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ARMANJAC:*** TEXTES, CHANSONS, POESIE et Libre Expression ***

*** Ce blog est destiné à la publication de textes divers, nouvelles, chansons et poésies dont je suis le créateur, ainsi qu'à l'expression libre de l'auteur. *( A venir: Prémaquettes de chansons et textes versifiés récités sur fond musical...(en cours d'élaboration) - LIEN avec mon Blog principal: http:armanjacanimation.spaces.live.com
Par Armanjac
Textes | Nouvelles | Chansons | Poesie | Premaquettes chansons en cours | Remarques ou precisions utiles | Libre Expression de l Auteur | Textes recites sur fond musical | EXTRAITS et CITATIONS d AUTEURS DIVERS |
mardi 9 mars 2010, 21:36

Il (13)

C’est ce jour-là qu’il devint un homme. Enfin, qu’il eut envie d’en devenir un. Sans même savoir ce que c’était. Des hommes, il ne connaissait pas grand-chose ; son père n’en ayant jamais été une virile incarnation avec ses pinceaux et ses couleurs. De fait, ses repères en étaient restés au noir et blanc  et disons à un style onirique plutôt musclé; Lino Ventura, les Tontons flingueurs. Les bourre-pif dans la tronche de Blier entre deux portes. Il savait qu’il n’en viendrait jamais aux mains comme ses drôles de modèles virtuels, il n’en avait pas la carrure, mais qu’en revanche, il se sentait capable d’assurance et qu’en esquivant les uppercuts, il pouvait tenir le ring de la vie autrement ; prompt qu’il était en toute circonstance.

Il décida de passer le permis de conduire et de s’inscrire dans une salle de sport ; deux décisions qui  enthousiasmèrent ses parents.
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dimanche 21 février 2010, 09:04

Il(9)

L’oubli était une seconde nature. Avant le drame, déjà, il ne s’encombrait pas de souvenir, ni d’histoire. Ses amis n’étaient toujours  que de passage, dans ses villes comme dans ses vies ; ses copains d’école tous passés de mode comme ses premières culottes courtes. Ses petites copines,  hormis la première avec sa bouche en barbelés et sa femme avec laquelle il n’avait pas voulu signer un contrat de mariage en béton comme lui conseillèrent ses parents éperdus, n’existaient plus. Même sanction pour celles qu’il rencontra par la suite.  Tout ce qui n’était plus présent pour lui était mort. Il détestait les photos, ces cadavres non exquis, qu’il regardait comme un médecin légiste, en les autopsiant.  

Dans son portefeuille, il avait celle de Jean, bébé.  Michèle lui avait glissée dans son permis de conduire en revenant de l’accouchement. Il accepta en lui disant, « ça sera la seule ». Elle était toujours là, mais jamais il ne la regardait, même si elle ne ressemblait pas à son Jean de cinq ans. Il n’en avait pas non plus de ses parents qui s’étaient toujours étonnés de cette aversion maladive.  Son père avait même dû un jour le corriger assez sévèrement d’ailleurs, quand après deux séries de photomaton, demandées par l’école, il avait sur les deux, tiré la langue à chaque cliché. La troisième fut la bonne quoiqu’avec des larmes plein les yeux et les lèvres tordues, il ne ressemblait à rien. Il s’en était, tout en pleurant comme vache qui pisse, beaucoup amusé intérieurement.
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dimanche 7 février 2010, 21:09

76 - Couraud | Marquez - ÉDITIONS DE ROUFFIGNAC - Actualités :

Bonjour,
C'est bien connu, dans ce beau pays les nouvelles vont vite : divers manuscrits sont déjà à l'étude et d'autres se rapprochent du Comité de lecture, dont un expédié d'Amérique du Sud grâce à l'arborescence du phénomène Facebook. Concernant les trois premiers, deux restent en lice pour cette belle aventure qu'est la publication : nous vous en dirons bien évidemment davantage dès que les auteurs auront eux-mêmes été prévenus !
Merci de votre fidélité et..  au plaisir de vous lire !
Bien cordialement,
Melissa & Alain

P.S. : Juste comme ça, l'un des deux auteurs est en fait une auteure issue de Topolivres.  Plutôt encourageant, non ?   

Par Couraud | 1 commentaire(s) | Ecrire un commentaire | Lien permanent | Signaler à un(e) ami(e)
mercredi 27 janvier 2010, 21:25

107

Au secours ! Sur la pointe des mots, tout en haut, là où il faut grimper à mains nues, la voie n’est pas tracée même si des milliers y ont déjà creusé le même chemin. Pas un sommet ne se vainc sans part d’inédit et même si tout a été dit. Car rien n’est jamais dit. Rien ne s’arrête ; la plus grande œuvre n’extermine pas les autres, elle les infirme ou les confirme. Sans rappel la montée est plus passionnante, en solitaire l’ambition n’a pas le même visage. Sur la pointe des mots, tout en haut, il ne suffit pas de se hisser sur la pointe de pieds pour tenter de voir ce qui s’y passe. Il faut monter. Monter. Pas sur un escabeau, ni à une échelle. Aucun accessoire ou matériel n’est assez haut. Il faut monter, seul, prendre le temps de se préparer, de s’acclimater, de s’équiper, de gérer son temps, son oxygène et surtout, surtout, jamais ne se retourner. 

Sur la pointe des mots, en équilibre entre le vide et le plein, le vertige et l’euphorie, il faut ouvrir les yeux, les narines, les oreilles, pour tout d’abord se taire. Reprendre son souffle et ensuite susurrer. S’accrocher pour monter encore. Ne pas se suffire,  ni de ce que l’on voit, ni de ce que l’on sent. Et se retenir. Se retenir pour ne pas dire les premiers mots qui viennent, comme il faut savoir parfois attendre  le deuxième, le troisième train. Il faut savoir attendre sans jamais rester immobile parce que sur la pointe des mots, là haut, rien n’est jamais écrit.

