votre blog gratuit sur
blog.topolivres.com
inscription
identification
rechercher un livre / un article sur
:: Saul Williams (Festival Jazz à la Villette, Black rebels) :: par Alice Guzzini :: mardi 5 septembre 2006 ::

Saul "Black Stacey" Williams : la tête dans le hip hop


On sait le jazz volontiers perméable aux courants musicaux qui se développent à côté de lui, et ses confins souvent mouvants. Le Festival Jazz à la Villette a désiré s'axer en cette fin d'été 2006 sur les Black rebels. Entendez : sur un demi-siècle de culture afro-américaine engagée, libertaire, résistante, contestataire, sans distinction d'arts (sont convoqués musique, poésie, théâtre, danse et cinéma) ou de genres (jazz bien sûr, mais aussi soul, funk, rap, rock, électro...). Disons, pour ne faire que quelques noms, d'Abbey Lincoln et Ornette Coleman, en passant par des hommages à Coltrane ou Hendrix, jusqu'au hip hop poétique et rageur d'un Saul Williams.

Saul Williams, c'était dans Slam, le film qu'il co-écrivit avec Marc Levin en 1997, l'acteur qui incarnait Raymond Joshua, ce jeune homme qui trouvait dans les mots, dans la composition et la déclamation, tout à la fois la force de résister à l'étau du ghetto et de la prison (où l'avait jeté un deal de hasch malheureux : du sur mesure pour Saul Williams, originaire de la banlieue de New York, du hip hop et de la poésie), sa liberté, sa voie, et l'amour de la jolie Lauren, prof d'écriture en prison (avant du moins qu'on ne décidât d'interrompre le programme de réhabilitation), et à l'extérieur adepte de compétitions de poésie, auxquelles elle initia Ray, lequel y rencontra un franc succès dès son baptême de scène. C'est sans doute le film qui offrit au slam, mouvement désormais mondialement reconnu, le rayonnement qui est le sien aujourd'hui, et c'est assez logiquement sur le morceau de slam des débuts triomphaux de Ray Joshua que Saul Williams ouvre le concert qu'il donne le 31 août au Point Ephémère, à quelques pas du canal Saint-Martin. Hors les genres et pour partie aussi hors l'enceinte du parc de la Villette, le Festival de jazz de cette année.

"I am that nigga, I am that nigga, I am that nigga", scande ainsi Saul Williams en se présentant devant son public, constitué presque exclusivement de white boys & girls. Dont certains, quand ils n'assistent pas à un concert de Saul Williams, lisent Richard Powers, Le Temps où nous chantions (Le Cherche midi 2006) ; ils en discutaient dans la file d'attente, dehors. Puis le slameur d'enchaîner, sur les beats électroniques de CX Kidtronik, son compère deejay aux allures de Mister T., avec Coded Language, extrait de son premier disque (Amethyst Rock Star, Columbia 2001), qui lui permet d'une part d'évoquer ses pères - ils sont nombreux, Whitman et Ginsberg, Gandhi et Guevara, Davis et Coltrane, Morrison et Joplin, Shakespeare et Rachmaninov (et caetera) - et de préciser d'autre part d'entrée de jeu le rôle qu'il assigne à sa musique : "Motherfuckers better realize, now is the time to self altualize. (...) We enlist every instrument, acoustic, electronic ; every so-called gender, race, sexual orientation ; every person, as beings of sound, to acknowledge the responsibility to uplift the consciousness of the entire fucking world".
Mission fort ambitieuse que celle qu'il se donne - faire en sorte que chacun prenne conscience de ses possibilités et ait par là sa propre chance de se réaliser -, qui n'empêche cependant en rien son rock, son hip hop, la fusion des deux et plus (metal, reggae, gospel...) si aff., de parfaitement rouler. Il y a du tube, ou du tube en puissance, dans nombre de titres de son dernier album (Saul Williams, Faber 2004), qu'il interprète ensuite : dans Grippo ("I gave hip hop to white boys when nobody was looking. They found it locked in a basement when they gentrified Brooklyn. I left a list of instructions, an MPC and a mic, my sci-fi library, and utensils to write. (...) White boys listen to white boys, black boys listen to black boys"), par exemple, ou dans Control Freak ("Hey you ! You can talk about it, talk about it, but you can't control your destiny, you just might fail successfully"), ou encore dans List of Demands ("I got a list of demands written on the palm of my hands"), dont les refrains entêtants ne vous quittent pas dès lors que vous les avez entendus. C'est d'ailleurs un des buts de Saul Williams, lorsqu'il laisse la poésie pour la musique et signe avec un label "commercial" : donner à ses mots et aux messages qu'ils véhiculent l'audience universelle à laquelle un slameur underground aurait difficilement eu accès.


