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Un Monde à Part

Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Premier Chapitre (2e partie)

Comme l'avait remarqué un visiteur et lecteur, les notes publiées ont une capacité maximum de caractères, je suis dans l'obligation de tronquer mon premier chapitre en deux parties.
Voici la deuxième, bonne lecture :)


Un rai de lumière. Plutôt terne au début, comme reflété au travers d’un filtre opaque.

    Puis, la lumière se fait de plus en plus immaculée, jaillissante et omniprésente. Oui, enfin les rayons du soleil se réverbèrent avec violence et luminescence sur le bitume tiède du parking.

    L’air. Cet air frais saturé de gaz divers qui fleure bon la ville en effervescence. Un relent autrement plus agréable que cet air conditionné maintes et maintes fois puis redistribué avec cette même tiédeur, cette même transpiration corporelle qui emplit tout le centre commercial.

-          Je me sens plus léger d’un seul coup, c’est bizarre, ironise Léon.

-          Ben tu sais, poursuit Tony pince-sans-rire, soixante-dix dollars en petite ferraille, ça fait son poids.

-          La faute à qui ? reprend Léon. C’est ce putain de marabout qui nous a coûté la peau des couilles, lâche-t-il en rigolant à l’intention de Courtney.

La blonde semble mettre un temps à saisir l’allusion accusatoire, et s’empresse de rétorquer, fataliste :

-          Ben faut ce qu’il faut mes ptits gars, personne n’avait de tente assez grande pour tous les sept.

-          Remarques, ajoute Laura innocemment, chacun aurait très bien pu crécher dans sa tente, en couple, avec plus qu’une intimité de groupe.

-          Oh ce que tu peux être vieux jeu, lâche la blonde. Moi je trouve ça plus convivial. Et puis ç’est plus proche de l’esprit du camping quoi. Allez, vous devez bien être capable de vous passez de l’intimité de votre couple une semaine non ?

-          C’est flatteur n’est-ce pas ? commente Billy, ironique, à l’intention des autres, amusés, avec son détachement habituel.

-          Mon pauvre Billy, plaint Laura, j’espère que ta maîtresse est plus farouche, parce que ça n’a pas l’air d’être la bousculade avec Coco au lit.

-          Gna gna gna ! lance la concernée faussement vexée.

-          Je sens que ces vacances vont être affreusement longues, souffle Claire désespérée, habituée aux railleries mutuelles et classiques entre blonde et brune.

Courtney et Laura en sont le parfait exemple, en toute amitié malgré tout.

-          Ouais, confirme Tony, de toute évidence, il va falloir établir un emploi du temps chargé ne leur laissant que très peu de battement pour s’envoyer des boites. Par exemple, je pensais à l’instant, ça serait dommage, étant sur place, de ne pas aller faire un petit tour derrière la colline.

Malgré le froid qu’a jeté sa proposition, Tony garde le sourire. Ce sourire provocateur qu’il a pour habitude d’afficher en toute circonstances. Ce sourire qui lui a causé tant d’ennuis auprès des profs au lycée.

    Un faux cul. Voilà comment le caractérisaient tous ses amis avant de le connaître. Ah pour sûr, il était connu à Blackburry, mais pas forcément en bien.  Une réputation dans le genre cancre, insolent et perturbateur. Léon, plutôt bon élève propre sur lui mais très tenté par l’indiscipline s’est laissé séduire par le côté trublion mais responsable de Tony. Il faisait des conneries, il se faisait remarquer mais il assumait. Pas comme la majorité des petits cancres de base se faisant dans le froc à peine repéré par un prof.

-          Me regardez pas comme ça, poursuit-il, ce château constitue à lui seul le monument le plus symbolique de l’histoire de Creep Side. Des tonnes de jeunes dans notre genre ont tenté l’expédition rien que pour se prouver qu’ils avaient quelque chose dans le falesard. C’est l’occasion ou jamais.

-          Alors je te le dis de suite, lance Courtney, si ce que vous manigancez depuis le début sous le jour d’un camping bidon, c’est rentrez dans le château je vous rembourse le marabout mais je viens pas avec vous. Et puis un peu de respect merde ! Comme tu dis ce château constitue une légende, et je doute que cela serait bien vu si on apprenait qu’une bande de jeunes irresponsables a violé son enceinte. Et perso, j’ai rien dans le falesard moi, comme tu dis, donc j’ai rien à prouver.

-          Ne t’en fais pas, rassure sa copine Claire, tu sais bien qu’il te branche.

Elle jette un regard noir à l’intention de son copain puis reprend :

-           Et puis, je suis sûre que ce manoir n’est pas si terrible, tout ce qu’on raconte dessus c’est du vent. Les gens sont encore trop crédibles de nos jours.

-          Je m’en moque, je vous dis que…

-          Hé Courtney ? coupe Laura. T’as vu l’heure ? on devrait aller manger si tu veux pas être à la bourre au coiffeur, t’as rencart à 14h il me semble non ?

-          Merde ! s’exclame-t-elle. Je suis désolée je peux pas manger avec vous, je vais arriver en retard sinon. Merde, fait chier !

Laura, écroulée de constater que son stratagème de diversion a été plus qu’efficace, essaie de la convaincre de manger avec eux :

-          Mange avec nous, on a réservé Chez Francisco, t’as le temps c’est midi et demi tout juste.

