votre blog gratuit sur
blog.topolivres.com
inscription
identification
rechercher un livre / un article sur
:: L'ado ou le "tiré par la manche" au Salon du Livre :: par la rédaction de topolivres :: mardi 21 mars 2006 ::

Galerie de lecteurs #1


L'ado ou le "tiré-par-la-manche" au Salon du Livre

Franchement, ça ne l'amuse pas d'être là.

Ce qui l'énerve peut-être le plus, ce sont les regards. Ceux qui disent "à ton âge, j'aurais rêvé d'y être". Ceux qui disent "pour une fois qu'on te sort de tes jeux vidéo". Ceux qui disent "ils font des choses formidables en édition jeunesse, maintenant, c'est à ne pas comprendre pourquoi les jeunes ne lisent pas". Il a treize, quatorze, quinze ans.

Lui s'en fout un peu. Il ne cherche pas à comprendre pourquoi personne ne comprend pourquoi (les jeunes ne lisent pas). Presque par charité, il feuillette une BD, parce qu'il sait que pour tout le monde, "c'est bien la seule chose qui accroche les ados". Surtout les "mangas", que les adultes prononcent "mongas" comme pour signifier que vraiment, ils n'y comprennent rien. D'ailleurs ils le disent, au cas où il n'aurait pas compris : ils n'y comprennent rien, aux mangas. Lui hausse les épaules. Au fond, s'il ne lit pas, s'il ne veut pas lire, s'il n'aime pas lire, ce n'est pas à cause des livres. C'est à cause des lecteurs. Les lecteurs l'emmerdent, ils savent tout ce qu'il ignore. Tout ce qu'il doit découvrir avant que ses copains ne l'aient compris, tout ce qu'il a honte de ne pas savoir - encore. Eux, lecteurs, ils savent. Et ils s'en servent pour avancer ; ce qui pour lui revient un peu à dire : pour l'empêcher, lui, d'avancer.

C'est vrai, quoi. S'il dit qu'il s'ennuie, on lui balance les souffrances d'un jeune type, Werther de son prénom, qu'il ne connaît ni de près ni de loin. S'il pique une crise, on lui dit d'arrêter de se la jouer Vipère au poing. Lui, il ne voit pas le rapport. C'est qui çui-là, Viperopoint ? Il s'en fout. Pire du pire, si dans un moment de bravoure inconsidérée, il ose poser une question sur les questions qui le travaillent (il y en a deux, trois en tout, et elles ont de furieux airs de famille), on se félicite de lui avoir offert Titeuf. Et alors, quoi, il avait besoin de lire le Zizi sexuel pour la poser, sa question ? Tchô !, il s'en fout.

Ce qu'il faudrait, ce serait le laisser faire. Oui, mais comment ? Dans un Salon qui ne cache rien de ses intentions (puisque rien qu'à son nom, il devine qu'on va lui en coller, du livre), comment pourrait-il avoir l'air de faire ce qu'il veut vraiment, lui tout seul, en attrapant un roman de, disons, Thierry Laurent ? Ben oui, ce titre-là, Mordre, on ne peut pas cracher dessus. Paru chez Héloïse d'Ormesson... Bon. Il peut y avoir de quoi se faire les dents, là-dedans, de la matière gluante et charnue. Deux cent pages, juste assez pour tenir le choc sans faiblir, et quelques-unes de ces saveurs que, ma foi, il pourrait bien aimer (faut voir, mais a priori, oui) : du rouge, de l'hybride, de la métamorphose. Tant "qu'ils" ne viendront pas lui dire que ça doit lui plaire, parce que c'est encore plus horrible que le pire des films d'horreur, ou parce que la langue est tellement scandée qu'on "dirait presque du rap"... oui, il pourrait bien se laisser tenter.

Mais d'abord, il faudrait qu'on le laisse se rendre compte par lui-même que tout cela est (peut-être) vrai : en toute logique, les ados devraient s'arracher Mordre, ils se paieraient sans aucun doute une belle tranche de rire horrifié en lisant les aventures burlesques du notaire transformé en chien sauvage, ils pourraient même se risquer à trouver dans les brusques ruptures rythmiques de l'écriture de Mordre quelques accointances avec la forme syncopée des morceaux de hip-hop. Enfin, faut pas pousser. Lui, il "pousse" le moins possible : il retient. Disons qu'il aurait l'impression, au moins, d'en avoir pour son argent : il y fouillerait comme dans une marmite pleine de mots nouveaux et truculents, du "sycophante", du "thuriféraire", du "bambocher". Des mots qui lui feraient du bien.

