"Cela s'appelle, en toute modestie, L'Encyclopédie des guerres. C'est un livre en train de s'écrire, et qui va s'écrire en public, sur scène.
L'usage commun implique que l'écriture d'un ouvrage soit motivée par un projet précis, le développement d'une théorie. On suppose que le sujet préexiste à l'écrit, que le livre offre l'espace de sa démonstration. Or, il s'agit là de faire de l'essai le lieu d'élucidation de son prétexte même. Une analyse spéculative en aveugle, centrée non pas sur l'énonciation d'une thèse, mais, centrifuge, sur la découverte de son amorce, sur la nomination de son prétexte. Aussi, le principe de cette enquête est-il celui de la candeur, et sa méthode, l'idiotie. Dans le roman inachevé de Flaubert, Bouvard et Pécuchet, ces deux chercheurs de vérité s'adonnent successivement à des recherches sur la poésie, l'agronomie, la médecine, la géologie, la diététique, la religion, compulsant des milliers d'ouvrages et se livrant à autant d'expériences pour toujours, au final, recueillir l'incompréhension, être cueillis par l'échec. Etrangement, à aucun moment, les deux autodidactes de Flaubert ne plongent dans le champ de la guerre, laissant de côté la poliorcétique, ignorant la science dite stratégique.
Je voulais écrire à ma manière ce chapitre absent, oublié par Flaubert.
J'emprunte aux deux copistes de Flaubert leur technique et leur ridicule ambition. C'est ainsi que je constitue une "bibliothèque de guerre", accumulant de manière hasardeuse, accidentelle, tous les ouvrages, essais, récits, livres techniques traitant du sujet de la guerre. Je ne m'impose aucun corpus a priori, ne me mets pas en quête des ouvrages jugés capitaux ou incontournables. Je ne suis ni historien, ni spécialiste de polémologie. Légitime en rien. C'est en amateur, en écrivain, ou plus précisément en personnage de roman, que j'aborde ce projet, collectionnant au fil de mes lectures, des bribes de phrases, des termes, des images, des légendes, des anecdotes, les réunissant en un impraticable et indéchiffrable cabinet de curiosités qui prend naturellement la forme d'une encyclopédie. Une impossible Encyclopédie des guerres, de L'Iliade à la Seconde Guerre mondiale.
Je ne sais pas pourquoi "la guerre", et encore moins pourquoi la guerre qui m'"intéresse" s'arrêterait en 1945. L'Encyclopédie des guerres n'est pas censée commenter le phénomène de la guerre, mais m'expliquer à moi-même en quoi ce sujet me concerne.
La pratique pré-iconographique de Aby Warburg est ici modestement sollicitée, Warburg dont la folie commence étrangement au vu de ses images de guerre. Au cours de l'année 1918, il a en effet réuni des documents qui vont, selon lui, lui permettre de saisir la nature du conflit qui a ravagé le monde. Sa psychose aiguë naîtra de la conviction qu'il est lui-même à l'origine de la guerre. Pour décrypter les images et les mots de la guerre, il faut également fuir une "iconologie restreinte" fondée sur le déchiffrement et l'interprétation des symboles, et suivre Warburg, et Nietzsche, sur les sentes aventureuses d'une "iconologie critique". Au grand récit téléologique instauré par Vasari, Warburg oppose la fertilité des anachronismes : les images de la phalange hoplitique grecque sont en lien avec la tactique du char d'assaut selon Guderian ; les métaphores homériques du combat racontent un aspect de la guerre des tranchées ; le premier bâtiment cuirassé émergeant de la guerre de Sécession inspire une lecture de la guerre comme Histoire naturelle, etc.
Concrètement, je lis l'ouvrage en train de s'écrire, de manière exhaustive, séance après séance. Durant la lecture sont projetés tous types d'illustrations : cartes, photographies, tableaux, extraits de films, actualités d'époque, dessins animés, vidéos d'artistes, etc.
Cette lecture illustrée, comme une encyclopédie en pop up, s'apparente à une performance parce que chaque entrée est commentée en direct, critiquée, réécrite au fur et à mesure."
Jean-Yves Jouannais
(Communiqué de presse)
4 conférences-performances
1 / De "A l'ennemi (Tué ou Tombé)" à "Belligène"
En passant, entre autres, par les entrées "Afflictions (Sombres)", "Approximations", "Baleine", "Barbarisation".
Jeudi 25 septembre à 19h30
2 / De "Bicyclette" à "Clairon"
En passant, entre autres, par les entrées "Boum", "Broignes", "Carnaval", "Chaussures", "Chevaux de bois", "Choir".
Jeudi 9 octobre à 19h30
3 / De "Climatologie" à "Embêter"
En passant, entre autres, par les entrées "Combattus", "Coquetterie", "Costume de bain", "Danse", "Décoratif", "Dressage".
Jeudi 6 novembre à 19h30
4 / De "Emploi (Contre)" à "Golf"
En passant, entre autres, par les entrées "Epicerie", "Etoiles (Peindre les)", "Etoiles (Descendre les)", "Fiasco", "Fumier", "Gazon".
Jeudi 11 décembre à 19h30
Centre Pompidou - Petite salle
Place Georges Pompidou - Paris 4ème
Entrée libre
J. Attali, DU CRISTAL A LA FUMEE + R. Deforges, A PARIS AU PRINTEMPS ÇA SENT LA MERDE ET LE LILAS + S. Pincas & M. Loiseau, UNE HISTOIRE DE LA PUBLICITE + M. Even, OBAMA LE NOUVEAU REVE AMERICAIN + P. Druilhe, WELCOME TO AMERICA + P. Everett, BLESSES
Pourquoi êtes-vous pauvres ? A part William T. Vollmann, franchement, je ne vois pas QUI oserait poser une pareille question. Non pas s'interroger doctement, d'un point de vue suave et documentaire, philosophique ou sociologique sur la pauvreté en général, mais y aller sans fard, au couteau saignant et à l'oeil aiguisé. Rester face à un homme ou une femme pauvre, le fixer sans reproche et attendre une réponse souvent lapidaire, parfois entortillée au milieu d'une histoire. Imaginez le Caravage face à son modèle.
Car il faut bien s'en convaincre, des personnes en état absolu de pauvreté répondent à travers le monde à celui qui leur tend le miroir infamant et leur demande : "Pourquoi êtes-vous pauvres ?". La radicalité de la question a le mérite de redistribuer les cartes, sans torsion compassionnelle ni chichis instrumentalistes. Vollmann le sait qui écrit p. 61 : "- Etes-vous pauvres, la plupart d'entre nous peuvent répondre assez facilement à cette question. - Pourquoi êtes-vous pauvres ? En contradiction adéquate avec les espoirs et prétentions de ce livre, les réponses des pauvres sont souvent tout aussi pauvres que leurs existences. A un Japonais flétri assis sur son vélo dans un campement le long du fleuve, avec les pieds sur le ciment, je demandai : Pourquoi certaines personnes sont-elles riches et d'autres pauvres ? Il se pencha sur son vélo pour réfléchir, puis déclara : Parce que certaines ont du travail et d'autres pas. Et cela est-il dû à la chance ou à autre chose ? Quand on vieillit, dit-il, quand on veut travailler on ne peut pas. La plupart d'entre nous ici travaillent sur des chantiers. Je nettoie le jardin. Est-ce un travail pénible ? Oui, c'est dur... Nous avons échangé un regard, et il n'y avait plus rien à dire". Or, en vérité, le miroir de Vollmann n'est jamais infamant alors qu'il énonce clairement ces mots "Pourquoi êtes-vous pauvres ?". Alors ?