Mais la petite blonde est déjà partie affolée, cherchant nerveusement les clés de sa voiture dans son sac à main.

-          Reviens, crie Léon hilare, on est venu avec le Dodge de Billy.

La blonde s’arrête, réalisant qu’en effet sa voiture n’est pas là et revient en bougonnant, trébuchant un pas sur deux à cause de ses hauts talons.

-          Allez dépêche-toi, hurle-t-elle à l’intention de Billy, encore mort de rire.

Alors que tous s’embarquent, elle s’empresse d’ajouter pour tout le monde, encore ébranlés par les secousses d’un fou rire difficilement étouffé :

-   Et je me passerai de vos commentaires !

 

 

    Francisco. Un petit restaurateur Italien qui a monté son affaire il y a maintenant une bonne dizaine d’années. Tout le monde le connaît, lui et sa cuisine typiquement Romaine. Il a vite connu le succès, les gens étant friands de pizzas et autres mets d’origine latine, mais appréciant aussi les avantages d’une restauration rapide. Deux mots d’ordre dans son restaurant, qualité et rapidité.

    De plus, à l’instar de leur patron, le personnel s’avère très chaleureux. D’ailleurs, l’accueil qu’ils réservent aux futurs campeurs parvient même à déstresser Courtney qui n’a pas eu d’autre choix que d’accompagner le reste de la bande, non sans proférer toute sorte de menaces hilarantes qui n’ont malheureusement pas eu l’effet escompté.

    Ils prennent place au fond de la salle, près de la fenêtre. Aussitôt installés, un serveur vient s’enquérir de la commande. Grand et mince, les cheveux bruns laqués tirés en arrière, le visage creusé, les pommettes saillantes, le nez proéminent et pointu, Alessandro propose sa liste d’apéritifs.

    A quelques tables de là, un violoniste s’affaire à créer une suite d’harmoniques douces et mielleuses conférant au cadre une toile sonore de circonstance. Le Stradivarius réagit spontanément aux caresses de l’archet en prodiguant une mélodie suave qui achève bien de camper cette ambiance conviviale.

    Commandes passées, les pizzas arrivent sur table quelques sept minutes plus tard, tout juste le temps pour le violoniste d’interpréter un morceau à l’intention de Laura, pour laquelle il a visiblement un faible.

-          Ces Messieurs les ritals, des éternels chauvins, commente Claire amusée. Ils aiment les femmes comme leurs Italiennes, belle brune aux formes avantageuses, précise-t-elle en adressant un clin d’œil à Léon qui bout de jalousie.

-          Ouais, ben qu’il se contente de ses Italiennes celui-là, parce que je pense qu’il aurait du mal à le digérer son violon, lâche-t-il sèchement, les yeux fixés sur le violoniste.

Laura a une moue amusée puis prend Léon dans ses bras et l’embrasse tendrement afin d’apaiser son orgueil typiquement masculin.

-          Tu seras jaloux une autre fois, reproche Courtney, avales ta pizza sinon je vais être à la bourre moi !

Les pizzas sont énormes, le fromage fondu leur donne un aspect brillant très appétissant et l’huile épicée une fragrance subtile qui fait pétiller d’avance les papilles gustatives. D’ordinaire, une demi pizza aurait suffit à satisfaire leur appétit, mais celles-ci sont tellement savoureuses que la faim s'aventure dans une lutte contre la gourmandise perdue d’avance.


:: note publiée par Paul Styng :: dans Et Derriere La Colline Des Supplicies :: le mardi 8 mai 2007 à 12:19 ::
:: Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Premier Chapitre (2e partie) ::
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Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Premier Chapitre (1ère partie)



Comme prévu, je publie donc le premier chapitre de Et derrière la colline des suppliciés, en espérant que cela confirme les impressions des quelques visiteurs qui ont peut-être lu le prologue


N.B : Je tiens à préciser que tous les textes que je publie sur ce Blog sont le fruit de mon travail et que pour préserver l'intégrité de ma propriété intellectuelle, j'ai protégé officiellement l'intégralité de ces textes.




Chapitre Premier

 

 

 

 

    Mercredi. 08h25

    Alors que le réveil sonne pour la énième fois, Léon émet un énième grognement. Une sorte de langage bien spécifique entre lui et son réveil. Ce dialogue de sourd finit souvent par dériver brusquement sur un acte de violence, le réveil se prenant un direct sur le coin du nez. Cela suffit généralement à taire son alarme stridente. KO, 15e round.

    « Merde ! »

   Léon se lève en sursaut, ne se rappelant que trop que ce jour de vacance, n’est pas comme les autres. Non, Laura ne va pas venir le réveiller tendrement dans son lit, s’il traîne encore, il risque fort le célibat. Arriver en retard au rendez-vous qu’elle lui a fixé à neuf heures, alors qu’elle lutte âprement pour inculquer la ponctualité à son tendre et cher, serait très malvenu.

    En deux temps trois mouvements, il enfile, caleçon de la veille, baggy de l’avant-veille, et pull d’il y a trois jours. Tant pis, le temps n’est pas à la sélection vestimentaire.

    Sprint. Il stoppe sa course brusquement devant le miroir du couloir. Ses cheveux hirsutes témoignent plus que jamais d’un réveil hâtif et les traces d’oreiller sur la joue n’arrangent pas les choses. Demi tour, direction la salle de bains. Claquement de porte.