Saul Williams, "Grippo" (Saul Williams, Faber 2004)

Une heure durant, il chante avec virulence, hargne et souvent rage, avec une énergie du corps et de la voix portée par la ferveur, expectorant ses tripes jusque par les pores de sa peau, posée tout près du muscle, et par deux pupilles intenses qui paraissent vouloir se ficher dans le spectateur pour le pénétrer définitivement. A un moment donné, il pose une main bien à plat sur son torse et pénètre alors le micro de tout son être en même temps que de sa voix, la salle s'immobilise dans une écoute attentive, il déclame.


Saul Williams, "List of Demands" (Saul Williams, Faber 2004)

Il y a en lui du mystique (Our Father : "Dear goddess, we made this break beat just for you, as an offering. Can you hear us now ?"), en léger décalage avec la tradition (List of Demands : "God's just a baby and her diaper is wet"), du gourou en prêche. Animé toujours par cette double volonté : que les personnes qui l'écoutent prennent confiance, acceptent leur identité, soient et pensent par elles-mêmes, positivement (il y tient au point de l'expliquer en introduction à son hit Black Stacey, "I was Black Stacey, the preachers' son from Haiti, who rhymed a lot and always got the dance steps at the party", après sa reprise a cappella du work song Black Betty, "Oh oh Black Betty, bam balam, oh oh Black Betty..."), et que ses frères noirs, ses enfants nègres, trouvent le moyen de cesser de se remettre ainsi les fers de leurs ancêtres esclaves en parcourant si nombreux le cercle misère, drogue, violence, prison (African Student Movement : "Now tell me where my niggas are ? Now tell me where my niggas are ? Now tell me where my niggas are ? Now tell me where my niggas are ?").


Saul Williams, "Black Stacey" (Saul Williams, Faber 2004)

On mentionnera enfin ce bref échange avec le public, autour de l'engagement de Saul Williams au sein du collectif Not in Our Name (Not in My Name, Synchronic 2003), qui entend s'opposer aux injustices commises par le gouvernement Bush, en termes notamment de politique extérieure :
- Not in our name. But there's still a lot of shit happening in our names, and even though we're hearing about what's happening in the squats in this country...
- Yes !
- And even though we know what's happening in the suburbs, and what have you, of Paris...
- De la merde, Saul, on a.
- Oui.
- Je te le dis, tu sais.
- Oui.
- Fuck Sarkozy !
- Exactly (...). But, I was gonna say, even though that shit, we know about the injustice happening in this country, I would like to applaud the people of France for at least giving off the suggestion of a fuck you to America.


Saul Williams : un rappeur - un soleil noir, amoureux des mots et du rythme qu'il semble remercier de leur pouvoir en chantant - dans la Cité.




Marc Levin
Slam
DVD TF1 Vidéo


Après trois concerts au Point Ephémère, Saul Williams se produira, en tant que poète invité par le danseur Boris Charmatz, ce soir mardi 5 septembre à 20h au Théâtre Paris-Villette (il reste des places).
Aux confins du jazz et du hip hop, vous pourrez aussi entendre samedi 9 septembre Archie Shepp avec Rocé, Cheikh-Tidiane Seck et Jalal Nuriddin (The Last Poets) à 20h au Cabaret Sauvage, et Guru's Jazzmatazz à 22h à la Cité de la musique.
Parc de la Villette, Paris 19e. Renseignements et réservations : 01 44 84 44 84.

Liens : Site du Festival Jazz à la Villette - Site de Saul Williams - MySpace Saul Williams - Site de CX Kidtronik


Inscrivez-vous à la lettre de topolivres : 
Pour réagir à cette note, cliquez ici.

:: note publiée par Alice Guzzini :: dans Choses vues - non vues :: le mardi 5 septembre 2006 ::
:: Saul Williams (Festival Jazz à la Villette, Black rebels) ::
:: lien permanent :: signaler cette note à un(e) ami(e) ::
:: commentaires : 0 :: écrire un commentaire ::



Vos commentaires sont les bienvenus !

Si vous souhaitez réagir à cette note, cliquez ici.
Votre message s'affichera ci-dessous.




