Un jour ça fera un an. (Un an) que tu as arrêté de respirer. Cessé, comme ça. Tu devais respirer (parce-que tu vivais). Tu devais respirer peut-être différemment. Peut-être plus difficilement. Tu devais respirer et puis tout à coup tu as arrêté! D'une manière très spéciale. Tu devais respirer comme si tu te tenais tout au bord d'une falaise. Tu devais respirer d'une manière vertigineuse. Au bord de la falaise. Rocailleuse... Et puis tu as sauté. (Et mon amour pour toit s'est envolé, il n'avais plus de cage) ça s'est terminé là. La respiration a cessé. Et c'est impossible de savoir pourquoi. Tu as sauté, finalement. Alors que tu n'a jamais voulu le faire. Ni même envisagé. Tu as sauté sans moi pour te tenir la main et t'empêcher de le faire. Tu as sauté de la falaise vertigineuse, dans le vide. Et la respiration rocailleuse a cessé. Et dans ta main il n'y avait rien. Pas ma main à moi. Au moment du saut, tu étais seule. Ton coeur aussi, arrêté. Tout à coup. Et le mien a explosé. Mon amour s'est envolé. Mais: si je t'avais tenu la main, tu aurais sauté ? Je crois que c'est un saut, au final, que tu désirais. Déjà loin de toi. Déjà loin (?). Tandis que la respiration, lentement, devenais rocailleuse. C'est un saut que tu voulais. Pas une chute. Si ma main était resté dans la tienne, j'aurais vu la chute. Et mon coeur serait mort. Je préfère savoir le saut. Décidé. Enfin peut-être. Mais un jour. Ce jour là quand ça fera un an. Je ne comprendrais pas. Toujours pas. Le mécanisme. Pourquoi la respiration a cessé, comme ça. Tout à coup.. Alors dis moi. Dis moi si tu a sauté. Juste dis le moi ( maman si tu veux bien). Je ne peux pas, ne veux pas, envisager une chute.
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Hier dans le train
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Hier, dans le train. De retour de Paris. Où je ne l'ai pas vu. Où je n'ai pas couru jusque chez lui. Essoufflée, à bout de souffle dans les métros. Pour quelques instant en sa compagnie.
Lui. Enfoiré. Et de ça je suis fière. Dans le train, je suis assez fière de moi. Même si c'est cruel. De ne pas le voir. De ne pas l'avoir vu. Alors je suis aussi: triste et frustrée. Qu'il ait un peu perdu à mes yeux. Parce-qu'il a été trop prévisible. ( A cause d'elle). Triste de ne plus sentir la passion provocante. Provocante, celle qui provoque tout mes actes. Mes courses folles et essoufflées dans le métro. Qui n'attendent qu'une chose; le respirer lui. Mon oxygène. Triste de devoir en arriver là. De ne pas répondre à ses appels. À ses demandes. Comme un acte ultime et désespéré. Pour qu'il se rende compte. Pour qu'il choisisse. (Elle ou moi). Quelle banalité, affligeante. Ce choix qui devait arriver. Mais je ne le prévoyais pas. Car c'était trop lisse, ça. Trop connu. tant de fois revu. Et pourtant... C'est éteint en moi. Caché quelque part. Juste envie d'être aimée. Et désirée. Exclusivement, finalement. Dans le train et après, petite nausée désagréable du désamour. De la perte de quelque-chose. Qui semblait sacré. Lui, il gâche tout, et à chaque fois. À cause d'elle. Insupportable avec ses grands yeux innocents qui masquent la pire bassesse. La plus infecte hypocrisie. Il gâche tout, et à chaque fois. Aussi par son narcissisme. Son besoin, qui est le même que le mien! Etre sur d'être aimé entièrement. Et tel qu'il est. Elle lui accorde cet amour là. L'enfoiré. Lui. Il m'a fait jouir. Et crier. Beaucoup crier. C'est comme ça avec lui. la surprise du plaisir qui m'envahit. Par vagues tristes. Folles. Le filet de sueur qui coule, de sa tempe au creux de sa joue. Que je lèche. Sa bouche, vue comme ça, d'en dessous. Provoque le désir. Celui que j'attends. Que j'avais toujours attendu. Toujours plus profond. Le simple souvenir réveille le désir. C'est presque tragique. Cette nausée. Parce-que j'ai décidé de ne pas le voir. Mais rien. Il se comporte mal. Pas comme je voudrais. Il se comporte comme il serait convenu. S'il était convenu.. En me taisant. En ne répondant pas. En n'y allant pas, je veux qu'il avoue. Qu'il s'avoue! Hier, dans le train. Retour de Paris où je ne l'ai pas vu. Je lis. Avide. De ne rien perdre. De ne pas manquer une perle littéraire. Un choc lié à l'écriture. Une tournure. Une phrase. Une image. Forte et qui va me paralyser. Une qui va me faire envie. Jalouser. Une qui fait penser "J'aurais voulu écrire ça!" "J'aurais du, moi, écrire ça!" Qui va me faire espérer. Et comprendre que je ne suis rien.
