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Un Monde à Part

Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Premier Chapitre (2e partie)

Comme l'avait remarqué un visiteur et lecteur, les notes publiées ont une capacité maximum de caractères, je suis dans l'obligation de tronquer mon premier chapitre en deux parties.
Voici la deuxième, bonne lecture :)


Un rai de lumière. Plutôt terne au début, comme reflété au travers d’un filtre opaque.

    Puis, la lumière se fait de plus en plus immaculée, jaillissante et omniprésente. Oui, enfin les rayons du soleil se réverbèrent avec violence et luminescence sur le bitume tiède du parking.

    L’air. Cet air frais saturé de gaz divers qui fleure bon la ville en effervescence. Un relent autrement plus agréable que cet air conditionné maintes et maintes fois puis redistribué avec cette même tiédeur, cette même transpiration corporelle qui emplit tout le centre commercial.

-          Je me sens plus léger d’un seul coup, c’est bizarre, ironise Léon.

-          Ben tu sais, poursuit Tony pince-sans-rire, soixante-dix dollars en petite ferraille, ça fait son poids.

-          La faute à qui ? reprend Léon. C’est ce putain de marabout qui nous a coûté la peau des couilles, lâche-t-il en rigolant à l’intention de Courtney.

La blonde semble mettre un temps à saisir l’allusion accusatoire, et s’empresse de rétorquer, fataliste :

-          Ben faut ce qu’il faut mes ptits gars, personne n’avait de tente assez grande pour tous les sept.

-          Remarques, ajoute Laura innocemment, chacun aurait très bien pu crécher dans sa tente, en couple, avec plus qu’une intimité de groupe.

-          Oh ce que tu peux être vieux jeu, lâche la blonde. Moi je trouve ça plus convivial. Et puis ç’est plus proche de l’esprit du camping quoi. Allez, vous devez bien être capable de vous passez de l’intimité de votre couple une semaine non ?

-          C’est flatteur n’est-ce pas ? commente Billy, ironique, à l’intention des autres, amusés, avec son détachement habituel.

-          Mon pauvre Billy, plaint Laura, j’espère que ta maîtresse est plus farouche, parce que ça n’a pas l’air d’être la bousculade avec Coco au lit.

-          Gna gna gna ! lance la concernée faussement vexée.

-          Je sens que ces vacances vont être affreusement longues, souffle Claire désespérée, habituée aux railleries mutuelles et classiques entre blonde et brune.

Courtney et Laura en sont le parfait exemple, en toute amitié malgré tout.

-          Ouais, confirme Tony, de toute évidence, il va falloir établir un emploi du temps chargé ne leur laissant que très peu de battement pour s’envoyer des boites. Par exemple, je pensais à l’instant, ça serait dommage, étant sur place, de ne pas aller faire un petit tour derrière la colline.

Malgré le froid qu’a jeté sa proposition, Tony garde le sourire. Ce sourire provocateur qu’il a pour habitude d’afficher en toute circonstances. Ce sourire qui lui a causé tant d’ennuis auprès des profs au lycée.

    Un faux cul. Voilà comment le caractérisaient tous ses amis avant de le connaître. Ah pour sûr, il était connu à Blackburry, mais pas forcément en bien.  Une réputation dans le genre cancre, insolent et perturbateur. Léon, plutôt bon élève propre sur lui mais très tenté par l’indiscipline s’est laissé séduire par le côté trublion mais responsable de Tony. Il faisait des conneries, il se faisait remarquer mais il assumait. Pas comme la majorité des petits cancres de base se faisant dans le froc à peine repéré par un prof.

-          Me regardez pas comme ça, poursuit-il, ce château constitue à lui seul le monument le plus symbolique de l’histoire de Creep Side. Des tonnes de jeunes dans notre genre ont tenté l’expédition rien que pour se prouver qu’ils avaient quelque chose dans le falesard. C’est l’occasion ou jamais.

-          Alors je te le dis de suite, lance Courtney, si ce que vous manigancez depuis le début sous le jour d’un camping bidon, c’est rentrez dans le château je vous rembourse le marabout mais je viens pas avec vous. Et puis un peu de respect merde ! Comme tu dis ce château constitue une légende, et je doute que cela serait bien vu si on apprenait qu’une bande de jeunes irresponsables a violé son enceinte. Et perso, j’ai rien dans le falesard moi, comme tu dis, donc j’ai rien à prouver.

-          Ne t’en fais pas, rassure sa copine Claire, tu sais bien qu’il te branche.