Le livre, après une légère introduction - explicitation de quelques règles internes, principes de base et hommages à Thoreau et Steinbeck -, démarre aussi sec par un tableau des pays visités par Vollmann avec les devises correspondantes, l'équivalence en dollars US, une case pour l'emploi (pas souvent remplie) et un lien de pagination avec les chapitres à suivre. Autant de repères pour une représentation en coupe du monde de la pauvreté. Afghanistan, Cambodge, Chine, Colombie, Japon, Kazakhstan, Mexique, Pakistan, Philippines, Russie, Thaïlande, USA, Viêtnam, Yémen, telles sont les contrées visitées sur une période de dix années de 1995 à 2005 avec une exception évidente pour l'année 1846, où Henry David Thoreau, l'auteur de Walden, fut sans le savoir le double de Vollmann avant la lettre. Un bref lexique achève ce préambule. On y trouve des mots que l'on croit bien connaître, or ce n'est pas si sûr. Vollmann en les définissant détermine l'axe principal et le ton de son ouvrage :
PAUVRE :Qui n'a pas ou désire ce que j'ai ; malheureux dans sa propre normalité. RICHE :Qui se satisfait de sa normalité, et raisonnablement capable de l'appréhender. LE MARCHÉ :Ce que les marxistes désignaient autrefois par l'expression de cash nexus - l'échange économique. De façon plus générale, une idéologie de classement et d'évaluation de toute chose en fonction de sa valeur monétaire perçue. NORMALITÉ :Les divers contextes dans lesquels on devrait étudier la pauvreté relative, le bien-être individuel et autres abstractions du même genre. Je mets souvent ce terme en italique afin de ne pas oublier son caractère arbitraire. La normalité peut tenir de l'insuffisance, du désarroi, de la surabondance ou de nombreux autres états.
Le lecteur que vous êtes cache encore dans sa poche, mais plus pour très longtemps, une tout autre question et je l'entends par-delà le vrombissement de mon ordinateur qui fume pendant que je lui tape dessus. Votre question est : serait-ce une enquête, un essai ou une étude ? Et votre intime conviction vous propose, en cas de réponse affirmative, de filer aussitôt à l'anglaise. (Dans ce cas-là je ne l'achète pas et même je ne le lis pas.) Et toc. Mélange de crainte et de lassitude. Lire les pauvres !
Or SI ce livre-là est une enquête, c'est bien simple, TOUS les livres de William T. Vollmann en sont. Or Vollmann écrit des romans monumentaux, des sortes de bibles païennes. Là où il questionnait le sexe des prostituées et l'amour dans La Famille royale, il pose ici la question de l'argent et le gouffre que son manque produit, comme il interrogera la violence dans son monumental Livre des Violences à paraître bientôt en France (éd. Tristram 2009).
Les thématiques de Vollmann sont toutes basées sur de grands fondamentaux. Ma réponse à votre question, lecteur, est donc la suivante : Vollmann est un romancier génial, chacune de ses pages le réaffirme et ce livre n'est pas non plus - pas plus que les précédents - une simple enquête. Avançons plus loin si vous voulez en savoir plus.
William T. Vollmann / Photo Bernard Hoepffner
Je me suis interrogée à la lecture de ce livre sur l'aptitude de l'auteur à pénétrer la sphère intime d'autrui avec une facilité si apparente. Comment et d'où parle-t-il pour aller si directement au coeur des tabous sociaux - et la pauvreté dépasse tous les autres entremêlant honte et culpabilité - afin d'obtenir des réponses et en dégager des personnages d'une telle force ? William T. Vollmann, grand et massif, flageole toujours un peu, cherche constamment un équilibre, s'assure à chaque seconde de son ancrage face à vous. Je l'ai observé. Qu'il ait les pieds plantés sur la terre ferme n'est jamais acquis à ses yeux. Singulièrement réceptif, son visage mobile (jamais vu un épiderme aussi "touché" par l'autre) capte détails, structures générales et traits psychologiques au laser : un faisceau d'humanité sous-tension. C'est un anatomiste.
Vollmann est un peintre d'Histoire(s) et un romancier prédateur ; capable de décrire le monde d'un double point de vue, profondément charnel et viscéralement intrigué par l'Histoire des civilisations. Sa culture monstrueuse ne l'influence plus en revanche lorsqu'il se trouve en face d'un visage : imaginez seulement Goya suivant un cheval du regard et en surprenant d'un seul coup d'oeil incisif la frayeur archaïque. Modes et prêts-à-penser glissent sur William T. Vollmann comme l'huile sur l'eau. Hyperbolique de l'inscription, ce grand dessinateur est aussi un peintre de premier plan qui propose ici ses propres photographies, réalisées à travers le monde. Evoque-t-il un personnage ? Il vous invite logiquement à le rencontrer photographiquement, à la fin de l'ouvrage.
Je résume : des lectures manifestes du réel arrivent de plein fouet, Vollmann s'en défait manifestement de multiples façons pour survivre à leurs imprégnations violentes. Il les traduit grâce à une lucidité ultrasensible et raisonnée qui est sa vertu capitale, tandis que vacillant face à vous, il semble fixer loin au fond de vos iris l'écorché, avec une forme de bonté un peu ivre à force de désinhibition. Ce qui a l'air de le surprendre lui-même, presque autant que vous. En réalité, sa vigueur empathique est telle qu'elle vous hisse hors de vous-même comme l'amour ou la peur. Enfin, Vollmann se choisit souvent, au cours de ce livre, un compagnon de route ami, Montaigne, dont les Essais le renseignent à tel point qu'il en cite de nombreux passages, exactement comme si Michel de Montaigne se trouvait à ses côtés, devisant.
Dans ce livre qui ressemble fort, à la réflexion, aux ouvrages ouverts sur leur propre pratique d'écriture que les romanciers offrent un jour ou l'autre à leur public, Vollmann lui-même apparaît dans sa propre maison, penaud peureux, injuste parfois, courageux souvent et de temps à autre sans voix devant le tableau qu'il expose : la pauvreté. Dans le chapitre XXI, intitulé "Je sais que je suis riche", sous le titre générique "Propriétaires", p. 252, Vollmann se décrit ainsi : "Parfois les pauvres me font peur. Ce ne sont bien évidemment pas les seuls qui puissent m'effrayer, et je n'ai pas souvent peur des pauvres ; cependant ma peur envers les gens que je définis comme pauvres me définit en partie comme riche. Je suis un propriétaire petit-bourgeois. Mon immeuble est un ancien restaurant situé au coin d'un parking, juste en dessous du pont de la voie ferrée, où se réfugient les sans-abri. Des gens dorment dans mon parking. Certains y restent des mois, il en est d'autres que je ne croise qu'une fois (...). Je n'ai pas peur des gens que je connais. Non contents de m'apprécier, ils ne doivent pas manquer de parler de moi dans mon dos. Si j'étais eux, c'est ce que je ferais. Leurs plaisanteries se réfèrent souvent à mon incapacité comique à les inviter chez moi, afin qu'ils boivent mon whisky et baisent dans mon lit. Je sors toujours pour les voir ; jamais je ne les laisse venir chez moi".