Inscrivez-vous à la lettre de topolivres

Votre adresse e-mail :

Syndiquez ce blog




topolivres

topodcast

Salon du Livre de Paris

topotv

Choses vues / non vues

What's up doc

topoagenda

topoastro

La griffe webomaniaque

Carré topique

topocollection


Fétish Box


:: MORT OU VIF :: exposition "dialogue" à la Fondation Francès :: Senlis :: Dimitri Tsykalov + Desiree Dolron + Regina José Galindo + Werner Reiterer + Andres Serrano & Jeffrey Silverthorne

:: Georges Lautner, LES TONTONS FLINGUEURS > ON AURA TOUT VU :: publiciscinémas :: septembre 2009

:: Erik Gerets, le Prince et les supporters : match amical Al-Hilal Riyad - Atalanta Bergame :: Cannes :: 6 août 2009

:: Erik Gerets, l'OM, le football français et la passion de voir

:: BERNARD LAMARCHE-VADEL ET LES ARTISTES, DANS L'OEIL DU CRITIQUE :: exposition au Musée d'Art moderne de la Ville de Paris :: 29 mai - 6 septembre 2009

:: Jacques Séguéla, AUTOBIOGRAPHIE NON AUTORISEE :: signature entretien à la librairie du publicisdrugstore

:: Alexandre Astier, Nuit KAAMELOTT, Livre 6 :: avant-première au Grand Rex

:: Salon du Livre de Paris 2009 :: Ecouter en ligne les entretiens du Lecteur Studio SNCF

:: Alain Bashung, BLEU PETROLE < L'IMPRUDENCE < FANTAISIE MILITAIRE (entretien)

:: Sergey Dvortsevoy, TULPAN (Prix Un Certain Regard Festival de Cannes 2008)

:: Salon du Livre de Paris :: Du 13 au 18 mars 2009 :: Programme du Lecteur Studio SNCF

:: Exposition PICASSO ET LES MAITRES, dernière : nuit d'orgie au Grand Palais

:: Steve Toltz, UNE PARTIE DU TOUT (A FRACTION OF THE WHOLE) :: vidéo éditions Belfond

:: Steve Toltz, UNE PARTIE DU TOUT (A FRACTION OF THE WHOLE) :: rentrée littéraire janvier 2009

:: Viken Berberian, DAS KAPITAL (A NOVEL OF LOVE & MONEY MARKETS) :: rentrée littéraire janvier 2009

:: Jerome Charyn & Frédéric Rébéna, MARILYN LA DINGUE :: signature entretien à la librairie du publicisdrugstore

:: Lorsque Libé censure :: Au bout du conte :: SNCF

:: Jean-Yves Jouannais, L'ENCYCLOPEDIE DES GUERRES (chronique)

:: Douglas Kennedy, PIEGE NUPTIAL (THE DEAD HEART) :: librairie du publicisdrugstore :: vidéo éditions Belfond

:: Jean-François Delassus, 14-18 LE BRUIT ET LA FUREUR :: France 2 :: 11 novembre 2008

:: L. Sedel, CHIRURGIEN AU BORD DE LA CRISE DE NERF + C. Mabrut, DIM + E. Erwitt, DOGS & NEW YORK + N. Becker, VIDEO D'ENTREPRISE + J.-F. Kahn, POURQUOI IL FAUT DISSOUDRE LE PS + D. Kennedy, PIEGE NUPTIAL + A. Martinetti & F. Rivière, LA SAUCE...

:: Livres à Show 2008 :: librairie du publicisdrugstore :: vidéo lefigaro.fr

:: Percival Everett, EFFACEMENT > DESERT AMERICAIN > BLESSES > GLYPHE (critique)

:: Percival Everett, GLYPHE (GLYPH) < BLESSES (WOUNDED) :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 30 septembre 2008 (interview vidéo)

:: Livres à Show :: jeudi 16 octobre :: librairie du publicisdrugstore :: rentrée éditoriale automne 2008

:: Jean-Yves Jouannais, L'ENCYCLOPEDIE DES GUERRES (conférences-performances au Centre Pompidou)

:: J. Attali, DU CRISTAL A LA FUMEE + R. Deforges, A PARIS AU PRINTEMPS ÇA SENT LA MERDE ET LE LILAS + S. Pincas & M. Loiseau, UNE HISTOIRE DE LA PUBLICITE + M. Even, OBAMA LE NOUVEAU REVE AMERICAIN + P. Druilhe, WELCOME TO AMERICA + P. Everett, BLESSES

:: William T. Vollmann, POURQUOI ETES-VOUS PAUVRES ? (POOR PEOPLE) :: rentrée littéraire septembre 2008