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mardi 26 janvier 2010, 13:09

75 - Couraud | Marquez - ÉDITIONS DE ROUFFIGNAC


" Le talent est à l'écriture ce que l'eau du puits est au jardin, un don de la nature appelé Nécessité "  Paulin Couraud de Rouffignac  (1842-1949)

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Bonjour et bienvenue,
Le compteur de ce blog en témoigne, vous êtes quelques-uns à suivre le cours de mes pérégrinations littéraires, et je vous sais gré de cette fidélité qui me stimule et m'honore. Mes notes précédentes vous ont informé de l'aventure éditoriale que je vis maintenant, après une longue traversée du désert, puis je vous ai annoncé la création d'une société d'édition que Melissa Marquez, dont vous êtes tout aussi nombreux à apprécier le talent, et moi-même, tenons au plus près de nos aspirations  partagées : publier les auteurs que nous estimons méritants, inexplicablement rejetés par les grands de l'édition. Portés l'un et l'autre par la même foi en ce but captivant, nous avons opté pour une forme participative que nous qualifions d'équitable, puisque la somme initialement versée par l'auteur lui est intégralement restituée une fois atteints les seuils des ventes convenus.
LES ÉDITIONS de ROUFFIGNAC, aujourd'hui officiellement enregistrées, se targuent d'assiduité, de professionnalisme et d'honnêteté  : publication, diffusion et promotion en toute clarté sont les lignes de conduite étayant leur éthique.
Vous croyez en votre manuscrit mais rejetez l'idée de vous auto-éditer ? Vous ne supportez pas l'hypocrisie de ces marchands de rêves que sont les éditeurs à compte d'auteur ? Contactez-nous sans attendre, notre comité lira votre manuscrit dans son intégralité, sans a priori ni complaisance, puis nous vous transmettrons son avis sur ses chances d'aboutir à une publication digne de ce nom. Si, selon nous, il vous faut y retravailler, nous commenterons clairement cette prise de position. S'il nous plaît tel quel, nous vous ferons une proposition.
Pour en savoir davantage, merci de transmettre  vos coordonnées via la messagerie interne de Melissa, directrice de la publication, ou par courriel à l'adresse suivante : perrot-marquez.melissa@voila.fr

Bien cordialement, Alain

Nos référenceurs en ligne :
Google - BNF - AFNIL - Dilicom - Amazon - Fnac - Alapage - Chapitre - Ellipse - Le Furet du Nord - SFL - Gibert-Jeune - Gilbert-Joseph - Médiastore - Virgin - lalibrairie.com, Facebook, etc...
Nos librairies partenaires :
À ce jour, 1124 réparties sur l'ensemble du territoire, et plus de 80 dans les pays francophones nous ayant aimablement et spontanément sollicité. 

Éditions de Rouffignac : site officiel en cours de réalisation : www.editionsderouffignac.com
      
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dimanche 24 janvier 2010, 12:16

106

Au secours, la beauté est ailleurs. Ailleurs que dans le miroir, dans  le rétroviseur intérieur de la voiture. Ailleurs que dans les magazines, qu’à la télé. Ailleurs que dans le regard des autres. Ailleurs que dans la maigreur des mannequins, que dans la jeunesse, dans l’ovale des visages et dans la fermeté des galbes. Ailleurs qu’à l’extérieur, elle est là, bien lovée à l’intérieur. Exacerbée parfois, recroquevillée souvent.  Moins on la voit, plus elle existe. Paradoxale comme une verticale l’est d’une horizontale. La beauté n’est pas celle qu’on exhibe le matin, qu’on tire le midi et qu’on retire le soir. Elle n’est ni dans la minceur, ni dans la rondeur. Et encore moins dans la lourdeur chirurgicale. Elle n’a pas de dimension,  ni de canon. Elle arrive comme un voyage, jamais où on l’attend, et n’est jamais la même pour personne. Elle va, elle vient. Invisible entre les centaines de représentations qu’on affiche, comme une passagère toujours entre deux trains, entre deux destinations. Certains la croisent sans la voir ou la regardent sans la reconnaître. Alors que d’autres croient l’avoir reconnue, mais en retard, dans un  hall de gare, quelque part par hasard.

On ne nous apprend pas à la reconnaître, au contraire, on nous en détourne, tous les jours, un peu plus. Du coup chacun pense la trouver sans jamais la chercher, en tournant les pages des catalogues et  en recevant des images, en veux-tu en voilà, rassasiés que nous sommes de toute cette opulence de chair sans esprit. Dommage qu’il faille être "vieux" pour comprendre cela, car dès tout jeune si nous apprenions ce qu’elle est véritablement, nous en serions tous autrement plus beaux !

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jeudi 21 janvier 2010, 07:59

A lundi "extrait 2006"

La fluctuation des sentiments, des ressentis, des états d’âme est toujours déroutante car imprévisible. On sait juste en se réveillant, si le vague à l’âme est à marée basse ou s’il est à marée haute. On sait aussi qu’après chaque nuit, se crée un jour sorti tout neuf comme l’œuf, du cul de la poule. La nuit lave, essore et étend les idées ; les rêves, les repassent.  Tous les rêves ont un sens, les jungiens le savent et s’y intéressent essentiellement. Souvent, lors des silences qui scandent  certaines séances, il me demande : 

« Vous avez fait des rêves, ces temps-ci ? »

Alors je lui raconte,  il note puis réfléchit. Il ne lui faut jamais longtemps pour déchiffrer l’énigme ; comprendre la symbolique et décortiquer la vérité qui, une fois nue, prend tout son sens. Mais les rêves sont aussi des animaux sauvages qui n’ont pas envie d’être retenus ou pire d’être dressés. Alors, ils transpercent les nuits et au réveil se dissolvent comme des cachets effervescents en laissant à la surface une écume blanchâtre et désagréablement salée.

 

 

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dimanche 17 janvier 2010, 12:27

105

Le soleil est revenu par-dessus les toits d’ardoise et comme une craie bleue, le ciel a repris le cours de son histoire avec dans ses bagages de beaux nuages blancs et fougueux. La lumière caresse les cheminées qui crachent leurs fumées grises et opaques. Il fait encore froid. Le vent fouette l’hiver avec ardeur et les gens dans la rue brisent la bise en relevant la tête. Avoir froid en janvier bien au chaud de chez soi, est un plaisir duveteux, une main sur le radiateur et un œil par la fenêtre. Observer c’est aussi se souvenir. Et vivre, ne pas oublier que dehors rien ne s’est écroulé. Que tout est debout, fier et vivant alors que là-bas, sous une chaleur pesante et déjà puante, tout est détruit, anéanti avec des milliers de vies mortes, ensevelies sous des tonnes et des tonnes de béton. Une ville entièrement bombardée par le sol, un pays à genou et le monde qui va à son chevet enchainé par le désir de solidarité alors qu’ailleurs on se déchire à coups de bombe. Le soleil est revenu par-dessus les toits d’ardoise pour écrire à la craie bleue que la vie réapparait toujours comme un instinct,  et que parmi tous les cadavres dont on ne sait que faire, ce sont les survivants qui ont le dernier mot. Survivants et plus forts que la mort même après 70 heures d’ensevelissement. Survivant comme une vérité qui émerge d’un océan de mensonges, comme un espoir parmi l’effroi. Survivant. Sur vivant. Parce que vivre ne suffit plus.

