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Les grands westerns sont shakespeariens. La formule est sans doute éculée, nombreux étant les critiques à avoir souligné l'aspect théâtral de films comme Rio Bravo de Howard Hawks, qui assignait au saloon le rôle de scène, tandis qu'en coulisses, les drames humains se jouaient. Mais, à présent que le western refait une entrée fracassante à l'écran comme en littérature, de la série Deadwood (diffusée sur Canal +) aux romans de genre tels La Dernière traversée de Guy Vanderhaeghe (Albin Michel), peut-être permet-elle d'appréhender l'ampleur du phénomène. Au théâtre de Shakespeare, le western emprunte ses personnages archétypaux, fêlons sans scrupules et héros orgueilleux, ainsi que ses violents effets de contraste. Dans Deadwood, l'ignoble assistant de Al Swearengen est un Yago à peine déguisé, semant les embûches sur le chemin du preux - mais colérique - Montana. Autre emprunt du western au dramaturge : l'arrière-fond mythique sur lequel se nouent différentes intrigues. La littérature sans colts ni chapeaux manque-t-elle de mythes ? Il faut croire en tout cas, à lire le dernier recueil de Jim Harrison, L'Eté où il faillit mourir (Christian Bourgois), que la soif de conquête des personnages de westerns les amène justement à ressusciter ces figures anciennes que les autres héros ont oubliées. Dans la première nouvelle du recueil, Chien brun, un métis indien, apprend à devenir un héros au fur et à mesure que le réel le repousse en dehors de ses frontières. Pour avoir exploré depuis de nombreux romans les étendues sauvages de l'Amérique, l'auteur sait que le nouveau est à l'ouest, dans sa vigueur et son exubérance. Si les personnages reviennent au duel au soleil, c'est peut-être pour faire exploser les limites de leurs histoires, au détriment d'intrigues circonscrivant un propos ou une critique argumentée ; pour le plaisir de conter abruptement des légendes brutales, dont le point d'orgue est souvent une maxime semblable à celle de Burt Lancaster dans Fureur Apache, de Robert Aldrich : "On ne peut pas reprocher au désert d'être aride."
Jim Harrison L'Eté où il faillit mourir
Traduit de l'anglais (Etats-Unis, The Summer He didn't Die) par Brice Matthieussent
Christian Bourgois 2006, Fictives
23 euros