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La Ranchera
La tristesse est grise. De cendre. Et voilà. Voilà donc. Deux jours après, et sans surprise. Juste la nausée, envisagée. La nausée. Celle de la déception.
Elle l'a trompée. La stratégie de la fille qui est mon adversaire a fonctionné. Elle l'a trompé. Et lui, s'est rendu compte qu'il l'aimait. Il me dit. Il me le dit comme si j'avais du le savoir, de toute façon. Il me dit " Tu avais raison". Sans surprise. Même la rage de ne pas m'être trompé. La rage d'avoir vu juste. Rage d'avoir su tout. Compris avant lui la stratégie. Même cette rage là n'est pas une surprise. Et moi, j'admets. Que j'avais raison. "Te dije o no te dije ?!" Oui, il reconnaît. Que je lui avait dit. Que je l'avais avertis. Que finalement je ne me suis pas trompé. Jalouse. Jalouse. Je prononce son nom à elle. En ajoutant que je suis jalouse. Que je ne veux plus en entendre parler. Ni pleurer. Ni rien. Que je ne la supporte pas. Sur les photos. Dans sa bouche. Dans tout ce qu'elle fait. Et que même son nom. Je ne veux plus l'écouter. Il me donne la nausée. Car: certitude qu'elle ne partira pas. Malgré l'humiliation. Malgré mon odeur à moi dans ses draps à elle. Malgré les traces de maquillages laissées (exprès) par moi sur du coton à elle. Dans la salle de bain où elle se lave elle. Malgré l'odeur de mon sexe qu'elle peut déceler sur lui. Malgré ça. Elle ne partira pas. Certitude de ça. Elle l'a trompé et il a réagit comme ça. Détestable. Comme je lui avait dit. Il y a deux jours. Quand il ne l'aimait plus. Mais ça, c'était prévisible. Puisque je l'avais prévu. Sans surprise. Je prononce tout ça. Dans la colère. Celle qui le fait rire. Parce-qu'il dit qu'elle ne me va pas. Qu'elle est comme une veste informe que je m'obstine à vouloir porter, mais qui est trop grande. Et ridicule sur mon corps. Alors blessée. De n'être pas prise au sérieux. C'est ça toutes les paroles de colère ridicule qui sortent de moi. Ce qui ne sort pas de moi, je le pense. Cet espèce d'amour qui ne me lâche pas. Si juste j'en échappe une bribe, légère, il rit. Parce-que, il croit, ce n'est pas normal. Non, pas normal. C'est beaucoup trop tôt. Alors, dans la tristesse grise. De cendre. Je m'inonde. Dans les verres de tequilla. Je m'échappe. De la tristesse. Celle-là même. Seule. Je me veux tragique. Dans la tequilla. J'ai l'alcool ranchero. Ranchera. À chanter l'amour trahit. Encore. Encore un verre, et le dernier. Celui avant de reprendre ma route. À cheval. Le coeur en vrac. L'alcool en vers. Les vers des chanson de la Ranchera. Que je sens maintenant. À tourner. Tourner. Dans les vertiges de la tequilla. Tourner et que tout soit flou. Danser comme si l'alcool avait eu raison de mon équilibre. Savoir que je suis si belle. Même si je tourne et. Que je chante la ranchera. Comme un homme. Un homme trahit par sa belle. Par son amour aux yeux bruns et au coeur de pierre. La belle des films du Mexique. Celle dont les yeux se moquent bien, sous les sourcils ombrageux, du pauvre bougre ranchero. Au coeur en vrac. Dans la tristesse grise, il y a dans les cendres l'ombre d'une cigarette fantôme. Les effluves de la tequilla. Qui m'étreint. Et réveille, lyrique, toute mon âme. L'âme d'un homme trahit. Je suis comme un homme. Près à partir à cheval. Le coeur en vrac et la belle en enfer. Prêt à chanter qu'elle aille au diable. Je lui dit, à celui qui ce soir est ma belle. Belle au coeur de pierre. Je lui dit que, comme un homme, j'irais avec ma guitarre. J'irais chanter sous son balcon les vers tragiques de la Ranchera. C'est alors que je suis folle.