    18 secondes plus tard Léon ressort avec exactement la même tête et reprend son sprint où il l’avait interrompu. Premier obstacle : une chaussette qu’il a négligemment expulsé de la salle de bains la veille au soir avant de prendre sa douche. Heureusement que sa mère n’est pas encore montée à l’étage. Son jeu de jambe lui permet d’esquiver la pseudo peau de banane et d’atteindre le second obstacle : l’escalier. Les choses se compliquent et c’est avec un superbe dérapage contrôlé qu’il négocie l’épingle et se retrouve dans la cuisine, un brin déstabilisé. Il n’en revient pas, de si bonne heure tout le monde est debout et déjeune tranquillement.

   Eberluée, sa mère le scrute de deux yeux ronds.

-          Léon ?? C’est toi ? Mon dieu, mon fils se lève tout seul, à tout juste 19 ans, c’est un miracle, ironise-t-elle avec un clin d’œil.

Pour guise de réponse Léon lève les yeux au ciel un sourire mi-figue, mi-raisin aux lèvres.

-          J’étais prête à venir te réveiller grande marmotte, ça serait de mauvais goût que tu fasses attendre Laura, n’est-ce pas ? taquine-t-elle, sachant de quoi elle parle.

-          Plutôt oui, je n’ose même pas imaginer si j’avais été en retard ce matin, j’en aurai pris pour mon grade.

Elle s’affaire à tartiner quelques biscottes pour son fils, les yeux fixés sur la cuillère de confiture.

-          Entre nous, je sais bien que je me répète, mais… j’aime vraiment bien cette fille. Et, je trouve que ça serait si chouette si… 

-          Maman, coupe Léon faussement agacé, on a déjà eu cette discussion des centaines de fois. J’ai 19 ans, je n’ai pas fini mes études, et on est bientôt au 21e siècle. Ok, toi et papa vous m’avez eu à 17 ans, ok vous vous êtes mariés à 18, ceci dit, arrête de me harceler avec ça.

-          Te harceler ? s’indigne-t-elle amusée. C’est la meilleure !

Derrière son bol, qu’il boit lentement, Andrew les regarde avec attention durant tout leur dialogue et se délecte de cette confrontation mère-fils assez comique de par son caractère chronique et habituel.

-          Tu sais mon fils, j’ai pour habitude de dire, ne rate pas ton train, tu ne sais pas s’il en passera un autre avant longtemps, lance Brooke moralisatrice. Regarde, imagine deux secondes ton avenir amoureux, en admettant que par manque de prise de responsabilités tu perdes Laura. Tu ne te vois pas souffreteux, la goutte au nez, avec pour seule compagnie ton bon vieux Yorkshire ?

La femme glousse doucement de l’ineptie volontaire qu’elle vient de soumettre à son fils. En réponse, son mari éclate d’un gros rire tonitruant, littéralement subjugué par l’image caricaturale que vient d’évoquer sa femme. Même Léon se surprend à plisser les commissures des lèvres. Jessica n’a toujours pas levé les yeux de son magazine, délaissant son chocolat désormais froid et ses tartines encore intactes.

-          Ah, au fait, j’allais oublier, s’exclame Léon, on compte partir camper ce week-end Tony, Billy et moi, ça vous dérange pas ?

-          Non, pas du tout. Vous partez seuls ? questionne son père ironiquement sachant pertinemment, qu’il ne laisserait pas Laura une seule journée.

-          Non tu plaisantes. On sera six, on y va en couple.

-          Ah bon ? s’étonne Brooke. Tony et Billy fréquentent aussi ?

-          Maman…, laisse tomber Léon d’un ton moqueur. Tony sort avec Claire, vous savez Claire Locklear ? Son père était passé à l’eau au concours de pêche il y a quelques années.

-          Comme quoi le monde est petit, commente Andrew, amusé par le souvenir.

-          Et la dulcinée de Billy, qui est-ce ? demande sa femme, décidemment très curieuse.

-          Courtney Burn-Smith, une copine de Claire. Une blonde, mais adorable, précise-t-il en rigolant.

Jessica, qui semblait avoir tendu l’oreille dès que son frère avait parlé de camping, tente de convaincre celui-ci de l’emmener avec elle, espérant que son accord suffira à décider sa mère très stricte à son égard pour des raisons qu’elle ne connaît que trop. Une sortie pouvant la changer du train-train quotidien de la maison la fait trépigner d’excitation.

-          Dis Léon, ça te dérangerait si je m’incrustais dans votre camping, parce que les vacances c’est bien, mais dans un bled désertique, je préfère de loin le lycée. Ça me ferait vachement plaisir de venir avec vous, s’il te plaît… En plus toutes mes amies sont encore parties, elles !

Elle lance un regard réprobateur à sa mère pour bien lui manifester la colère qu’elle lui voue depuis que son refus, cet été, l’a empêché de partir un mois à L.A. avec ses copines, tous frais payés qui plus est.

-          Ca ne sert à rien de me lancer ce regard Jessica, tu sais très bien que tu n’es pas en mesure de me faire culpabiliser, tes pitoyables résultats scolaires l’année passée ne risquaient pas de te permettre d’aller t’exhiber dans une ville aussi malsaine que Los Angeles. Et quant au camping, c’est hors de question, une explication est bien sûr inutile très chère.

