:: Exposition PICASSO ET LES MAITRES, dernière : nuit d'orgie au Grand Palais :: par Isabelle Rabineau :: lundi 2 février 2009 ::
Picasso et les maîtres, dernière
C'est la nuit au Musée, la dernière des mille et une. Le café du coin de la rue Jean Goujon resté éveillé ne connaît plus de répit, les silhouettes s'y dessinent avec le cerne particulier du petit matin. Mais à l'intérieur les néons pâlissent ; la lune l'emportera toujours.
A 1h30, chacun reconnaît le pas de l'autre visiteur nocturne, son prochain, qui arrive hagard et ébouriffé, du bout de la rue. Il y a du désir dans l'air, du crime et des envies de noir. Picasso rôde. Cette nuit sent fort le cuir de tous les assassins qui veillèrent un jour dans le ventre de Paris. Dans la nuit du dimanche 1er au lundi 2 février nous sommes tous des voleurs d'art que la passion de voir a fait préférer la der des ders au moelleux de la nuit du samedi au dimanche, puisque voilà déjà plus de 48 heures que le Musée oublie de fermer ses portes. Cette ultime nuit au Grand Palais est sans filet, les incorruptibles sont tous au garde-à-vous.
Très jeunes ou très vieux, pas d'entre-deux, c'est remarquable ; je n'ai pas d'explication c'est comme ça : ceux qui ne se résolvent pas à fermer l'oeil l'ont gardé grand ouvert pour Picasso et ses maîtres.
Devant le Musée, rien à faire, la publicité a trop parlé, trop promis, l'engouement pour les "Grandes Expos" aussi. La foule est imposante, on se croirait 15h un samedi d'été, lorsqu'il fait bon folâtrer aux abords apaisants des statues.
On attend, on avance, on attend, on avance.
Il n'y a pas de bonnes gens, ne sont présents que des mordus de peinture. Réservation ou pas, ils sont là. Internet ou pas, ils en veulent, des images qui vont les frapper au visage.
Tous, du gardien au personnel de sécurité, en sourient. Cette qualité de situation paroxystique flirte avec le punk, pour le moins. Ceux qui ne connaissent pas les after découvrent les joies du bout de la nuit lorsque tout commence.
Les réflexes ont la peau dure : les bras se tendent pour saisir des écouteurs qui vont raconter avec sérieux l'épopée des collections rassemblées ici, pourquoi et comment. On fuit, devant.
La première salle est hors d'atteinte. Entre le ballet des manteaux, j'aperçois des blasons, quelques fétiches de tableaux. Il fait très froid sur Paris, tout le monde s'est couvert au-delà du supportable, personne ne veut prendre le temps d'en perdre encore, au vestiaire. C'est dément, c'est absurde. C'est parfait.
Le sol parle, pour une fois et beaucoup, par vagues. La moquette en effet n'avait pas prévu ces hordes de pas sans rémission, elle se soulève par strates entières et chacun manque de tomber, le regard perché sur le détail d'un Velasquez, ou bien happé par un Goya. Les teints sont cireux, les traits hébétés, les gardiens vissés sur leurs sièges, cataleptiques, certains se racontent des trucs pour tenir. Les "pardon", les "excusez-moi", les "mais vous me marchez sur les pieds" sont furtifs et cette foule irraisonnée étrangement se respecte et trouve des points de conciliation intuitifs. L'un se relève et un autre s'assoit dans un charmant jeu de chaises musicales très proche de l'esprit d'Alice au pays des merveilles.
Peu de commentaires. C'est le peintre Alain Blondel (www.alainblondel.info) qui me le fait remarquer : le silence est absolu. On est au choix, dans le recueillement d'un lieu sacré, avec une liberté flagrante dans les déplacements, ou dans l'extase des sens du lupanar. Sur les murs, dans toutes les salles et partout, Picasso se marre. C'est la liesse pour ses Marie-Marguerite méninesques, ses pisseuses, leurs pieds véhéments et leurs bras massifs qui chahutent de salle en salle. Picasso fait mieux que les Marx Brothers au milieu de cette nuit au Musée : il échange mélodieusement avec toutes les toiles dites classiques qui l'entourent sans jamais lâcher du leste. Dans toutes les salles et devant Zurbaran, devant le Greco, face à Chardin, il réplique et part dans des propositions à l'audace vertigineuse auxquelles la nuit répond avec son goût immodéré pour la dramaturgie. Des anges passent. Des siècles défilent, sans pyrotechnie. La salle des "Nus couchés" où Manet côtoie Degas et où Toulouse-Lautrec chuchote des secrets à Cranach est ravie de cette descente nocturne. Les pigments giclent contre les murs. Je me retourne. La foule trouve des directions en apparence antagonistes mais chacun tient le cap. Certains sont sur le point de chanceler : trop de monde, trop chaud, trop tard, trop de café, trop de vin. Mais on se redresse. Je le sais, ça m'est arrivé, j'ai failli sombrer au moins à trois reprises. Je me retourne encore vers le public... La cour de promenade de détenus volontairement enfermés, un couloir d'HP ? J'hésite, les déambulations sont heurtées, les visages imprégnés et marqués par les toiles. Il est plus de quatre heures. Chaque toile tutoie son spectateur qui la salue. C'est étonnamment élégant, c'est un rituel inconnu, inqualifiable. Van Gogh est au diapason des autres. Les maîtres ne se sont pas laissé entraîner hors de leur Musée pour rien, pour une fois. La proposition marketing est forte ; on peut lire à l'entrée que la RMN est un producteur culturel d'exception : verbiage d'époque et nouvelles donnes muséographiques. Les critiques et les procès en répartition de dividendes vont bon train. Il n'empêche : c'était l'orgie au Grand Palais cette nuit. On sort : il neige. Les rues, loin du Grand Palais, sont vides, le monde est à nous.
Picasso et les maîtres Catalogue de l'exposition aux Galeries nationales du Grand Palais (8 octobre 2008 - 2 février 2009)
Ed. Réunion des Musées Nationaux 2008
45 euros
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"Emma ou la rage de vivre"
commentaire du mercredi 25 février 2009 à 18:57 :: EUPHRASIUM
Bonjour,
Je soumets "Emma ou la rage de vivre" à votre critique.
Editions Amalthée.
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http://www.ellipse.ch/Produit.aspx?Produit=2408783
« Ils disposaient d’eau et d’une étendue de terre. De quoi avaient-ils besoin d’autre pour vivre ? Mais rien, absolument rien pour le moment. »
En 1624, un groupe d’hommes, fuyant des guerres, s’élance à la recherche de terre pour construire un village de paix et d’unité. ..Et la curiosité, l’amitié, l’émulation, la joie, le respect de l’autre … donnent accès au bonheur immédiat. .. En cela, Emma ou la rage de vivre est un ouvrage axé sur l’humanisme et l’optimisme. .. Aussi pouvons-nous dire que Emma ou la rage de vivre est un ouvrage résolument tourné vers le futur et sur le monde.