D'ailleurs, c'est quelque chose qu'il pourrait dire, au passage, tandis qu'il referme les pages de cette BD franchement moyenne (eh oui, à force d'en lire, il sait distinguer les bonnes des mauvaises, tout s'apprend) : lui aussi, il sait rêver. Il n'a même pas besoin qu'on le prenne par la main pour s'évader, il y arrive très bien seul. Au Salon, profitant d'un temps mort pendant lequel on ne le surveillait pas, il a ouvert ce livre jaune qu'un bandeau rouge balafrait : Trois jours chez ma mère.

L'auteur avait un nom bizarre, Weyergans, il n'en avait jamais entendu parler avant et, sans doute, si on lui avait dit qu'il avait tort de ne jamais en avoir entendu parler, il ne l'aurait pas ouvert. Mais ça lui a plu. Il y avait là beaucoup de ce qui lui manquait, beaucoup de ce qu'il voyait très nettement sans pouvoir le toucher - son petit supplice de tantale adolescent - : une douce et enivrante légèreté ; un regard sur soi désabusé-rétrospectif-amusé-abîmé (quand aurait-il, lui aussi, droit à tout ça ?) ; des femmes qui sont moins des femmes que des images de femmes, et qui si on les rassemblait toutes n'en formeraient qu'une (quand aurait-il, lui aussi, droit à tout ça ?) ; des ellipses brutales dans le récit qui se manifestent exactement comme des sautes d'humeur ; des traits d'esprit tellement géniaux qu'il aimerait bien les noter pour les moments, ô combien nombreux, où il pique un fard sans rien trouver à dire...

Bref, ce type-là, Weyergans, il l'aime bien. Il parle de sa mère comme seul un lecteur peut le faire, c'est-à-dire comme quelqu'un qui a assez vécu pour dire ce que bon lui semble ; qu'il l'aime, qu'elle l'énerve, qu'il n'a pas beaucoup pensé à elle ces derniers temps, qu'il a terriblement besoin d'elle là, tout de suite, maintenant. Ce type est mille fois plus libre que lui.

Ce Weyergans, c'est lui tel qu'il aimerait se lire.

A la fin, il pourrait bien se le payer, son roman. Vingt et quelques euros, trois paquets de clopes, bon. Peut-être que... Ah non, trop tard, v'là les autres qui rappliquent. Pas question d'être pris en flagrant délit de plaisir de lecture. Ce sera pour après, quand il sera tout seul. Quand il pourra faire tout ce qu'il voudra, sans qu'on le lui interdise ni qu'on l'approuve. Quand il s'octroiera le droit de dire "J'adore ça" ou "Je ne peux pas me passer de ça". Quand ce sera son truc à lui, et qu'il se fichera bien de ce qu'on en dira. Quand il sera "en âge de lire".



François Weyergans
Trois jours chez ma mère

Grasset 2005 (Prix Goncourt)
17,50 euros 



Tibo Bérard


Inscrivez-vous à la lettre de topolivres : 
Pour réagir à cette note, cliquez ici.

:: note publiée par la rédaction de topolivres :: dans Salon du Livre de Paris :: le mardi 21 mars 2006 ::
:: L'ado ou le "tiré par la manche" au Salon du Livre ::
:: lien permanent :: signaler cette note à un(e) ami(e) ::
:: commentaires : 0 :: écrire un commentaire ::



Vos commentaires sont les bienvenus !

Si vous souhaitez réagir à cette note, cliquez ici.
Votre message s'affichera ci-dessous.




