:: Lorsque Libé censure :: Au bout du conte :: SNCF :: par Isabelle Rabineau :: mercredi 24 décembre 2008 ::
Lorsque Libé censure
On le sait, Libération a connu des problèmes récents avec les commentaires de ses lecteurs sur internet. Le rôle de ses modérateurs s'en trouve accentué. Soit.
Cependant que penser de la censure que ces mêmes modérateurs mettent en pratique, sans justification aucune sinon un corporatisme débilitant ?
Le 18 décembre dernier dans la rubrique "On achève bien d'imprimer" sous le titre "Railleries", on pouvait lire un papier comateux d'Edouard Launet, journaliste à Libération. La rubrique est de celles qui revendiquent un angle de frappe et nécessitent une plume. C'est un peu la posture du sniper dans le journal, un des must de Libé que chacun lit en retenant sa respiration pour mieux se gausser de la bêtise de ses contemporains. "On achève bien d'imprimer" se lance dans un exercice périlleux de journalisme in situ, soit : mon rendez-vous comme si vous y étiez. Tout y passe dans le moindre détail. "Un mercredi de décembre, vers 10 heures. J'ai rendez-vous avec Antonia au café Beaubourg, à un jet de caillou du centre Pompidou, à Paris. Antonia, attachée de presse à l'agence Le Public Système, m'attend pour me présenter Anne, responsable des partenariats culturels de la SNCF. L'idée est de "révéler" à Libé, en avant-première, la teneur d'une opération de com que les chemins de fer veulent faire autour du livre. Autant dire que l'intérêt de ce rendez-vous est nul." Launet s'ennuie, on l'a presque forcé à se rendre à un rencard de presse autour de la stratégie du livre de la SNCF, mais bon, la boîte de communication a insisté (Launet est visiblement influençable) et notre salonnard s'y rend, déjà mortellement las, en recherche d'indices pour savoir où viser, rapport à sa rubrique. Il assiste aux agapes d'un petit-déjeuner sans y toucher et en se pinçant le nez, se gausse de la communication d'entreprise avec mollesse, trouve qu'il est lui aussi malgré tout un communicant, mais bon la vie est paradoxale, et sape d'une chiquenaude négligente les opérations menées par l'entreprise de transport autour du livre. Au bout du conte, concours autour du genre mythique, est populaire ? Méprisable ! La besogne paresseuse de Launet peine pour accéder au nombre de signes requis pour satisfaire aux exigences de sa rubrique. Pas de panique ! Un zeste de procès d'intention fera l'affaire. La responsable des partenariats culturels, de bout en bout décrite comme transparente et implicitement débinée, vogue le long de ce que l'on a définitivement du mal à taxer d'article, en fantôme éperdu. "Anne et Antonia doivent avoir guère plus de 60 ans à elles deux, moi un peu moins tout seul. Nous sommes trois professionnels parisiens de la communication. Rien dans la dernière rentrée littéraire n'a vraiment retenu notre attention. Nous discutons de choses et d'autres, en particulier de l'hiver qui vient. C'est un moment d'une vacuité intéressante. Le café est un peu bruyant. Nous nous quittons bons amis, je crois." Vain, dramatiquement mal foutu et plutôt du genre scélérat, le papier de Launet vaut-il qu'on s'y penche plus ? Non, pas au-delà d'un commentaire simple, pourtant à deux reprises censuré par le modérateur de Libération. Au-delà de ce que je viens d'écrire, j'émettais une petite hypothèse, au moment où la SNCF souffre de maux, disons mécaniques (état du réseau et retards), de tempêtes médiatiques politico-fantasmatiques (le réseau ferroviaire français serait désormais aux mains non plus des obsessionnels du modèle réduit mais de l'ultra gauche)... N'est-ce pas le moment rêvé pour casser le joujou que l'on voit passer par-delà nos campagnes et "se faire" le méga transporteur dans le plus pur style poujadiste, avec cette petite touche amalgamante qui vient épaissir un peu plus l'air du temps... Haro sur la loco par la face culturelle, franchement plutôt valeureuse par les temps qui courent... Suis-je de parti pris ? En effet, je connais bien pour l'avoir souvent accompagnée la stratégie "livres" de la SNCF et je trouve qu'elle a du bon. Comme tous les auteurs et de nombreux lecteurs, je vois dans le train un allié complice. C'est mal, Docteur ? La gratuité de l'attaque opportuniste de Launet, puis la vanité du modérateur de Libé sur internet ne m'incitent guère à la modération. Launet, rhabille-toi pour l'hiver... Joyeuses fêtes !
