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:: John Galliano ouvre la boîte de Pandore pour Christian Dior (défilé prêt-à-porter printemps-été 2007) :: par Isabelle Rabineau :: mercredi 4 octobre 2006 ::
John Galliano ouvre la boîte de Pandore pour Christian Dior

Mardi 3 octobre, 19 heures au Grand Palais, Paris
Collection de prêt-à-porter printemps-été 2007


La vastitude du Grand Palais suffit à peine à dissiper la bourrasque étincelante qui le traverse de part en part. Le praticable monté pour l'occasion semble presque minuscule, une bague dans un écrin, sous la mer de verre et de fer qui borde le ciel juste au-dessus des rédacteurs, rédactrices, hommes-micros, femmes-caméras et autres people. Selon la loi du genre, chacun joue gentiment des coudes afin de remonter le podium puis le redescendre, de ce même mouvement nonchalant, heureusement surpris. Cet aller-retour de rigueur est diligemment exécuté, comme trois siècles auparavant lorsque l'on venait à se croiser au Palais Royal. Renaud Donnadieu de Vabres, Ministre de la Culture, lequel voit affluer vers lui des vagues de discoureurs, ne me démentira pas.

Certains préfèreront zieuter l'ensemble de loin, avec une retenue toute fashion. Ou laisser leurs longs cils se diriger en discrets ailerons vers la désormais très cinématographique rédactrice en chef américaine Anna Wintour (1), près de laquelle se tient LE fidèle bras droit, Andre Leon Talley. Bien sûr, elle, elle se tient là de toute éternité, immuable et fine. Et fait mine de se moquer du succès du film qui lui est dédié (Le Diable s'habille en Prada). C'est encore plus glamour, c'est-à-dire plus érotique. Miss Wintour est un fakir allongé sur son verre pilé. Une Marlene qui sait tout de Gabin mais ne dira jamais rien. Et elle le vaut bien.

Sur le blog topolivres, on est plus habitué à ouvrir des livres qu'à déambuler sur les podiums. Et pourtant, John Galliano, par exemple, est un auteur interprète qui a entrouvert lui-même bien des ouvrages. Celui qu'il propose au nom de Dior se lit de bas en haut, il est à dimension humaine. L'exigence de Galliano est rigoureusement la même que celle d'un artiste musicien ou d'un écrivain. Les oeuvres qu'il propose ont des durées de vie distinctes : entre le défilé en soi et la production à petite, moyenne, grande échelle, on imagine les différentiels. Il chuchote un mot, la marque réalise l'écho (considérable). Et cette diffusion d'un mot dans tous les plis de la marque, parce qu'elle est la modernité même, est à la fois sublime et terrifiante. Une tragédie que se jouent chaque saison les hommes, leur volonté de pouvoir et la beauté. Le Grand Palais, plus que n'importe quel lieu jusqu'à présent investi par les défilés, redonne à cet artisanat empirique son vertige initial, celui de la boîte de Pandore.

Un défilé de mode - il n'y a pas si longtemps, on disait une présentation - demeure du reste une parfaite énigme. Las, le vacarme des actualités, chacun retrouve ici ce temps si singulier, incarné par la seule mélodie de la mode. L'atmosphère bruisse électriquement sous les démarches anguleuses, les chaussures à plateforme et les coupes à la garçonne, allongées au bol (Galliano a toujours autant d'humour, je suis rassurée).

Les premières fois je me suis interrogée sur les démarches des mannequins. Cet emportement presque violent, cette magnificence absolue, qui s'avance masquée et fonce vers le néant, comprenez le mur des photographes et caméras. Elles courent vers quoi ? Vers rien. L'une d'elle m'avait dit un jour le plus gravement du monde : "je vais jusqu'au scotch par terre, et c'est tout. Puis je reviens". C'était prosaïque. Et lapidaire. Cependant il suffit de les regarder, et j'ai observé cela de près : au moment où elles démarrent, il y a le geste déterminé du régisseur de défilé, "ok", elles amorcent le premier pas. Et tombent dans la boîte de Pandore.

Là, soudain, elles ne sont plus que poésie. Leur vie, leur corps, c'est Rimbaud. Ténébreuses et illuminées, elles foncent dans le noir, dans un état de fulgurance que des dizaines de défilés n'entament pas. Cet aveuglement de papillon effarouché, ces regards plus que jamais démultipliés par les caméras numériques et autres zooms téléguidés ne parviennent pas à fissurer l'amalgame étrange qui soude ensemble, le temps d'une prestation en direct, un fou de tissus froissés entre eux, des filles graciles, apeurées et rudes à la peine. Et toutes ces petites mains qui frémissent dans la coulisse. Le noir du cinéma à côté de ce nocturne absolu du défilé, ce n'est pas vraiment du black.