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dimanche 10 janvier 2010, 15:58

104

Au secours ! Il neige. Il neige et tout s’arrête. Il neige, et tout devient blanc. Glissant. Beau comme la mort. Raide comme les articulations. Lourd comme les années. Il neige. Une phrase qui s’écrit comme une vérité. Une phrase qui se suffit. Une nature blanche coupante comme une arme tranchante. Il neige. Un verbe à la troisième personne qui se conjugue avec beauté à tous les temps. Il neige. Il neigeait. Il neigea.  Il neigera. Il neigerait. Il a neigé. Il avait neigé. Il eut neigé. Il aura neigé. Il aurait neigé. Qu’il neige. Qu’il ait neigé. Qu’il neigeât. Qu’il eût neigé.

Il neige c’est immense comme le présent, immense et tout petit. Insignifiant. Un marronnier qui, chaque année, revient comme si c’était la première fois. Etonnement.  Il neige. Demain ou après demain, il ne neigera plus. Et le verbe se fondra dans la masse jusqu’à la prochaine fois. Il neige peut-être juste pour qu’on dise : il neige.  

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lundi 4 janvier 2010, 21:10

103

Au secours, Au secours ! Noël est passé, et je ne sais  toujours pas pourquoi ou comment, comment et pourquoi il faut aimer le petit jésus, le père noël, la famille et tout ce qui s’ensuit. Au secours, au secours, une année est passée, bouclée, terminée, torchée… à la vitesse d’un cent mètres. Plus essoufflée que l’année d’avant, mais paradoxalement plus rapidement. Comme si plus les années qui pesaient sur mes genoux me rendait plus véloce à parcourir les mois. Ces mois qu’on voudrait au contraire de plus en plus longs pour pouvoir éterniser les années. Au secours, au secours. L’année nouvelle est déjà là, et à peine sorti du 31 décembre que déjà, ce soir, le 4 janvier 2010 va s’endormir et se réveiller en 5 janvier 2010. Le temps, quel étrange ami qui n’en finit pas d’accélérer  quand on veut qu’il lève le pied et qui ralentit quand on voudrait qu’il appuie sur le champignon. Au secours, au secours. Il n’y a rien de plus rebelle que le temps. Il n’existe personne de plus dictateur que lui. Il n’est aucun être qui ressemble à ce dieu infini capable de survivre dans chacun d’entre nous, de l’un  à l’autre et sans aucune culpabilité ou une quelconque morale. Seule sa perpétuité l’intéresse et à n’importe quel prix. Au secours, au secours les années nouvelles ont désormais le même goût que les anciennes, un peu à l’image des pommes de terre. Pourtant, quand le temps prenait le temps, enfin, quand nous réussissions à vivre avec lui, les quatre saisons savaient nous enchanter chacune à leur façon, et au moment des pommes de terre nouvelles, nous aimions tant retrouver, les yeux fermés, ce goût si doux que nous avions mis un an à oublier!

 

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jeudi 24 décembre 2009, 13:57

102

Au secours, c’est Noël et je suis seule. J’ai marché dans la rue au milieu de milliers de personnes atteintes par le virus non pas de la H1N1 mais par celui de la fièvre acheteuse. Au milieu de milliers de personnes avec des paquets plein les mains qui couraient d’un magasin à un autre, comme envoutés, aspirés par cette infernale corne d’abondance.

Oubliée la crise mondiale, oubliée la grippe A, oublié le réchauffement du climat,  oublié le Johnny dans le coma, oubliée la neige sous nos pas : il n’y a plus que Noël. Noël, les enfants, la famille, les cadeaux, la dinde, le foie gras, le champagne. Mon dieu, qu’avez-vous fait de nous !

J’ai marché dans les rues, seule à contre-courant, comme éperdue, étrangère à cette ruée humaine trop humaine. J’ai marché comme au dessus de la foule pour ne pas me faire bousculer mais surtout pour ne pas être ce grain de sable qui aurait pu en gripper le rouage. J’ai marché sans savoir où j’allais, en passant au travers de la cohue comme on passe au travers d’un accident, sans en savoir pourquoi mais en constatant qu’on a eu beaucoup de chance de s’en sortir sans bobo. J’ai marché dans les rues pour Noël, j’ai marché comme des milliers d’autres mais ça n'a pas marché.

 

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dimanche 20 décembre 2009, 22:05

101

Il a neigé et mes  doigts se sont engourdis  et du coup mon esprit a glissé sur ma feuille de papier comme sur une plaque de verglas et mon cœur, lancé comme une boule de neige, s’est écrasé contre un sapin qui trainait par-là. Je l’aurais bien enguirlandé mais comme il était nu, vert et vivant,  et que personne n’en avait voulu pour noël, je me suis dit que cet accidentel choc de culture avait un sens. Il n’y avait pas que moi qui n’aimais pas ces fêtes à la noix, il  y avait aussi, le hasard.

 Il  a neigé et tout s’est arrêté au bout de mon regard. Je ne voyais plus rien, que du blanc, de l’effroi. Les flocons voltigeaient et tourbillonnaient légers comme des papillons l’été parmi les blés. Le ciel peint en gris blanc paraissait plus bas que les toits. Il faisait froid, il faisait vide. Où étaient passés les oiseaux ? Mais où étaient-ils donc ?

Les cheminées crachaient des fumées opaques tout prés des antennes qui  grelottaient pendant que l’horizon se confondait avec les maisons. La tête me tournait et mes pensées avaient la nausée. J’avais froid aux mains, j’avais froid aux pieds. J’avais froid partout, j’avais froid de tout.  J’avais froid de ceux qui ont froid dehors et qui laissent derrière eux des traces de pas anonymes dans une neige en deuil. J’avais froid mais déjà la neige avait cessé de tomber, de l’eau ruisselait des gouttières, un coin de ciel bleu avait même troué l’horizon,  la neige avait fondu en prenant soin d’effacer toutes les empreintes des va-nu-pieds. Toutes, sauf celles qui coulaient dans mes veines. 