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La stratégie de la fille aux yeux tristes
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Les bars s'alternent. Et les cafés. Avec les jours.
La pause du couple ébréché par moi s'étire. Elle semble plus profonde chaque fois. Le couple ébréché par moi. Celui que je voudrais démoli .La pause, ce terme. Ce mot là, tant prisé des couples qui ne font plus l'amour. Qui même ne baisent plus. La fille, je l'ai remplacé dans le lit. Elle, il ne la touche plus. Depuis moi, déjà, il ne la touchais plus. L'absence de désir entre eux voulue par moi. C'est mon triomphe. Celui que je garde secret. C'est mon triomphe et même moi ne le sais pas. Ne veux pas le savoir. Il n'y a pas une semaine, le photographe et moi, on était dans le lit. Dans son lit. Le lit où je l'ai remplacé. Ici au moins je suis sure que je l'ai détrôné. Et elle l'a appelé. Dans le téléphone, sa voix blessé a prononcé mon nom. A demandé si il était avec moi. Triste. Victime. Il a dit que oui. On était dans le lit. Le lit dont les draps gardent fort nos ébats. Les draps inchangés depuis moi, qui gardent fort nos ébats. Absurdes. Et trop bruyants. Trop passionnés pour ne pas être menaçants. Trop passionnés et pour cela même menaçants. Car j'ai peur qu'ils ne s'abîment vite. La peur réelle de ce qui se dit sur la passion. Qu'elle s'abîme vite. Parfois. Une seconde ou plus, l'angoisse se profile. L'angoisse malveillante et brutale. L'angoisse de la lassitude. Celle qui viendrait de lui. Celle qui ferait de moi un caprice. Ce caprice redouté. Mais les jours s'alternent. Et avec eux les cafés, les bars. Et le lit. Aujourd'hui le rendez-vous est devant la fontaine. Il m'attend déjà. Et le baiser est froid. Indéterminé. (Parasité). J'ai beau lui dire. Lui demander. Il me répond que rien. Qu'il n'y a rien. Mais je sais bien. L'angoisse, encore. L'angoisse me possède. Assis. Un café de plus. Une nouvelle vue sur Paris, derrière une nouvelle vitre. Puis il le dit. L'annonce; "C'est fini avec elle". Elle l'a trompé. Elle a fait l'amour avec un autre. Elle voit un autre. Plusieurs fois elle a fait l'amour avec l'autre. Les nuits où elle n'était pas à l'appartement, parce-qu'elle est partie. Parce-qu'il a voulu qu'elle parte. Les nuits elle les passaient chez son amie. La seule amie qu'elle ait à Paris. Puis, quelques fois, elle les a passés chez cet autre. Le baiser froid et préoccupé, c'était ça. Cette nouvelle. Comme une menace de plus sur cet amour que je veux. Et que je sais très fragile. Soumis à des règles qui le dépasse. Des règles chancelantes. Et traîtres. Car: le tromper, c'est l'acte ultime pour le reconquérir. La traîtresse aux yeux tristes, je l'avais sous-estimé. Pour la première fois, je sens une adversaire. Elle n'est plus la victime. Triste. Elle a une stratégie. Elle accepte tout. Se comporte comme lui. Pour qu'il lui revienne. Pour qu'il renonce à moi. Pour que dans cette douleur là, il prenne conscience qu'il l'aime. Finalement. Je lui dit ça. Que si elle l'a fait, cette chose, c'est par amour. Parce-qu'elle l'aime. Je lui dit. Car je sais ce qui va arriver. Je lui dit qu'il va se rendre compte qu'il l'aime. De cette façon là. Sournoise à mon égard. Que soudain, il ne va plus vouloir la perdre. Parce-qu'il aura pris conscience. Je lui dit que c'est ce qu'elle veut. Que dans cette douleur, il se rende compte qu'il l'aime. Tant de fois je prononce le mot amour. Jusqu'à lui dire que si il le veut, je disparaît. Pour qu'il retourne avec elle. Comme avant moi. (Parce-que c'est ce qu'elle veut). Il dit que non. Qu'elle ne l'aime plus. Il dit: "c'est fini avec elle". Il clos la conversation comme il l'avait commencé. "C'est fini avec elle" Mais mon angoisse résiste. Moi; "je vais souffrir ?" Lui "non". Moi "est-ce que je vais te perdre ?" Lui "non je ne crois pas". Moi "est-ce que finalement tu vas te rendre compte que tu l'aime, et me quitter. Parce-que tu ne veux pas la perdre?" Lui "ce ne sera pas le cas". Mais mon angoisse... Après il me dit, avec son sourire, que dans mes cils, j'ai comme des larmes cristalisées. (Lancôme, 26 euros). Voilà, on en est là.
