A ne pas manquer au Salon du Livre
Vendredi 23 mars de 15 à 16 heures
Avec la participation de Bertille Soullier, conteuse, qui interprétera avec les adolescents présents les textes de la collection "D'une seule voix". Qui est-elle ?
Le Club Jeunesse reçoit Jeanne Benameur et Bernard Friot pour le lancement "D'une seule voix", bouleversante collection qui propose aux jeunes adolescents et jeunes adultes une approche de la littérature originale qui place le grain de voix au centre de l'acte de lecture.
Ecrits, sculptés, pensés pour être dits juste pour soi, ou bien lus à voix haute, ou encore repris sous forme de slam, de chansons ou de monologues théâtraux, ces textes respectent un principe, celui du souffle et aussi celui du silence, en opposition au monde tonitruant.
De très grande qualité, résolument novatrice, cette offre met à contribution le désir de reprise de l'écrit par le lecteur, sous toutes les formes.
Ecrits pour être investis par un autre, prêts à être dévorés par lui, les textes "D'une seule voix" oscillent entre le doute, la violence, l'amour, la douceur et la poésie. Un subtil équilibre leur permet d'être au plus proche des jeunes lecteurs qui vont les découvrir et y trouveront c'est sûr un fond identificatoire non contraignant.
Bernard Friot, avec Rien dire, signe un petit ouvrage qui est à lui seul une scénette théâtrale que ses lecteurs reprendront à loisir, ne serait-ce que pour des essais de prise de parole publique. Exercice auquel rien ne prépare, si ce ne sont, justement, les ouvrages de cette nouvelle collection. On suit dans Rien dire le monologue d'un jeune garçon, invité à se raconter le temps que durera la bougie allumée à ses côtés.
Il le fera à contrecoeur, se dévoilant peu à peu avec une vérité confondante. Sa gourmandise (très épanouie) lui permet de comparer des gâteaux de diverses traditions culinaires, et c'est bien sûr le motif d'une métaphore filée plus essentielle que l'on suit sans qu'elle paraisse jamais appuyée. Du goût jusqu'à l'appétence pour les langues que l'on maîtrise et emploie, français, allemand, arabe, il n'y a qu'un pas, que nous franchissons avec ce raconteur d'histoires.
Livre à ce point réussi dans son approche monologuée que l'on hésite une seconde : n'aurait-on pas écrit et dit en soi-même, un jour ou l'autre, cette histoire ? Rien dire est par ailleurs un bréviaire qui permet de répondre aux questions concernant l'écriture et la parole.
Jeanne Benameur, qui dirige la collection, propose avec Le Ramadan de la parole des textes forts et tumultueux, dans lesquels elle n'hésite pas à faire passer cette violence électrique qui est le véritable noeud de l'adolescence. Surtout lorsque celle-ci se sent étouffée. "Le Ramadan de la parole", texte qui donne son titre au recueil, donne une voix au mutisme, défi impossible pourtant relevé par l'auteure. "L'Affiche" évoque la pudeur, le refus de la sexualité des parents, la honte devant les compromis intenables des adultes et puis aussi... leur vulgarité désabusée, cynique. Motif peu abordé, sentiment si répandu à l'adolescence. "Même les Chinoises n'ont plus les pieds bandés" reprend à sa manière le thème qui court à travers ces trois textes, celui de la relation mère-fille. Rarement on aura lu sur ces questions propos plus fin, plus simple, plus juste.
Nous sommes heureux au Club Jeunesse d'accueillir "D'une seule voix", collection diffusée par Actes Sud Junior (7,80 euros le volume).
Paraissent également : Kaïna-Marseille de Catherine Zambon et Quand les trains passent... de Malin Lindroth (trad. du suédois par Jacques Robnard).
Bernard Friot
Rien dire
Actes Sud Junior 2007
7,80 euros
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