Journal de bord du Club des 8-12 Animé par topolivres au Salon du Livre samedi 18 mars (after #2)
Ce que vous avez vu si vous y étiez (et raté si vous n'y étiez pas !)
10 heures : Tcharlz
On s'attendait à des étincelles, c'est au feu d'artifice qu'on a eu droit. Quand Tcharlz ouvre sa prestation par une de ses chansons phares, les premiers sourires naissent sur les visages des enfants venus l'écouter - forcément, le refrain ne rate jamais : "Mon t-shirt vert pomme pom-pom-pom-pom". Il faut dire que ces gamins-là sont plutôt du genre terrible. Emportés par le petit Sébastien (sans aucun doute une future superstar), ils chantent en choeur, poussent des cris, sautillent sur leurs poufs. "Doucement, les enfants !", radotent quelques conférenciers grincheux... C'est vrai, à la fin, les livres pourraient finir par se réveiller. Mais lorsqu'une grosse caméra de la télévision mauricienne investit l'espace jeunesse, comme pour offrir du renfort au photographe du Salon, qui mitraille littéralement Tcharlz, l'animation tourne au show-case improvisé. Evidemment, les enfants sont aux anges. Aux morceaux rock chantés dans un français absolutely fabulous succède une création menée à quatre mains par l'artiste et ses fans : débordants d'idées, les enfants ajoutent leur grain de r'n'b au spectacle ! La chanson s'élabore en quelques secondes, on n'a pas de temps à perdre en finasseries au Club des 8/12, il suffit de revenir aux bons vieux gimmicks... Par exemple, faire rimer "vie" et "boîte de nuit" ou "dancing" et "bowling" ! On termine a cappella, Tcharlz entouré d'une bande de choristes version quatre-cent coups, sous les regards ébahis des visiteurs. Ça swinguait au Salon du Livre, ce matin. Il y en a même qui disent avoir vu les livres danser. 12 heures : Lou pour toujours (Seuil) lu à quatre mains avec Elisabeth Brami
Les enfants attendent l’auteure qu’ils adulent et espèrent. Celle qui écrit si bien, sans chichi, sur les questions les plus ordinaires, les gros manques et les infimes désirs. Le premier baiser, le regard qui tue, le pantalon trop taille basse, mais aussi le polaroïd auquel seuls les grands-parents pensent quand les parents oublient toujours. Questions d’angoisse, de peau, thématiques superficielles et donc si profondes. Elisabeth Brami a choisi d’écrire la correspondance entre Lou et sa Mamouchka, sa grand-mère. Dire qu’elle est vive, c’est peu dire. Elle est vivante et arrive en coup de vent. Elle a des trésors dans sa trousse, pour les dédicaces, des feutres or et argent. Les enfants se succèdent, lisent avec elle, côte à côte, ils choisissent à peu près toujours le rôle de la grand-mère et lui décernent celui de la gamine. Jeu du travestissement ? Une majorité de garçons sont présents. Souhaitent-ils éviter d’être ridiculisés en fillette et préfèrent-ils la grand-mère, tant qu’à faire ? Pas sûr. On sent qu’ils inclinent avec beaucoup de plaisir vers un temps différent, une durée d’avant, qui leur permettra d’envisager l’avenir. Ils tentent la place, ils méditent sur ses prérogatives, ils sont si jeunes. Ils comprennent si bien ceux qui sont si vieux. Kevin est toujours partant, Alexis lit à 8 ans comme un grand, Manon se sent en une seconde dans ces textes comme chez elle. Ils questionnent l’auteure, répondent souvent "- Oui, j’aimerais écrire des lettres, non, personne ne m’en écrit plus". Elisabeth Brami leur a distribué du papier à lettres. A sa grande surprise ils ont écrit à leurs grands-parents, aussitôt dit, aussitôt fait. On leur demande de lire à voix haute, mais non, c’est intime. La pudeur reprend le dessus. Cette pudeur amoureuse que les adultes abandonnent si souvent derrière eux. Ils lui demandent d’ajouter un mot, pour leur Mamouchka à eux. Avant de partir, presque un lapsus, en tout cas une répétition de ce qu’elle aime tant, Elisabeth Brami nous montre une lettre volumineuse qu’elle a reçue, et pas n’importe laquelle : une classe a repris l’histoire des lettres de Lou et de sa grand-mère, se l’est appropriée, a rédigé un petit ouvrage épistolier. A la lettre, Elisabeth Brami prend les choses très sérieusement, à la lettre.
Pour feuilleter en ligne quelques pages extraites du livre réalisé par les élèves de la classe de CM1-CM2, Ecole La Fontaine, place Camille Flammarion, 69 004 Lyon, cliquez ici. 14 heures : le coin du mime (Marie-Nöelle Lissonnet)
Le samedi au Salon du Livre, c’est le jour des familles. Notez qu’à Paris, un célibataire fait souvent famille à lui seul, ou presque, car il est très souvent accompagné d’un enfant dont il a la garde alternée. Il porte sac à dos, bouteille d’eau et regard en coin sur "Le Journal du Salon du Livre", l’autre oeil restant fiché sur le dos de sa petite, qui vient de trouver en Marie-Noëlle Lissonnet, mime génialissime, un terrain d’observation à nul autre pareil. Marie-Noëlle est habituée aux gestes des grands et des petits, elle aussi observe les autres, c’est son métier. Juliette, la petite, ne se lèvera pas, mais elle boira des yeux la danse de la mime avec les enfants, ce samedi au Salon du Livre. Cette dernière organise avant tout une ronde, avant de demander aux enfants de se saluer, yeux fermés, deux par deux. On apprivoise l’espace. Un peu plus tard, les gestes se modifient, les inhibitions tombent. Une forêt de mains s’agite, un entrelacs d’émotions retenues puis abandonnées, alterne avec de l’agressivité esquivée. Des murs s’élèvent. Ouf ! Ils n’existent pas. Magie du miroir sans tain, toujours renouvelée. Les enfants porteront des masques d’animaux et mimeront le fabuleux Wadaï, ouvrage paru aux éditions du Rouergue, dont les images défilent sur l’écran plasma placé juste derrière Marie-Noëlle. Ils découvrent l’histoire de Wadaï en la mimant, exultent lorsqu’ils en apprennent la chute. Autour, la foule du samedi butine, se gratte, suppose, soupire, sourit. Certains sont comme éperdus devant le spectacle. Muet... mais pas tout à fait. En effet, Marie-Noëlle Lissonnet travaille les sons comme des gestes puissants. Au moment de reprendre ses affaires, de remballer les livres adressés par les éditeurs dont elle s’est largement inspirée (Autrement, Mango, Actes Sud), cette contemplative très active nous apprend qu’elle est aussi auteure. Elle lâche, soudain : "- J’ai rencontré peu d’enfants aussi inhibés qu’ici. Vous avez une idée, pourquoi ?" Nous nous regardons ; oui, nous avons notre petite idée. C'est aussi pour cela qu'au Club des 8/12 ans, cette année, les livres se fêtent en chansons, en slams, en mimes ou en contes.Cliquez ici pour en savoir plus sur Marie-Noëlle Lissonnet.
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