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Une semaine après: rachat
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Alors on en était là.
Lui. Qui attendait de me revoir. Moi. Qui attendait de pardonner. Rendez-vous donné par téléphone. Je me fait désirer. Tandis qu'il est déjà dans le café. Du rendez-vous. Celui que j'ai choisi moi. Dans le quartier voulu par moi. Nord de Paris. Ici, je m'y trouve toujours belle. Enfin désirable. Irrésistible. J'aime ça. Voir dans le regard des hommes. Vraiment n'importe lesquels. Voir que je suis désirable. Qu'ils voudraient bien me toucher. Marcher. Sure. Et ne pas supporter d'être invisible. Transparente. Comme j'aime penser que la fille aux yeux tristes est. ( Celle qui sait déjà tout). Au fond je suis sale. Je suis une fille sale. Mais personne ne le voit. Dans les regards, ce n'est pas de la lubricité. Trop de savoir faire. De "paraître". Je pense (de moi) : "tant de classe qui abrite tant de crasse." Et voir aussi, dans le regard des filles, la jalousie. Alors on en était là. Surtout quand j'arrive, je doit regarder ce qu'il boit... Derrière la vitre du café, il est là. Et le désir revient. Dégèle. Il est, lui, devant une tasse de thé. Il lit. M'a vu en premier. Quand je passais comme une fille qui est belle. Après tout ce qui était arrivé, j'avais oublié, un peu, la beauté. Provocante. Pas franche. Pas immédiate. Ce n'est pas la beauté immédiate. Pas de celle que l'on remarque en jetant un oeil. Pas comme une tache colorée sur le tissu blanc. Provocante! Pas de celle que, c'est vrai, les gens remarquent quand ils jettent un oeil. Sauf moi. Moi, je l'avais vu immédiatement. (Quand je passais dans la rue où il travaillait. Pour voir dans son regard à lui ce que je voyais dans le regard des autres hommes). Tout de suite. Elle m'avait atteint. Et là. Derrière la vitre du café. Elle m'atteint encore. Au début, silence crispé. Le silence qu'il faut vite rompre. Tordre. Passer à autre chose. Qu'il faut vite sauter comme un obstacle. On se débrouille très bien. Puis je lui demande: les excuses, les démonstrations de repentir... je lui fait comprendre que je veux un rachat. À genoux. Tellement scénique que je le fais mettre à genoux. Le temps que je veux. Que je compte. M'assurant que tout le monde, dans le café, assiste à sa bassesse. Il semble touché et amusé. S'excuse. Oui, je lui plaît. Il se sent mal pour ce qu'il m'a fait vivre. La nuit de la semaine passée. Moi je lui dit que ça m'a inspiré. Je voulais me taire. Ne pas me rendre si vite. Mais. Je lui confie ( comme la preuve d'amour la plus manifeste) que c'est depuis lui que je peux écrire à nouveau. Me entrego. Je me donne un peu en le lui révélant. Mais je perds tout. Face à lui. je perds toute la dignité froide dont je voulais me parer. Puis, la fille appelle. Il lui dit qu'il est avec moi. Car il lui a tout avoué. À celle qui savait déjà tout. Elle n'est plus dans l'appartement. Partie. Pour une pause (ce terme utile dans le vocabulaire conjugal des couples qui ne s'aiment plus ). Plus ?? Je sens le trouble. Le manque de clarté. Une pause ? Il m'avait dit, pourtant, qu'il ne l'aimait pas. Que cela allait se terminer. Il esquive mes remarques. Habilement. Je décide de fermer les yeux et de le croire. Car je suis irrésistible!!! Et, dois-je vous le préciser, pleine de doute... C'est moi qu'il va choisir. La fille transparente, je la veux déjà loin et sentant le souffre. Et malgré le trouble, celui que je sens, je demande: le rachat.
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