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samedi 5 décembre 2009, 10:06

100 (5.12.O9)

Ce matin, je n’ai pas ouvert la radio. J’ai juste envie de silence. De celui de la vie, de celui de la rue. J’ai juste envie de penser à ci, à ça, sans m’arrêter ni sur ci, ni sur ça. Juste envie d’être là. Sans passé, sans présent, sans avenir. Juste envie d’exister. D’apparaître comme un champignon sorti de terre en une nuit. Ce matin, le ciel n’est ni bleu, ni gris, il est. Je le regarde sans m’y attarder. Ce matin je fais silence. Une minute. Une heure. Pour ne plus rien savoir. Ne plus rien connaître. Une minute, une heure. Rien que pour renaître. Tout va si vite, tout va si mal. Le temps se rétrécit comme un pull en laine passé à la machine. On  ne rentre plus dedans. On court après, on le tire, on l’étire. Ce matin, je me recouvre de silence comme on enveloppe son corps d’algues chaudes. Il me pénètre doux et serein comme un refrain dans mes oreilles. Je veux juste faire silence pour écouter le cœur du monde battre et pour l’entendre respirer. La terre est une mer, un océan de  races humaines qui s’agitent et d’espèces animales qui disparaissent. La terre se noie, nous lui mettons la tête sous l’eau pour lui faire rendre l’âme ou avouer je ne sais quoi. Une minute de silence, une heure,  juste pour la laisser tranquille à tourner sur elle-même et autour du soleil. Silence, je vis.

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samedi 21 novembre 2009, 21:49

99 (22 11 09)

Au secours ! La vie est belle. Jacqueline Guittard,  un nom qui sonne dans ma mémoire comme un refrain digne des plus belles chansons françaises, est venue poser son regard foncé sur mon blog léger. Jacqueline Guittard, je me souviens de toi, de ton intelligence aigue, de ta culture pointue et de ton humilité. Je me souviens de tes cheveux noirs, mi-courts (parfois un peu gras !), et de ton intellectuel ami de l’époque, j’ai oublié son prénom, et qui n’en avait pas moins le mollet affûté puisqu’il n’hésitait pas à se taper Larequille-Clermont Fd (cité Philippe Lebon) à vélo. 190 km aller-retour, rien que pour te faire une bise ou pour t’apporter une lettre !

Je me souviens de toi, tu étais déjà « aboutie » alors que  moi, je commençais à peine à naître, empêtrée que j’étais dans ma beauté et dans ce désir d’apprendre que toi tu avais, je crois, compris. Jacqueline Guittard, je me souviens avoir été jalouse de ton nom, car si le mien rimait avec arpège, le tien frôlait la perfection avec guitare. Cette guitare sur laquelle je me suis écorché les doigts et cassé la voix,  avec laquelle je me suis colportée de bar en bar, de  rue en rue. Belle école d’humilité que celle de la manche. Peut-être avais-je besoin de me confronter au réel pour tuer celle qui avec un sourire, pouvait tout acquérir. Un jour, j’ai donc arrêté cette quête, j’ai posé ma guitare pour aller chercher ailleurs, ce qui était au fond de moi. Et aujourd’hui, j’écris. Ecrire  est un bonheur intérieur, la seule beauté qui ne vieillisse pas. Jacqueline Guittard, avec la tête que tu avais, je me souviens, bien sur les épaules,  tu n’as visiblement jamais perdu le Nord, puisque tu y vis, si j’ai bien compris. Merci de m’avoir retrouvée. Je t’écrirai bientôt, à toi, rien qu’à toi. Mais partager ma joie de pouvoir réécrire ton nom et de le prononcer à nouveau, a été plus fort que moi. Sacrée, Jacqueline Guittard !

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dimanche 15 novembre 2009, 11:27

A lundi "extrait 2005"

Lorsqu’il me fit pénétrer dans son bureau, je ressentis le même trac que lorsque pour, la première fois, j’étais montée sur scène. Il me fit asseoir comme chez n’importe quel autre médecin.

A la porte de la salle d’attente où nous nous dîmes -pour la première fois-  bonjour, nos regards se sourirent discrètement et nos doigts instantanément optèrent pour une poignée de main franche. 

Son visage un peu sombre était néanmoins régulier et doux. C’était un homme à la soixantaine discrète,  le cheveu grisonnant et l’œil légèrement fuyant. Le noir lui allait bien même si ça lui rehaussait son côté mystérieux. Son bureau était vieillot, à l’image de sa salle d’attente. Bien sûr. Qu’est-ce que je faisais là? Qu’allais-je bien pouvoir lui raconter? J’eus un petit rire nerveux. Il me regarda avec retenu. Il avait l’habitude des premières fois. Combien de personnes comme moi, s’étaient déjà assises à cette même place ? Cette question, à chaque rendez-vous, me titillait l’esprit même si je n’aurais pas dû  penser à ça. Souvent aussi, j’aurais aimé savoir ce qui se dissimulait dans la sienne. Pourquoi n’aurait-il pas eu ses fantômes, c’est du moins ce que j’aimais à  penser peut-être pour me rassurer mais surtout pour pouvoir continuer le travail. Ce travail archéologique minutieux qui creuse la matière première de la mémoire. Les séances n’étaient pas à chaque fois fructueuses. Les secrets ne sont pas toujours ceux que l’on croit et les évidences, pas celles que l’on voit.

« Que vous arrive-t-il ? »

« Je ne vais pas bien »

 

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lundi 9 novembre 2009, 08:05

A lundi "extrait 2005"

La boule de neige atteignit son paroxysme en octobre 2003 mais elle était née d’un flocon qui n’avait pas fondu, un jour de ma septième année. Si bien que lorsqu’elle éclata comme un volcan, sa lave brûla tout sur son passage. La dépression ne laisse que la chance du recommencement. Une chance formidable, s’il en est, mais tellement subjective que chacun fait comme il peut.

La reconstruction est lente, laborieuse et injuste. La résilience, terme dont j’entendis parler pour la première fois lors d’une de mes séances, n’est pas la même pour tous. Cela dépend probablement de ce bonhomme de neige que l’on traîne depuis tout ce temps selon qu’il soit plus ou moins gros, lourd ou dur. On ne sait réellement son ampleur que lors de son irruption et des désastres qu’il a causés.

