:: Arménie mon amie, Année de l'Arménie en France :: Antonia Arslan, IL ETAIT UNE FOIS EN ARMENIE :: Paolo & Vittorio Taviani, LE MAS DES ALOUETTES :: par Alice Guzzini :: lundi 9 octobre 2006 ::
L'ouverture de l'Année de l'Arménie en France (septembre 2006 - août 2007) restera marquée par l'appel lancé par Jacques Chirac, en visite à Erevan, à l'adresse du gouvernement d'Ankara, dans l'espoir que celui-ci consente à reconnaître le génocide décidé et dirigé par le régime jeune-turc de Talaat et Enver Pacha en 1915. Chantage à l'entrée dans l'UE, geste diplomatique maladroit, ou message au contraire politiquement convenant, étant donné l'échec l'année dernière du référendum sur la constitution européenne : au fond qu'importe. Alors que l'évocation des massacres systématiques continue de mener intellectuels et romanciers turcs (Orhan Pamuk, ou très récemment encore Elif Shafak) aux tribunaux pour "insulte à l'identité nationale", bagatelle passible de trois ans d'emprisonnement, les Arméniens d'Arménie et d'ailleurs ont ce besoin légitime d'enterrer leurs pères, dont environ un million et demi d'ombres arpentent, depuis près d'un siècle, les chemins d'Anatolie.
Atom Egoyan, Ararat (Canada 2002)
Raymond Kévorkian, conservateur de la Bibliothèque Nubar et professeur à l'Institut français de géopolitique, publie une étude colossale chez Odile Jacob, appelée sans doute à devenir l'ouvrage de référence sur l'histoire du Génocide des Arméniens (à propos duquel on peut toutefois consulter utilement aussi le livre d'Yves Ternon réédité en Points Histoire en 1996). Dans le cadre d'Arménie mon amie, ainsi qu'a été baptisée la saison d'échanges culturels franco-arméniens, La Villette proposera, en partenariat avec le CRDA, une installation audiovisuelle, un cycle d'une trentaine de films et diverses rencontres (entrée libre du 18 octobre au 23 novembre, du mercredi au dimanche de 14h à 19h) ; la BnF présentera une collection de manuscrits et livres anciens (du 28 janvier au 25 mars), et Beaubourg une exposition consacrée au peintre de l'abstract expressionismArshile Gorky (dont Atom Egoyan place la délicate réalisation du Portrait de l'artiste avec sa mère au coeur d'Ararat. Du 2 avril au 4 juin). Entre autres très nombreuses manifestations programmées partout en France.
Aux éditions Robert Laffont, paraît Il était une fois en Arménie, poignant récit d'Antonia Arslan sur les traces de sa famille italo-arménienne. Les frères Taviani finalisent en ce moment une adaptation pour le cinéma, qui reprendra le titre original de Mas des alouettes. Emigré très jeune en Italie (ayant opté, contre une belle-mère détestée, pour le collège arménien de Venise), Yervant (le futur grand-père d'Antonia) projette un retour au pays, à l'invitation de son frère Sempad. Pour un séjour, ou peut-être plus. Le premier est médecin, père de deux enfants, le second pharmacien, à la tête d'une progéniture assez touffue. D'un côté, on aménage la maison qui accueillera les retrouvailles (le mas des alouettes), de l'autre, dans un même tourbillon, on prépare la voiture (rouge Ferrari : enfin, Isotta Fraschini, pour être précise, une six places avec glacière) qui y conduira ; de l'un comme de l'autre, on appréhende le moment, on se réjouit par avance, on ne songe guère plus qu'à ce voyage. On est en 1914, puis au printemps 1915. L'Italie entre en guerre contre l'Empire ottoman, interdisant le départ de Yervant. Enchâssées dans le conflit mondial, les dérives purificatrices du panturquisme emporteront Sempad - à l'exacte moitié du livre - et avec ou après lui la plupart des siens.
Collection Antonia Arslan
La mort s'introduit au mas des alouettes avec la violence de la folie furieuse, à laquelle quelques instants, une lame forcenée, suffisent pour trancher la gorge d'un homme, ou massacrer tous les hommes réunis là, sans que la moindre issue leur soit laissée. L'épreuve infligée ensuite, des semaines et des semaines durant, à ceux (celles) qui n'ont pas été les victimes directes de la tuerie inaugurale apparaît d'autant plus cruelle qu'elle fait d'une certaine manière peser sur chacune des "personnes déplacées" la responsabilité de sa survie (la sienne, celle de ses êtres chers, d'un peuple dans son entier) : sur une capacité de résistance surhumaine, idéalement accompagnée d'un don pour l'astuce digne des plus valeureux héros des contes traditionnels. A parcourir les commentaires déposés sur le site d'Internet Bookshop Italia, on constate qu'un certain nombre de lycéens ont été déroutés, voire détournés de leur lecture, par une écriture qu'ils jugent impassible (ou inaccessible, ce qui me surprend sincèrement. Même si une prochaine édition aurait peut-être intérêt en effet à ménager une page de présentation des dramatis personae, à l'exemple des Quarante jours du Musa Dagh, le roman de Franz Werfel qui accompagne Antonia depuis l'adolescence). Assez loin de l'impassibilité, je discerne pour ma part la pudeur immédiate des paroles de rescapés, et aussi une terrible douceur : "Il pleure tout doucement, comme un bambin. Puis il se balance, nu, pendu à la branche la plus basse du grand platane". Cependant que s'éteignent les ultimes témoins, ce livre de vie et d'identité transmet avec force autant que délicatesse une mémoire nécessaire, intime, révélée par la fiction. Antonia Arslan offre avec Il était une fois en Arménie un ouvrage composé de mailles ultrafines et de noeuds solides, de soie et d'or, de fleurs et de feuilles, monté avec quelques-uns des os brisés net de ses oncles, croisant les doigts encore lacérés de leurs descendants, parmi lesquels les siens propres. Son authentique dentelle arménienne.
