Journal de bord du Club des 8-12 Animé par topolivres au Salon du Livre mercredi 22 mars (after #5) : dernier jour !
Ce que vous avez vu si vous y étiez (et raté si vous n'y étiez pas !)
10 heures : le coin du magicien
Les apprentis magiciens étaient venus nombreux au rendez-vous du Club des 8/12 ans et s'attendaient à tout, absolument à tous les maléfices et sortilèges ce mercredi 22 mars au Salon du Livre. Leurs premières questions furent pour la téléportation, l'un des numéros les plus difficiles dans lequel excelle le jeune prestidigitateur. Mais ce n'était pas exactement ainsi que l'entendait Frédéric Da Silva, magicien prodige, de retour de Las Vegas via la Suisse, en partance pour l'Afrique, dès le lendemain de notre rencontre. Il s'agissait avant tout pour le magicien de faire passer aux enfants l'éthique d'un savoir-faire, le long apprentissage d'une compétence merveilleuse, pas si illusionniste que cela, dans laquelle la liberté et l'adaptabilité ont la plus grande part. Loin du new age et des croyances abêtissantes, la manière dont Frédéric Da Silva envisage son art fit le plus grand effet à l'auditoire, qui prit conscience de la folle détermination qui conduit un artiste de ce type à essayer, tenter encore, avant de parvenir à faire croire à sa fausse nonchalance, à l'extrême simplicité de ses tours. Dans la coulisse, Frédéric nous confiait que l'imaginaire collectif n'aimait pas trop voir évoluer la silhouette fabuleuse de Mandrake. En magie on ne change pas aisément de référent. Habillé en parfait "magicien", chemise blanche à jabot et volutes, noeud papillon et costume noir de rigueur, Frédéric Da Silva obtint la plus belle des réponses concernant sa question préliminaire sur l'un parmi les plus grands illusionnistes, Houdini : "Celui qui ne se laisse pas enfermer", déclara une gamine à qui on ne la faisait pas. Si les enfants ne jurent plus que par Harry Potter, Frédéric Da Silva vérifia l'attrait grandissant qu'ils éprouvent pour les mondes que l'on ne voit pas en les questionnant sur les ritournelles magiques qu'ils connaissaient, l'"abracadabra" et autres formules incantatoires, mais c'est surtout la curiosité et le sens de l'observation aiguë que le magicien porta au pinacle de son art. Bien entendu, les enfants virent leur tour de cartes préféré réalisé, et ils eurent la joie de se faire plusieurs fois séduire/berner par l'inexplicable... toujours explicable cependant. Certains enfants posèrent des questions très pertinentes sur les mentalités, très différentes, au Portugal, en Afrique, au Canada, autant de contrées où les rituels en rapport avec les croyances et les imaginaires sont diversement appréciés. Les livres connurent le plus grand des succès, au-delà des bréviaires et grimoires, puisque Frédéric Da Silva parla avec une grande attention de L'Invitation magique de Bruno Guignard et Philippe Legendre-Koater, rendez-vous réussi, très joliment illustré, avec Robert-Houdin, qui se trouve être le maître ès magie de Frédéric Da Silva. Sorcellerie et magie aux Yeux de la Découverte (Gallimard) recueillit aussi de nombreux suffrages. Impressionnés par l'aura du jeune homme, sa liberté de ton et son savoir-faire, les enfants s'en allèrent moins enclins à croire n'importe quoi et sans doute plus décidés que jamais à porter attention à leurs devoirs de physique...
Bruno Guignard et Philippe Legendre-Koater L'Invitation magique - Un rendez-vous avec Robert-Houdin, le prince des magiciens Hesse 2004 15 euros 


Le coin du magicien. Photos : Daniel Sachs ( contact). 12 heures : débat mots voyageurs avec Franck Resplandy et Jeannette Loric
Il y a des débats qui s'imposent. Mieux : qui s'imposent en certains lieux, pas nécessairement ceux que l'on aurait imaginés. Ce matin, l'espace jeunesse semblait avoir été conçu pour servir de rampe de lancement aux mots. En préparant ce débat, nous sommes partis d'une idée toute simple : de très nombreux enfants entendent parler à la maison une langue qui n'est pas le français, et de cette richesse on dit bien peu de choses. Il nous a suffi de faire un petit tour d'horizon auprès des enfants inscrits à la rencontre pour nous apercevoir que, dans les cours d'écoles, les mots ne tenaient pas en place. Malien, allemand, dialectes du Cameroun et du Bénin, kabyle, anglais, espagnol... les enfants portaient le monde entier avec eux. Franck Resplandy raconta le destin parfois burlesque des mots français exportés. Historien rigoureux, conteur documenté, il évoqua brillamment les allers-retours, les mélanges, les ricochets des mots d'un pays à l'autre, citant quelques passages de son Etonnant voyage des mots français dans les langues étrangères (Bartillat). Jeannette Loric laissa chanter ses Cousins anglais (Didier jeunesse) : elle expliqua avec autant de douceur que de pédagogie comment les chansons passent les frontières, conservant quelque chose de leur lieu de naissance tout en acquérant une signification ou une musicalité nouvelle. Les enfants mitraillèrent nos invités de questions, retraçant le parcours du mot "Milk", devenu "Milik" au Cameroun, ou rectifiant une erreur d'un animateur (sic !) : "On ne parle pas béninois. Au Bénin, on parle le français, pour que tout le monde puisse se comprendre. Il y a cinquante-deux dialectes différents !".