Puis il sort des batteries entières de questions qui épuisent les défenses de ses interlocuteurs et les forcent à livrer une philosophie de la vie voire de la pauvreté. Car les pauvres parlent librement dans ce livre, et c'est déjà, bien sûr, un brin de territoire regagné sur la logique de la défaite, résignation et destins fatals acceptés qui construisent et maintiennent l'état de pauvreté. Wan, l'une des héroïnes (l'auteur emploie le terme) de l'ouvrage, est thaïlandaise. Venue à Bangkok pour chercher du travail, elle est sans forces et à vingt-trois ans, elle est restée "une petite fille aux yeux tristes et ternes". Vollmann la raconte dans toute la vérité de ses apparitions, capte ses moindres gestes, entrevoit les lueurs de conscience au milieu de ce qu'il décrit comme une lente agonie. "La dernière fois que je la vis, elle était assise de biais à sa place juste devant l'entrée de la gare, serrant contre elle son petit sac en plastique blanc contenant ses affaires, sans regarder personne en face." Comme à chaque fois, le décor est planté sans mièvrerie et le contrat tacite, confirmé, car Vollmann paie ses interlocuteurs afin d'obtenir des réponses. Il raconte combien et comment (p. 43). "La vie revint lentement sur ses traits quand elle mangea un repas que je lui offris dans un des restaurants de la gare ; elle but l'eau déjà entamée d'un inconnu, en déglutissant et toussant, frissonnant dans le vent du ventilateur, inquiète pour ses affaires - le sarong et ses vêtements dans le petit sac en plastique blanc étaient restés dehors sur les marches de la gare. Jamais je ne sus pourquoi elle n'osa pas les emporter à l'intérieur.
Combien as-tu gagné le plus en mendiant ? demandai-je, mais elle ne savait pas. Je l'interrogeai sur les étranges taches blanches sur ses joues et ses bras, et elle dit : Une maladie, je ne sais pas. Elle ne savait rien. As-tu des rêves pour l'avenir ? Bâillant, la tête désormais inerte sur son petit poing, elle dit : Je veux juste rentrer chez moi. Je lui donnai ce qu'il lui fallait, à ses dires, pour rentrer chez elle, tout en supposant que le lendemain et le surlendemain, elle serait encore là, puis je lui demandai : A ton avis, pourquoi certaines personnes sont-elles riches et d'autres pauvres ? Je trouve que je suis riche, dit-elle sombrement."
Un portrait parmi tant d'autres, sans retouche aucune, bien plus parlant et puissant que ce que nos habitudes de lectures et d'observations rapides nous laissent à penser. Vollmann croit pleinement ce qu'on lui dit, c'est son principe de base et son postulat de départ, c'est aussi sa nature profonde, je l'ai observé également, même dans la plus anecdotique des conversations. Le mensonge, si jamais il intervient, est aussitôt donné comme tel. Vollmann en vient bien sûr vite à s'interroger sur les "normalités" distinctes selon chaque locuteur. "Si elles endossaient ma normalité, dans quelle mesure seraient-elles plus pauvres et plus riches ? Deviendrais-je aussi malheureux que je l'imagine si j'étais transformé en l'une d'elles ? En fait, la lenteur humide et lumineuse de leurs vies me laisse espérer que je pourrais 'm'adapter'. Mais quand mon imagination quitte la ville par le pont Chung Duong, coincée entre les gens en imper qui roulent à moto en double file, hâlés et gris sous la pluie ; quand je me fraie un passage dans les foules du pont Long Bien, dont la normalité est régulée par un policier tout maigre à moitié visible sous un parapluie ; quand, après avoir dépassé de nombreux auvents et grilles, je vois une femme grimaçante dont le K-Way fragile se déchire à moitié tandis qu'elle frotte son front dégoulinant sur le dos de son mari alors qu'ils rentrent chez eux en scooter, leur patience à tous envers ce qui, pour moi, relèverait d'un inconfort épuisant, m'énerve."
L'ouvrage propose une folle et très impressionnante tentative de symétrie : pour tant de manuels, articles, journaux qui s'entassent prompts à analyser comment accéder à la richesse et comment accumuler toujours plus de bénéfices, ce livre interroge la pauvreté avec le même élan passionné, le même type d'engouement. Un tel intérêt est récompensé puisque ce livre nécessaire possède en effet une facture particulière : il est riche et enrichissant.
Le talent de l'auteur, romancier avant tout, est tel qu'il est incapable d'en rester là (à hauteur de la couche superficielle du réel documentaire) et aussi parce qu'il interroge le monde avec son habituel dispositif de romancier, qui plus est contre de l'argent, nouant de cette manière un rapport d'échange dont on connaît la fragile objectivité. Seul le talent de Vollmann romancier le pousse à poser les interrogations véritables, celles qui assassinent (soient les questions de Dostoïevski, souvent cité pat l'auteur). Cette complexion spéciale et cette plastique si particulière font de cet ouvrage ce qu'il est : une bombe anti-clichés et anti-connerie.
Par ailleurs, ce livre-là est l'un des rares dont l'on puisse dire qu'il manquait absolument, en contrepoids logique et réflexif face à l'énorme littérature sur le fric.
Voyez cette introduction au chapitre XI intitulé "Douleur" (p. 145) : "Le riche associe la pauvreté à une forme particulière de douleur appelée faim. Oksana et Natalia avaient certainement à coeur de se procurer à manger, et les personnes à la charge d'Oksana étaient maigres et hâves. Mais Sunee et Vimonrat vivaient dans un pays où la nourriture était bon marché. Une femme venue du sud, qui avait eu de l'argent à un moment donné, m'expliqua que pour elle la pauvreté n'existait pas : elle faisait moins d'efforts que Thoreau pour gagner sa vie, ne gagnait quasiment rien, mais parvenait à survivre en se sustentant de bananes et de poissons. Peu importe qu'elle me réclamât sans cesse de l'argent et l'acceptât. Elle était persuadée, comme ne pouvaient pas l'être manifestement ses soeurs russes des villes, que la jungle veillerait à ses besoins. J'affirme donc que les pauvres n'ont pas forcément faim. Voilà pourquoi, dans mon horrible, petite, laide liste de phénomènes liés à la pauvreté, j'omets la faim et lui préfère le terme général quoique plus maladroit de douleur". Une douleur que le piéton français de 2008 rencontre désormais à chaque pâté de maisons sous diverses formulations et silhouettes, toutes démultipliées en moins de dix ans.
De bout en bout haletant, l'ouvrage s'achève sur un conte vrai qui ouvre sur un autre conte vrai. La scène se déroule en 2005, au Japon. Le chapitre s'intitule "L'argent va où il veut", en voici un extrait (p. 277) : "L'homme avec le bandage blanc autour de la tête lança : On va se faire expulser. Que pouvez-vous faire pour nous ? Rien, dis-je. Alors, qu'est-ce que vous voulez ? Pourquoi y a-t-il des gens riches et d'autres pauvres ? Eh bien, l'argent va où il a envie d'aller. Si seulement quelqu'un me l'avait dit avant ! Car alors, je ne me serais pas embêté avec cette idée de pauvreté, et vous auriez pu épargner le temps passé à lire mon livre (...). Je regardai dans l'eau de la rivière, puis je détournai mon regard, et demandai à l'homme au bandage blanc : Pourquoi veulent-ils vous expulser d'ici ? Ils ne veulent plus avoir de sans-abri cette année, me répondit-il calmement. Ils ont prévu un budget de cinq cent millions de yens* pour nous forcer à partir". * (légèrement moins de cinq millions de dollars US)
Pourquoi êtes-vous pauvres ? est écrit en français par Claro. Avec, comme à l'accoutumée, l'hypersensibilité linguistique et le génie syntaxique qui marque son empreinte.