Au début, tout paraît mort, détruit, anéanti et la solitude semble le seul remède.  Le cerveau est en vrac et le corps craque comme après un accident mais sans qu’aucun bobo ne soit visible. Les contusions sont internes, lovées dans les plus petits recoins de chaque membre et de chaque viscère. La douleur circule, se déplace des articulations aux intestins, de la nuque aux oreilles, de la tête aux orteils. Le regard perd son œil et les yeux leur visage. La maladie se répand comme un liquide visqueux et paralysant. Il n’y a alors plus d’autre alternative que celle du médicament. De ce médicament auquel on ne croit pas, mais c’est ça ou se laisser mourir.

 

 

 

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jeudi 5 novembre 2009, 08:37

"A lundi" extrait 2005

La première fois, ce fut un mardi à 14 h 30. Ensuite, le lundi. Tous les lundis à 17 h 30. Le rendez-vous. Mon rendez-vous.

Parfois, je changeais de place pour ne plus voir la plante verte qui jaunissait lentement. La salle d’attente était toujours vide. Il y avait une grande fenêtre à laquelle j’avais dû, deux ou trois fois, me pencher pour découvrir la ville sous un autre angle. Du quatrième étage, on ne perçoit pas les choses de la même façon.

J’étais épuisée à chaque fois. Je ne prenais pas l’ascenseur même avec ce genou gauche qui venait de se révéler comme un nouvel adversaire. Je n’aimais pas les ascenseurs et mon genou, pas les escaliers. J’avais encore le dessus. Alors, je les montais clopin-clopant en m’évitant de m’enfermer dans le cercueil vertical.

Je n’attendais presque jamais. Cinq à six minutes au plus. Ce n’était pas comme chez le gynéco où je pouvais  poireauter des heures au milieu  des gros ventres de femmes enceintes. Je  m’y étais toujours sentie de trop, avec mes deux fausses-couches et mon avortement!

Dans cette salle d’attente qui ressemblait à toutes celles que j’avais écumées jusqu’alors, je me sentais finalement plus à ma place : elle était vide.

Une table basse affreusement ovale en verre jonchée de magazines « Psychologies», des chaises qui en leur temps avaient dû être modernes, une petite bibliothèque  parée de livres reliés sans valeur, de quelques bibelots  de pacotille et deux fauteuils usés et démodés.

La première fois, j’essayais, en m’accrochant au décor de cette salle, de savoir pourquoi c’était si moche, et si l’hôte  allait lui ressembler. Je ne savais pas qui j’allais rencontrer, je savais juste que c’était un homme. Je voulais que ce soit un homme. Mon dieu, qu’est-ce que je faisais là? Tout s’embrouillait dans ma tête lorsque j’entendis des pas discrets. La poignée bougea, la porte s’ouvrit. Nous étions le mardi 18 novembre 2003, 14 h 36.

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mardi 3 novembre 2009, 07:07

"A lundi" extrait 2005 (en hommage au père d'Elysabeth qui vient de mourir)

Mon père mourut en février 1997 dans sa 67ème année cloué dans un lit d’hôpital. Je dis cloué car c’était le mot. Crucifié : le comble pour un bon athée ! C’était un jeudi matin à 3 heures. On nous téléphona et nous arrivâmes, ma mère, ma sœur et mon frère pour voir le corps. Il avait les yeux grands ouverts. « Nous n’avons pas réussi à lui fermer les yeux,  on aurait dit qu’il attendait» soupira une infirmière de nuit.

Son regard sans vie était toujours aussi bleu. Un contraste insoutenable avec cette odeur de mort qui depuis plus d’une semaine avait envahi sa chambre.

Un mois et demi  auparavant, j’avais appris que mon père n’en avait plus que pour un ou deux mois. La cancérologue avec laquelle j’avais pris rendez-vous, me reçut cinq minutes dans le couloir, pour m’annoncer la sentence. 

« Je ne suis pas là pour faire du social, je n’en ai ni le temps, ni l’envie. Vous savez bien qu’ici, on ne soigne pas des grippes ! » me répondit-elle, lorsque je lui rétorquai, qu’elle aurait peut-être pu  me dire cela, autrement et ailleurs qu’entre deux portes.

Elle ne s’était pas trompée, il s’en alla avant l’échéance.

Les pompes funèbres l’emportèrent à la morgue. « Nous allons le préparer, dans la matinée, il sera prêt. »

Ce que personne ne sut, c’est que cette nuit-là, j’avais réglé mon réveil à 5 heures. J’avais décidé de mettre fin à ses souffrances. Je crois qu’il me l’avait fait comprendre, la veille, juste avant que je parte. Je serais venue, vers six heures, et l’aurais endormi à jamais avec mes mains qui ne savent rien faire,  pour le libérer de cette médecine qui, face à la douleur et à l’irrémédiable, se bouche les yeux sous couvert d’un serment tutélaire.

A-t-il voulu m’épargner cette épreuve inhumaine ? Je ne le saurai jamais. Toujours est-il  qu’il mourut, en sachant que je ne l’aurai pas abandonné. Ses yeux grands ouverts me prouvèrent qu’il avait compris. 

 

 

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dimanche 1 novembre 2009, 07:44

"A lundi" extrait 2006

Jamais je n’ouvrais un de ces magazines bien alignés sur la table basse qui trônaient au beau milieu de la salle d’attente. Je préférais  parcourir la pièce des yeux, comme pour lire en elle, la regarder en face et commencer à me concentrer.

J’avais appris avec l’expérience, à ne plus perdre une seule minute des trente. J’essayais de me souvenir précisément des rêves qui m’avaient le plus marquée. Il m’avait dit qu’il fallait que je travaille plus sur l’inconscient car nous avions déjà bien épuré le conscient. Les rêves sont d’étranges aventures. J’avais toujours eu une vie onirique très forte, à un tel point d’ailleurs, qu’elle empiétait souvent dans ma vie réelle. Il me fallait parfois une journée pour que le rêve s’estompe et qu’il ne pèse plus sur mon présent. C’était une odeur, une situation qui parfois me ramenait à l’un d’eux lorsque celui-ci ne s’était pas incrusté en moi au réveil. Les rêves ont forcément un sens, la machine humaine est trop parfaite pour que l’inconscient ne soit qu’une erreur ou un pis-aller du cerveau d’autant qu’il est commun à tous les êtres humains. Il faut bien sûr y aller sur la pointe des pieds car nous n’en sommes encore qu’au début. L’exploration est longue d’autant que l’on ne souvient pas de tous ses rêves. C’est d’ailleurs ce qui m’interpellait car c’était peut-être ceux dont je ne me souvenais pas qui étaient les plus importants. Et à ce moment-là, le doute tombait lourdement comme un rideau de fer dont le mécanisme s’était rompu.