:: Jean-Yves Jouannais, L'ENCYCLOPEDIE DES GUERRES (chronique) :: par Isabelle Rabineau :: lundi 8 décembre 2008 ::
Jean-Yves Jouannais n'en fait qu'à sa tête
C'est le noir. Au bout de la salle, juste une table et une chaise qui ne se décident pas à regarder vers le public, pencheraient plutôt en direction de l'écran sur lequel des images, peut-être, vont se succéder. C'est la guerre qui va se dérouler ici. La Petite salle à Beaubourg est impatiente. Jean-Yves Jouannais prend place et à partir de cet instant, il n'en fera qu'à sa tête. Ecrivain, commissaire d'exposition et depuis quelques séances, artiste en performance à Beaubourg, l'observateur des guerres propose en public et à haute voix une encyclopédie que n'aurait pas désavouée André Blavier, le génial collecteur de l'Encyclopédie des fous littéraires. Je m'en souviens parfaitement. Chez lui, en Belgique, assis sur un rebondissant fauteuil club, il parlait avec délices, les avant-bras tendus sur les accoudoirs à idées et à lectures, dont le foin s'effilochait sous ses doigts, ponctuant son discours d'exclamations chevelues. Blavier parlait, le fauteuil approuvait. Sans doute l'Encyclopédie parlée des Guerres de Jouannais est d'ores et déjà identique à celle des Fous littéraires : structurellement inachevée, inédite et irrésolue. Chaque entrée se dérobe à l'analyse conventionnelle, chaque virage opéré par Jouannais échappe à tout contrôle. La voix est le protagoniste principal, et lorsque l'artiste parle la guerre, il découvre en même temps qu'il le décortique en public ce qui fixe son obsession et que nous partageons tous, peu ou prou pour des raisons diverses. Nous sommes partie prenante d'une élaboration sobre, sans faste aucun, dont la provocation réelle a à voir avec les conférences dada, les assemblées zutistes, les exposés d'Isidore Izou ou de Raoul Hausmann. Lorsqu'au détour d'un exposé de sons articulés afin d'honorer l'entrée "BOUM", Jouannais raconte ce qui fait lien pour lui, depuis son enfance, entre le calcul du temps et la compréhension de la guerre, il a huit ans.
A propos de son objet fascinant et repoussant, la guerre, il dit en préambule son irritation, l'agacement que lui causent les commentaires sur les guerres. Il est d'ailleurs sans opinion particulière, ne cherche ni des perles littéraires sur le combat des hommes qu'il ne veut ni expliciter ni chroniquer. Il ne suscite pas plus volontiers une réaction du public, qu'il surprend sans cesse et bien souvent enseigne sans désirer son approbation. Jouannais livre une obsession. En même temps qu'apparaît le mot "CAMOUFLAGE", des images viennent se coller sur l'écran et projettent autre chose que ce que l'on y détecte d'ordinaire : on y lit un projet cohérent, parfois directement artistique, parfois pas. Jean-Yves Jouannais pose des questions, propose quelques pistes. Bien souvent l'heure est grave. Bien souvent quelque chose de très peu décelable, donne profondément le goût de rire.
Prochaines séances : les jeudis 11 décembre 2008, 22 janvier, 12 février, 26 mars et 16 avril 2009 à 19h30. Petite salle du Centre Pompidou (place Georges Pompidou, Paris 4ème), niveau -1, entrée libre.
A lire :
"Mardi 21 (mai 1940)
Par moments le cauchemar semble se dissiper. Il flotte plus léger comme des souvenirs en déroute, le long des coteaux, s'accrochant à des brins d'herbe : s'attardant parmi les boutons d'or. Les nouvelles ont une rumeur lointaine ; comme le canon qui tonne de plus en plus rarement en ce temps orageux. Les Allemands sont maintenant le long de l'Aisne mais progressent vers Cambrai, très certainement vers Péronne. Ce n'est ni une langue - stratèges dixerunt - ni une poche ni une tache d'huile : c'est une véritable morsure. Et pour l'en guérir, la France, ce sera rude.
De longues heures à la traîne. Je passe mon temps à laver trois mouchoirs qui s'assombrissent au fur et à mesure que je les lave, à attendre les informations que l'on devine avant de les avoir entendues, à boire du lait condensé abandonné par les Anglais, à chercher une cigarette dont la pénurie devient de plus en plus irrémédiable, à dormir d'un sommeil plus inquiet que la veille."