William T. Vollmann Pourquoi êtes-vous pauvres ?
Trad. de l'anglais (Etats-Unis, Poor People) par Claro
Contient un cahier de photos en N&B
Ed. Actes Sud 2008
25 euros
Maylis de Kerangal : la fille sur la Corniche Kennedy
Robert Walser griffonnait sur des paperolles infrafines, enroulées jusqu'au végétal. Dans Corniche Kennedy, Maylis de Kerangal se choisit une bande de terre pas plus épaisse qu'une crête de lettres échevelées. Ce faisant, elle regarde dans la droite lignée de Walser. Son horizon, il me semble, croise le sien.
Dans ce conte cruel et émouvant, entre ciel et mer, subsiste la dure falaise avec ses anfractuosités. Elle forme un décor plus déployé que Marseille, plus vif et rugueux que les totems fous des Calanques.
Abrupte, érotique et prompte au passage à l'acte : c'est la Corniche Kennedy. Dans le livre de Maylis de Kerangal, tous les personnages le savent bien. Chacun y tentera sa chance et sa survie. Vient le moment où le lecteur se hisse à son tour sur le souvenir d'un plongeoir, d'une échelle ou d'un barreau ; d'une corniche ou d'un nez, celui de Kennedy, qu'importe à cet instant. Le vide affleure et le vertige remonte en fusée. A chacun sa page pour choisir de sauter.
Le livre est bouleversant : on suit auteure, personnages et soi-même dédoublés osciller lentement, s'envoler sûrement, se percher sur les deux plongeoirs naturels que Maylis de Kerangal nomme si drôlement et à propos que je m'en voudrais de donner leurs langues au chat ici.
La Corniche Kennedy n'est ni basse ni haute, elle serait plutôt indécise entre paradis et enfer, oscillographe sculpté par les incessantes étreintes entre la roche et les précipitations. Certainement, Maylis de Kerangal a reconnu cette étroite langue pour sienne, ce territoire ténu et vaste de quelques centimètres qui a valeur d'infini lorsque d'autres implorent vainement depuis leurs livres des galaxies et des continents.
De cet endroit à elle, elle déroule soudain un art si subtil de la visée et de la vision qu'il faut à de multiples reprises se frotter les yeux pour savoir que l'on a lu et non pas vu.
La Corniche, langue de terre sauvage, crée ses plongeoirs rognés par les vents. C'est le lieu de l'enfance, de l'adolescence, de l'âge d'avant et de l'âge d'après précipités dans les remous, ou lancés follement dans le ciel que l'on fixe. Des pieds viennent se poser sur ces plongeoirs et empruntent une langue à eux qui est aussi celle de la terre qu'ils foulent. D'autres les observent à la jumelle. Sur ces plongeoirs, on va tenter le diable et éprouver à la fois le vide et la vie, la peur et la couardise, l'informulé et l'harmonie.
Ce risque du saut dans le vide est fait pour être couru, on n'y peut rien. C'est un geste instinctif, une tentation et aussi un dégoût voluptueux, c'est un pur désir. Aussi vieux que la falaise, le tir d'un arc et la pente du monde.
Dans ces temps d'assurances contre la vie à force de craindre la mort, ces temps si malheureux que nous vivons parfois, ce saut enivrant, digne d'un Sa Majesté des mouches urbain, est vital. Je le salue.
Enfin, non révélée, c'est-à-dire encore enfouie dans sa gangue, une parole court le livre. Elle est juste esquissée et délibérément emprise dans la roche. C'est une parole rare, hébétée de soleil, de justesse et d'émotion, qui touche au vertige d'être.
Corniche Kennedy vaut largement la peine de s'y pencher, sur la rentrée littéraire 2008-2009. C'est l'un des plus beaux livres qui soient. Un saut parfait. Plongeons.
... qu'il vous faut découvrir (entre autres choses)
Ces deux-là se sont trouvés. Le temps d'un été, ils font mine de se pencher sur des objets, comme si les choses de ce monde poussaient parmi les fleurs écrasées de soleil et les bourdons en liesse. Ils se baissent un peu, ajustent leurs monocles et l'un s'étonne : "Pourquoi l'aspirateur sans sac ?", demande-t-il à l'autre. Le second, imperturbable, s'efforce aussitôt de répondre au premier, car il faut impérativement un boomerang valable à renvoyer face à une telle interrogation. Et sur le champ il s'exécute. Parfois de manière accidentée, parfois avec un aplomb à se rouler par terre. Il arrive même qu'une poésie aussi soudaine que sauvage serpente entre les matériaux et autres débris de choses que terrassent les deux acolytes. En réalité, les élucubrations des producteurs de cette série d'émissions, Dominique Quessada et Camille de Toledo (tous les jours jusqu'au 22 août), finissent toujours par vous emmener là où vous ne pensiez pas du tout aller, surtout en partant de la pelle à tarte ou de la cuillerée de botox. Bouleversé, surpris, séduit et même accablé vous en redemanderez encore. C'est que vous êtes addict car vous êtes un consommateur de choses de toutes sortes.
C'est donc aussi pour vous à 16h45 sur France Culture, que ces deux-là font la paire et de la radio. Ils sont écrivains, publiés aux éditions Verticales où ils ont dû un jour ou l'autre s'entrevoir. Mais leurs trajectoires comme leur voix se rencontrent réellement à l'antenne où ils se transforment en Garcimores de la Chose. Des choses et d'autres apparaissent sous leurs chapeaux qu'ils s'échangent selon un code qui n'appartient qu'à eux. Et à l'heure où l'après-midi décline, les objets qu'ils désignent peu à peu s'élèvent verticalement au ciel de l'analyse. Hallucination, phénomène magnétique dû au médium qu'est la radio, ou plus sûrement frottement de leurs idées silex l'une contre l'autre ? A vous de le découvrir.
Ces deux entomologistes allumés, philosophe et romancier, essaient à peu près tous les points de vue autour des trucs et des machins qu'ils ont griffonné pour l'été sur leur shopping liste de choses. Bien sûr, ils ont lu Barthes quand ils étaient petits et se sont juré qu'un jour ils répondraient à ses Mythologies. Dont acte, par la voix des ondes, qui paraît la plus plausible pour s'entretenir en toute quiétude avec les vivants et les morts.
Tout aussi loufoques que rigoureux, ils ont tronçonné chaque émission en fragments, avec de temps en temps certains ajouts, si d'aventure l'objet qu'ils considèrent bégaie ou refuse de rentrer dans sa cage. Car cela arrive. Prenez l'aspirateur sans sac, le tee-shirt du Che, le botox ou le GPS : nous savons d'intuition combien ces objets nous dévorent, nous ont dévoré et nous dévoreront. Ce sont des objets qui refusent le vide et parfois le contour. Ce sont des icônes qui rejettent le fragment. C'est tout ou rien. Alors Camille de Toledo et Dominique Quessada leur portent l'estocade et les empoignent avec vigueur, intelligence, vanité et impuissance.