John Galliano, dont la silhouette apaisée joue de plus en plus avec les effilochés d'un dessin à la mine noire - hier soir, il est apparu de biais, en vraie gravure de mode anglaise -, sait plus que jamais comment flirter avec ce public international qui vient regarder Christian Dior dans les yeux. Marque sublimée par son débord d'identité, marque foisonnante et caracoleuse, il lui redonnait hier soir des allures de jeune fille ivoirine, toute de chair et de drapés enlacée. Il parvenait dans l'un de ces basculements théâtraux dont il a le secret à faire glisser les années 1930 très doucement dans le tumulte contemporain, privilégiant des dos voluptueux, prêts à tout. Des dos majestueux qui défendent la démarche et ne laisseront aucune caméra vidéo pénétrer une intimité non choisie. Les épaules décident elles aussi. Quelques robes à l'emporte-pièce très 80 viennent dynamiter l'ensemble. Et les enfants sages du printemps 2007 sont en vérité des walkyries prononcées.

Bernard Arnault battait la mesure de la musique du défilé d'un soulier assuré. Non loin de lui, Frank Gehry (2) ne perdait pas un plissé de vue. L'architecte du "nuage" souriait, comme à la comédie.

Parfois, un défilé de mode, c'est vraiment un livre ouvert.

(1) Anna Wintour est depuis 1998 la redoutée directrice du Vogue américain. Le film Le Diable s'habille en Prada est tiré du best-seller éponyme de Lauren Weisberger. Cette dernière fut l'assistante d'Anna Wintour durant 11 mois.
(2) Bernard Arnault, PDG de LVMH, a dévoilé lundi 2 octobre la maquette du bâtiment de verre et d'acier en forme de nuage dessiné par Frank Gehry, lequel abritera la Fondation Louis Vuitton dédiée à l'art contemporain.




Lauren Weisberger
Le Diable s'habille en Prada
Traduit de l'anglais (Etats-Unis, The Devil Wears Prada) par Christine Barbaste
Pocket 2005
6,60 euros


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:: note publiée par Isabelle Rabineau :: dans Choses vues - non vues :: le mercredi 4 octobre 2006 ::
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nous voudrons voir

commentaire du mercredi 4 octobre 2006 à 13:37 :: topodoc

... nous aussi, les dos défendant la démarche etc., bien sûr.





c'est pour bientôt

commentaire du mercredi 4 octobre 2006 à 14:31 :: isabelle

le temps de développer les photos, eh oui; J'suis old fashion, je n'aime que les bons vieux quicksnap.





et?

commentaire du mercredi 4 octobre 2006 à 17:20 :: dash

Vous avez acheté deux trois robes, histoire de..?
Je ne connais pas du tout ce Mr Galliano, si ce n'est par son chapeau. Je fouille sur le net et trouve de lui cette phrase: « Si je dois dormir par terre, je le ferai sans hésiter tant que je peux voir la Lune ! » [ John Galliano ] - Extrait du magazine L'Express - 2 Janvier 2003.
C'est assez chic. A ressortir au camping amené par un "Tu sais ce que dirait John Galliano, hé bien justement, ..." et paf, on le place. Campagnard, mais poético-chicos.





(rires)

commentaire du mercredi 4 octobre 2006 à 17:42 :: isabelle

Cher Monsieur Dash,
Non seulement vous aimez Willy Sagnol et Figo, ce en quoi je vous comprends parfaitement, mais en plus vous vous me faites hurler de rire. Savez-vous que ce Monsieur au chapeau que vous avez traqué sur le net a un peu le même type d'humour que vous (j'ai eu l'occasion de le rencontrer, moi). En revanche, je ne suis pas sûre qu'il aime le foot. Je vous promets de me renseigner.





pourquoi?

commentaire du jeudi 5 octobre 2006 à 11:03 :: une visiteuse secréte

Bonjours Madame Topo

j'espère que vous êtes en grande forme.

juste une petite question, k'es ki fo faire pour voir le lien Cultura.com comme bandeau publicitaire.

Une lectrice qui vous aime bien





cultura j'y crois

commentaire du jeudi 5 octobre 2006 à 11:24 :: isabelle

Chère lectrice qui nous aime bien, c'est vrai que je regarde l'expansion Cultura avec bcp d'intérêt. Le positionnement en grande banlieue, les espaces immenses, la qualité des équipes, je suis tout cela sans idée préformatée d'aucune sorte. Et je crois avoir discerné que l'état d'esprit des dirigeants Cultura est bien plus proche de la librairie "traditionnelle" qu'on ne le croit généralement. Je n'oppose pas les deux mondes, du reste. Dans un monde où Amazon vend de plus en plus, Cultura peut inciter les nouveaux lecteurs à venir en librairie, justement. Je crois profondément à cela. Notre lien avec la Fnac est ancien, pour ne rien vous cacher, puisque la Fnac nous a accueilli dès nos débuts afin que nous animions des débats... avec une très grande liberté de mouvement, je dois dire. Comme je suis du genre fidèle je garde pour l'instant leur bandeau... mais que par ailleurs je pense pis que pendre de l'évolution Fnacienne, disons qu'ayant amorcé des gestes simples et clairs en direction de Cultura, j'attends que Cultura réagisse en réciprocité. Je vous dis tout, Madame la lectrice de topolivres. C'est l'esprit même du blog, alors voilà!





Voilà les photos

commentaire du lundi 6 novembre 2006 à 21:37 :: Voilà les photos

Pour afficher les photos, cliquer sur les vignettes (les scans sont assez mauvais, sorry).

       





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