-          Oh, maman tu sais, intervient Léon, elle ne gêne pas du tout, et puis elle ne craint rien avec moi. En outre, c’est mieux qu’elle passe le week-end avec moi, plutôt qu’elle fasse le mur pour aller rejoindre son copain ? précise-t-il ironiquement.

-          Quel copain ?? s’insurge Brooke.

-          Léon a raison, reprend Andrew en chuchotant à l’intention de sa femme. On ne peut pas la brider de la sorte, quoi qu’on fasse elle finira par faire ce qu’elle veut et ce, avec ou sans notre accord, et je pense préférable savoir ce qu’elle fait, entre les mains de son frère, plutôt qu’une nuit on ne sait où avec on ne sait qui, non ?

Brooke semble réfléchir un instant, imaginant la scène de nuit que vient de lui évoquer son mari.

-          Bon, consent-elle, ton père vient de me convaincre que le fait que tu partes n’est peut-être pas une si mauvaise chose, pour toi, comme pour nous. Je ne te mentirai pas en te disant que je préfère te savoir avec ton frère, et puis, c’est vrai que ça fait un bon moment que tu n’as pas fait quelque chose.

Le visage de Jessica s’illumine déjà.

-          Merci maman ! T’es adorable, ça me fait vraiment trop plaisir, s’exclame-t-elle avec enthousiasme.

Brooke éprouve un sentiment qu’elle n’avait pas ressenti depuis bien longtemps. Satisfaire les désirs de sa fille par un simple accord. Elle se rend compte combien il est agréable de pouvoir faire plaisir à ses enfants. Andrew scrute sa fille de derrière son journal, sa réaction lui fait chaud au cœur, même s’il ne le laisse pas paraître, et au fond il espère qu’elle le remerciera d’avoir plaidé en sa faveur.

    Léon explique alors qu’ils vont bivouaquer du côté de la forêt de Creep Side. A cette nouvelle, Jessica change de couleur. L’idée d’aller camper à proximité du château ne l’enchante guère. Léon le remarque et s’en amuse. Il sait pertinemment que sa sœur viendra quand même, elle irait au fin fond des marécages Papou asiniens s’il le fallait pour échapper à l’ennui de Creep Side désertée.

    09h05.

    La pendule de la cuisine affiche l’heure, implacable.

-          Merde ! s’affole Léon. Chui à la bourre, ça va chier !

-          Sois prudent sur la route, lance à tout hasard sa mère.

Mais il a déjà franchi la porte d’entrée. En descendant les marches du perron, il remarque cependant à travers la baie vitrée que sa sœur s’approche de son père et le prend dans ses bras. Elle a toujours été très proche de lui, peut-être plus qu’avec leur mère.

 

 

    Le Millers. Un endroit parfait pour prendre un café bien noir en attendant un ami qui, décidemment, aime se faire attendre. Sur un coin de table Courtney pose ses mains couvertes de ses éternels gants noirs en laine. Elle fixe l’inscription sur sa tasse « o’millers ». Lettres d’or sur tasse beige. Elle repense au diplôme qu’elle a reçu, il y a maintenant quatre mois, clôturant quatre ans de labeur au lycée de Blackburry. Elle a redoublé sa seconde, puis s’est donc retrouvé dans la classe de Claire, et sont restées ensemble tout au long du lycée. Elles ne se sont plus quittées et aujourd’hui encore, elles se retrouvent ensemble à attendre Léon, accompagnées de Laura, Tony et Billy son petit ami.

    Elle remonte le col de sa parka, prenant soin de faire passer ses cheveux fins et blonds par-dessus. La fraîcheur automnale s’est vite installée cette année. Ils se sont mis en terrasse, mais elle aimerait bien profiter de la chaleur de l’intérieur, surtout que Léon ne se décide toujours pas à se montrer. Elle observe Laura en face d’elle. Elle aussi semble frileuse. Harnachée de son grand manteau noir, elle réduit en confetti l’emballage d’un sucre et commence déjà à s’attaquer à celui du chocolat. Le retard de Léon la travaille. Stressée de nature, elle s’impatiente pour la moindre chose. Très à cheval sur la ponctualité, elle effectue un travail de fourmi pour corriger son petit ami. Qui ne semble pas porter ses fruits, ou tout au moins pas entièrement.

    Courtney en vient alors à observer son amie, Claire. Elle est blottie dans les bras de son chéri, Tony. Elle est très amoureuse, d’ailleurs, au début, Courtney l’a plutôt mal vécu, Claire ne se consacrant quasiment plus qu’à Tony. Elle se sentait mise à l’écart par sa meilleure amie, ça a été une dure période. Puis, passé le feu de la passion naissante, Claire a pris un peu de recul et a repris ses activités normales. Ensuite, Courtney est sortie avec Billy. Ça l’a aidée à mieux accepter le fait que Claire ne lui consacre plus tout son temps. Billy justement finit sa nuit sur la chaise, l’anorak remonté jusqu’au front, ne laissant que sa chevelure frisée dépasser, les mains dans les poches, les jambes étirées et croisées.

    Soudain, Billy s’étire et regarde l’horloge.

-          09h20 ! Allez, plus qu’une demi heure à attendre, ironise-t-il, amusé.

-          Tu parles, rétorque Tony sur le même ton, comme je le connais, je suis sûr qu’il est encore en train de roupiller.