:: Douglas Kennedy, PIEGE NUPTIAL (THE DEAD HEART) :: librairie du publicisdrugstore :: vidéo éditions Belfond :: par la rédaction de topolivres :: jeudi 4 décembre 2008 ::
Douglas Kennedy : Piège nuptial (vidéo Belfond)
Douglas Kennedy était le 26 novembre l'invité du publicisdrugstore, à l'occasion de la sortie de Piège nuptial (nouvelle traduction de son premier roman paru sous le titre Cul-de-sac).
Interview Isabelle Rabineau / Vidéo éditions Belfond :
(cliquer sur l'image pour lancer la vidéo - 14 min.)
Douglas Kennedy Piège nuptial+ DVD L'Eloge de la fuite
Traduit de l'anglais (Etats-Unis, The Dead Heart)
par Bernard Cohen
Ed. Belfond, novembre 2008
23 euros
:: Jean-François Delassus, 14-18 LE BRUIT ET LA FUREUR :: France 2 :: 11 novembre 2008 :: par Isabelle Rabineau :: mercredi 5 novembre 2008 ::
14-18, le bruit et la fureur
14-18, le bruit et la fureur / Program33
Documentaire réalisé par : Jean-François Delassus - Musique : Marc Tomasi - Conseillère historique : Annette Becker - Montage : Olivier Martin - Voix : Alexandre Astier - Collaboration à l'écriture : Isabelle Rabineau - Consultants historiques : Joëlle Beurier, Jean-Pierre Verney, Laurent Veray - Restauration et colorisation des archives : Digital Graphics - Production : Fabrice Coat et Christine Doublet, Program33
Une coproduction Program33 - Iota Production - RTBF - ECPAD
En partenariat avec France 2, Planète, la Région Ile-de-France et la Région Picardie
Avec le soutien du Centre National de la Cinématographie et de la PROCIREP
Avec le soutien des Gueules Cassées et du Ministère de la Défense
Avec la TSR Télévision Suisse Romande, la SRC et la TSI Télévision Suisse Italienne
Jeudi 6 novembre à 20h20 sur La Une / RTBF
Mardi 11 novembre à 20h50 sur France 2 (rediffusion samedi 15 à 01h10)
14-18, le bruit et la fureur est une oeuvre de cinéma, en grande partie imprégnée du cinématographe des armées du début du XXème siècle. Les archives que ce film donne à voir, colorisées avec rigueur et intelligence par Digital Graphics, sont d'abord de la matière première cinématographique. Des images souvent reconstituées après l'événement ou juste après guerre, sur le théâtre des opérations. On y voit se développer la grande boutique des horreurs dans une chronologie que nous avons apprise dans nos manuels d'Histoire. La tonalité générale de ces archives est plutôt très crue. Il faut dire que l'on n'a pas trouvé de meilleure définition pour 14-18 que "la grande boucherie".
A un siècle de distance, cependant, notre regard transperce le sépia des photographies pour comprendre intuitivement - avec une incroyable sensation d'accélération - les mécanismes profonds, testant dès 14-18 une manière qui nous est parfaitement contemporaine d'envisager la guerre.
Dans 14-18, nous reconnaissons la peur absolue d'être déchiqueté par un obus, cet objet venu de loin administrer la mort, tout auréolé d'une insupportable cruauté car il tuera au hasard parmi la multitude. Le récipiendaire sera choisi par un cône de métal sans cerveau.
Dans 14-18, nous reconnaissons la panique d'être blessé par un corps explosant, libérant des bris de squelette comme autant de poignards : une spécificité des plaies de 14-18.
:: L. Sedel, CHIRURGIEN AU BORD DE LA CRISE DE NERF + C. Mabrut, DIM + E. Erwitt, DOGS & NEW YORK + N. Becker, VIDEO D'ENTREPRISE + J.-F. Kahn, POURQUOI IL FAUT DISSOUDRE LE PS + D. Kennedy, PIEGE NUPTIAL + A. Martinetti & F. Rivière, LA SAUCE... :: par la rédaction de topolivres :: mercredi 5 novembre 2008 ::
Signatures / entretiens au publicisdrugstore (novembre)
Percival Everett a un secret : il joue follement avec les mots. Professeur de littérature, il possède aussi un ranch où il dresse des chevaux. Dans Blessés, roman traduit de l'américain en français en 2007 par Anne-Laure Tissut, la connaissance des équidés ouvre des perspectives passionnantes sur l'énonciation, l'ellipse mais aussi l'effroi de prononcer les mots. Pour Percival Everett, j'en suis sûre, les mots sont des chevaux.