Je me suis entretenue par téléphone avec l'auteure qui, ce 20 septembre, entre deux étapes de sa tournée de présentations, se trouvait chez elle à Padoue. Au terme de l'entretien, elle a choisi et lu deux passages en italien - la fin du prologue et le sacrifice insurgé d'Aznive - que je vous propose d'écouter ici en regard de l'excellente traduction française de Nathalie Bauer. (Je m'en vais poursuivre la lecture de Franz Werfel.)
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Pages de sang
commentaire du vendredi 23 février 2007 à 15:01 :: Magalie
Je viens de recevoir en service de presse le dernier ouvrage de Raphaël Stainville. Sous le titre PAGES DE SANG, l'auteur de cette enquête revient sur les massacres de 1909 qui précèdèrent la folie génocidaire de 1915. Il semble montrer que rien à changer. Les premières pages sont à glacer le sang. Je vous en dirais problement davantage à fin de ma lecture. Mais ma première impression est excellente. Amitiés et félicitation pour votre blog.
Re: Pages de sang
commentaire du mercredi 28 février 2007 à 22:08 :: alice
Chère Magalie,
Je ne connais pas ce livre ; vos notes de lecture seront naturellement les bienvenues.
Récits d'Arménie(s) 2 voix 2 langues
commentaire du dimanche 10 juin 2007 à 19:37 :: alice
Bonsoir, je reçois et transmets :
Pour clôturer l'Année de l'Arménie, Arménie(s) Plurielle avec le soutien de la Mairie du 9ème arrondissement de Paris présente au Théâtre La Bruyère le jeudi 28 juin 2007 à 20h30 Ariane Ascaride et Serge Avedikian, Récits d'Arménie(s) lecture à deux voix et en deux langues.
Les deux artistes dédicaceront en commun le livre arménie(s) (éd. Arménie Plurielle 2006).
Prix unique : 20 euros. Théâtre La Bruyère, 6 rue La Bruyère, Paris 9ème. Réservation à partir du 14 juin au théâtre au 01 48 74 76 99, de 10h à 16h, retrait et paiement des places, en chèque ou en espèces, le soir même à partir de 18h30, places non numérotées, ou http://www.armenieplurielle.com.
Programme de la soirée au Théâtre La Bruyère
Ariane Ascaride et Serge Avedikian, comédiens complices du dernier film de Robert Guediguian, Le Voyage en Arménie, ont choisi de poursuivre cette aventure intime et émouvante, en donnant à entendre les plus belles pages écrites dans l'Arménie historique, dans la petite Arménie soviétique, dans la République Arménienne d'aujourd'hui et dans toutes les parts d'Arménie(s) en exil.
Grégoire de Narek, moine du Xème siècle, qui en appelle sans cesse à Dieu lui-même, et dont les prières sont celles d'un Sisyphe miné par le sens de l'échec et les défaillances de l'âme.
Sayat-Nova, poète et troubadour du XVIIIème qui chante l'amour comme personne.
Yerishé Tcharents, flamboyant auteur de la République soviétique, disparu lors des purges de 1937.
Parouïr Sevakqui clôt cette même République avec ses ultimes poèmes, écrivant avec l'intuition qu'une révolution de la vérité est à faire ou à venir.
Violette Krikorian pour qui la poésie n'est pas à vendre.
Mariné Pétrossian miniaturiste de l'intime infini des choses.
Marc Nichanian, philosophe et professeur français établi à New York, conduit une réflexion continue depuis plusieurs décennies sur le génocide dans ses rapports à l'écriture.
Denis Donikian, écrivain et traducteur, explore quant à lui depuis son premier livre les signes d'une mentalité marquée par l'exil et le désarroi.
Des extraits de textes de ces auteurs seront lus en français et en arménien.
Les yeux ouverts de Didier Torossian
commentaire du lundi 11 juin 2007 à 05:21 :: un visiteur
"Premier roman d'un Franco-Arménien de 3ème génération. En annexe, un petit dossier historique et une chronologie. Destiné à tout public, porteur dune histoire douloureuse, en quête d'avenir harmonieux et en particulier à la jeunesse capable de décrypter la mémoire familiale. Le lecteur suit le fil tendu par le couple Yughapèr - Hagop pendant le génocide de 1915 comme un flash-back, en parallèle constant, la vie de la famille à Marseille. Le raffinement pédagogique allié à la forcee courageuse des yeux ouverts avec lesquelq l'auteur évoque le génocide incite à un regard serein."
Article trouvé dans le numéro 296 de France-Arménie.
Les yeux ouverts - Editions les 400 coups - 152 pages - 12,50 €
Le site de l'auteur : http://lesyeuxouverts.didier-torossian.com