-          Mauvaises langues ! reproche Laura, qui a foi en son élève de la ponctualité. Je suis certaine qu’il était dans les temps, et qu’il a eu un empêchement. D’ailleurs, je suis sûre qu’il ne va plus tarder.

Comme par le biais d’une synchronisation répétée à la perfection, Léon se pointe au bout de la rue dans sa Pontiac Firebird bleu métal de 1992. Véhicule acheté d’occasion par ses parents pour ses seize ans. Ces Firebird ont de la gueule, elle a de suite plu à Léon. Il était aux anges, un sacré cadeau que lui avaient fait ses parents. D’ailleurs, ils réservent le même style de surprise à Jessica, même si, ni Léon, ni elle ne s’en doutent.

    Laura affiche déjà un sourire satisfait et narquois.

-          T’es tombé du lit ?! se moque Tony.

Petit rire discret de Léon.

-          Sans déconner, je vous jure j’étais à l’heure, vous demanderez à Jess, je parlais du camping à mes parents, ça s’est éternisé et j’ai pas vu l’heure tourner.

-          Alors ? s’enquiert Billy, enthousiaste. Tu viens ou pas ?

Léon s’approche alors de Laura et l’embrasse tendrement en guise de bonjour, avant de répondre, les yeux baissés :

-          Ben nan. Je leur ai parlé du projet, et puis ma sœur s’en est mêlée et…

Le barman, ayant vu Léon arriver, vient prendre sa commande.

-          ‘lut. Un café ?

-          Heu, ouais, je veux bien, c’est pas de refus, balbutie Léon.

-          Mais comment vous faites pour rester dehors avec ce froid de canard, vous vous les gelez pas ?

-          Le froid ça conserve, plaisante Claire, on se dirige vers des études en cryologie, on s’enrichit d’expériences personnelles en milieu à basses températures.

-          Ah bon ? lâche le barman, crédule.

Claire répond d’un sourire à peine moqueur, le regard malicieux. Ce dernier comprenant alors, affiche une moue renfrognée et tourne les talons sans demander son reste, en précisant seulement une fois le dos tourné :

-          Bien noir je suppose le café ?

Sans même attendre de réponse, il rentre dans son bar, prenant soin de bien refermer la porte vitrée.

    De son côté, Billy en revient au camping, auquel il attache une importance particulière :

-          Alors, quoi ? Tes parents ne sont pas d’accord ?

-          Bien sûr que si ! dit Léon. Comme si mes parents avaient pour habitude de m’interdire quoi que soit. Par contre, il y a un petit changement. Ma sœur m’a demandé à ce que je l’emmène, et elle a même réussi à convaincre ma mère. Faut dire, elle se fait royalement chier depuis le début des vacances. Ça dérange quelqu’un ?

-          Non, pas du tout s’empresse de répondre Tony. D’ailleurs, je comptais te demander à l’inviter avec nous, elle est plutôt mimi ta sœur, commente-t-il en adressant un petit clin d’œil à Claire, qui ne manque pas de réagir au quart de tour.

-          J’en étais sûre ! J’avais déjà remarqué comme tu la regardais, il y a quelque temps, et…

-          Je te taquine ! Elle a trois ans de moins que moi, dit-il en rigolant. Pis, je pourrais jamais me passer de toi, tu le sais bien ma puce, la rassure-t-il avec un nouveau clin d’œil.

-          Te passer de moi peut-être pas, mais te rincer l’œil ça c’est fort probable, poursuit Claire râleuse.

-          Heu, dites, coupe Courtney, initialement on avait prévu de se donner rendez-vous pour aller faire des courses, en prévision du week-end non ? Alors on devrait y aller, parce que moi cet aprem c’est pas possible, j’ai des milliards de choses à faire, je dois passez chez le coiffeur, aller aider ma mère à inventorier le stock de son magasin, aller à mon rendez-vous chez l’esthéti…

-          Bon, pas la peine d’épiloguer sur ton interminable et inintéressant emploi du temps où je n’ai pas ma place, hum ? coupe Billy, railleur.

Billy n’est pas du genre possessif, et heureusement, auquel cas il cèderait vite aux crises de nerfs.

-          Un café noir, annonce sobrement Matt, le barman. Huit dollars soixante-dix pour les six cafés.

Billy sort négligemment un billet de cinquante dollars tout fripé de la poche de son anorak. Typique de lui comme attitude nonchalante. Il traite l’argent pour ce que c’est, du papier. Evidemment, avec un père chirurgien et une mère dentiste, négliger l’argent est chose aisée. Preuve en est, il insiste toujours pour payer, même si les autres râlent parfois de se sentir assistés.

    Bon, et puis au final, c’est plutôt appréciable d’avoir un ami si bien loti, ça résout pas mal de problèmes d’ordre financier.

    Avalant d’un trait son café encore fumant, Léon remercie Billy qui, déjà sort les clés de son Pick-up, un superbe Dodge Dakota de 95 anthracite. Cadeau de ses 16 ans flambant neuf à l’époque. Ses géniteurs n’avaient pas lésiné sur la qualité de son premier véhicule. De plus, contrairement à la Firebird de Léon ou même à la Plymouth de Tony, son pick-up a le gros avantage d’être spacieux, donc idéal pour les emplettes encombrantes.

 

 

 

-          Bonjour. Bienvenue dans les supermarchés Mall, toute notre équipe vous souhaite une bonne et agréable visite.