Dans ce jeu avec des mots indomptables, l'auteur ira jusqu'à la soustraction de termes dans la phrase, voire leur extinction, à l'intérieur d'un livre presque autiste à force de génie enclos, Effacement, où les mots rejoignent leur point d'aveuglement. Cet ouvrage, un chef-d'oeuvre, propose à ses lecteurs des pages sibyllines comme autant d'équations proposées à leur intelligence et leur bêtise, car Everett, on l'a dit, se joue de tout.
Dans Blessés et Glyphe (parution le 3 novembre 2008), la langue est fuyante autant que mimétique. Séduisante, effrayée d'un rien, elle règne sur le royaume d'une mémoire infinie. Sa plastique poétique - en mouvement - est à se damner.
L'observation des animaux, silences et sons, tumulte et respiration, est dans Blessés une énigme constante. Enigme sublimée par ce que l'auteur laisse apercevoir de ce qu'il pressent au contact des animaux. Soit un langage synchrone aux paysages traversés et aux amours brûlées. Un magma épidermique. Les mots disent la circonférence d'une présence, peut-être d'une idée, pourtant ils ne signifient rien, sinon, charnue, une humeur corporelle vaporeuse, légèrement tremblée entre les lèvres.
Il se trouve que Percival Everett dispose également d'un prénom qui évoque à tout lecteur européen le Perceval de Chrétien de Troyes et sa dimension métaphysique. Perceval est ce jeune chevalier, absent à lui-même et sans mots, ce jour où il s'aperçoit qu'il est un mortel, halluciné devant des taches de sang apparues sur la neige. Un sang vif sur le givre : voilà que la mort et la vie s'étreignent et font de Perceval un être qui doute. Désormais le voici assuré de mourir, lui qui se pensait invincible. Cette magistrale leçon d'abstraction - un tableau de Malevitch - issue du conte médiéval n'échappera pas, en écho, au Giono d'Un roi sans divertissement.
Le tableau des traces de sang sur la neige réapparaît, dans un bégaiement, au sein de Blessés où un coyote écorché vif, sur trois pattes, laisse de semblables traces de son calvaire, soit un pigment carmin sur le blanc étincelant de la plaine. D'un tableau l'autre.
Dans Blessés, roman faussement linéaire proche d'une épopée sentimentale au Far West, tous les personnages sont blessés de manière visible ou dissimulée. Certains le sont pour leur couleur de peau, leur vie sexuelle ou leurs convictions et l'on sent comme une fièvre enfler la rumeur de l'intolérance dans les entrailles d'une Amérique contemporaine avide d'être rassurée. Au détour d'un chapitre, une vache tuée dans un ranch appartenant à un fermier indien fait à nouveau couler le sang sur la neige. Puis un bovin abattu d'une balle de carabine en pleine tête indique par la position de son cadavre un livre de chair et de sang, en train de s'écrire : "La tête de l'animal n'était plus qu'une masse sanguinolente, trouée de plusieurs coups de fusil. Cette fois, la bête avait été éventrée, et son sang avait trempé le sol, avant de couler, se mêlant à la neige fondue, jusqu'au bord de l'eau. Le sol souillé avait noirci. (...) Daniel se pencha, saisit la bâche par un coin et la retira. Inscrits en rouge sur la neige, avec le sang de la bête, s'étalaient les mots Nègre rouge".
La littérature s'écrit partout. Dans les champs ou les grottes, entre deux boxes de chevaux, face au désert rouge d'une plaine ensablée, entre deux corps. Partout où la profondeur poétique du monde entaille l'herbe, la pierre, la neige ou le sable. D'où l'empreinte picturale des romans de Percival Everett, dans lesquels l'ambiguïté de ce qui est tu existe autant que ce qui est prononcé. Cadres narratifs et territoires sont délimités par un langage qui repousse l'idée de frontière pour approcher une mixité des sols, des cieux et des horizons, exactement comme sur les toiles de Mark Rothko.
Les dialogues tournent souvent au lancer de couteaux, au jeter de lasso, entre père et fils, vivants et morts, hommes et animaux. Le langage est un jeu mathématique et abstrait dont on ne discerne qu'une peau signifiante, alors que chaque mot traîne avec lui ses propres morts et recèle tendresse et sauvagerie. Dans Blessés, je vous le jure, on lit les animaux parler.
Les mots sont ces chevaux. On lira dans Blessés le parcours de Fléau, une mule passant des jours entiers à glisser sa tête puis tout son corps sous les planches de son boxe pour éprouver la vertigineuse sensation de sa liberté.
