:: Maria de Medeiros, A LITTLE MORE BLUE :: par Isabelle Rabineau :: vendredi 3 novembre 2006 ::
Viva Maria
(bande son : A little more blue, Caetano Veloso 1971)
Maria de Medeiros dans The Saddest Music in the World (Guy Maddin 2003)
Dans le communiqué de presse on peut lire à propos de A little more blue : "C'est la musique engagée la plus sexy au monde". Et c'est vrai ! Le projet vient délibérément de Maria de Medeiros, oiseau faussement frêle. Délibérément, c'est-à-dire librement. C'est elle qui avait en tête ce projet, chanter son enfance et son adolescence au travers des refrains qu'elle entendit au Portugal, juste après la Révolution et venant du Brésil (sous le joug de la dictature militaire jusqu'en 1985). En vérité, énoncer que Maria de Medeiros éprouve le désir de chanter c'est trop peu dire ; elle porte ces chansons en plein gosier et dans ses mains, lesquelles reflètent durant tout le récital son inquiétude et sa joie.
Maria de Medeiros, Joël Grare et Jeff Cohen (A little more blue, Théâtre de la Bastille)
Deux sourires amicaux l'accompagnent : un pianiste au charme insoutenable, Jeff Cohen, et un percussionniste, Joël Grare, qui fait feu de tout bois, invente de l'eau dans des potiches en terre cuite, remue des peluches aux allures de pattes d'ours contre sa grosse caisse, agace sa guimbarde dans une urne en fer, puis envoie un baiser à la belle via sa cymbale. Mais le plus beau c'est le public, surpris et conquis, immédiatement à l'unisson avec ces chansons qu'il ne connaît pas toujours, lui reviennent pourtant de loin, comme un son d'enfance. Maria de Medeiros se souvient autant des génériques des séries télé qui marquèrent les portugaises en mal de liberté remportant un succès colossal, que des sublimes textes de Chico Buarque, Caetano Veloso et Gilberto Gil, ces révolutionnaires de la musique brésilienne qui imaginèrent dès la fin des années 60 la Música Popular Brasileira, mêlant bossa-nova, samba, jazz, et rock.
Maria de Medeiros traduit tout, mine de rien, avec ses airs de papillon. Elle explique la poésie concrète dont Décio Pignataro, animateur des revues Noigandres (1952) et Invenção (1962-67), fut l'un des initiateurs en compagnie des frères Augusto et Haroldo de Campos, publiant en 1958 leur manifeste "Plano-piloto para a poesia concreta".
Puis d'une main déliée, elle rappelle que tous ces chants sont idéalement placés entre deux zéniths : le sens de l'intimité et le sens du politique. A la sortie, les oreilles demandent la parole, pour une fois. Quiétude et inquiétude, humour, rythme et violence, elles en redemandent. Encore.
Jusqu'au 12 novembre au Théâtre de la Bastille, 15 euros prix unique (à 19h20, dimanche à 15h20). Réservation au 01 43 57 42 14.
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caetano and maria
commentaire du dimanche 5 novembre 2006 à 14:48 :: romain dumont
eh bien, Caetano Veloso chantant en anglais la prison et l'exil, je ne connaissais pas, c'eût été un adversaire sérieux pour "la Serbie" et "les Etats-Unis" dans le concours de "The Saddest Music in the World" !
Le spectacle de Maria de Medeiros a l'air sensationnel, y aura-t-il un enregistrement, pour ceux qui n'y auront pas assisté (ou qui auront adoré) ? Un dvd, un cd ? Un podcast ?
Belle création que celle-ci!
commentaire du dimanche 12 novembre 2006 à 18:22 :: Hermano Sanches
C'est un voyage intérieur, dans le temps mais aussi une leçon sur des combats humains et les différentes formes d'y participer. Le travail de Maria de Medeiros est vrai, vibrant et plein de justesse. Accompagnée par deux musiciens qui donnent à cette création le cadre adéquat. Vraiment un agréable moment qui prend tout, de l'intérieur.