Elle jette un regard noir à l’intention de son copain puis reprend :

-           Et puis, je suis sûre que ce manoir n’est pas si terrible, tout ce qu’on raconte dessus c’est du vent. Les gens sont encore trop crédibles de nos jours.

-          Je m’en moque, je vous dis que…

-          Hé Courtney ? coupe Laura. T’as vu l’heure ? on devrait aller manger si tu veux pas être à la bourre au coiffeur, t’as rencart à 14h il me semble non ?

-          Merde ! s’exclame-t-elle. Je suis désolée je peux pas manger avec vous, je vais arriver en retard sinon. Merde, fait chier !

Laura, écroulée de constater que son stratagème de diversion a été plus qu’efficace, essaie de la convaincre de manger avec eux :

-          Mange avec nous, on a réservé Chez Francisco, t’as le temps c’est midi et demi tout juste.

Mais la petite blonde est déjà partie affolée, cherchant nerveusement les clés de sa voiture dans son sac à main.

-          Reviens, crie Léon hilare, on est venu avec le Dodge de Billy.

La blonde s’arrête, réalisant qu’en effet sa voiture n’est pas là et revient en bougonnant, trébuchant un pas sur deux à cause de ses hauts talons.

-          Allez dépêche-toi, hurle-t-elle à l’intention de Billy, encore mort de rire.

Alors que tous s’embarquent, elle s’empresse d’ajouter pour tout le monde, encore ébranlés par les secousses d’un fou rire difficilement étouffé :

-   Et je me passerai de vos commentaires !

 

 

    Francisco. Un petit restaurateur Italien qui a monté son affaire il y a maintenant une bonne dizaine d’années. Tout le monde le connaît, lui et sa cuisine typiquement Romaine. Il a vite connu le succès, les gens étant friands de pizzas et autres mets d’origine latine, mais appréciant aussi les avantages d’une restauration rapide. Deux mots d’ordre dans son restaurant, qualité et rapidité.

    De plus, à l’instar de leur patron, le personnel s’avère très chaleureux. D’ailleurs, l’accueil qu’ils réservent aux futurs campeurs parvient même à déstresser Courtney qui n’a pas eu d’autre choix que d’accompagner le reste de la bande, non sans proférer toute sorte de menaces hilarantes qui n’ont malheureusement pas eu l’effet escompté.

    Ils prennent place au fond de la salle, près de la fenêtre. Aussitôt installés, un serveur vient s’enquérir de la commande. Grand et mince, les cheveux bruns laqués tirés en arrière, le visage creusé, les pommettes saillantes, le nez proéminent et pointu, Alessandro propose sa liste d’apéritifs.

    A quelques tables de là, un violoniste s’affaire à créer une suite d’harmoniques douces et mielleuses conférant au cadre une toile sonore de circonstance. Le Stradivarius réagit spontanément aux caresses de l’archet en prodiguant une mélodie suave qui achève bien de camper cette ambiance conviviale.

    Commandes passées, les pizzas arrivent sur table quelques sept minutes plus tard, tout juste le temps pour le violoniste d’interpréter un morceau à l’intention de Laura, pour laquelle il a visiblement un faible.

-          Ces Messieurs les ritals, des éternels chauvins, commente Claire amusée. Ils aiment les femmes comme leurs Italiennes, belle brune aux formes avantageuses, précise-t-elle en adressant un clin d’œil à Léon qui bout de jalousie.

-          Ouais, ben qu’il se contente de ses Italiennes celui-là, parce que je pense qu’il aurait du mal à le digérer son violon, lâche-t-il sèchement, les yeux fixés sur le violoniste.

Laura a une moue amusée puis prend Léon dans ses bras et l’embrasse tendrement afin d’apaiser son orgueil typiquement masculin.

-          Tu seras jaloux une autre fois, reproche Courtney, avales ta pizza sinon je vais être à la bourre moi !

Les pizzas sont énormes, le fromage fondu leur donne un aspect brillant très appétissant et l’huile épicée une fragrance subtile qui fait pétiller d’avance les papilles gustatives. D’ordinaire, une demi pizza aurait suffit à satisfaire leur appétit, mais celles-ci sont tellement savoureuses que la faim s'aventure dans une lutte contre la gourmandise perdue d’avance.


:: note publiée par Paul Styng :: dans Et Derriere La Colline Des Supplicies :: le mardi 8 mai 2007 à 12:19 ::
:: Et Derrière La Colline Des Suppliciés - Premier Chapitre (2e partie) ::
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