Inscrivez-vous à la lettre de topolivres

Votre adresse e-mail :

Syndiquez ce blog




topolivres

topodcast

Salon du Livre de Paris

topotv

Choses vues / non vues

What's up doc

topoagenda

topoastro

La griffe webomaniaque

Carré topique

topocollection


Fétish Box


:: MORT OU VIF :: exposition "dialogue" à la Fondation Francès :: Senlis :: Dimitri Tsykalov + Desiree Dolron + Regina José Galindo + Werner Reiterer + Andres Serrano & Jeffrey Silverthorne

:: Georges Lautner, LES TONTONS FLINGUEURS > ON AURA TOUT VU :: publiciscinémas :: septembre 2009

:: Erik Gerets, le Prince et les supporters : match amical Al-Hilal Riyad - Atalanta Bergame :: Cannes :: 6 août 2009

:: Erik Gerets, l'OM, le football français et la passion de voir

:: BERNARD LAMARCHE-VADEL ET LES ARTISTES, DANS L'OEIL DU CRITIQUE :: exposition au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris :: 29 mai - 6 septembre 2009

:: Jacques Séguéla, AUTOBIOGRAPHIE NON AUTORISEE :: signature entretien à la librairie du publicisdrugstore

:: Alexandre Astier, Nuit KAAMELOTT, Livre 6 :: avant-première au Grand Rex

:: Salon du Livre de Paris 2009 :: Ecouter en ligne les entretiens du Lecteur Studio SNCF

:: Alain Bashung, BLEU PETROLE < L'IMPRUDENCE < FANTAISIE MILITAIRE (entretien)

:: Sergey Dvortsevoy, TULPAN (Prix Un Certain Regard Festival de Cannes 2008)

:: Salon du Livre de Paris :: Du 13 au 18 mars 2009 :: Programme du Lecteur Studio SNCF

:: Exposition PICASSO ET LES MAITRES, dernière : nuit d'orgie au Grand Palais

:: Steve Toltz, UNE PARTIE DU TOUT (A FRACTION OF THE WHOLE) :: vidéo éditions Belfond

:: Steve Toltz, UNE PARTIE DU TOUT (A FRACTION OF THE WHOLE) :: rentrée littéraire janvier 2009

:: Viken Berberian, DAS KAPITAL (A NOVEL OF LOVE & MONEY MARKETS) :: rentrée littéraire janvier 2009

:: Jerome Charyn & Frédéric Rébéna, MARILYN LA DINGUE :: signature entretien à la librairie du publicisdrugstore

:: Lorsque Libé censure :: Au bout du conte :: SNCF

:: Jean-Yves Jouannais, L'ENCYCLOPEDIE DES GUERRES (chronique)

:: Douglas Kennedy, PIEGE NUPTIAL (THE DEAD HEART) :: librairie du publicisdrugstore :: vidéo éditions Belfond

:: Jean-François Delassus, 14-18 LE BRUIT ET LA FUREUR :: France 2 :: 11 novembre 2008

:: L. Sedel, CHIRURGIEN AU BORD DE LA CRISE DE NERF + C. Mabrut, DIM + E. Erwitt, DOGS & NEW YORK + N. Becker, VIDEO D'ENTREPRISE + J.-F. Kahn, POURQUOI IL FAUT DISSOUDRE LE PS + D. Kennedy, PIEGE NUPTIAL + A. Martinetti & F. Rivière, LA SAUCE...

:: Livres à Show 2008 :: librairie du publicisdrugstore :: vidéo lefigaro.fr

:: Percival Everett, EFFACEMENT > DESERT AMERICAIN > BLESSES > GLYPHE (critique)

:: Percival Everett, GLYPHE (GLYPH) < BLESSES (WOUNDED) :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 30 septembre 2008 (interview vidéo)

:: Livres à Show :: jeudi 16 octobre :: librairie du publicisdrugstore :: rentrée éditoriale automne 2008

:: Jean-Yves Jouannais, L'ENCYCLOPEDIE DES GUERRES (conférences-performances au Centre Pompidou)

:: J. Attali, DU CRISTAL A LA FUMEE + R. Deforges, A PARIS AU PRINTEMPS ÇA SENT LA MERDE ET LE LILAS + S. Pincas & M. Loiseau, UNE HISTOIRE DE LA PUBLICITE + M. Even, OBAMA LE NOUVEAU REVE AMERICAIN + P. Druilhe, WELCOME TO AMERICA + P. Everett, BLESSES

:: William T. Vollmann, POURQUOI ETES-VOUS PAUVRES ? (POOR PEOPLE) :: rentrée littéraire septembre 2008