Franck Resplandy L'Etonnant voyage des mots français dans les langues étrangères Bartillat 2006 20 euros 

Débat mots voyageurs. Photo : Daniel Sachs ( contact). 
14 heures : le coin du slameur
Toma Roche nous avait confié, avant le début du Salon, qu'il existait mille et une façons de slamer. Au terme de cette rencontre, il aurait pu ajouter que le slam pouvait provoquer mille et une façons de rêver. Dans l'espace bondé du Club des 8/12 (quatre-vingt enfants au bas mot), il y avait toutes sortes de rêveurs. Ceux qui rêvaient les yeux bien ouverts : une petite fille de la Fondation Poidatz, qui s'occupe d'enfants handicapés moteurs, offrit à Toma une définition absolument parfaite du slam - une forme urbaine de poésie, fondée sur l'improvisation. Ceux qui crurent rêver, alors qu'ils s'apprêtaient à piquer un somme ; un ado s'extasia en constatant les ressemblances, mais aussi les différences, entre le rap et le slam. Ceux qui osèrent accomplir leurs rêves les plus fous ; deux fillettes du centre de loisirs Georges Brassens accompagnèrent le slameur, lancé dans une performance de human beat-box, dans une superbe chorégraphie hip-hop. L'aspect spectaculaire de la rencontre, s'il permit d'allumer des étoiles dans les yeux de tous, n'empiéta jamais sur le dialogue que nous désirions instaurer entre l'artiste et les enfants : l'histoire du slam, ses lieux d'activité, ses maîtres et ses écoles, tous les sujets furent évoqués à travers leurs questions, toutes plus pertinentes les unes que les autres. Raymond Queneau fut célébré en slam et en musique (assurée par le guitariste Achour) ; une petite fille compara le slam à une "gymnastique cérébrale" ; le public à l'unisson reproduisit le bruit de l'orage avec, en guise d'instruments, des claquements de doigts et de langue. Au fur et à mesure que cette composition savante de rythme, d'associations d'idées et de jeux de mots, incarnée à merveille par Toma Roche, pénétrait les esprits des enfants, les définitions qu'ils en donnaient devinrent à la fois plus justes et plus poétiques : "Le slam, dit l'un d'eux, c'est claquer des mots". Comment, qu'est-ce que vous dites ? Apparemment, il s'est passé beaucoup de choses ? Ah, vraiment... Honte à vous ! Vous auriez dû être là ! 15 heures : rencontre avec Faïza Guène
Lecteurs de topolivres, vous savez quel amour nous portons à Faïza Guène - à son roman Kiffe kiffe demain (Hachette Littératures), à ses courts et moyens métrages, à ses dessins. Pour l'ultime rencontre de l'espace jeunesse, notre auteure fétiche avait préparé une surprise aux enfants inscrits : une lecture d'extraits du nouveau roman auquel elle travaille actuellement (sortie prévue à la rentrée prochaine). Agés de onze, douze, treize ans, ils étaient quelques-uns à l'avoir découverte avec Kiffe kiffe demain - ceux-là n'eurent même pas le temps de poser toutes les questions qu'ils avaient préparées, tant elles étaient nombreuses. Les autres commencèrent par hausser les épaules, comme pour signifier qu'ils en avaient déjà vu, des écrivains ; ils n'allaient pas se laisser impressionner. Ce qu'ils n'avaient pas prévu, c'est la malice avec laquelle Faïza parvint à captiver leur attention, petit à petit, distillant quelques notions fondamentales d'écriture, expliquant les différences entre fiction et autobiographie, confession et re-création, labeur et inspiration. Le miracle se produisit lorsque les enfants s'emparèrent du micro pour lire, à leur tour, quelques extraits du roman. Un silence s'instaura subitement, l'héroïne Doria se glissa dans le public et laissa son charme opérer. La petite Lydie enchanta le public tout en offrant à l'auteure un très beau cadeau - une lecture sensible, intelligente, vivante du roman. Comédienne en herbe, elle inventa les intonations, les pauses, les accents en se fiant à son seul instinct de lectrice. Doria trouva, pendant cette minute précieuse, une voix où se poser.
Faïza Guène Kiffe kiffe demain Livre de Poche 2005 5 euros 
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