Souvent ils affichent un humour pêché quelque part entre l'Angleterre et le Japon. Un humour dévastateur et tendrement corrosif qui ferait sourire Vian, Ponge, Lautréamont, Damien Hirst ou Calaferte (cherchez l'erreur). Et encore, j'ai oublié Pierre Dac et le clown Grock.
Très attachés aux sources, définitions, étymologies, fous de l'esprit de découverte des inventeurs de choses, interloqués par ces objets "qui nous fabriquent autant que nous les fabriquons" ainsi que le déclame le générique, Quessada et Toledo prennent en général assez vite le large, histoire de montrer à Barthes tout ce qu'il a raté, histoire aussi de nous indiquer sur quoi nous dérivons et avec quel état de torpeur.
Leurs modes d'emploi mythophoniques des objets qui nous font la vie dure sous prétexte de nous la rendre aisée instruit et décape.
Il y aurait beaucoup à écrire sur l'excitation que produisent ces séquences d'un quart d'heure, si débordantes d'idées que le temps semble leur accorder chaque fois le sursis que l'on n'espérait plus. Lorsque l'intrépidité fictionnelle de Camille de Toledo fouette l'analyse logico-philosophique parfaite et imparable de Dominique Quessada... l'auditeur se cache derrière son poste - tel un cancre près du radiateur -, réjoui de l'écoute voyeuse qu'il commet (si si c'est possible). Ces deux qui marchent et s'interrogent tout l'été, à la fois justes et de traviole, sont les clopin clopant d'un inventaire fou.
On les reconnaîtra peut-être, si l'on veut, sous la peau de ces deux personnages au balcon du Muppet Show, ceux qui ont toujours leur mot à dire à propos des objets qui se présentent, ces deux phénoménologues malgré eux. C'est qu'à la radio, l'auditeur qui imagine les visages les dessine intérieurement, souvent avec beaucoup d'acuité.
J'ai proposé au cours de ce texte quelques emplois, quelques noms, vous en trouverez d'autres pour cerner et incarner Quessada et Toledo, Don Quichotte contemporains qui crient quotidiennement "Olé" aux oreilles de France Culture.
Et comme moi vous trouverez leur entreprise singulière et fichtrement intéressante.
C'est le moment de regarder furtivement du côté de votre poste transistor, de votre chaîne ou de votre iPod...
"- Pourquoi la radio ?"
Je vous le demande.
Espérons que Toledo et Quessada auront une réponse !
Cette série de mêmissions prosopées par Dominique Quessada et Camille de Toledo (les fautes d'orthographe, de dyslexie et d'incongruités présentes dans la phrase qui précède sont absolument du fait des deux producteurs) est réalisée par Mehdi El Hadj. Avec la voix de la comédienne Alice Carel. Tous les jours à 16h45 ou sur podcast, jusqu'au 22 août.
Les enregistrements des émissions diffusées sont disponibles sur le site de
France Culture (en liens ci-dessous).
Première semaine - du 21 au 25 juillet
1 / L'aspirateur sans sac et la question du vide
2 / Le botox, une toxine levinassienne
3 / Le GPS ou la fin de l'errance
4 / Guevara de l'icône au logo
5 / L'avatar ou le vestiaire de l'homme sans tête
Deuxième semaine - du 28 juillet au 1er août
6 / La réhab et l'ère de la restauration
7 / La roue sbarro et l'adieu aux origines
8 / La tente Quechua, nouvel esprit du capitalisme
9 / Le burkini ou la pudeur comme transgression
10 / Le coach, sous-traitance dans l'industrie de soi
Troisième semaine - du 4 au 8 août
11 / Le hummer, véhicule géopolitique américain
12 / Le mot de passe et la société du recloisonnement
13 / Paris-Hilton comme objet de synthèse
14 / Le petit, modération de la société pulsionnelle
15 / Le mémorial, passage du livre à la pierre
Jean-Louis Debré, LES OUBLIES DE LA REPUBLIQUE + François Rollin, CAHIER DE VACANCES POUR ADULTES ETE 2008 :: signatures entretiens à la librairie du publicisdrugstore
F. Durpaire, L'AMERIQUE DE BARACK OBAMA + Emmanuel Petit, A FLEUR DE PEAU + D. Cohen & Ph. Askenazy, 27 QUESTIONS D'ECONOMIE CONTEMPORAINE + B. Jeauffroy & V. Leret, DANDYSMES 1808-2008 + D.S Schiffer, PHILOSOPHIE DU DANDYSME + Clea, MES P'TITES GAMELLES
Entretien avec David Lynch filmé au Publicis Drugstore (Paris 8ème) le 6 mai 2008. Invités d'honneur : les sapins Douglas du Montana et le sandwich éternel au brie de Twin Peaks. Interview Isabelle Rabineau / Traduction Nicolas Richard / Vidéo Alice Guzzini.
(cliquer sur l'image pour lancer la vidéo - 11 min.)
C'est d'abord une question d'intonation. Les Toulousains, lorsqu'ils s'égosillent Allez Toulouse ! sur une passe d'armes de leur équipe, ont la voix qui grimpe dans les aigus. Lorsque le mouvement s'enchaîne et que soudain, tout devient possible, les Poussez, Poussez fleurissent allègres et bonhommes. Pour un Parisien descendu Place du Capitole, c'est comme si une multitude de jardiniers, du genre fous chantants, jouaient un rôle de composition dans Mary Poppins au rugby.
Loin de Cardiff et rivée aux pixels de l'écran géant hissé sur l'Hôtel de ville, la foule a de toute façon le don d'ubiquité. Les bandas sont de sortie. Quand Guy Novès apparaît, visage de star raviné, puis au moment où Fabien Pelous esquisse son sourire blessé, navré de s'être mis dans le pétrin, il est bien difficile de ne pas entrevoir - inflexion de l'image en très gros plan sur le réel - à quel point ces trognes transpirent les films de Scorsese.
Le Capitole n'est que le noyau central d'une galaxie de places en émoi : c'est la fête au village toulousain. Réminiscences folâtres pas si éloignées des toiles de Brueghel l'Ancien. Mais pas un seul mauvais geste de la part des spectateurs. Hors stade, comme au stade, l'esprit du Capitole demeure du pur plaisir.
Lorsqu'il devient évident que Toulouse n'est pas exactement en veine, les grands moulinets des bras disent plus le désappointement que la rage. Toulouse a bien démarré, puis s'est laissée piéger. Pick and go. Sous les arches, les cafés ont été avalés par une foule gulliverienne. Les équilibres sont tous relatifs, sur la pointe d'un pied ou le pommeau d'un genou. Quelques garçons de café transitent encore au milieu de centaines de regards tendus. Hagards ils ne regardent plus guère au-delà de dix centimètres, leurs plateaux abandonnés quelque part au milieu de leurs bras. Ballet drolatique de ceux qui n'ont plus vraiment de quoi étancher la soif des supporters. Ce soir, la bière ne suffit pas. Les packs de joueurs ont remplacé au fond des prunelles les packs à boire. La pluie, docile, a cessé très ponctuellement au coup d'envoi. Prolixe, le soleil a visé les briques rouges de la Place et le fond d'écran, joueur, s'est vanté d'accrocher des nuances électriques dignes des polaroïds d'antan. Météorologiquement, on peut dire que le match a été remporté haut la main par le Capitole.
