Alain Delon n'est pas celui que vous croyez... Salon du Livre de Paris, Forum des Auteurs dimanche 19 mars de 13h20 à 14h20 (after)
La rédaction de topolivres propose un voyage à travers les mots français à l’étranger, étranges à eux-mêmes, ou empruntés aux autres langues. Avec Franck Resplandy, pour son glossaire des mots français en voyage à l’étranger (Bartillat) ; Tcharlz, pour ses chansons en anglais-français ; Yémy, pour Suburban Blues (Robert Laffont) ; Douglas Kennedy, pour sa très réciproque histoire d'amour avec la France, avec notamment Les Charmes discrets de la vie conjugale (Belfond) ; et la présence du slameur Toma Roche.
 Douglas Kennedy venait d’arriver à Paris, sa valise n’était pas bien loin de nous, qui l’accueillions au Forum des auteurs. On aurait bien aimé l’ouvrir, tiens... C’est comment dans la valise de Douglas Kennedy, lui dont les personnages finissent toujours par quitter leur port d’attache, souvent sans valise ? Brigitte Semler l’avait guidé jusqu’à nous, avec la grâce et la discrétion qui entourent tous ses faits et gestes chez Belfond. Et en quoi est-il particulièrement impressionnant, vous demandez-vous, Douglas Kennedy ? Pour la même raison qui active ses romans en douce, ce feu constant qui souffle des braises brûlantes dans toutes les pages. Des générations contrariées par les destinées des uns et des autres, des axes de vies qui se révulsent, se détournent soudain de leurs rails, semblent faire marche arrière. Le plus fascinant - comment ne pas se l’avouer encore tout en serrant la main de Douglas Kennedy -, c’est ce point de solitude vers lequel se portent presque naturellement tous les business men ou women de ses livres, comme si le mythe de l’homme sauvage dévorait peu à peu l’animal social qu’ils semblaient être devenus. Douglas Kennedy écrit des romans cordiaux, qu’on ne sait plus lâcher avant de les avoir terminés. Et cette cordialité devient au fur et à mesure tranchante et aride, comme dans les meilleurs films de Joseph Losey. Aux côtés de Douglas Kennedy, au Forum, se trouvait aussi Georges Yémy, dont le Suburban Blues, paru chez Laffont en 2005, n’était pas que visionnaire. Il s’agit d’une grande traversée de Paris, de ses banlieues, de ses populations, commentées et hélées par un personnage à distance, seul fervent d’une philosophie qui n’appartient qu’à lui et dans laquelle pourtant tous les protagonistes se reflètent. Somptueusement épique, Suburban Blues laisse apparaître un écrivain singulier. Franck Resplandy nous avait permis de trouver le titre de notre débat. Son caustique dictionnaire des mots français en vadrouille dans les langues étrangères s’intéresse autant aux Alains Delons (en Roumanie des manteaux trois-quarts fourrés à cause de Rocco et ses frères de Visconti, en Russie des hommes jeunes plutôt présomptueux) qu’aux formulations françaises du 18ème siècle encore en usage en Angleterre, comme le magique "A propos des bottes", peu usité il est vrai mais si pragmatiquement romanesque : lorsqu’un anglais passe de la chèvre au chou, il dit parfois soudainement en français "A propos des bottes". On imagine son interlocuteur s’étrangler avec son pudding. Toma Roche réussit à ce moment précis l’impossible : faire slamer la main sur le coeur le public du Forum des auteurs. Quant à Tcharlz, il a séduit l’auditoire avec son tube "Hexagone". Vous en voulez encore ? Douglas Kennedy, pour lequel la France est une sorte de fétiche, d’objet désirable hors de portée, utilise aussi des mots de français dans son prochain livre en anglais. Avec son sourire si doux et son haut front si sérieux, presque grave, il ajoute : "En français ça ne se verra donc pas, mais attention c’est un sacré défi pour mon traducteur". Le regard est franc et aigu. Dans son dernier ouvrage traduit, Les Charmes discrets de la vie conjugale, un personnage va s’échouer au Canada. Si vous l’avez lu, vous voyez ce que nous voulons dire. Et ce Canada-là ressemble pour le moins à celui des camps de concentration. Une manière de sous-entendre : "la mort assurée". Douglas Kennedy était là, mais nous n’avons pas osé lui poser cette question. Normal ; c’est au lecteur de la résoudre. Et ce n’est pas simple. C’est aussi à cela que l’on reconnaît les bons livres. Impossible de s’en défaire.
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