:: Maylis de Kerangal, CORNICHE KENNEDY :: rentrée littéraire août 2008

:: Dominique Quessada & Camille de Toledo, MYTHOPHONIES :: France Culture 21 juillet - 22 août 2008

:: Jean-Louis Debré, LES OUBLIES DE LA REPUBLIQUE + François Rollin, CAHIER DE VACANCES POUR ADULTES ETE 2008 :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Laura Zavan, MA LITTLE ITALY > PANNA COTTA > PETITES CUILLERES ITALIENNES + Stéphanie Bulteau, PANNA COTTA

:: F. Durpaire, L'AMERIQUE DE BARACK OBAMA + Emmanuel Petit, A FLEUR DE PEAU + D. Cohen & Ph. Askenazy, 27 QUESTIONS D'ECONOMIE CONTEMPORAINE + B. Jeauffroy & V. Leret, DANDYSMES 1808-2008 + D.S Schiffer, PHILOSOPHIE DU DANDYSME + Clea, MES P'TITES GAMELLES

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 6 mai 2008 (interview vidéo)

:: Finale de la Coupe d'Europe de Rugby Toulouse Munster (chronique)

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) + Juliette Michaud, JUNKET :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 6-13 mai 2008 (chronique)

:: David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) + Mark Z. Danielewski, O REVOLUTIONS (ONLY REVOLUTIONS) par Claro :: rencontres événements à la librairie du publicisdrugstore (Paris) et au lieu unique (Nantes)

:: Serge Simon, LA MELEE (critique)

:: Luis Fernandez, LUIS CONTRE-ATTAQUE + Philippe Ridet, LE PRESIDENT ET MOI + Serge Simon, ON N'EST PAS LA POUR ETRE ICI - DICTIONNAIRE ABSURDE DU RUGBY > LA MELEE :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Chantal Sébire, c'est votre dernier mot ?

:: Marion Laine, UN COEUR SIMPLE (d'après le conte de Gustave Flaubert)

:: Zvi Yanai, BIEN A VOUS, SANDRO

:: Pierre Moscovici, LE LIQUIDATEUR + David Abiker, CONTES DE LA TELE ORDINAIRE :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore

:: Salon du Livre de Paris 2008 :: Ecouter en ligne les entretiens du Lecteur Studio SNCF

:: Boris Bergmann, VIENS LA QUE JE TE TUE MA BELLE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Max Gallo, LE PACTE DES ASSASSINS :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Vincent Ravalec & Héléna Marienské, LE DEGRE SUPREME DE LA TENDRESSE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Pierre Hermé & Ingrid Astier, CUISINE INSPIREE - L'AUDACE FRANCAISE :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Gilda Piersanti, BLEU CATACOMBES :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008

:: Lizzie Doron, POURQUOI N'ES-TU PAS VENUE AVANT LA GUERRE ? :: Lecture & entretien enregistrés au Lecteur Studio SNCF :: Salon du Livre de Paris 2008


:: octobre 2009
:: septembre 2009
:: août 2009
:: juin 2009
:: mai 2009
:: avril 2009
:: mars 2009
:: février 2009
:: janvier 2009
:: décembre 2008
:: novembre 2008
:: octobre 2008
:: septembre 2008
:: juillet 2008
:: juin 2008
:: mai 2008
:: avril 2008
:: mars 2008
:: février 2008
:: janvier 2008
:: novembre 2007
:: octobre 2007
:: septembre 2007
:: juillet 2007
:: juin 2007
:: mai 2007
:: avril 2007
:: mars 2007
:: février 2007
:: janvier 2007
:: décembre 2006
:: novembre 2006
:: octobre 2006
:: septembre 2006
:: août 2006
:: juillet 2006
:: juin 2006
:: mai 2006
:: avril 2006
:: mars 2006




Editions Verticales
Editions Désordres
Lot49 / Ed. Le Cherche Midi
Editions Le Passage
Salon du Livre de Paris
Lecteur Studio SNCF
Festival America
Le Marathon des Mots
Biblioblog
Blog dash+coquillages
Blog Lunettes Rouges


Une sélection de la


French Book News




percival everett


david lynch

un topodcast ? c'est plus qu'un podcast : richard morgiève > pascal quignard > bernard wallet > jonathan safran foer > antonia arslan > andreï guelassimov > alain blondel > alain rey > douglas kennedy > william t. vollmann > roberto alajmo > mark z. danielewski

lecteur studio sncf


la 25ème heure du livre




publicité





:: hébergement 1&1 ::