La fin des haricots, c'est pour bientôt : 13-16 pour les Irlandais du Munster. Les trois points toulousains manquants resteront en suspension, planeront jusqu'au petit matin un peu partout dans la ville, jusqu'à l'aéroport où se poseront enfin les joueurs.
Mais on n'en est pas encore là. Plaquée contre l'une des enseignes de la Place, je ne vois de l'écran qu'un puzzle. Lorsque les taches rouges et noires s'accumulent à l'horizon, c'est que le Stade y croit encore et entame une nouvelle offensive. Mon voisin, une armoire de plusieurs mètres (au moins deux), a la joue striée de balafres bicolores et il sait de quoi il parle. Il me renseigne quand il le juge nécessaire, d'un unique mot coincé sur un sourire complice. Il lance "à côté", ou "raté", ou "ça va passer" et je devine qu'Elissalde a marqué la pénalité, à 48 mètres face. A ma gauche, un couple commente la rue de Cardiff proposée en miroir à la rue toulousaine jusqu'aux girafes, ces énormes coupes de plastique de 2,5 litres voire de 5 litres de bière. Trophées en toc. Le drop d'Heymans soulève la Place de quelques mètres.
Plus tard, Place Saint-Pierre, certains traînent leur cafard, drapeaux en berne. Cependant on danse et on chante devant le Bar Basque, on s'envoie des "Alors ce soir on pleure, hein ?" et le rire lanterne sous la déception. Le Pont Saint-Pierre illuminé de mauve et d'or poursuit dans la nuit un bizarre rêve orientaliste. Rue de la Soif, les pubs alignent une main de poker. Certaines façades évoquent les décors du cinéma d'avant-guerre, XXème siècle : plaques d'émail, murs enfumés par le temps, portes cochères qui en ont vu d'autres. Devant l'une de ces devantures à l'emporte-pièce, un homme assis sur un canapé de cuir pourri boit au goulot un truc qui m'échappe. Une lampe d'appartement soclée sur pied donne le change d'un salon à ciel ouvert. Il me lance : "C'est fou ce qu'il y a comme monde chez moi, ce soir". Les passants se marrent. Je dérape sur les pavés dépareillés. Des talons de 12 serait-ce pour la beauté du geste, c'est surhumain un soir de match.
La tête en virgule, je me demande si c'est l'ivresse flottante qui me fait entendre, de retour sur le Capitole, cette phrase d'un homme qui, fatal, préfère le foot au rugby : "Vrai, c'est beau, cette Place du Capitole, mais vous voyez, elle est trop basse". Il le dit en désignant le ciel, juste au-dessus de nous.
David Lynch, MON HISTOIRE VRAIE (CATCHING THE BIG FISH) + Juliette Michaud, JUNKET :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 6-13 mai 2008 (chronique)
Je n'en connais pas une seule, qui ne pigmenterait ses lèvres de rouge ardent, à l'idée de rencontrer David Lynch.
Le cinéaste est d'abord un peintre et il ne s'en cache guère. Les archétypes qui ont fait sa bonne fortune sont tous nimbés des halos colorés au travers desquels il perçoit le monde.
A la place des yeux, je ne jurerais pas qu'il ne possède des phares, toujours allumés.
Sans doute Lynch espère-t-il que la Fée Electricité le placera un jour définitivement sous haute tension.
En attendant, le cinéaste dont Pierre Collier vient de réaliser l'affiche 2008 du Festival de Cannes à partir d'un incandescent photogramme, a effectué la semaine dernière une courte escale à Paris avant d'anticiper sa migration cannoise.
Le temps pour David Lynch de dédicacer ses ouvrages au Publicis Drugstore et peut-être même de répondre à quelques questions. David Lynch de Missoula dans le Montana (et d'Hollywood), dont l'oncle et la tante possédaient, justement, un drugstore.
Signature David Lynch au Publicis Drugstore (6 mai 2008)
Lynch vient de publier Mon histoire vraie, Rubik's cube moins anecdotique qu'il n'y paraît au premier abord. Dans ce puzzle en forme de memento mori, il surexpose son credo : à chacun sa propre vision. On n'y découvrira donc aucune élucidation et pas le moindre sésame. Mais quel spectateur en voudrait encore ?
Il n'y a guère que les journalistes pour penser qu'une clef concordante les attendra au virage d'une interview bien négociée, reposant sur le velours bleu du coffret à partir duquel Mulholland Drive se volatilisa un jour dans les abîmes des salles de cinéma, préfigurant l'éblouissant INLAND EMPIRE.
Si le coffret et la clef de Mulholland Drive demeurent inoubliables, c'est que l'énigme enfantine que nous partageons tous, ce désir fou de trésor enfoui et retrouvé, était bel et bien inversée par le facétieux Lynch. Nous disposions de la clef et nous disposions aussi du coffre mais plus du tout du fond. Car le fond dérapait.
A cette brûlure vive dans l'inconscient de chacun, Lynch répond, page 110 de son livre, par une formule lapidaire. Sous le titre "Le coffret et la clef", il écrit avec un irrésistible humour - pour lequel il mériterait qu'on l'enferme à vie dans une salle de cinéma en compagnie de ses films - "Je ne sais absolument pas de quoi il s'agit".
David Lynch, Mulholland Drive (2001)
Revoir tout Lynch, parcourir des yeux son oeuvre picturale exposée au printemps 2007 à la Fondation Cartier, en vue de quelques questions hâtivement posées au milieu des fans qui attendent avec fureur un autographe de Lynch comme s'il s'agissait d'une rock star (... en vrai c'est une rock star), m'aura permis d'apercevoir que dans l'unique livre qu'il ait jamais signé, Lynch grave dans le marbre les quelques principes auxquels il n'a jamais dérogé. Et de finir de me persuader de la grande cohérence du monde lynchéen. Un monde où les objets et les personnages sont inventés intégralement par Lynch en même temps qu'ils font irruption, encore tout cotonneux, de nos propres imaginaires.
Pour une fois, dans Mon histoire vraie, Lynch repousse le commentaire des autres (généralement, plus ceux-ci sont proches d'une vérité plus il rétorque "non" dans un jeu de froid/tiède/chaud/brûlant qu'il maintient depuis toujours avec ses décodeurs) afin de prendre la plume.
Il égrène son attitude par rapport à Hollywood, les studios et les projections tests, mais aussi il évoque le bon sens nécessaire à la pratique du cinématographe, son avenir technologique, la peur, les rêves, le Bob's Big Boy, Fellini, le sommeil, les lieux, Kubrick, les castings, l'importance des sons, l'obscurité, la souffrance, les films, et surtout la créativité qui existe, selon lui, en chacun.
Je ne suis pour rien dans l'énumération qui précède, je ne fais que reprendre quelques titres parmi les entrées de chapitre. L'ensemble est rédigé de manière sobre et universelle, c'est-à-dire avec un pragmatisme et une clarté assumés, qui pourra faire sourire, concernant Lynch.
Pourtant, les fantasmes aboutés qu'il nous verse dans l'oeil depuis 1967, depuis son premier court métrage Six Men Getting Sick jusqu'à son plus récent long métrage, INLAND EMPIRE, ont depuis longtemps convaincu mes sens que son cinéma était bien plus que du cinéma, une forme d'hypnose à haute dose offerte à des aveugles.