Chaque nuit est un nouveau voyage tout comme l’est une nouvelle journée, avec sa dose d’imprévus.  Même si tout est en filigrane, rien n’est vraiment écrit. Il faut s’accommoder de ce que l’on a, de ce qui aurait pu être, de ce qui peut arriver et de ce qui advient. Ainsi en va l’existence de chaque être.  On ne peut pas toujours agir tout comme on ne peut pas toujours subir. La vie est une succession d’épreuves, bonnes ou mauvaises, avec lesquelles il faut quoiqu’il arrive composer. 

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jeudi 29 octobre 2009, 21:28

A lundi "extrait 2006"

Que doit-on penser des gens que l’on a rencontrés ? De ceux que l’on a  aimés ? Que penser de tous ces visages effacés et de tous ces souvenirs qui reviennent sans prévenir ?   Tous ces allers sans retour.

On a tous dans la tête une bibliothèque de romans qui pleurent encore quelque part, abandonnés dans un coin de sa mémoire ou dans les sanglots d’un mouchoir. Ces carrés de tissus démodés (que ma mère à l’époque n’en finissait plus de repasser) et qui, aujourd’hui,  ne servent même plus aux enrhumés. Il est des choses qui passent et d’autres qui remplacent mais d’une façon ou d’une autre, les yeux et le nez continuent de couler.

Sur son bureau, à droite, j’avais depuis un bon moment déjà, repéré la boite en carton parallélépipédique, posée comme ça, presque naturellement sur une pile de documents. J’en avais conclu qu’il devait en faire un grand usage avant que je lui demande pourquoi, il mettait cette boite de kleenex en évidence.

« Vous savez, les  gens viennent aussi ici pour pleurer !»

Je n’y avais pas pensé car même au plus fort de ma dépression, je n’avais jamais pleuré devant lui.  Je ne pleurais pas plus ailleurs.

 

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lundi 26 octobre 2009, 22:05

"A lundi" extrait 2005

Je comprends aujourd’hui que l’on peut vivre sans être aimé. Et, heureusement d’ailleurs car  nous sommes, je  suppose, une ribambelle dans cette évidence humaine à chercher ailleurs le pourquoi de sa propre existence. L’amour n’est sans doute qu’une projection comme la religion : une façon de survivre.

Vivre c’est d’abord vivre avec soi-même, dans le plus grand dénuement. Apprendre à essayer d’aimer ce que les autres ne voient pas en nous. S’aimer fatigue, être aimé repose, aimer réveille. Alors, il est vrai qu’à choisir… Seulement, on ne choisit pas, et avec le temps, il faut bien apprendre à s’aimer lorsque l’on n’a plus que soi. Ce temps qui passe comme jamais : les heures sont des minutes qui défilent toutes les secondes. Même les nuits d’insomnie, même chez le coiffeur !  Ce n’est pas peu dire.

Il ne faut donc pas se laisser déborder, ni engloutir par le tsunami des années passées en ne cessant pas de rêver mais en rêvant autrement.

La quête de soi, l’introspection, c’est une autre façon d’avancer vers les autres, peut-être même la meilleure. Il n’y a pas d’âge pour cheminer. J’aime beaucoup ce verbe, loin de toutes performances et de toutes ambitions. Cheminer, c’est avancer avec pour seul bagage, l’humilité.

 

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dimanche 25 octobre 2009, 21:18

"A lundi" extrait 2005

 Lorsque d’un œil furtif et discret, il regarde sa pendulette ovale qui égrène  inlassablement les demi-heures, la séance touche à sa fin. Il dit « très bien », se lève, et infailliblement replace le fauteuil dans lequel il était assis, face à son bureau alors dans la foulée, et pendant qu’il s’installe dans le sien, je fais de même. Un rituel, infaillible ou presque. Je plonge la main dans mon sac pour en extraire mon portefeuille et mon chéquier. Je lui tends ma carte vitale et, pendant qu’il la saisit, je libelle mon chèque de 37 euros. Les mots que nous échangeons alors, durant  ces quelques minutes, n’ont plus la même consonance. Je quitte l’habit de patiente et lui celui de médecin. A l’image d’une prostituée qui redevient une femme comme les autres dès qu’elle a touché son dû et que son client, une fois dans la rue, a repris son statut de passant.

Après m’être défaussée de mes mauvaises cartes, je profite de ces trois dernières minutes « gratuites » comme d’une rencontre fortuite,  pour jouer mes atouts. Je lui parle de ce qui m’a enrichi durant la semaine, de mes lectures,  des films ou des émissions qui m’ont intéressée. Je lui parle comme à quelqu’un à qui j’ai envie d’offrir le meilleur. Parce qu’un malade, n’est pas que malade, il est aussi un être fort de ses faiblesses. Une connivence qui est venue au fil du temps et qui semble à présent naturelle. C’est du moins ce que je crois lorsque cette conversation éclair s’ouvre comme une fermeture et se referme dans le creux de nos mains qui se touchent lentement en glissant l’une sur l’autre jusqu’à l’extrême bout des phalanges. Comme si nos doigts profitaient du seul contact physique auquel ils  aient droit pour confirmer la confiance.

 « Au revoir».

  « A lundi ».

 

 

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samedi 24 octobre 2009, 10:39

"A lundi" extrait 2004

Une demi-heure pleine. C’est, à présent, ce que je viens chercher chaque lundi à 17 h 30. Une conversation serrée, un nectar de mots. Comme chez un ostéopathe dont les mains vont glisser  de vertèbre en vertèbre pour atteindre le point sensible, les mots que l’on partage avec précision appuient là où ça fait mal. Mais pour cela, il faut être attentif et serein. Ne rien négliger, et surtout ne pas se tromper de mots de façon à en presser le sens comme une goyave dont on extrait le jus. Je m’aperçois, de plus en plus,  que dans cette vie qui nous bouscule, nous ne savons plus discuter. Je parle, tu parlais, on  parlera, nous  parlerions, vous  auriez parlé, qu’ils parlassent. Le verbe parler se conjugue à tous les temps.  Mais personne ne se parle car personne ne s’écoute. Or, dans cette demi-heure hebdomadaire, les phrases prononcées sont comme des chapelets que nous égrenons, perle après perle, mot après mot. Comme si tout devenait important et que chaque parole donnait la sienne.