:: Maylis de Kerangal, CORNICHE KENNEDY :: rentrée littéraire août 2008

:: Dominique Quessada & Camille de Toledo, MYTHOPHONIES :: France Culture 21 juillet - 22 août 2008

:: Jean-Louis Debré, LES OUBLIES DE LA REPUBLIQUE + François Rollin, CAHIER DE VACANCES POUR ADULTES ETE 2008 :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Laura Zavan, MA LITTLE ITALY > PANNA COTTA > PETITES CUILLERES ITALIENNES + Stéphanie Bulteau, PANNA COTTA

:: F. Durpaire, L'AMERIQUE DE BARACK OBAMA + Emmanuel Petit, A FLEUR DE PEAU + D. Cohen & Ph. Askenazy, 27 QUESTIONS D'ECONOMIE CONTEMPORAINE + B. Jeauffroy & V. Leret, DANDYSMES 1808-2008 + D.S Schiffer, PHILOSOPHIE DU DANDYSME + Clea, MES P'TITES GAMELLES

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 6 mai 2008 (interview vidéo)

:: Finale de la Coupe d'Europe de Rugby Toulouse Munster (chronique)

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) + Juliette Michaud, JUNKET :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 6-13 mai 2008 (chronique)

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) + Mark Z. Danielewski, O REVOLUTIONS (ONLY REVOLUTIONS) par Claro :: rencontres événements à la librairie du publicisdrugstore (Paris) et au lieu unique (Nantes)

:: Serge Simon, LA MELEE (critique)

:: Luis Fernandez, LUIS CONTRE-ATTAQUE + Philippe Ridet, LE PRESIDENT ET MOI + Serge Simon, ON N'EST PAS LA POUR ETRE ICI - DICTIONNAIRE ABSURDE DU RUGBY > LA MELEE :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Chantal Sébire, c'est votre dernier mot ?

:: Marion Laine, UN COEUR SIMPLE (d'après le conte de Gustave Flaubert)

:: Zvi Yanai, BIEN A VOUS, SANDRO

:: Pierre Moscovici, LE LIQUIDATEUR + David Abiker, CONTES DE LA TELE ORDINAIRE :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Salon du Livre de Paris 2008 :: Ecouter en ligne les entretiens du Lecteur Studio SNCF

:: Boris Bergmann, VIENS LA QUE JE TE TUE MA BELLE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Max Gallo, LE PACTE DES ASSASSINS :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Vincent Ravalec & Héléna Marienské, LE DEGRE SUPREME DE LA TENDRESSE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Pierre Hermé & Ingrid Astier, CUISINE INSPIREE - L'AUDACE FRANCAISE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Gilda Piersanti, BLEU CATACOMBES :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Lizzie Doron, POURQUOI N'ES-TU PAS VENUE AVANT LA GUERRE ? :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008


:: octobre 2009
:: septembre 2009
:: août 2009
:: juin 2009
:: mai 2009
:: avril 2009
:: mars 2009
:: février 2009
:: janvier 2009
:: décembre 2008
:: novembre 2008
:: octobre 2008
:: septembre 2008
:: juillet 2008
:: juin 2008
:: mai 2008
:: avril 2008
:: mars 2008
:: février 2008
:: janvier 2008
:: novembre 2007
:: octobre 2007
:: septembre 2007
:: juillet 2007
:: juin 2007
:: mai 2007
:: avril 2007
:: mars 2007
:: février 2007
:: janvier 2007
:: décembre 2006
:: novembre 2006
:: octobre 2006
:: septembre 2006
:: août 2006
:: juillet 2006
:: juin 2006
:: mai 2006
:: avril 2006
:: mars 2006




Editions Verticales
Editions Désordres
Lot49 / Ed. Le Cherche Midi
Editions Le Passage
Salon du Livre de Paris
Lecteur Studio SNCF
Festival America
Le Marathon des Mots
Biblioblog
Blog dash+coquillages
Blog Lunettes Rouges


Une sélection de la


French Book News




percival everett


david lynch

un topodcast ? c'est plus qu'un podcast : richard morgiève > pascal quignard > bernard wallet > jonathan safran foer > antonia arslan > andreï guelassimov > alain blondel > alain rey > douglas kennedy > william t. vollmann > roberto alajmo > mark z. danielewski

lecteur studio sncf


la 25ème heure du livre




publicité





:: hébergement 1&1 ::