Visionnaire et excellent promoteur de ses idées, Lynch l'a toujours été. Dans Mon histoire vraie, sous-titrée "Méditation, conscience et créativité", il met en évidence son mode d'emploi depuis trente-trois ans : la méditation. Que lui importe qu'il paraisse promouvoir une sagesse à la mode ou non à Hollywood. Quand d'autres ne jurent plus que par la cabbale, lui dédie son livre à Sa Sainteté Maharishi Mahesh Yogi et n'oublie pas, avant d'entamer certains des courts textes qui constituent ses chapitres, de citer les vers des Upanishads ou de la Bhagavad-Gita. On lui demandait jusqu'à l'épuisement une clef, il en tend une. Voilà. Débrouillez-vous.
Photogramme impromptu David Lynch / Isabelle Rabineau (6 mai 2008)
Une bonne demi-heure avant l'arrivée de Lynch, le Drugstore est devenu une forêt lynchéenne. On y rejoue Twin Peaks à l'envi. La foule, compacte, ose avouer ce qu'elle est, voyeuse avant tout ; elle développe ses tentacules : portables, objectifs, appareils à lentilles et enregistreurs d'images ont tous entrouvert un oeil doré, pointé sur le drap blanc qui fera office de fond lumineux à la dédicace. Derrière ce panneau, seuls les libraires le savent, se cachent des livres pour enfants.
Sûr que David Lynch aimerait cette idée, mais jamais il ne le saura, pris dans la vitesse d'une tournée européenne pour laquelle il a choisi le réel au détriment des émissions de télévision. On l'a donc plus vu en interview "one to one" avec des journalistes de presse écrite qu'invité sur des plateaux de direct.
Ainsi Lynch se confronte au monde "vrai" comme il a recommencé de le faire avec INLAND EMPIRE, pour lequel il est descendu dans les rues de Los Angeles, Laura Dern enlacée d'un bras, une vache enchaînée à l'autre, afin de faire sa propre promotion : littérale et agricole. Je pensais pour ma part qu'il s'agissait tout autant d'un hommage à son père, chercheur auprès du Ministère de l'Agriculture, qui ne quittait jamais son chapeau de cow-boy (ce qui faisait honte au petit David) ; il marchait des kilomètres plutôt que de prendre un bus ou un métro. J'ai été confirmée dans cette intuition par Lynch lui-même, qui révéla la mort de son père au détour d'une question que je lui posais sur le bois, donc au détour du bois. J'y reviendrai.
Réalisateur lui-même de films de pub, grand inspirateur pour la création publicitaire, Lynch à Paris arrive enfin au Drugstore. Il arrive à l'heure, seul, par l'entrée des Champs Elysées, ainsi que je l'ai conseillé à son attaché de presse cinéma Jérôme Jouneaux qui le lui a doctement indiqué (je le remercie ici pour sa gentillesse). L'entrée rue Vernet est la plus proche de la librairie, des caméras intempestives l'y attendent déjà comme je l'avais escompté. Nous doublons donc tout ce monde appareillé, Lynch salue François Verdoux, son éditeur chez Sonatine Editions, Marie Misandeau, éditrice chez Sonatine, et Nicolas Richard, le traducteur de l'ouvrage, également présent au Drugstore, très attentif et toujours pertinent.
David Lynch, Bambi (2001)
David Lynch veut uniquement parler de méditation ; le reste, à chacun de le lire, pour soi : n'importe quel fan le comprendrait. Pas moi. Je veux cadrer cette dédicace sous l'auspice des KITS exécutés par Lynch, modernes ex-voto (le premier fut créé pendant la réalisation d'Elephant Man). Il y eut un FISH KIT puis un CHICKEN KIT. Et sans doute bien d'autres. Lynch s'en explique quelque peu dans ses Entretiens avec Chris Rodley (éd. Cahiers du cinéma). Ces kits, à la manière de maquettes d'avions ou autres modes d'emploi techniques, décomposent un squelette et révèlent la mécanique d'un organisme. Lynch a annoté chacune des reliques qu'il expose. Son écriture évoque un dessin penché et sombre. L'ensemble recèle une poésie sourde. Fascinante. Parfois, comme sur le Bee Board, des abeilles exposées, non démantibulées, sont renommées chacune au gré de la fantaisie de Lynch. L'humour l'emporte alors sur la captation de la sauvagerie.
Mais qu'est-ce qui intéresse VRAIMENT Lynch au-delà de cette sauvagerie vitale, qui éclabousse les dents de ses héroïnes, sous la pâte de leur surabondant rouge à lèvres, censé masquer leur voracité effrayée d'elle-même ?
David Lynch, FISHKIT (1979)
David Lynch vient de s'installer à la table de dédicace, les enregistreurs crépitent, et il a répondu "non" à mon concept de KIT LYNCH, étiquette dont j'ai affublé d'entrée son ouvrage. Nous sourions. Comme dans ses films, il adore le café (qu'il vend sur son site : "le café a des grains, Lynch aussi") et le très bon vin rouge, m'a confié Jérôme son attaché de presse cinéma. Fabrice le caviste du Drugstore et Victor, mon porte-bonheur pour chaque signature au Drugstore, ont dû passer une partie de la nuit à disserter sur le vin qu'ils allaient choisir, je les vois d'ici.
La valeur rouge, et son rapport à la bouche, n'est décidément pas à prendre à la légère, je me dis, en voyant Lynch apprécier son vin, y tremper ses lèvres et me glisser qu'il est délicieux. Il a du rouge aux lèvres. Bientôt le verre renversé sur la nappe, il se parfumera le cou d'esprit de vin, superstitieusement. Lynch se lance dans ce qui lui importe à présent : la méditation.
En le lisant, j'ai essayé pour voir. Je me suis glissée au travers des rideaux qu'il décrit. Il raconte une trilogie de couleurs au travers desquelles il tombe en méditation. Apaisant. Le plus important, apparemment, c'est le son et la vibration (Lynch est un sound designer passionné).
Je le regarde en face, en temps réel. Je n'ai pas de caméra devant l'oeil. Lynch qui parle reproduit toujours le même geste, d'une main haut levée, qui vibre dans l'espace. Je l'ai déjà vu sur de nombreuses vidéos. Il se sert de son bras comme d'une marionnette, un double de lui-même. Sa main devient vite une véritable interlocutrice pour son public, elle serpente et ondule. Au fil du temps, à tour de rôle, les équipes de tournage, Angelo Badalamenti, le compositeur attitré de ses films, et même ses comédiens ont évoqué cette main ondulatoire et vibrante, qui sert à Lynch d'indication fébrile et de signe mimétique. A chacun d'y percevoir intuitivement de quoi il s'agit exactement. Et d'y retrouver sa propre intuition.
Au bout de cette main, la caméra digitale a trouvé récemment sa place naturelle. La rencontre fut un coup de foudre. Pour David Lynch qui l'évoque dans son livre, le film est mort ; il ne croit plus qu'à la caméra digitale. Avec une main pareille, qui semble jouer à la verticale sur un clavier imaginaire, qui est-ce que cela étonnerait ? Avec le temps, Lynch est devenu, pour nous français, un hybride de Glenn Gould et de Monsieur Hulot. La ressemblance est frappante.
David Lynch au Publicis Drugstore (6 mai 2008)
Suit une salve de signatures.