Fléau c'est le cheval regardant, le cheval antique. Celui qui observe, entre deux palissades et au-delà de l'oeillère. Fléau, c'est Everett. Voyez ce face à face : "Je repris le chemin de la maison bien avant l'aube. Avec les ronflements de Zoe (la chienne), je n'avais pu fermer l'oeil et, je ne sais pourquoi, la proximité de la grotte rendait mon cheval nerveux. En traversant le ruisseau, puis en passant le portail sud, je sentis qu'il se passait quelque chose d'anormal du côté de l'écurie. Quand j'atteignis le bout du champ immense, je n'en crus pas mes yeux : la mule, allongée sur le flanc, essayait de se faufiler sous le barreau inférieur de la palissade. Toujours en selle, je m'approchai lentement afin de mieux voir. Elle n'avait réussi à sortir que la tête et le cou, mais ils étaient bien engagés. La mule ouvrit tout grand l'oeil droit, me regarda sans émoi, à la manière typique des mules. Elle laissa retomber sa tête dans la poussière et resta immobile".
Glyphe, à paraître cet automne, est une merveille d'humour grisant car Percival Everett n'est pas du tout un cynique. C'est un comique et un tragique puissant. Longtemps qu'un livre n'aura ainsi mérité l'expression, rire à gorge déployée. Entre la causticité désopilante des Marx Brothers et la ténèbre illuminée d'un Stanley Kubrick, Percival Everett imagine les débuts dans la vie d'un poupon archidoué. Le petit génie est évidemment mû par son extraordinaire aptitude au langage. L'occasion pour l'auteur de poser mille questions sur l'origine des mots et leur entendement, dans une sorte de manuel de l'écrivain naissant, écrit par lui-même à mesure qu'il grandit et devient de plus en plus "écrivant". A ceci près que chez Percival Everett, que d'aucuns parmi les journalistes littéraires continuent à lire uniquement comme un "écrivain noir" (c'est effectivement la couleur de sa peau et c'est aussi sans doute l'une des raisons qui crée chez Everett ce système de prévention et de défense renversant jusqu'à la paranoïa certitudes et situations), rien n'est jamais aussi simple : car le petit génie ne parle pas. Il écrit.
L'incipit qui suit, aussi troublant que définitif, donne un très rapide point de vue sur le talent de l'auteur qui est aussi un peintre (en plus de posséder un ranch), comme lui-même nous l'apprit lors de son passage au Drugstore des Champs Elysées où il signa ses ouvrages en présence de Dominique Chevalier, laquelle interpréta en français ses propos. Sur la vidéo jointe, vous apercevrez, entre autres, l'écrivain Claro, présent dans le public, qui s'adresse à l'auteur. Voici l'incipit et c'est un bébé qui l'écrit : "Je choisis de commencer par l'infini, qui demeure ce qui m'est le plus proche".
Percival Everett est né en 1956 dans le sud des Etats-Unis. Diplômé de littérature et de philosophie, il enseigne aujourd'hui à la Southern California University. Il a publié des ouvrages de poésie, des nouvelles et de nombreux romans dont trois sont traduits en français chez Actes Sud : Effacement (2004), Désert américain (2006) et Blessés (2007). Les trois livres sont disponibles dans la collection Babel.
:: Percival Everett, GLYPHE (GLYPH) < BLESSES (WOUNDED) :: librairie du publicisdrugstore :: Paris :: 30 septembre 2008 (interview vidéo) :: par la rédaction de topolivres :: lundi 13 octobre 2008 ::
:: Livres à Show :: jeudi 16 octobre :: librairie du publicisdrugstore :: rentrée éditoriale automne 2008 :: par la rédaction de topolivres :: lundi 6 octobre 2008 ::
Livres à Show au publicisdrugstore (16 octobre)
35 auteurs à livres ouverts
Livres à Show, c'est le rendez-vous annuel des auteurs qui font la rentrée éditoriale dans toute sa diversité, ses découvertes et ses best-sellers.
Le 16 octobre, 35 auteurs seront installés dans la librairie du publicisdrugstore pour des rencontres, interviews, slams et lectures.
Avec la participation de :
Bertille Soullier, comédienne
Bertille lira des extraits de tous les livres des auteurs invités.
Toma Roche, slameur
Toma slamera des extraits des livres des auteurs invités.
Le véritable Wolverine des X-men
dédicacera X-men Pop-up, Panama
Le plus charismatique des X-men posera sa griffe sur votre livre.