Surtout ne pas être en colère ou sous le coup d’une émotion bonne ou mauvaise pour ne plus perdre de temps. Aiguiser sa pensée comme une lame pure et trancher le silence d’un geste avisé comme un boucher pénètre dans la viande en glissant son couteau dans le sens du muscle. Les pensées peuvent être aussi claires qu’un ciel glacé d’hiver d’où percent les étoiles, mais il faut pour cela ouvrir grands ses quinquets et ne pas avoir peur de regarder les choses en face. Tout peut se dire et surtout l’indicible, il suffit d’apprendre à réapprendre et surtout de comprendre qu’il n’y a que les mots pour guérir de certains maux. Le silence n’est pétri que de paroles englouties et de mots emmurés. Cogner à sa porte, c’est déjà s’en évader. 

 

 

 

 

 

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mercredi 21 octobre 2009, 20:50

Le 5 octobre 2008

J’ai toujours eu mal à la famille comme j’ai eu mal au ventre. Presque tous les jours, et du plus loin que je me souvienne, de la douleur lancinante et invisible à la crise aigüe et voyante. J’ai toujours eu mal, et peut-être même aimé avoir mal. Dans la dialectique de la douleur, difficile après des années de pratique de discerner exactement le vrai du faux, le somatique du diagnostic. Et aujourd’hui, de coloscopies en analyse, j’ai le ventre en miette et la famille en vrac.

Toujours bien vivante et  pour l’heure sans maladie grave déclarée mais avec un mal récurant. Pouvait-il en être autrement ? Comprendre n’exempte pas de la souffrance. Ca permet juste d’avancer dans cette marche à rebours qu’on appelle l’inconscient. Il y a ceux qui n’y vont jamais par insouciance, mépris ou par orgueil, et ceux qui décident d’y aller sans conviction ou  par nécessité.

La famille ? Une étrange embarcation  qui de la coque de noix au paquebot  tente d’amener à bon port ses passagers. Des passagers qui n’ont pas demandé à prendre la mer mais qui, de génération en génération, suivent le cap. Un cap lointain que personne n’atteint mais que l’on perpétue avec ou sans enfants,  contre vents et marées. Alors, j’ai continué de ramer moi aussi, en essayant  d’abord d’être un bon matelot puis comme je n’ai jamais eu  le pied marin, avec l’éternelle envie fuir et  de sauter par-dessus bord mais sans pour autant vouloir me mouiller !  Presque cinquante ans après, je suis donc toujours sur la même barque coincée  entre le mal de mer et le mal de mère.

La mer c’est la vie, le monde, tout ce qui n’est pas soi. La mère, c’est tout cet intime que tous nous cachons avec plus ou moins de talent. La mer, c’est toutes ces directions que l’on a prises ou pas, c’est cet équilibre ténu entre le hasard et la nécessité, c’est tout ce qui aurait pu être autrement. La mère, c’est le début et la fin de toute chose, c’est le plein et le vide, c’est la tempête et la mer d’huile, c’est l’infini horizon de l’espoir et du trou noir, c’est ces amarres que l’on ne jette jamais ou pour le moins jamais assez loin. Ma chance, si cela devait en être une, c’est que mon histoire s’arrêtera avec moi, sans descendance le voyage coule avec soi. Se noie dans l’immensité et disparaît à tout jamais. Il n’y a que les enfants, même dans les familles désunies, qui pensent –en bien ou en mal- à leurs parents après leur mort. C’est génétique. Orphelin, après soi, la vie s’arrête comme un souvenir qui n’a jamais existé. 

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dimanche 11 octobre 2009, 12:20

98

Au secours, je n’ai plus de chocolat et de mes hauts, je n’ai plus que les bas. Ce soir, l’onctueuse douceur du cacao de Papouasie ne fondra pas lentement sur mes papilles coquines. Je n’ai plus de chocolat, plus de tendre amertume à me glisser sous la dent, plus de rêve gourmand à sucer dans le noir. Je n’ai plus de chocolat, la tablette hier a rendu ses dernières saveurs fièrement  dans ma bouche. Et depuis le placard est vide. Plein de tout le reste. Sauf de l’essentiel.  Rien ne remplace le chocolat et encore moins l’envie de chocolat. Croquer dans le cœur d’un morceau estampillé 70% de cacao minimum  puis attendre qu’il fonde, comme on attend un premier rendez-vous amoureux, est une excitation telle que l’assouvir serait presque blasphème si la gourmandise était péché. Je n’ai plus de chocolat, il ne me reste que  l’odeur imprégnée dans le papier de soie orange. Papier de soie orange dans lequel je m’enfouis le nez pour renifler son absence comme un fétichiste, ses ébats. Au secours je n’ai plus de chocolat noir, et blanches seront mes nuits, sans celui qui pimentait mes rêves.

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lundi 28 septembre 2009, 21:32

97

Ecrire ? Dire. Crier ? Se taire. Au secours ! Besoin de rien. Il y a plusieurs façons de s’accrocher à la vie. Peut-on ignorer ? Ravaler sa salive. S’assécher. Devenir terne. Se conformer au conformisme. Ne pas faire de vague. Se la couler douce sur l’ignorance et la peur. Peur des lois, de la foi, des émois, de soi. Peur des rêves, des trêves, de la sève qui coule en dehors de soi ou encore de cette fève qu’on ne tire pas. A force de tout aseptiser on en oublierait le goût de choses. De la galette des rois comme celui du munster, du mystère comme celui du saint-nectaire. Tout juste avons-nous encore l’odeur du lait, pas celui qui sortait chaud du pis de la vache mais celui du yaourt zéro pourcent.

Oser est presque devenu un gros mot ; gros mots que justement on ne reconnaît plus. Les jurons, ceux qui jadis nous auraient valu une paire  de baffes, n’ont plus aucun sens. Aujourd’hui, on peut insulter ou se faire insulter sans même sans rendre compte ! Recevoir un coup de couteau pour une boutade. La langue a changé, les mots, les accents, les intonations. Pour s’y reconnaître il faudrait être sourd. Chaque coin de rue a son dialecte, sa police, sa politique, ses tags. Chaque quartier, sa haine. Haine des uns, des autres, de la société, des idéaux. Tout pourvu qu’on n’ait plus d’amour. Car l’amour rapproche, tempère, adoucit et surtout laisse  libre. Libre d’avoir encore un libre-arbitre, une pensée nue, une envie de n’être pas forcément comme les autres ; ces autres que nous pouvons pourtant tous devenir avec une facilité déconcertante.