La voix de l’hôtesse émanait de sa bouche fichée d’un sourire niais, de manière presque automatisée, comme programmée pour ne dire qu’une seule et unique chose toute la journée durant.

-          Ah c’est cela qu’ils appellent l’amabilité typiquement commerciale, raille Claire un peu plus loin. Comment elles font ces gonzesses pour faire la potiche toute la sainte journée en répétant la même chose ? En plus, ça fait pas du tout sincère, c’est inutile et stupide comme politique.

Ils avaient sorti le grand jeu, ils visitaient pour la première fois le centre commercial en périphérie de Creep Side depuis son inauguration, il y a six mois. Au moins ils étaient sûrs de trouver tout ce dont ils avaient besoin ici.

    Soixante-neuf. C’est au bas mot le nombre de rayons que compte en tout le magasin à proprement parler, hors galerie marchande. Trouver ce qu’on veut à la première visite relève de l’exploit, enfin, c’est sous-estimer l’adaptation naturelle déconcertante des trois filles à ce genre de milieu.

    Près de deux heures plus tard, tout les six doivent affronter l’ultime obstacle. Quelques quarante-huit caisses, dont chacune exhibent prés d’une vingtaine de clients poussant des chariots surchargés, traînant des paniers qui vomissent sacs en plastique et autres cartons d’emballage.

    Ils choisissent une file et font le pied de guerre avec, pour bannière, la sorte de marabout qu’ils ont dégotés pour compte de tente. La seule qu’ils aient trouvé qui puisse les abriter tous les sept.

-          Bienvenue au purgatoire, lance Léon désespéré. Pour la pesée des âmes, c’est au bout de la file…

 

 

:: note publiée par Paul Styng :: dans Et Derriere La Colline Des Supplicies :: le samedi 5 mai 2007 à 12:12 ::
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Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Prologue

   Comme première note, je publie donc, le prologue de mon premier roman intitulé Et derrière la colline des suppliciés. J'attends bien sûr avec impatience tous vos commentaires, constructifs ou simplement ressentis, toutes les critiques sont bonnes

   A titre indicatif, j'ai écrit ce roman à l'âge de 16 ans, puis j'ai décidé de le réecrire, il y a environ 2 ans et demi, en gardant la trame principale, mais en retravaillant la psychologie des personnages autant que le scénario et bien sûr le tout avec un style plus abouti et plus mature (et fort heureusement après les 6 ans écoulés depuis la première mouture).
   Il est tout de même bon de noter qu'au cours de cette réecriture mon style a encore évolué, et que si le prologue peut paraître un peu simpliste, mon style prend d'avantage de corps par la suite.


N.B : Je tiens à préciser que tous les textes que je publie sur ce Blog sont le fruit de mon travail et que pour préserver l'intégrité de ma propriété intellectuelle, j'ai protégé officiellement l'intégralité de ces textes.


Prologue


Blackburry.

    Un petit lycée très atypique, comptant quelques neuf cents élèves. C’est le seul lieu d’enseignement secondaire et supérieur de cette petite ville qu’est Creep Side.

    Léon Kennedy.

    Un de ses élèves les plus brillants de la promotion 98. Ayant prouvé ses valeurs tant sportivement que studieusement durant trois ans, il fait l’objet de toute l’attention administrative de Blackburry. « Cet élève est promis à de grandes choses » avait commenté le recteur lors de la remise des diplômes. Et ce, malgré cette coutumière apparition cul nu sous sa robe de lauréat, avec salutation distinguée personnelle de son arrière train devant tout le lycée.

    Tout comme sa petite sœur, Jessica, il est natif de Creep Side. Alors âgé de dix-neuf ans, il va entamer dès l’année prochaine des études qui lui permettront d’accéder au perron de son rêve, devenir inspecteur à la crim’.

    Il faut dire, depuis tout jeune, les mômes sont conditionnés par les séries policières, les thrillers hollywoodiens, et les dessins animés avec pour héros des flics sans vergogne aux apparences de super héros de comics. Léon fait partie de ces gamins et, intégrant la faible minorité des rejetons ayant poursuivi leur rêve préprogrammé jusqu’à l’âge adulte, il est en passe de devenir le bon face aux méchants, le flic face aux criminels, le preux chevalier face à la racaille du peuple, et d’une manière plus générale, un petit halo de lumière dans la dense obscurité du monde.

    Les gosses les plus réceptifs aux conditionnements présents dans les médias s’identifient fort bien à leurs héros, et s’en retrouvent le crâne bourré d’images plus ou moins réalistes. Le lot courant d’ambitions d’un gamin futur flic est assez étoffé : course poursuite dans les rues de Los Angeles, arme de service asseyant la sensation de pouvoir, gloire et renom acquis grâce au palmarès des arrestations des plus grands criminels d’Amérique, avantage de l’uniforme assurant le succès auprès de la gent féminine, etc.

    Quant à sa petite sœur, Jessica, elle a seize ans et n’est qu’en seconde mais son cursus scolaire est déjà tout tracé dans sa tête. Elle aussi, très tôt, a su ce qu’il lui convenait de faire, et elle s’oriente déjà vers des études de droits, qui lui permettront d’accéder à la barre d’une cour avec fierté. Elle n’est pas au bout de sa peine, et compte encore quelques années de dur labeur en milieu studieux afin d’obtenir les clés du cabinet d’avocats qu’elle convoite déjà.