Je me retrouve à ouvrir les ouvrages que je tends à la compagne de Lynch, Emilie, super professionnelle sur ce job spécifique de la dédicace. Elle s'est soudain matérialisée à mes côtés. Certains sont venus avec des posters, des agendas, des DVD à signer. Ils ont parfois une missive secrète, une offrande, un DVD à donner à regarder. Certains savent exactement quelles photos ils veulent voir dédicacer : un bonhomme de neige, ou encore Lynch petit à côté de son père, lequel préfigure sa forme mature, tant il lui ressemble fort. Lynch me demande un "magic pen". Peu m'importe que ce soit là le terme américain pour les gros marqueurs, il lui faut un "magic pen", il m'a tendu une perche, je m'y agrippe. Je lui demanderai plusieurs fois s'il a trouvé son "magic pen". Je ne le lâche pas. Il sourit.
Le monde de Lynch, très abstrait, s'enroule autour de quelques objets fétiches que j'aurais pu disposer sur l'un des rayonnages de la librairie.
Pour la plupart il les a façonnés lui-même, comme il construit ses lampes, banquettes et tables ; même le bébé d'Eraserhead est un objet - mouvant, mais c'est un objet.
Il a retrouvé il y a peu le plaisir des hangars nus de cinéma, ces décors jaloux de leur unique loi fictionnelle, au milieu desquels il a fait ses classes et vécu plusieurs années du temps de l'Académie de cinéma où il engendra Eraserhead, annexant des locaux décatis. Dans son film le plus récent, on voit une réplique sismique d'une grande beauté à ces premiers hangars, cette première vision sur le cinéma. Regarder dans INLAND EMPIRE c'est comme forer dans la filmographie de Lynch jusqu'au premier film, projeté sur un écran en relief, et regarder au travers, par ce conduit.
Dans ce monde de jonctions imaginaires et d'inventivité technique, pragmatique et mathématique, abstrait et fétichisé, le bois est le premier matériau conducteur d'énergie.
David Lynch, Mulholland Drive (2001)
Impossible pour moi de passer à côté de ce petit chapitre page 114, intitulé "Le travail du bois", rare texte dans lequel Lynch en dit plus, dans ce livre par ailleurs généreux et libre. Je ne sais pas s'il en dit plus que ce qu'il pense, plus que ce qu'il sait, ou plus que ce qu'il croit. Je présume qu'entre le travail de montage selon Lynch, et le travail du bois dont il parle, il y a plus que des réminiscences. La texture organique et tendre est de même nature. La manière dont on la frotte pour organiser la fusion de deux parties aussi. Qu'il s'agisse du frottement du doigt, de l'oeil ou de l'imaginaire.
Je pose ma question boisée, pressée par le staff de Lynch qui veut partir. Je me doute qu'il ne résistera pas à cette question sur le bois qui fabrique la texture de ses rêves et de ses films. Lui qui gamin, au fur et à mesure des déménagements de ses parents, découvrait dans les forêts à chaque reprise de nouveaux compagnons parmi les arbres, allant jusqu'à goûter leur sève, fou d'amour pour les pins et les sapins Douglas.
Ainsi avons-nous eu droit à une renversante "leçon sur le bois" faite par Lynch au Drugstore. Certains en sont encore interloqués.
Le moment des séparations n'est jamais drôle, et pour ma part, j'avais encore tant à demander, sans chercher à élucider.
Sachez aussi qu'un sandwich au brie, dont j'avais longuement fomenté l'entrée en scène, est venu chosifier Twin Peaks et faire rire l'assemblée - Lynch a promis d'en faire une relique à jamais et je ne désespère pas d'un KIT SANDWICH BRIE PARISIEN -, avant que je ne glisse au cinéaste épris de son, l'excellent CD Cheval-mouvement de Rodolphe Burger (Kat Onoma). Un élixir déjà ancien, dont l'écoute, ai-je lancé à Lynch, devrait "faire du bien à vos oreilles". Je jurerais avoir vu approuver, à cet instant, les oreilles du maître, expert, comme vous le démontreront les images et vidéo visibles sur ce blog en masques humoristiques et grimaçants.
David Lynch au Publicis Drugstore (6 mai 2008)
Enfin, comme d'habitude, j'ai oublié de demander un autographe pour moi. Je ne suis pas sûre d'en vouloir, je préfère les films. J'ai posé par mail quelques questions supplémentaires à Nicolas Richard, son traducteur, que je n'avais pas eu le temps de lui soumettre. Les voici, avec ses réponses.
Question triple
1. Sur le titre traduit. Pourquoi et comment. 2. Sur la place des mots dans la phrase de Lynch, très formelle, non ? A l'image d'un plasticien mais avec des mots d'une grande universalité... 3. Comment traduiriez-vous "David Lynch".
Réponse triple
1. Le titre du livre est un clin d'oeil au film de Lynch intitulé The Straight Story (1999) sorti en France sous le titre Une histoire vraie.
2. Lynch s'exprime avec simplicité, oui. Sa syntaxe et son champ lexical me font penser à son cinéma : ces scènes d'exposition de la vie quotidienne, simples, du moins en apparence... jusqu'à ce qu'une musique qu'on n'avait pas remarquée s'insinue et gagne en intensité. Il faut savoir que le livre est la retranscription de propos de Lynch lors d'un cycle de 13 conférences dans des universités américaines. L'élocution (et la gestuelle) de Lynch sont très inspirées de Maharishi Mahesh Yogi : la volonté de s'exprimer en termes qui puissent être compris de tous ; la main qui pianote dans le vide est une réplique du gimmick de son gourou, mort il y a quelques mois.
3. Lynch, c'est lyncher, le lynchage. Le lynchage de David ?!
David Lynch Entretiens avec Chris Rodley
Traduit de l'anglais (Etats-Unis, Lynch on Lynch)
par Charlotte Garson et Serge Grünberg
Ed. Cahiers du Cinéma 2004
50 euros
David Lynch The Air is on Fire
Entretien avec Kristine McKenna (catalogue + CD)
Fondation Cartier pour l'art contemporain / Ed. Xavier Barral 2007
49,50 euros
P.S : On lira chez le même éditeur (Sonatine), l'ouvrage particulièrement enlevé de Juliette Michaud, correspondante à Hollywood pour un magazine de cinéma français prestigieux. Depuis plus de dix ans, l'auteure assiste aux fameux Junket, ces marathons qui mettent face à face dans un jeu de tables tournantes (abracadabrantesque) journalistes et acteurs supracélèbres. Dans son roman - où tout est vrai -, la jeune femme révèle une plume maligne et surprotéinée en anecdotes stupéfiantes. Elle décrit aussi bien la ville des grands studios que celle des maisonnettes exotiques que l'on connaît moins : une campagne apaisée, bucolique où les écureuils accomplissent pour le fun des salto arrière et où l'on marche, si l'on n'y prend garde, sur des pamplemousses quand on ne croise Jodie Foster à la superette. A ce propos, Juliette Michaud est la reine des plats hollywoodiens/écolos/végétariens et toute fashion victim se doit de lire son livre.
Dans la famille Coppola, on suivra longuement et avec fièvre la route de Francis Ford qui nous accueille dans son Ranch, et même celle de Sofia qui envoie un "goodies" pour la sortie de Lost in Translation : un service à thé japonais, offert à Juliette par la prod (trop cool). Petit à petit, charmé - envoût