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Un certain jour déjà lointain, il me fut donné d'y entrer, dans la maison basse du Chemin du Gué, là où ondulaient les barques au cours léger du ruisseau aux berges ombragées; souriait le soleil sur mes six ans joyeux, à peine sonnés... C'est alors que je vis le "diable" dans la pièce sombre où je venais d'entrer, et la terreur glacée au gout de mort qui s'empara de moi je la ressens encore après bien des années. Comme surgit d'un cauchemar, du fond d'un lit poisseux, le monstre à face humaine aux indécents rictus me fixait: Yeux globuleux, de sang injectés, fous et hagards, déments, mains crochues squelettiques agitées de tremblements convulsifs qui se tendaient vers moi, menaçantes, cette voix d'outre-tombe hurlant un cri horrible inhumain, rauque et grinçant... Un instinct puissant me fit reculer, mon cœur cognant si fort que je le sens encore en ces instants, pareillement. Et voici qu'au plus fort de ma panique, pétrifié et tremblant, j'entendis une voix douce de grand-mère, derrière moi: "N'ai pas peur mon petit, ne soit pas effrayé, celui-là que tu vois c'est mon enfant malade, infirme, "mon tout petit", il veut te dire bonjour et t'embrasser, parce qu'il t'aime déjà. Il était en colère, car il souffre tellement, petite âme de trois ans, prisonnière dans un gros corps malade de vingt ans; pour lui, vois-tu c'est l'enfer qu'il vit ainsi, aussi faut-il l'aimer beaucoup, beaucoup..." J'aperçus alors surplombant la tête du lit, un Christ au regard doux tenant en ses mains un cœur flamboyant, qui semblait veiller sur le malheureux; et la grand-mère Léontine de me livrer doucement au baiser baveux et gluant de l'infirme qui referma sur mon corps frêle et tremblant ses bras solides et puissants, si délicats pourtant, aux mains affreusement déformées, mais qui savaient caresser si doucement la tête d'un petit enfant effrayé...C'est ainsi, bizarrement, que j'appris l'importance essentielle des choses cachées, des bontés insoupçonnées, des trompeuses apparences, la peur de l'autre, étrange et étranger; et de si loin pourtant, bien malgré moi, me viennent encore les larmes aux yeux... Je me souviendrais toujours du Chemin du Gué, près des "Barques", à St Just-sur-Loire... Saint Juste...justement.
"C'est la nuit qu'il est bon de croire à la Lumière"
Armanjac
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