    Un métier intéressant mais à double tranchant. Bien sûr il est fort utile d’en avoir un sous la main, lors de divers et moult procès inutiles qui rythme les démêlés législatifs des états unis, mais à contrario, certains savent très bien se faire les avocats du diable et faire acquitter des individus qui mériteraient bien plus que l’emprisonnement. Cause de cela, les aléas très contestables de certains chapitres du code pénal, manquant souvent, de par ses textes inappropriés, de discernement sur chaque situation. Conséquence à cela, un pouvoir exécutif par trop généraliste, souvent injuste.

 

    Quant à leurs parents, Andrew et Brooke, ils mènent la parfaite petite vie de vieux couple stéréotypé, ils ont rempli avec brio leur premier devoir, celui de parents. Leurs deux enfants bâtissent leur avenir de leur mieux, et ne sont pas sujets aux mauvaises influences de la post-adolescence. Ils ont de bonnes fréquentations, par exemple, cette Laura Leighton, la petite amie de Léon, remporte tous les suffrages au sein de la famille Kennedy. Pour Andrew, Laura est un petit saphir brut qu’il faut tailler le plus finement possible.

    D’une manière générale Laura est belle, que ce soit d’un point de vue intrinsèque ou extrinsèque. Dotée d’une grande douceur, elle sait faire ressortir sans contraste toutes ses autres qualités humaines. Son charme souligne avec beaucoup de simplicité sa générosité, sa gentillesse ou encore sa sympathie.

    Ses longs cheveux d’un noir brillant tombent en cascades voluptueuses, venant couvrir ses épaules minces, et créent un contraste éblouissant avec ses petits yeux vert-bleu en amande fine. Son nez est petit et fin, sa bouche pourvue d’un sourire continuel, mais une mâchoire affirmée lui compose un visage à la fois autoritaire et ensorceleur.

 Brooke, la mère de Léon, aime ce caractère qu’a Laura, elle est déterminée, elle sait ce qu’elle veut et elle est ambitieuse. De plus, ses études en psychologie lui confèrent un avantage sociable qu’elle sait exploiter au mieux. Et puis elle a réussi où Brooke s’est résignée, à savoir motiver Léon, ce qui n’est pas chose aisée, quand on connaît son potentiel de paresse. Laura s’avère être un vrai moteur pour lui. Depuis deux ans de relation, elle a su créer des changements significatifs dans le comportement de son petit ami, même s’il se montre encore quelque peu récalcitrant à changer quelques aspects de sa personnalité.

   Jessica, quant à elle, vit, côté cœur, une grande expérience de solitude qui serait, d’après ses parents, une situation bénéfique au bon déroulement de ses études. D’ailleurs, les exemples qui illustrent ce raisonnement ne manquent pas, à chaque fois qu’elle présentait un nouveau prétendant à ses parents, s’ensuivait une grande période de chaos scolaire caractérisé par un absentéisme proche de la perfection, des moyennes flirtant avec l’infiniment petit, et des comportements flirtant avec la stupidité bien singulière de l’âge ingrat. Il est donc des personnes, comme Jessica, pour qui le loisir de choisir entre étudier ou s’amuser n’a pas lieu d’être, alors que pour d’autres, comme son frère, la question ne se pose même pas.

 

    Tony Dison et Billy Rutherford.

    Les deux meilleurs amis de Léon. Tout trois du même âge, ils se connaissent depuis le placenta, et ont toujours poursuivi les mêmes objectifs, en premier lieu, sortir sa tête de l’utérus maternel. Puis pour continuer dans l’ordre, marcher, parler, dire des gros mots, faire du vélo, être le détenteur du record du plus long jet d’urine, manier les pistolets de l’us army reproduction plastique comme personne, devenir Quater Back de l’équipe de foot du lycée, être la coqueluche de toutes les plus belles filles de Blackburry et enfin intégrer la brigade spéciale de la criminelle.

Ah, et peut-être aussi cette manie presque obsessionnelle d’enregistrer la moindre série télévisée policière, d’acheter le moindre polar, ou encore de collectionner la totalité des revues portant sur le CSPD (Creep Side Police Department), quatre lettres qu’ils rêvent déjà de prononcer en pénétrant tout azimuts dans un hangar, servant de QG à un réseau de trafiquants de stupéfiants, armé d’un Beretta 9mm parabellum. « Ci S Pi Di » dirait-on à l’américaine, un chamallow dans la bouche. 

  

       

    Non loin de cette petite ville qu’est Creep Side, un sinistre manoir entretient ses fondations au pied d’une colline proche de quelques kilomètres de la petite bourgade. Principal objet de nombreuses rumeurs qui devinrent récits puis à leur tour légendes, ce manoir est associé à un nom : Ammock. Le nom du comte qui y a vécu lors du 19e siècle. En réalité, l’existence du comte relève presque autant de la légende que les rumeurs qui circulaient sur son manoir, tellement il fut rare de le voir au village. Tout ce qui est flou intrigue les gens, tout ce qui est tabou excite les imaginations trop fertiles, tout ce qui est inconnu terrifie et tout ce qui terrifie incite le respect. Les gens craignaient le comte et son manoir, et s’effrayaient eux-mêmes par des récits parfois à dormir debout, mais qui prenaient toute leur signification lorsque des disparitions étaient signalées dans la forêt qui borde la colline du manoir. Qui plus est lorsque ces personnes avaient initialement projeté de rendre visite au comte.