 

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mercredi 16 septembre 2009, 20:55

96

Au secours, j’ai un bec de perroquet dans le cou….Mon dieu, mon dieu… Mais, c’est quoi cette chose, cet oiseau de malheur qui est venu nicher dans mes vertèbres cervicales ?  De l’arthrose entre la C2 ou la C3, le rhumatologue dans sa blouse blanche  et debout devant son tableau lumineux, vous dit ça comme ça, les yeux grands écarquillés devant des radios qui nous rappellent que sans la  chair, mon dieu, il ne reste que des os. Des os et des becs de perroquet ! Un petit appendice en forme de crochet  qui ressemble, il est vrai au bec de ce « rapporte-paquet sans ficelle » et qui n’est en fait qu’une petite excroissance, une calcification. Mais qui fait mal. Très très mal.

Me voilà mise en cage avec une douleur dont le ramage se rapporte au plumage le plus chatoyant! Mon dieu, c’est ça avoir cinquante ans ! Avoir mal partout ! Si j’avais su, je vous jure bien que j’aurais été moins brave et que j’aurais vendu mon âme au diable. D’autres l’ont bien fait ! Et je serais restée jeune. Dans ce temps béni où avoir mal nulle part paraissait tellement normal, qu’un petit mal de tête, après une bonne cuite et deux nuits sans sommeil, nous semblait carrément injuste.

Fallait que je raconte mes malheurs à mon toubib, que je lui crie mon désespoir. Au secours, j’ai un bec de canard, là, à la pomme d’Adam, je ne peux plus avaler et j’ai mal dans le dos! « Mais non, mais non, et d’une ce n’est pas un bec de canard mais de Perroquet, une image... et de deux, ça se trouve dans la nuque, dit-il en me faisant un petit dessin pour que je comprenne bien . Vous ne pouvez donc pas avoir mal, devant là où vous me faites voir ! Sacrée Christine ! »

Ah, bon, et c’est grave docteur, le bec de Perroquet ? « Non, mais ça fait mal. C’est de l’arthrose. Tout le monde en a ! » Ah, bon, et vous aussi vous avez mal partout docteur ? « Oui, et le matin, c’est dur ! ». Ah, ben ça alors! Si les médecins se mettent à se plaindre aussi, où va le monde?

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samedi 12 septembre 2009, 10:33

95

Septembre. Son odeur, son humeur, sa couleur, sa fraicheur, sa noirceur du matin et sa moiteur du soir, septembre est revenu avec dans ses feuillages la  sempiternelle rumeur d’un l’hiver qui approche. Septembre, humide à l’aurore, brumeux à l’aube qui se plait à jouer à l’élastique avec la température et à cache-cache avec l’ombre et la lumière. Septembre, le mois qui raccourcit le jour, et qui refroidit les nuits, qui laisse les vacances sur le quai et reprend le chemin des écoliers. Septembre est revenu en posant son chevalet pour « graffer » l’automne sur les murs de chaque quartier, à l’horizon de chaque volet et à la cime de chaque forêt. Ambassadeur d’une saison qui sent bon les champignons, il n’a pas à rougir de lui-même même si le 11 nous revient désormais, comme un uppercut dans la figure et qu’il nous laisse encore KO debout. Septembre n’y est pour rien, et sa beauté flamboyante et naturelle m’émerveille toujours avec le même émoi. Le 11 septembre est une crucifixion de l’homme, une date supplémentaire épinglée sur le calendrier de l’horreur.  C’est une affaire strictement et tristement humaine. Le 11 septembre biologique, lui, un jour de septembre entre le 10 et le 12. Et c’est celui-là qu’il ne faut pas oublier.

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vendredi 4 septembre 2009, 23:04

94

Je n’aurais pas dû la laisser partir comme ça. Elle a tapé à ma porte. Je l’ai vue dans l’œil de bœuf mais je n’ai pas répondu. Elle était belle, je ne la connaissais pas. Elle était longue, fine, intemporelle. Elle a tapé une autre fois. Discrètement. Mon cœur tapait lui aussi. En retenant mon souffle je voyais son visage ovale qui, même déformé, paraissait serein. Elle ne me voulait pas de mal, elle devait même m’apporter une bonne nouvelle. Elle n’avait rien dans les mains. Ni de paquet, ni de recommandé. Ce n’était pas une factrice.   Une dernière fois, elle releva la tête en regardant de l’autre côté de l’œil, elle sourit puis tourna ses hauts talons gris azur. J’eus à cet instant envie de la retenir comme on retient un rêve, mais je restai figée. C’était la messagère. Celle qui ouvre l’esprit. Et depuis, je me sens plus vaste.

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mardi 1 septembre 2009, 21:17

93

Et si le jour ne se levait pas demain, pour moi ? Si la nuit qui commence à laisser son châle pâle tomber sur les épaules du soir se tatouait à jamais dans le noir ? Que regretterais-je ? Mon passé ? Mon présent ? Mon avenir ? Qui reviendrait cogner à mon ouïe, ce soir, si ce soir, était mon dernier soir ? Quel souvenir remonterait bercer mes larmes ? Penserais-je à  mes amours finies, à mes amours ratées, à mes amours présentes, à mes amours futures ? Qui reviendrait dévaler la côte de ma dernière nuit ? Qui ? André ? Bénédicte. Alain ? Patricia ?  Pascal ? Véronique ? René ? Dominique ? Bruno ? Catherine ? Olivier ? Anne-Catherine ?  A qui donnerais-je mon ultime pensée ou plutôt qui me la prendrait ? Et si ce n’était pas quelqu’un mais une odeur, un rêve ou un animal. Mes trois chiens. Sam, Icare dit Jésus ou James ? On ne sait pas qui ou quoi deviendrait essentiel  au moment fatal du largage de l’artificiel. Le ciel est si grand, la vie si petite que tous ceux que l’on a connus ne pèsent peut-être pas lourds devant l’étreinte de l’éternel ? Ce serait peut-être un paysage, une ambiance, un silence, une senteur, une chanson, un refrain, une musique, une phrase, un mot qui calmerait ma claustrophobie funèbre. Il suffit de peu pour accepter de partir, et de  beaucoup pour revenir. 

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