 

    Prés d’un siècle auparavant, Creep Side n’était alors qu’un village bien insignifiant face à la métropole que représentait déjà à l’époque Chicago, située à tout juste une centaine de kilomètres de là. La comtesse descendait parfois au village pour faire ses courses, mais elle n’adressait la parole à personne. Ce que tout le monde prit pour de l’arrogance ou du dédain au début, finit par ressembler au fil du temps, à de la timidité, voire même à de la peur.

    Elle s’imposait le minimum syndical en matière de dialogue afin de s’assurer simplement le bon déroulement de ses achats. Aucun des villageois ne pu se targuer d’avoir eu une seule fois l’intime honneur de faire l’objet d’une quelconque forme de politesse. Ah, pour sûr, autant que son mari, la comtesse suscitait bien des commérages et autres critiques bien senties, cinglantes et perfides à souhait. De la méchanceté gratuite en somme. C’est bien cela, de la surprise à la curiosité en passant par la peur, les villageois en arrivaient au stade du mépris. A tel point qu’ils cherchaient par n’importe quels moyens à la faire parler. Ces moyens mis en œuvre dépassaient l’entendement, mais jamais la comtesse n’eue de réaction mettant à mal cette cruauté typiquement humaine. Elle conservait son attitude calme et renfermée ainsi que son silence d’or.

    Le sujet suivant favori des commères fut celui de l’alimentation du comte et de la comtesse. Les plus perfides établirent des rapports sur le nombre de descentes hebdomadaires au village de la comtesse, le fruit de ses achats, et en concluaient donc, qu’elle et son mari, ne pouvait certainement pas manger à leur faim en se contentant des courses que la comtesse effectuait au village. Naissaient alors des rumeurs de cannibalisme et autres viles tendances.

 

    Au-delà de leur mépris, les villageois cherchaient avant tout à comprendre la comtesse car, passé les différents stades provoqués par l’inconnu, le mystérieux, les questions demeurent, et les gens veulent savoir.

    Ce fut le boucher le premier à défrayer la chronique en adressant la parole à la comtesse. Pour réponse celui-ci reçut un regard assez sec, mais non pas dénué de sentiments. Sous cette apparence hautaine, se cachait un mal bien plus profond que cette cuirasse superficielle. Oui, la comtesse se décharnait de semaine en semaine, son visage se creusait de plus en plus faisant saillir ses pommettes et lui prêtant des allures effroyablement cadavériques. Oui la comtesse espérait secrètement une aide, une âme compatissante qui l’épaulerait dans le calvaire qu’elle semblait vivre quotidiennement. Ce calvaire qui la dévorait au fil du temps, ce calvaire qui l’avait cloîtré dans un mutisme effrayant, ce calvaire qui lui avait prêté des attitudes fières et dédaigneuses.  Malheureusement, personne ne fut à même d’interpréter ce sos subtil.

    Pendue.

   Telle une guirlande macabre, son corps se balançait au bout d’une corde au gré du vent. Le crissement du chanvre sur le bois de l’arbre entonnait une sinistre marche funèbre. Un groupe de gamins téméraires avait longuement contemplé le gros chêne à l’entrée du manoir. Ils étaient pétrifiés, seulement capable de fixer cette scène morbide, suivant des yeux le balancement de la dépouille de la comtesse, dont la robe sale et souillée de sang se gonflait sous les légères bourrasques de la brise mordante pré hivernale.

    Déshonorée.

    Le cadavre de la comtesse faisait l’objet de visites massives et quotidiennes des villageois assoiffés par la curiosité. Comme une foule de mécréants autour d’un pilori, tous restait là, devant cet immense portail à palabrer sur le dos de feue la comtesse. Tel un métronome, son balancement décomptait les minutes de son ultime spectacle où il n’y avait d’entracte que la nuit.

 

    Evidemment un tel évènement occupa longtemps la petite bourgade, et dès lors on ne parlait plus dans les rues que de la comtesse. Sûrement n’aurait-elle jamais osé imaginer pareille notoriété post-mortem. Toujours est-il que c’est de ces nombreux ragots que naquirent les légendes du manoir et de son comte.

      Bien plus tard, ces légendes devinrent à leur tour des histoires destinées à effrayer les enfants afin de prévenir leurs bêtises. « Si tu n’es pas sage, le comte viendra te chercher et t’enfermera dans la crypte de son manoir » Telle fut la nouvelle devise de ces nombreux parents sans autorité aucune sur leur progéniture. Passé la tendre enfance, ces mêmes gosses projetaient déjà de pénétrer dans le manoir, ce monument étant devenu l’attraction principale des jeunes, bien plus populaire qu’un simple Luna Park.

    Qui plus est, son entrée ne requérait pas d’argent. Et la sortie ne réservait pas que quelques sueurs froides…

 

    Ceci dit, personne n’a encore eu l’audace de fouler la terre de son allée, ou du moins, personne n’en est revenu pour s’en vanter…





Voilà, je publierai, un chapitre par semaine, selon la fréquence de fréquentation du Blog


Quoi qu'il en soit, je vous remercie de tout coeur pour votre lecture, c'est déjà un témoignage de confiance très important à mes yeux, Merci 
:: note publiée par Paul Styng :: dans Et Derriere La Colline Des Supplicies :: le dimanche 29 avril 2007 à 17:58 ::
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